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  • Utopiales 2016 : vivre la République

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    utopiales2016.jpgGérard Soulier, Grand Officier du Grand Orient de France en charge des événements et colloques, a accepté de répondre à quelques questions sur les Utopiales maçonniques 2016 qui auront lieu les 9 et 10 avril au siège de l'obédience. Qu'il en soit remercié.

    Gérard, peux-tu présenter en quelques mots les Utopiales ? Quel est l'historique de cette manifestation ?

    Gérard Soulier - L’utopie a toujours été au cœur de la démarche maçonnique, telle que la conçoit le GODF , dans son souci d’améliorer à la fois l’homme et la société. C’est pour montrer au grand public cette dimension «  utopiste » de notre réflexion que cet événement a été créé. Les Utopiales maçonniques est un moment de débats et de réflexion prospective, en un temps où le monde est en profonde mutation. Cette manifestation organisée par le Grand Orient de France sur deux jours est unique. Avec les loges qui s’associent à ce projet et l’éclairage de « grands témoins », le GODF veut contribuer à faire vivre la République, fil rouge de cette troisième édition de la manifestation, en interrogeant sur des thèmes qui constituent les grands enjeux de notre devenir commun et ce, en s’appuyant sur nos principes maçonniques. Créée en 2014, cette troisième édition s’intitule « Vivre la République », un projet républicain qui associe et émancipe.

    Quel est le programme de cette année ?

    G.S. - Le programme de cette troisième édition s’articule autour du fil rouge « Vivre la République » et de neuf verbes qui sont autant de thèmes de réflexion. Organisé en tables rondes avec le rapport d’une ou deux Loges sur la question mise en débat, éclairé par l’intervention « d’un grand témoin », le débat s’ouvre avec les participants, le tout animé par un conseiller de l’Ordre de l’Obédience. Le programme se trouve ici http://www.godf.org/uploads/assets/file/Programme3p-Les-Utopiales-Maconniques-2016.pdf

    ob_47b0a9_5009198-7479581.jpgCette manifestation est-elle ouverte à tout le monde ?

    G.S. - Les Utopiales maçonniques sont, bien sûr, ouvertes à tous, profanes ou maçons de toutes les Obédiences. Elles doivent permettre de montrer à quoi et comment les francs-maçons réfléchissent au futur de notre société. Cette année, on pourra suivre en direct la manifestation en streaming sur Dailymotion (http://www.dailymotion.com/grandorientdefrance). Au delà des tables rondes, tous les représentants des différentes revues maçonniques seront présents, ainsi que la librairie DETRAD. Un bar-restaurant sera ouvert pendant les deux jours au septième étage de l’immeuble Cadet.

    Comment peut-on s'y inscrire ?

    G.S. - L’inscription, obligatoire, se fait sur une plate-forme internet à l’adresse : https://reservation.godf.org/index.php/inscription/evenement/Utopiales-Maconniques-2016-CP2

  • Chroniques d'histoire maçonnique 77 : ce que nous disent les sceaux du GODF

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    Je signale la parution du numéro 77 des Chroniques d'Histoire Maçonnique, revue publiée sous l'égide de l'institut d'études et de recherches maçonniques (I.D.E.R.M.). J'y suis abonné. Comme je n'ai pas encore reçu ce numéro (ce qui ne saurait tarder), je reproduis ici littéralement la présentation qu'en a faite le comité de rédaction de la revue. Je reviendrai éventuellement sur ce numéro dès que je l'aurai lu (j'ai hâte notamment de lire le portrait de Jean Palou, un frère qui a eu un bref mais très intense et sinueux parcours maçonnique...).

    « Ce numéro 77 des Chroniques d'Histoire Maçonnique s'ouvre sur une passionnante étude de Philippe Besson sur la franc-maçonnerie pendant une période tragique et fondatrice des Etats-Unis modernes, la guerre de Sécession. Plusieurs épisodes montrent comment les loges - qui, depuis l'affaire Morgan, en 1826, se sont cantonnées à la sociabilité et à l'action philanthropique - vont réagir face à un contexte si tendu que le maintien de la neutralité politique est devenu impossible.

    Notre dossier est consacré à une importante recherche de Jean-Luc Lebras sur les sceaux successivement utilisés par le Grand Orient de France, de 1773 à aujourd'hui. Comme on va le découvrir, dans une petite image, le sceau concentre beaucoup d'enjeux d'identité. Ceux-ci renseignent l'historien sur les rapports du Grand Orient de France avec son contexte politique et maçonnique. Ne se limitant pas à une approche sigillographique, l'auteur montre aussi comment le sceau a été lu et analysé, y compris par les ennemis de la franc-maçonnerie.

    2520392524.jpgLes deux portraits de ce numéro éclairent les relations, trop souvent oubliées - notamment pour la fin du XIXe et le XXe siècle -, de la franc-maçonnerie avec le monde de l'art et de la création. François Cavaignac nous propose d'abord un complément à la biographie du peintre Edouard Béliard, un artiste qui participa aux débuts de l'impressionnisme aux côtés de son ami Camille Pissarro. Il nous montre que ses convictions républicaines s'enracinaient dans un engagement maçonnique.  Quelques décennies plus tard, il y a aussi eu des ponts entre le Surréalisme et les Loges. On se souvient de l'article pionnier de Jean-Pierre Lassalle (Histoire Littéraire 1, 2000) ou de l'étude de Pascal Bajou sur Philippe Soupault franc-maçon (CHM n°56). David Nadeau inaugure ici une série sur les surréalistes d'après guerre qui ont été membres de la Loge Thebah : premier portrait, Jean Palou.

    Pour conclure, Marc Labouret a mis au jour deux étonnants « documents métalliques ». »

    Pour commander ce numéro ou vous abonner aux Chroniques d'Histoire Maçonnique, il vous suffit de vous rendre sur le site de Conform Edition. Offre découverte au numéro à partir de 9 € et abonnement annuel (2 numéros) à 18 €.

     

  • Les processions maçonniques publiques

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    Les guildes et autres corporations avaient l'habitude d'organiser des processions au Moyen Age. Généralement ces processions avaient lieu lors de la fête du saint patron du métier concerné. En ce qui concerne les maçons, les processions étaient organisées le jour de saint Pierre (29 juin), de saint Thomas (3 juillet) ou de saint Benoît (le 11 juillet). Les tailleurs de pierres, eux, fêtaient la saint Claude le 6 juin. Dans certains endroits d'Europe, il arrivait que toutes les guildes se réunissent pour défiler le 24 juin dans les rues avant l'office religieux le jour de saint Jean le Baptiste. On notera que cette période de l'année est proche du solstice d'été dans l'hémisphère nord. Les jours avoisinants le solstice d'été sont les plus longs de l'année. Ils sont la source de nombreuses célébrations dans différentes cultures au cours de l'histoire.

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    Dès ses origines, la franc-maçonnerie spéculative a intégré les processions publiques comme pour témoigner de sa filiation, sinon historique du moins spirituelle, avec la franc-maçonnerie opérative. De 1721 à 1728, la Grande Loge de Londres organisait deux processions par an dans les rues de la capitale britannique. La première avait lieu le 24 juin pour la saint Jean le Baptiste (solstice d'été), la seconde le 27 décembre pour la saint Jean l'évangéliste (solstice d'hiver). Les frères défilaient, dûment décorés, de Queen's Arms à Stationer's Hall dans le quartier de la cathédrale saint Paul. Ce qui représentait quand même un parcours d'environ six kilomètres, soit une heure et demie de trajet en marchant tranquillement. A partir de 1728, des coches et des chars furent introduits et les jours des processions changèrent quelque peu. Des processions eurent quelques fois lieu le 30 janvier, jour du souvenir de l'exécution du roi Charles 1er. En 1734 on agrégea une fanfare pour la première fois à une procession. En 1739, il y eut même trois fanfares dans le cortège.

    2194798522.jpgCeci dit, l'expression publique de la maçonnerie, au travers des processions, n'a pas toujours été sans violences, notamment en Angleterre. Ainsi, il est établi que cinq processions maçonniques au moins furent perturbées par des processions burlesques, voire des bagarres : en 1724, le 19 mars 1741, le 27 avril 1742, le 2 mai 1744 et le 18 avril 1745. Les journaux de l'époque en témoignent.

    En 1724, William Hogarth a ainsi caricaturé la procession burlesque de l'ordre des Gormagons (ou Gormogons). La gravure s'intitule : The Mystery of Masonry brought to light by ye Gormagons (le mystère de la maçonnerie mis en lumière par vous, Gormagons). Cette gravure a été publiée le 3 décembre 1724 dans le Daily Post. L'ordre des Gormagons avait été fondé par le duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1723, pour tourner en ridicule la franc-maçonnerie. L'ancien dignitaire avait voulu se venger de la jeune Grande Loge qui ne l'avait pas réélu à la grande maîtrise et lui avait préféré le comte de Dalkeith. Les Gormagons avaient pour objectif de dénigrer des maçons. Ils ne dédaignaient pas non plus de faire le coup de poing.

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    William Hogarth s'est inspiré des personnages du roman de Miguel de Cervantès, l'ingénieux Don Quichotte de la Manche, tels qu'il avaient été peints, quelques années plus tôt, par le peintre français Charles Antoine Coypel. Il existe beaucoup d'interprétations de cette gravure. Je n'en ai trouvé aucune qui me satisfasse pleinement. Certains croient même reconnaître le duc de Wharton derrière Don Quichotte et le pasteur Anderson à côté de l'âne Rucio, le dos courbé et la tête entre les barreaux de l'échelle. Ce ne sont que des hypothèses. Rien n'indique que le pasteur Anderson ait fait partie des Gormagons. Il n'était pas un obligé du duc de Wharton. Il n'était pas non plus connu pour des sympathies jacobites. On sait qu'il eut droit à des obsèques maçonniques en 1739 dont la presse britannique de l'époque se fit l'écho. Quant au duc de Wharton, celui-ci se lassa très vite de l'ordre fantaisiste qu'il avait fondé et il reprit très vite des activités maçonniques en Espagne et en France. Il devint d'ailleurs le premier Grand Maître de la franc-maçonnerie française en 1728. Ce qui montre que les relations entre les maçons britanniques et français étaient mal engagées depuis le départ...

    La procession du 19 mars 1741 a fait l'objet de satires et de caricatures. Les "mock masons" (les faux maçons, "faux" au sens où ils n'étaient pas opératifs) ont été moqués dans la presse comme en témoigne cette gravure publiée dans un journal dirigé par Anne II Dodd, fille d'Anne Dodd (une magnat de la presse de cette époque), avec un texte de Paul Whitehead et d'Henry Carey, Esq.

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    Et celle de George Bickham l'aîné.

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    Le 27 avril 1742, une procession maçonnique a été perturbée dans Londres par des plaisantins et des canailles. Elle a été immortalisée par la gravure satirique d'Antoine Benoist intitulée A Geometrical View of the Grand Procession of the Scald Miserable Masons (une vue géométrique de la grande procession des misérables maçons échaudés).

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    Le London Daily Post du 28 avril 1742 note à ce sujet :

    "Hier a eu lieu la fête annuelle de l'ancienne et honorable société des francs-maçons ; ils ont fait à cette occasion une procession de Brook street à Haberdasher's hall et ont offert un divertissement élégant et la soirée s'est achevée dans cette harmonie et cette décence propres à cette société. Mais quelque temps avant que cette société n'ait commencé sa chevauchée, de nombreux cireurs de chaussures et ramoneurs, etc., à pieds ou en chariots, l'avaient devancée en se livrant à un ridicule spectacle pompeux. Ils se sont rendus en procession jusqu'à Temple Bar en plaisantant sur les francs-maçons et en jetant, d'après que nous avons appris, une centaine de livres sterlings, ce qui a provoqué d'importantes bousculades."

    Les années suivantes donnèrent lieu à des confrontations. Les autorités incitèrent la Grande Loge d'Angleterre à abandonner cette coutume sans toutefois y parvenir. En 1744, des maçons et des anti-maçons furent même traduits en justice pour des troubles à l'ordre public. En 1745, quatre processions antimaçonniques ont été organisées pour contrecarrer la procession annuelle des maçons londoniens. Il y eut des bagarres. Finalement, ces échauffourées récurrents amenèrent la Grande Loge d'Angleterre à cesser les processions publiques annuelles dans les rues la capitale britannique à partir de 1747, sans toutefois les abandonner totalement mais en les limitant à des événements exceptionnels.

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    De nos jours, la tradition des processions maçonniques publiques demeure toujours bien vivante dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis en particulier où de grandes parades sont organisées régulièrement. Ces cortèges, généralement, ont lieu lors des fêtes d'ordre ou bien, parfois, lors d'une cérémonie de pose d'une première pierre (d'un temple maçonnique ou d'un bâtiment religieux). En Europe continentale, et plus particulièrement dans les pays de tradition catholique, cette pratique ne s'est jamais développée en raison de l'excommunication qui a frappé les francs-maçons dès 1738. Révéler son appartenance était risqué (notamment pour les prêtres membres de la fraternité). Les persécutions sous les régimes fasciste, nazi, franquiste, salazariste et vichyste n'ont évidemment rien arrangé. Les choses évoluent cependant à leur rythme. En France, il arrive ainsi de plus en plus fréquemment que les francs-maçons défilent publiquement en cordons et sautoirs à l'occasion de manifestations profanes à fort enjeu social (défense de la laïcité et du vivre ensemble, antiracisme, promotion des libertés publiques et individuelles, etc.) ou lors d'occasions particulières (par exemple, le premier mai, au cimetière du Père Lachaise, devant le mur des fédérés). Et encore ! Ces extériorisations sont essentiellement le fait des obédiences dites libérales et adogmatiques.