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  • L'athéisme est-il une croyance ?

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    Je refuse l’assimilation de l’athéisme à une croyance. Cette assimilation implique une équivalence de certitudes. Elle s’explique par le fait que l’athéisme a été longtemps réduit par les cléricaux au rang de maladie mentale et de subversion de l’ordre social et perçu comme un relâchement intolérable des moeurs. L'athéisme est entré dans le vocabulaire comme une négation de Dieu (a-theos). Une négation essentiellement péjorative marquée du sceau de l’infamie.

    L’athée n’a pas besoin de nier ce qui n’existe pas. D'ailleurs on le sent bien : nier ce qui n’existe pas est un abus de négation à moins de parler aux murs. L’athée attend simplement que ceux qui affirment l'existence de Dieu, investissent le champ de la preuve, de la démonstration, en un mot : du réel. Mais l’athée sait la futilité de son attente car il sait que la foi en Dieu est un discours bien rodé qui, précisément, fuit le réel ; un discours respectable qui se suffit à lui-même et qui donc n’a pas besoin de preuve. La foi réside tout entier dans le sentiment et non dans la Raison. Nous ne sommes donc pas du tout dans le même registre de pensée.

    Pour l’athée, Dieu ne fait tout simplement pas partie de sa perception du monde. Ce n’est pas un réflexe, un postulat ou quoi que ce soit d'autre. C’est quelque chose qui n’existe pas. Ce n’est pas le personnage de ses fantasmes. Il n’y pense jamais. Sa vie spirituelle n’a pas besoin des cosmogonies élaborées par les systèmes religieux. Il sait qu’elles existent et que certaines ne sont pas dénuées de beauté mais il les met à de plus justes proportions : ce sont des contes, des allégories, des paraboles, des métaphores, des symboles. S’il se sent désespéré ou coincé par quelque problème que ce soit, il essaie de puiser de nouvelles ressources en lui-même et, s’il est chanceux, dans les paroles réconfortantes ou les conseils judicieux d’un ami de chair et de sang. Il ne prie pas en invoquant, de manière intéressée, des forces supérieures à qui il attribue une capacité à résoudre ses problèmes à sa place. Il n'est pas dans un troc permanent avec le surnaturel. 

    L'athée demande donc simplement aux croyants de ne pas se réclamer de Dieu avec excès afin de pouvoir respirer et penser tranquillement. Par exemple, l’athée n’a pas besoin de nier que la Terre est plate. Il dit que la Terre est une planète, une sphère d’ailleurs irrégulière. Seulement, avant de pouvoir dire cela, avant de pouvoir dire ce qui, aujourd’hui, n’est que l’expression de la normalité, du concret, du réel, ce qu’aucun individu, un tant soit peu sensé, ne s’amuserait à contester, l’athée a reçu quelques mandales dans la gueule. L’athée n’a donc pas besoin non plus de nier l'existence des races humaines. Il dit qu’il n’y a qu’un genre humain et que les distinctions résultent d’une adaptation à l’environnement, au taux de mélanine, à d’autres critères dont l’un des plus importants, en dehors de  la physique et de la biochimie, est la Culture au sens large du terme.

  • Bonne année 6016 !

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    ussher.jpgJe vous souhaite une bonne année 6016 car, comme vous le savez sans doute, l'année maçonnique débute le premier mars.

    On rajoute quatre mille ans à l'année civile en cours.

    Pourquoi ? Parce que, dit-on, la franc-maçonnerie spéculative a voulu faire ainsi référence à la création selon la tradition biblique.

    Plus exactement, il semble que la franc-maçonnerie se soit très librement inspirée de la date de la création du monde telle qu'elle résulte des travaux de James Ussher (1581-1656), primat de l'église calviniste d'Irlande.

    Ce théologien prolifique a notamment publié une chronologie biblique situant la Création dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 octobre 4004 avant Jésus Christ dans le calendrier julien (je suis sûr que ça vous en bouche un coin !).

    Je rappelle que pour la tradition juive, nous ne sommes qu'en 5776 depuis le 13 septembre 2015.

    Je passe évidemment sur le sérieux du calcul. Les connaissances modernes ont fait litière depuis longtemps de ces élucubrations qui n'intéressent plus guère que quelques occultistes ou fondamentalistes religieux. Ce calcul est évidemment sans aucune valeur scientifique.

    La franc-maçonnerie spéculative a pourtant maintenu cette échelle de temps moins par ignorance que pour marquer un rapport différent au temps. La loge travaille en effet de midi à minuit dans une relative uchronie. La référence symbolique à la création du monde est là tout simplement pour signaler que la maçonnerie a toujours existé, sinon dans les faits, du moins dans son principe. Elle existe symboliquement depuis la création de la lumière (Genèse 1:3).

    Enfin, si le début de l'année maçonnique au premier mars a été consacré en franc-maçonnerie spéculative, c'est pour une raison qui n'a rien à voir avec le soleil, l'équinoxe de printemps, le réveil de la nature ou toute autre savante exégèse ésotérico-astrologique. C'est parce que le calendrier julien n'a été adopté en Grande Bretagne et ses possessions qu'en 1752, donc trente-cinq ans après la fondation de la Grande Loge de Londres.

    james ussher,johannes kepler,calvinisme,catholicisme,calendrier julien,calendrier grégorien,temps,année,uchronie,bible,tradition,théodore de bèzeLe maintien du calendrier julien dans les Etats protestants me fait songer à une petite histoire que je vais vous raconter. Thomas Tolnaï Fabricius, pasteur de l'église réformée dans la ville libre de Kežmarok, avait écrit au grand théologien calviniste Théodore de Bèze (1519-1605) pour l'interroger sur divers points de la vie ecclésiastique et notamment sur l'attitude à observer vis-à-vis du calendrier grégorien adopté, en 1587, par le royaume de Hongrie.

    Théodore de Bèze lui répondit habilement dans une lettre en date du 28 août 1593. Plutôt que d'admettre la pertinence du calendrier grégorien, celui qui fut le successeur de Jean Calvin à la tête de l'académie de Genève, préféra ruser et utiliser des voies détournées pour livrer le fond de sa pensée. Bèze se référa à l'astronome luthérien Johannes Kepler (1571-1630) qui avait remarqué, non sans ironie, que les protestants préféraient être en désaccord avec le soleil plutôt qu'en accord avec le pape.

    Il indiqua toutefois au pasteur Fabricius qu'on ne pouvait quand même pas accepter le calendrier grégorien sans approuver d’une certaine manière l’autorité de l’Antéchrist (le pape). Mais dans un souci de prudence et de protection de la communauté calviniste, il lui conseilla néanmoins d'obéir au Magistrat quelque regrettable qu'ait été sa décision.

    Théodore de Bèze fit preuve d'habileté. Ancien ambassadeur, il savait exprimer sa pensée avec diplomatie. En se référant aux propos irrévérencieux d'un grand astronome protestant, Bèze reconnut implicitement la supériorité du calendrier grégorien sur le calendrier julien. Mais il prit soin d'exprimer, malgré tout, son attachement à la foi réformée de façon suffisamment rigoureuse pour que son opinion ne fût pas interprétée à tort comme une reconnaissance de l'autorité de Rome dans la mesure du temps. Bref, c'était au pasteur Fabricius de bien savoir lire entre les lignes et d'agir au mieux des intérêts de ses ouailles...