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  • James Anderson le précurseur

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    Le pasteur James Anderson est décédé le 28 mai 1739 ainsi que l'atteste la rubrique nécrologique du Gentleman's Magazine, un périodique anglais qui - tenez-vous bien - a paru de 1731 à 1922. Une longévité qui ferait rêver aujourd'hui n'importe quel titre de presse en France. Le docteur Anderson y est présenté comme un « un éminent ministre dissident », auteur de la constitutions des francs-maçons et de généalogies royales. Un « ministre dissident » (dissenting minister) désigne un ministre du culte qui se rattache à une église séparée de l'Eglise d'Angleterre (Church of England). Dissident, James Anderson l'était. Il était pasteur de l'église d'Ecosse (presbytérienne). Le presbytérianisme prône le sacerdoce universel, c'est-à-dire le rejet du clergé et de l'épiscopat. Le Gentleman's Magazine ne s'étend pas davantage.

    J'ai donc voulu vérifier ce qu'en disait The Scots Magazine (l'homologue écossais du Gentleman's Magazine) qui est, quant à lui, le plus ancien magazine du monde. Bien que ce périodique ait connu quelques périodes d'interruption, il est publié depuis 1739 ! Ce qui est absolument incroyable et fait de ce titre de presse une véritable institution. J'étais en effet persuadé qu'un magazine contenant des articles sur des sujets d'intérêt écossais depuis maintenant 277 ans, n'avait pas pu omettre de signaler le décès de James Anderson et se montrer aussi laconique que le Gentleman's Magazine anglais. J'ai eu raison de le penser car le Scots Magazine s'est effectivement montré plus prolixe sur James Anderson que le Gentleman's Magazine (cf. The Scots Magazine, volume 1, 1739, p. 237).

    On y trouve la confirmation que le révérend Anderson est bien décédé le lundi 28 mai 1739 à son domicile d'Essex-Court, Strand, de Londres. James Anderson était docteur en théologie et membre de l'Eglise d'Ecosse. Il est présenté comme l'auteur de Généalogies Royales et de plusieurs autres œuvres. Mais le périodique - et le détail est étonnant - ne dit mot sur les constitutions et sur l'appartenance du défunt à la franc-maçonnerie. Le Scots Magazine souligne en revanche que James Anderson était un gentilhomme aux capacités rares et à la conversation la plus facétieuse. Le Scots Magazine insiste enfin sur les revers de fortune du pasteur. La brève nécrologie se termine sur une note amère. Selon le périodique, malgré ses talents et l'application utile qu'il en a faite, Anderson n'a pas eu la reconnaissance qu'il aurait été en droit d'obtenir de ses contemporains. Il semble que le pasteur ait connu des revers de fortune à la fin de sa vie suite à de mauvais investissements.

    On sait relativement peu de choses de sa vie personnelle. Il est né à Aberdeen (en Ecosse) vers 1678, de l'union de James Anderson et Joan Campbell, dans une famille de onze enfants. Sa parenté comprend des médecins, des professeurs, des pasteurs. Il est donc issue d'une famille de la bourgeoisie naissante. On sait aussi qu'il a fait des études aux Westertown et Marshall College en 1694 et sortit de l'université en 1702. Il a été comme je l'ai dit, pasteur de l'église presbytérienne et qu'il avait en charge, jusqu'en 1723, la paroisse londonienne de la Swallow Street à Piccadilly où avait officié le père de Jean Théophile Désaguliers. Il est devenu ensuite chapelain des comtes de Buchan jusqu'en 1734, puis pasteur de la paroisse de Leicester Fields jusqu'à sa mort. Anderson a été marié et père de deux enfants.

    Sa vie maçonnique est mieux connue bien que l'on ignore la date et le lieu précis de son initiation. On sait toutefois que son père était membre d'une loge à Aberdeen. Ce qui laisse supposer que James Anderson a pu être initié dans une des loges de sa ville natale avant de s'installer en Angleterre. C'est une hypothèse d'autant plus vraisemblable que James Anderson est passé à la postérité pour avoir donné à la franc-maçonnerie spéculative, sur ordre de la Grande Loge de Londres,  ses premières constitutions rénovées comprenant l'historique de la fraternité, les obligations fondamentales, le règlement et les chants. Cette mission particulière montre que le pasteur Anderson devait être réputé pour sa connaissance des usages traditionnels de l'Ordre maçonnique. En effet, il ne faut pas oublier qu'en 1722, John Roberts avait publié Les anciennes constitutions appartenant à la société ancienne et honorables et des francs et acceptés maçons sur la base d'un vieux manuscrit du treizième siècle. La Grande Loge de Londres avait pu juger que le travail de Roberts n'était pas adapté à la jeune fraternité. James Anderson a donc effectué un travail de remise en forme des anciennes obligations pour qu'elles fussent respectées des frères. Citons l'obligation première qui est la plus connue :

    « Un maçon est obligé par sa Tenure d'obéir à la Loi morale et s'il comprend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irreligieux. Mais, quoique dans les temps anciens les maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux ou hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou  croyances qui puissent les distinguer ; ainsi, la maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des Personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées. »

    Il a été soutenu parfois que Jean Théophile Désaguliers avait été le véritable auteur des Constitutions de 1723. Mais cette affirmation ne résiste pas à l'examen des sources. Il suffit de lire l'approbation du duc de Wharton, Grand Maître de la Grande Loge de Londres. Elle est sans ambiguïtés : James Anderson, Vénérable Maître de la Loge numéro 17, est bien l'auteur des constitutions de 1723.

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    Qui peut croire sérieusement que James Anderson a pu s'accaparer le travail du député Grand Maître Désaguliers sans que celui-ci ne réagisse ? C'est tout bonnement impossible. En outre, il faut signaler que Désaguliers a porté le cercueil d'Anderson, en compagnie de cinq autres francs-maçons, au cimetière londonien de Bullhill-Field ainsi que l'atteste le Daily Post du 2 juin 1739. L'attitude touchante de Désaguliers prouve, au contraire, l'amitié profonde et sincère qui devait unir les deux hommes. Ces faits, hélas, demeurent généralement peu connus des francs-maçons, y compris aujourd'hui, tant et si bien que James Anderson est souvent injustement perçu comme un personnage de second plan, médiocre et sans envergure.

    Pourquoi tant de haine à l'égard du pasteur écossais ? Parce que celui-ci a publié une nouvelle édition des constitutions en 1738 pour marquer la transformation de la Grande Loge de Londres en Grande Loge d'Angleterre. Et à cette occasion, Anderson a été accusé d'avoir procédé à des reformulations, des ajouts et des interpolations (extraits de texte introduits dans une œuvre à laquelle ils n'appartiennent pas). Ainsi de l'obligation première, laquelle témoigne pourtant d'une largesse d'esprit en matière d'opinions religieuses (latitudinarisme) :

    « Un maçon est obligé par sa tenure d'obéir à la loi morale en tant que véritable noachite et s'il comprend bien le métier, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irreligieux, ni n'agira à l'encontre de sa conscience. Dans les temps anciens, les maçons chrétiens étaient tenus de se conformer aux coutumes chrétiennes de chaque pays où ils voyageaient. Mais la maçonnerie existant dans toutes les nations, même de religions diverses, ils sont maintenant tenus d'adhérer à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord (laissant à chaque frère ses propres opinions) c'est à dire être hommes de bien et loyaux, hommes d'honneur et de probité, quels que soient les noms, religions ou confession qui aident à les distinguer : car tous s'accordent sur les trois articles de Noé assez pour préserver le ciment de la Loge. Ainsi la maçonnerie est leur centre de l'union et l'heureux moyen de concilier des personnes qui, autrement, n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères. »

    L'ouvrage The Pocket Companion.  An History of Freemasonry (1754) donne ses explications sur ces modifications. Il indique dans sa préface (comme c'est du vieil anglais, la traduction est modernisée et n'est pas littérale) de manière quelque peu inélégante :

    « Le Docteur Anderson qui s'est impliqué dans l'ancien travail [la constitution de 1723], a sollicité la faveur de réimprimer ledit livre des constitutions avec les faits de la société [maçonnique] jusqu'à l'année 1738. Ce qui lui fut accordé, la gestion de cette réimpression ayant été laissée au Docteur. Mais quelle que soit la cause qui puisse l'expliquer, que ce soit ses problèmes de santé, ou dans le fait qu'il ait trop fait confiance à des étrangers [pour la mise en forme ou l'impression], le travail est apparu très mutilé, au point qu'il a été revu et corrigé par le Grand Maître Payne (...). »

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    Ces critiques sont injustes. Réduire la version de 1738 à des problèmes de santé, sans doute réels (Anderson est mort l'année suivante), ou à des indélicatesses d'éditeur-imprimeur, semble pour le moins grotesques. C'est une façon de nier l'apport de cette nouvelle version dans la manière de comprendre la franc-maçonnerie spéculative.

    Il faut remettre en perspective le travail de James Anderson sans le dénigrer. La Grande Loge de Londres ne lui a pas demandé d'écrire une histoire plus ou moins rocambolesque de l'ordre maçonnique ou de compiler de vieux manuscrits ayant régi la vie des loges opératives. La mission, que lui a confiée la Grande Loge de Londres, a été de fournir à la jeune franc-maçonnerie spéculative un compte rendu clair des charges et devoirs de l'ancienne fraternité afin que les maçons modernes puissent s'y référer et disposer ainsi d'une base réglementaire la plus solide possible.

    Anderson a donc parfaitement rempli sa mission. Si le pasteur presbytérien fait du franc-maçon un enfant de Dieu (ni athée stupide, ni libertin irréligieux) - ce qui, après tout, peut se comprendre d'un homme d'église - il ne propose pas pour autant de l'assujettir à une théologie particulière. Le maçon est d'abord celui qui a le culte de l'amitié et respecte l'opinion d'autrui. C'est celui qui n'agit pas contre sa conscience (version 1738). C'est à ce niveau là que le révérend James Anderson introduit une rupture majeure avec les temps anciens afin d'adapter la maçonnerie aux réalités du temps présent car les hommes peuvent avoir des croyances et des opinions particulières. Et l'on voit bien que cette approche dynamique annonce implicitement l'évolution doctrinale de 1877 en France. James Anderson est à bien des égards un précurseur de la liberté de conscience. Par son action, il a plus ou moins ouvert la voie à une conception libérale de la franc-maçonnerie. Et c'est précisément pour cette raison qu'il a été dénigré immédiatement après son décès. En effet, il est plus facile de taper sur les morts car ils ne peuvent pas se défendre.

    Dans son travail, Anderson ne critique pas. Il n'analyse pas. Il se contente de raconter une histoire légendaire dans un récit clair, lisible et concis comme on devait la raconter dans les vieilles guildes du temps jadis lorsque les maçons opératifs se réunissaient entre eux. Ecrire est la seule façon de ne point oublier et d'immortaliser ce qui mérite d'être retenu par les générations suivantes. Peu importe l'invraisemblance de l'historique. La légende a une fonction de légitimation et d'affirmation de l'Ordre maçonnique dans l'histoire des hommes. Il en est de même du cadre réglementaire des constitutions par lequel un groupe d'hommes s'est doté librement de ses propres règles et usages.

  • L'écrit, support de la mémoire

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    les_objets_indispensables_a_ne_surtout_pas_oublier-230x230.jpgLe meilleur support de la mémoire est indiscutablement l’écrit. C’est en tous les cas lui seul qui, en tant que traces des choses, nous donne quelque assurance de ne pas oublier complètement les marques du passé et des personnes. On sait malheureusement ce qu’il est advenu des peuples qui ne connaissaient que la tradition orale. Confrontés à certaines épreuves, ils ont disparu et c’est souvent grâce à l’opiniâtreté d’érudits que le souvenir, imprécis et incomplet, de certains d’entre eux a pu parvenir jusqu’à nous.

    Ce faisant, si l’écriture est garante de la mémoire des hommes, encore faut-il qu'elle soit compréhensible. Depuis Grottenfeld, les écritures cunéiformes sont déchiffrables et ont ouvert aux chercheurs le monde fascinant de la Mésopotamie antique et 3000 ans d’histoire avant JC. Champollion, quant à lui, a percé le mystère des hiéroglyphes et jeté les bases de l’égyptologie. Que se serait-il passé si ces deux écritures étaient restées hermétiques ? Exactement ce qui s’est produit pour les Etrusques. Des monuments, des traces archéologiques, des interprétations délirantes, mais rien qui puisse nous faire pénétrer l’intimité de ces peuples.

    Les systèmes d’écriture, des plus simples aux plus élaborés, nous renseignent sur la manière dont les peuples appréhendent le monde. Et plus ces systèmes perdurent dans le temps (sur un bon millier d’années) pour un peuple donné, plus on est en mesure de percevoir comment le passage d’une pensée prélogique et mythologique à une pensée logique et scientifique s’est effectué. L’écriture est le support qui a permis cette évolution majeure. Par exemple, les peuples de Mésopotamie avaient une écriture qui collait au plus prêt au réel. Une écriture existentielle en quelque sorte qui répugnait à l’abstraction.

    20131030-MDS-atelier%20cun%C3%A9iforme2_524be06c642b6.jpgLes systèmes d’écriture des Mésopotamiens étaient organiquement attachés aux choses qu’ils désignaient (un peu à l’image des idéogrammes chinois). Ils ne leur permettaient pas l’abstraction. Les Listes et les Tensons gravées sur des tablettes venaient en quelque sorte à leur secours. Par le classement des choses (Listes), par leur comparaison en des tournois stylistiques (Tensons), les Mésopotamiens arrivaient à se détacher de la chose pour exprimer l’idée de la chose, c’est-à-dire le concept et, au-delà du concept, à élaborer des associations, des corrélations et des correspondances. L’oiseau de la Liste ou de la Tenson, c’est l’idée de l’oiseau ou, pour le dire autrement, c’est tout ce que les oiseaux ont en commun et qui les rend différents des autres espèces. Et lorsque le concept est forgé, on peut passer à l’étape suivante qui autorise les mythes, les légendes et les cosmogonies élaborées. Et de toutes ces abstractions, les premiers savoirs ont pu éclore dans toute leur splendeur. De même, en répertoriant les planètes (Listes), en les comparant (Tensons), les Mésopotamiens ont jeté les bases de l’astrologie (savoir) sur base de mythes et de cosmogonies (fondés sur des concepts). Et l’astrologie a engendré l’astronomie et a permis la mesure du temps (calendrier lunaire) et à l’homme de s’inscrire et de se penser dans l’histoire. En répertoriant les parties du corps (Listes), en les comparant (Tensons), les Mésopotamiens ont jeté les bases de la physiognomonie (savoir) sur base de mythes et de cosmogonies (fondés sur des concepts). Et la physiognomonie a engendré très progressivement à son tour la médecine. Les Grecs, eux aussi, ont compris – beaucoup plus tardivement – la puissance du verbe, du Logos, de la dialectique, de la démonstration, du raisonnement dont l’écriture est un adjuvant. Quand les civilisations mésopotamiennes étaient à leur apogée, les Grecs n’étaient encore que des tribus.

    L’oralité est le royaume de la subjectivité et de la transformation interprétative pour la bonne et simple raison qu’elle ne peut fixer les choses et qu’elle ne porte aucune trace d’un processus d’évolution. Elle est tributaire de celui qui parle, qui détient son savoir d’un autre conteur, qui lui-même le tient d’un autre et ainsi de suite. L’auditeur n’a aucune trace écrite qui lui permettrait d’avoir des points de repères. Attention, je ne dis pas que l’oralité est dépourvue de valeur. Je dis qu’elle est faible et qu’elle meurt aux premiers coups du sort s’il ne se trouve personne pour fixer le discours sur un support. Ce discours peut être connu immédiatement mais il peut trouver des lecteurs des siècles plus tard.

  • Utopiales 2016 : vivre la République

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    utopiales2016.jpgGérard Soulier, Grand Officier du Grand Orient de France en charge des événements et colloques, a accepté de répondre à quelques questions sur les Utopiales maçonniques 2016 qui auront lieu les 9 et 10 avril au siège de l'obédience. Qu'il en soit remercié.

    Gérard, peux-tu présenter en quelques mots les Utopiales ? Quel est l'historique de cette manifestation ?

    Gérard Soulier - L’utopie a toujours été au cœur de la démarche maçonnique, telle que la conçoit le GODF , dans son souci d’améliorer à la fois l’homme et la société. C’est pour montrer au grand public cette dimension «  utopiste » de notre réflexion que cet événement a été créé. Les Utopiales maçonniques est un moment de débats et de réflexion prospective, en un temps où le monde est en profonde mutation. Cette manifestation organisée par le Grand Orient de France sur deux jours est unique. Avec les loges qui s’associent à ce projet et l’éclairage de « grands témoins », le GODF veut contribuer à faire vivre la République, fil rouge de cette troisième édition de la manifestation, en interrogeant sur des thèmes qui constituent les grands enjeux de notre devenir commun et ce, en s’appuyant sur nos principes maçonniques. Créée en 2014, cette troisième édition s’intitule « Vivre la République », un projet républicain qui associe et émancipe.

    Quel est le programme de cette année ?

    G.S. - Le programme de cette troisième édition s’articule autour du fil rouge « Vivre la République » et de neuf verbes qui sont autant de thèmes de réflexion. Organisé en tables rondes avec le rapport d’une ou deux Loges sur la question mise en débat, éclairé par l’intervention « d’un grand témoin », le débat s’ouvre avec les participants, le tout animé par un conseiller de l’Ordre de l’Obédience. Le programme se trouve ici http://www.godf.org/uploads/assets/file/Programme3p-Les-Utopiales-Maconniques-2016.pdf

    ob_47b0a9_5009198-7479581.jpgCette manifestation est-elle ouverte à tout le monde ?

    G.S. - Les Utopiales maçonniques sont, bien sûr, ouvertes à tous, profanes ou maçons de toutes les Obédiences. Elles doivent permettre de montrer à quoi et comment les francs-maçons réfléchissent au futur de notre société. Cette année, on pourra suivre en direct la manifestation en streaming sur Dailymotion (http://www.dailymotion.com/grandorientdefrance). Au delà des tables rondes, tous les représentants des différentes revues maçonniques seront présents, ainsi que la librairie DETRAD. Un bar-restaurant sera ouvert pendant les deux jours au septième étage de l’immeuble Cadet.

    Comment peut-on s'y inscrire ?

    G.S. - L’inscription, obligatoire, se fait sur une plate-forme internet à l’adresse : https://reservation.godf.org/index.php/inscription/evenement/Utopiales-Maconniques-2016-CP2

  • Chroniques d'histoire maçonnique 77 : ce que nous disent les sceaux du GODF

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    Je signale la parution du numéro 77 des Chroniques d'Histoire Maçonnique, revue publiée sous l'égide de l'institut d'études et de recherches maçonniques (I.D.E.R.M.). J'y suis abonné. Comme je n'ai pas encore reçu ce numéro (ce qui ne saurait tarder), je reproduis ici littéralement la présentation qu'en a faite le comité de rédaction de la revue. Je reviendrai éventuellement sur ce numéro dès que je l'aurai lu (j'ai hâte notamment de lire le portrait de Jean Palou, un frère qui a eu un bref mais très intense et sinueux parcours maçonnique...).

    « Ce numéro 77 des Chroniques d'Histoire Maçonnique s'ouvre sur une passionnante étude de Philippe Besson sur la franc-maçonnerie pendant une période tragique et fondatrice des Etats-Unis modernes, la guerre de Sécession. Plusieurs épisodes montrent comment les loges - qui, depuis l'affaire Morgan, en 1826, se sont cantonnées à la sociabilité et à l'action philanthropique - vont réagir face à un contexte si tendu que le maintien de la neutralité politique est devenu impossible.

    Notre dossier est consacré à une importante recherche de Jean-Luc Lebras sur les sceaux successivement utilisés par le Grand Orient de France, de 1773 à aujourd'hui. Comme on va le découvrir, dans une petite image, le sceau concentre beaucoup d'enjeux d'identité. Ceux-ci renseignent l'historien sur les rapports du Grand Orient de France avec son contexte politique et maçonnique. Ne se limitant pas à une approche sigillographique, l'auteur montre aussi comment le sceau a été lu et analysé, y compris par les ennemis de la franc-maçonnerie.

    2520392524.jpgLes deux portraits de ce numéro éclairent les relations, trop souvent oubliées - notamment pour la fin du XIXe et le XXe siècle -, de la franc-maçonnerie avec le monde de l'art et de la création. François Cavaignac nous propose d'abord un complément à la biographie du peintre Edouard Béliard, un artiste qui participa aux débuts de l'impressionnisme aux côtés de son ami Camille Pissarro. Il nous montre que ses convictions républicaines s'enracinaient dans un engagement maçonnique.  Quelques décennies plus tard, il y a aussi eu des ponts entre le Surréalisme et les Loges. On se souvient de l'article pionnier de Jean-Pierre Lassalle (Histoire Littéraire 1, 2000) ou de l'étude de Pascal Bajou sur Philippe Soupault franc-maçon (CHM n°56). David Nadeau inaugure ici une série sur les surréalistes d'après guerre qui ont été membres de la Loge Thebah : premier portrait, Jean Palou.

    Pour conclure, Marc Labouret a mis au jour deux étonnants « documents métalliques ». »

    Pour commander ce numéro ou vous abonner aux Chroniques d'Histoire Maçonnique, il vous suffit de vous rendre sur le site de Conform Edition. Offre découverte au numéro à partir de 9 € et abonnement annuel (2 numéros) à 18 €.

     

  • Les processions maçonniques publiques

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    Les guildes et autres corporations avaient l'habitude d'organiser des processions au Moyen Age. Généralement ces processions avaient lieu lors de la fête du saint patron du métier concerné. En ce qui concerne les maçons, les processions étaient organisées le jour de saint Pierre (29 juin), de saint Thomas (3 juillet) ou de saint Benoît (le 11 juillet). Les tailleurs de pierres, eux, fêtaient la saint Claude le 6 juin. Dans certains endroits d'Europe, il arrivait que toutes les guildes se réunissent pour défiler le 24 juin dans les rues avant l'office religieux le jour de saint Jean le Baptiste. On notera que cette période de l'année est proche du solstice d'été dans l'hémisphère nord. Les jours avoisinants le solstice d'été sont les plus longs de l'année. Ils sont la source de nombreuses célébrations dans différentes cultures au cours de l'histoire.

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    Dès ses origines, la franc-maçonnerie spéculative a intégré les processions publiques comme pour témoigner de sa filiation, sinon historique du moins spirituelle, avec la franc-maçonnerie opérative. De 1721 à 1728, la Grande Loge de Londres organisait deux processions par an dans les rues de la capitale britannique. La première avait lieu le 24 juin pour la saint Jean le Baptiste (solstice d'été), la seconde le 27 décembre pour la saint Jean l'évangéliste (solstice d'hiver). Les frères défilaient, dûment décorés, de Queen's Arms à Stationer's Hall dans le quartier de la cathédrale saint Paul. Ce qui représentait quand même un parcours d'environ six kilomètres, soit une heure et demie de trajet en marchant tranquillement. A partir de 1728, des coches et des chars furent introduits et les jours des processions changèrent quelque peu. Des processions eurent quelques fois lieu le 30 janvier, jour du souvenir de l'exécution du roi Charles 1er. En 1734 on agrégea une fanfare pour la première fois à une procession. En 1739, il y eut même trois fanfares dans le cortège.

    2194798522.jpgCeci dit, l'expression publique de la maçonnerie, au travers des processions, n'a pas toujours été sans violences, notamment en Angleterre. Ainsi, il est établi que cinq processions maçonniques au moins furent perturbées par des processions burlesques, voire des bagarres : en 1724, le 19 mars 1741, le 27 avril 1742, le 2 mai 1744 et le 18 avril 1745. Les journaux de l'époque en témoignent.

    En 1724, William Hogarth a ainsi caricaturé la procession burlesque de l'ordre des Gormagons (ou Gormogons). La gravure s'intitule : The Mystery of Masonry brought to light by ye Gormagons (le mystère de la maçonnerie mis en lumière par vous, Gormagons). Cette gravure a été publiée le 3 décembre 1724 dans le Daily Post. L'ordre des Gormagons avait été fondé par le duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1723, pour tourner en ridicule la franc-maçonnerie. L'ancien dignitaire avait voulu se venger de la jeune Grande Loge qui ne l'avait pas réélu à la grande maîtrise et lui avait préféré le comte de Dalkeith. Les Gormagons avaient pour objectif de dénigrer des maçons. Ils ne dédaignaient pas non plus de faire le coup de poing.

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    William Hogarth s'est inspiré des personnages du roman de Miguel de Cervantès, l'ingénieux Don Quichotte de la Manche, tels qu'il avaient été peints, quelques années plus tôt, par le peintre français Charles Antoine Coypel. Il existe beaucoup d'interprétations de cette gravure. Je n'en ai trouvé aucune qui me satisfasse pleinement. Certains croient même reconnaître le duc de Wharton derrière Don Quichotte et le pasteur Anderson à côté de l'âne Rucio, le dos courbé et la tête entre les barreaux de l'échelle. Ce ne sont que des hypothèses. Rien n'indique que le pasteur Anderson ait fait partie des Gormagons. Il n'était pas un obligé du duc de Wharton. Il n'était pas non plus connu pour des sympathies jacobites. On sait qu'il eut droit à des obsèques maçonniques en 1739 dont la presse britannique de l'époque se fit l'écho. Quant au duc de Wharton, celui-ci se lassa très vite de l'ordre fantaisiste qu'il avait fondé et il reprit très vite des activités maçonniques en Espagne et en France. Il devint d'ailleurs le premier Grand Maître de la franc-maçonnerie française en 1728. Ce qui montre que les relations entre les maçons britanniques et français étaient mal engagées depuis le départ...

    La procession du 19 mars 1741 a fait l'objet de satires et de caricatures. Les "mock masons" (les faux maçons, "faux" au sens où ils n'étaient pas opératifs) ont été moqués dans la presse comme en témoigne cette gravure publiée dans un journal dirigé par Anne II Dodd, fille d'Anne Dodd (une magnat de la presse de cette époque), avec un texte de Paul Whitehead et d'Henry Carey, Esq.

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    Et celle de George Bickham l'aîné.

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    Le 27 avril 1742, une procession maçonnique a été perturbée dans Londres par des plaisantins et des canailles. Elle a été immortalisée par la gravure satirique d'Antoine Benoist intitulée A Geometrical View of the Grand Procession of the Scald Miserable Masons (une vue géométrique de la grande procession des misérables maçons échaudés).

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    Le London Daily Post du 28 avril 1742 note à ce sujet :

    "Hier a eu lieu la fête annuelle de l'ancienne et honorable société des francs-maçons ; ils ont fait à cette occasion une procession de Brook street à Haberdasher's hall et ont offert un divertissement élégant et la soirée s'est achevée dans cette harmonie et cette décence propres à cette société. Mais quelque temps avant que cette société n'ait commencé sa chevauchée, de nombreux cireurs de chaussures et ramoneurs, etc., à pieds ou en chariots, l'avaient devancée en se livrant à un ridicule spectacle pompeux. Ils se sont rendus en procession jusqu'à Temple Bar en plaisantant sur les francs-maçons et en jetant, d'après que nous avons appris, une centaine de livres sterlings, ce qui a provoqué d'importantes bousculades."

    Les années suivantes donnèrent lieu à des confrontations. Les autorités incitèrent la Grande Loge d'Angleterre à abandonner cette coutume sans toutefois y parvenir. En 1744, des maçons et des anti-maçons furent même traduits en justice pour des troubles à l'ordre public. En 1745, quatre processions antimaçonniques ont été organisées pour contrecarrer la procession annuelle des maçons londoniens. Il y eut des bagarres. Finalement, ces échauffourées récurrents amenèrent la Grande Loge d'Angleterre à cesser les processions publiques annuelles dans les rues la capitale britannique à partir de 1747, sans toutefois les abandonner totalement mais en les limitant à des événements exceptionnels.

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    De nos jours, la tradition des processions maçonniques publiques demeure toujours bien vivante dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis en particulier où de grandes parades sont organisées régulièrement. Ces cortèges, généralement, ont lieu lors des fêtes d'ordre ou bien, parfois, lors d'une cérémonie de pose d'une première pierre (d'un temple maçonnique ou d'un bâtiment religieux). En Europe continentale, et plus particulièrement dans les pays de tradition catholique, cette pratique ne s'est jamais développée en raison de l'excommunication qui a frappé les francs-maçons dès 1738. Révéler son appartenance était risqué (notamment pour les prêtres membres de la fraternité). Les persécutions sous les régimes fasciste, nazi, franquiste, salazariste et vichyste n'ont évidemment rien arrangé. Les choses évoluent cependant à leur rythme. En France, il arrive ainsi de plus en plus fréquemment que les francs-maçons défilent publiquement en cordons et sautoirs à l'occasion de manifestations profanes à fort enjeu social (défense de la laïcité et du vivre ensemble, antiracisme, promotion des libertés publiques et individuelles, etc.) ou lors d'occasions particulières (par exemple, le premier mai, au cimetière du Père Lachaise, devant le mur des fédérés). Et encore ! Ces extériorisations sont essentiellement le fait des obédiences dites libérales et adogmatiques.