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  • Socialisme et franc-maçonnerie (2)

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    mouvement socialiste,orazio raimondo,adrien meslier,alexandre desrousseaux,andrea costa,arthur groussier,benito mussolini,franc-maçonnerie,france,giovanni lerd,giovanni zibordi,grande oriente d'italia,italie,jean jaurès,jules guesde,marcel sembatLe correspondant de L'Humanité, Antonio Fabra Ribas, est embarrassé. Il doit à présent expliquer aux lecteurs du quotidien socialiste la position du Parti socialiste d'Italie (PSI) dans un article dont la publication est prévue pour le 6 mai 1914. La Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), comme on va le voir plus loin, n'a pas pris les mêmes options que le PSI. Fabra Ribas se met donc à la tâche et, après avoir fait un compte-rendu des débats, il conclut en ces termes :

    "Pour bien comprendre l'attitude des socialistes italiens vis-à-vis de la franc-maçonnerie, il faut tenir compte que les francs-maçons ont été bien souvent, en Italie, les défenseurs acharnés du Trône, qu'ils ont défendu de toutes leurs forces l'expédition en Tripolitaine et qu'ils essayèrent d'étouffer la protestation que les socialistes avaient organisée contre la visite du tsar en Italie."

    Pour Fabra Ribas, ce vote obéit à des considérations de politique intérieure. Si son analyse n'est pas fondamentalement inexacte, elle reste laconique. Elle doit donc être fortement nuancée.

    1) Le nombre de francs-maçons italiens ayant leur carte du Parti socialiste est relativement modeste. Dans son numéro de juin-août 1913 (p.81) la revue maçonnique italienne Acacia estime qu'il n'excède pas 2000 militants. Il faut rappeler à cet égard que le PSI avoisine, en 1914, les 30 000 membres sans qu'on puisse toutefois donner un nombre précis. Les socialistes maçons représenteraient donc un peu moins de 7% des militants du PSI et 11% des membres du Grand Orient d'Italie (G∴O∴I∴), l'obédience maçonnique nationale. C'est donc une "minorité" au sein du PSI qui n'a pas les capacités d'influencer sa ligne politique pour des raisons structurelles : a) cette minorité n'a pas conscience d'elle-même ; b) elle ne s'incarne pas dans une organisation ou une association ; c) le G∴O∴I∴ ne s'est jamais risqué à lui donner de consignes expresses ; d) sa faiblesse s'est confirmée à Ancône. Le fantasme du complot fait croire aux adversaires de la maçonnerie à une sorte de conjuration souterraine, extrêmement bien organisée et efficace, alors que la réalité est infiniment plus triviale. Il y a des individus qui ont en partage le fait d'avoir un double engagement qu'ils jugent complémentaires : un engagement politique au sein du PSI et un engagement philosophique dans la maçonnerie. D'autres socialistes s'investissent dans d'autres causes : la cause féministe, la cause crématiste, la libre pensée, etc.

    Goi-Logo.png2) En franc-maçonnerie, chacun demeure libre de ses opinions politiques. Il n'y a pas de mots d'ordre même si les Obédiences peuvent exprimer un attachement à des valeurs et même si, pendant plusieurs années, elles ont voulu être à la pointe de la réflexion sur la société. Dès que les partis politiques se sont créés et structurés en Italie, dès que l'unité du pays n'a plus été remise en cause, le G∴O∴I∴ s'est davantage concentré sur des activités philosophiques et spécifiquement maçonniques. On observe d'ailleurs le même phénomène avec le Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) et la Grande Loge de France (G∴L∴D∴F∴). Les loges sont donc des creusets où fraternisent des hommes d'horizons politiques, culturels, sociaux et philosophiques différents. En Italie, on trouve dans les loges en 1913, toujours selon la revue Acacia, environ 28% de monarchistes constitutionnels, 23 % de radicaux, 15% de républicains, 11% de socialistes (révolutionnaires et réformistes compris) et grosso modo 23% de francs-maçons qui ne se reconnaissent dans aucun parti politique. Les monarchistes (constitutionnels et radicaux) sont certes majoritaires (51%), mais ils sont loin d'être ultra-dominants.

    3) On ne peut donc pas déduire une action concertée, consciente et surtout permanente des francs-maçons sur la politique italienne. Il y a certes des francs-maçons italiens politiquement engagés mais toujours à titre personnel. L'exemple de la guerre en Libye le démontre. Si les socialistes italiens accusent les francs-maçons du G∴O∴I∴ d'avoir défendu la guerre en Tripolitaine (région historique de la Libye qui fut sous domination turque jusqu'en 1912), il ne faut pas oublier non plus que les nationalistes italiens accusent les francs-maçons du G∴O∴I∴ de comploter au contraire contre les intérêts de la nation. Les nationalistes leur reprochent d'avoir soutenu, dans le passé, le mouvement Jeunes Turcs. Par conséquent, on le voit, pour les socialistes italiens, les francs-maçons sont des agents de la bourgeoisie, des monarchistes, des ennemis du pacifisme, de l'internationalisme et des turcophobes en raison de l'expédition libyenne ; pour les nationalistes italiens, les francs-maçons appartiennent au contraire à une institution aux ramifications internationales qui est donc, par nature, antipatriotique, antimonarchiste, antireligieuse et turcophile. La franc-maçonnerie est prise en tenaille entre l'extrême gauche et l'extrême droite.

    - A suivre : socialisme et franc-maçonnerie (3) -

  • Daniel Keller à Millau (suite)

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    Daniel Keller, conférence, Millau, GODFJe me suis rendu à Millau (Aveyron), le 15 janvier, pour assister à une conférence publique de Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France, sur la laïcité et le vivre ensemble. Cette réunion, organisée par la loge Paix et Liberté de Millau, a réuni une centaine de personnes malgré le mauvais temps et la neige. Elle fut donc un réel succès.

    Lors de sa prise de parole, Daniel Keller a insisté sur le rôle central de la laïcité qu'on réduit beaucoup trop selon lui à la simple coexistence pacifique entre les religions alors que son objet est beaucoup plus large et repose sur la séparation des églises et de l'Etat et la liberté de conscience pour chaque citoyen.

    Le Grand Maître a longuement analysé les grandes problématiques contemporaines auxquelles la société française est confrontée : la place de l'Islam, le fanatisme religieux (quel qu'il soit), l'attitude des pouvoirs publics face aux revendications des confessions religieuses, l'application parfois compliquée de la loi de 1905, la radicalisation du débat public (notamment quand le parlement discutait de l'extension du mariage aux couples de même sexe), etc. Cette liste est bien entendu non exhaustive, mais elle montre que la laïcité couvre un large spectre de préoccupations concrètes.

    Daniel Keller a ensuite répondu aux questions du public.

    Je crois pouvoir dire que la venue du Grand Maître à Millau été très appréciée. Elle est un encouragement pour nos petites loges qui travaillent en Aveyron, en Lozère, dans le Cantal, dans les hauts cantons de l'Hérault, etc.

  • Socialisme et franc-maçonnerie (1)

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    Le 14e congrès du Parti socialiste italien (PSI), réuni à Ancône les 26, 27 et 28 avril 1914, a voté à une très forte majorité un ordre du jour déclarant qu'il y a incompatibilité pour ses membres à appartenir à la fois à la franc-maçonnerie et au PSI. Le congrès invite les sections à expulser leurs membres qui, à l'avenir, ne respecteront pas cette règle.

    Ce vote a mis un terme à neuf années de débats passionnés au sein du PSI. Déjà par deux fois, aux congrès de Bologne en 1904 et de Milan en octobre 1910, la question de la double appartenance PSI/franc-maçonnerie avait été posée aux militants socialistes sans pouvoir être tranchée faute de quorum.

    En janvier 1910, la mort d'Andrea Costa, considéré comme l'un des fondateurs du mouvement socialiste italien et franc-maçon notoire, avait donc relancé le débat sur le sujet et engendré une guerre des tendances au sein de l'appareil.

    En avril 1914 donc, le quorum ayant été atteint, la question a pu être enfin tranchée. De manière plus profonde, cette décision consacre donc la victoire interne des socialistes révolutionnaires sur les socialistes réformistes.

    Lors du congrès, adversaires et partisans de la double appartenance se sont affrontés à la tribune et ont rivalisé de formules oratoires pour convaincre l'auditoire du bien-fondé de leurs arguments.

    La première tendance, celle des adversaires de la franc-maçonnerie, est représentée par Giovanni Zibordi et Benito Mussolini. Le second, en particulier, jouit d'un prestige de plus en plus grand auprès des militants socialistes. Non seulement Mussolini est jeune, mais il est aussi le responsable de la puissante section socialiste de Forli et, surtout, il dirige le quotidien socialiste L'Avanti ! qui donne un peu le ton au sein du PSI. Diriger un journal, c'est en effet un moyen indispensable pour faire de la politique et relayer ses idées (Jaurès, en France, l'a très bien compris).

    Zibordi et Mussolini ont tous deux défendu un purisme idéologique qui exclut toute compromission, directe ou indirecte, avec l'Ordre maçonnique.

    Lors du congrès d'Ancône, Giovanni Zibordi a déclaré (cf. L'Humanité, 6 mai 1914):

    "Nous combattons la franc-maçonnerie non pas pour son origine philosophique plus ou moins lointaine, mais pour son rôle actuel qui est pernicieux pour l'éducation socialiste."

    Que veut-il dire par "éducation socialiste" ? Une chose très simple. L'éducation socialiste désigne la lutte des classes qui doit aboutir à la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie et à l'instauration du socialisme, c'est-à-dire d'une société plus juste et égalitaire. Le problème, ce n'est donc pas la nature philosophique de la franc-maçonnerie, mais c'est la méthodologie maçonnique qui postule une sorte de fraternité universelle censée gommer les différences sociales et instaurer, au sein des loges, une promiscuité regrettable entre le prolétaire et le bourgeois. L'action pernicieuse de la franc-maçonnerie sur l'éducation socialiste consiste à éloigner le prolétaire des nécessaires luttes sociales et à entretenir la confusion dans l'esprit des masses.

    Mussolini ne dit pas autre chose mais de manière encore plus brutale, ironique et définitive (cf. L'Humanité, 6 mai 1914) :

    "On a voulu établir une affinité philosophique entre le socialisme et la franc-maçonnerie. Je nie que cette affinité existe à moins que l'on ne cherche aussi à établir des affinités entre le socialisme et Confucius, et le Christ, s'il a existé, et avec les Chinois d'il y a quatre mille ans. Tout le monde a eu une affinité quelconque avec l'idée socialiste. Il peut être vrai que la maçonnerie tend vers l'humanitarisme, mais il est déjà temps de réagir l'excès d'humanitarisme qui est en train de s'infiltrer dans le Parti. On a parlé aussi de l'oeuvre anticléricale de la franc-maçonnerie. De deux choses l'une : ou l'anticléricalisme maçonnique est le même que l'anticléricalisme socialiste, et alors il fait double emploi avec le nôtre, ou il n'est pas le même et alors il ne peut pas nous intéresser."

    Selon Mussolini, la Franc-Maçonnerie est un obstacle au renouvellement du socialisme autour d'une ligne révolutionnaire et anticapitaliste. A son avis, la Franc-maçonnerie exerce trop de pressions « bourgeoises » au sein du Parti Socialiste, notamment à travers la promotion des « Blocchi popolari » (coalition des partis de gauche en faveur d'une politique fortement anticléricale). L'autonomie du Parti socialiste exige donc une rupture et une purge de tous ses éléments potentiellement subversifs, c'est-à-dire de tous les francs-maçons qui, dans l'appareil socialiste, sont les agents rampants de la bourgeoisie.

    La seconde tendance qui, elle, est favorable à la double appartenance est principalement représentée par Orazio Raimondo et Giovanni Lerda. Le premier est avocat et député de Sanremo. Le deuxième est éditeur et militant socialiste de la première heure. Tous deux sont francs-maçons actifs au sein du Grand Orient d'Italie (GOI). Raimondo est membre de la loge Giuseppe Mazzini à Sanremo, Lerda de la Loge Dante Alighieri à Turin.

    Raimondo et Lerda, tout au long du congrès d'Ancône, ont parfaitement bien compris les intentions de Zibordi et Mussolini. A travers la question maçonnique, il s'agit pour Zibordi et Mussolini de provoquer la rupture avec les socialistes réformistes et de radicaliser la doctrine du PSI. Pour Raimondo et Lerda, la question de la franc-maçonnerie est donc un prétexte pour prendre le contrôle de la formation politique. Ils ne se privent pas de rappeler que si un socialiste peut appartenir à des organisations dont les buts ne sont pas contraires à ceux du PSI (associations pacifistes, de libre pensée, etc.), il doit pouvoir également appartenir à la franc-maçonnerie si tel est son choix.

    Lucidement, Orazio Raimondo s'exclame à la tribune du congrès (cf. L'Humanité, 6 mai 1914) :

    "Je demande à ceux qui nous reprochent d'être maçons, de dire clairement leur pensée. J'ai l'impression que ce débat est une sorte de message préliminaire à notre expulsion du Parti. En tout cas, nous déclarerons devant les sections desquelles nous relevons, notre qualité de maçons, en les laissant en liberté d'appliquer les décisions du congrès."

    Or justement, le congrès n'a donné aucune marge de manoeuvre aux sections. C'est donc le départ exigé de tous les socialistes maçons qui veulent demeurer maçons. Ce qui est le cas d'Orazio Raimondo et de Giovanni Lerda qui, tous deux, sentent confusément qu'il vient de se produire quelque chose d'inquiétant à Ancône. Ce Benito Mussolini, grand vainqueur du congrès et figure montante du Parti, qui est-il vraiment ? Que veut-il ? Raimondo et Lerda le trouvent un peu trop exalté et sûr de lui. Ils ont bien vu que Mussolini a un sens grandiose de sa personne, ce qui le rend, de façon générale, peu réceptif au dialogue et à la nuance. Ils ont bien perçu la brutalité et la violence de son verbe qui a hypnotisé les congressistes. Raimondo et Lerda ont senti chez ce Mussolini une approche autoritaire de l'action politique, a priori peu compatible avec la démocratie et l'idéal socialiste. Mais il est désormais trop tard. Les jeux sont faits. En déchirant sa carte du PSI, Orazio Raimondo, conscient de son échec, a d'ailleurs dit avec amertume :

    "Je ne veux pas. Je suis ce que je suis (Io non scelgo, rimango quello che sono)."

    En effet, comment rester libre en niant sa propre identité ? Si on ne veut pas se soumettre, il faut alors se démettre. Il n'y a pas d'alternative.

    - A suivre. Socialisme et franc-maçonnerie (2) -

  • L'affaire des fiches (4) : les effets du scandale

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    monseigneur carlo montagnini,monseigneur armand-joseph fava,jean-baptiste bidegain,godf,antimaçonnisme,franc-maçonnerie,république,général louis andré,henry-joseph tourmentin,abbé ernest jouin,abbé gabriel de bessonies,paul déroulède,jules guérin,roger mennevée,jean guyot de villeneuve,gabriel syveton,henri mollin, affaire des fichesL'affaire des fiches n'eut pas les effets politiques escomptés. Le bouillonnant Gabriel Syveton se suicida par asphyxie le 8 décembre 1904, la veille de sa comparution devant la Cour d'assises de la Seine pour la voie de fait commise avec préméditation sur la personne du général André (cf. Gabriel Terrail dit Mermeix, La mort de Syveton, Fayard, Paris, 1925, passim).

    On a beaucoup brodé sur les circonstances précises de ce décès aussi brutal que prématuré. Bien évidemment les paranoïaques du combat antimaçonnique n'ont pas manqué d'y voir un assassinat commandité par le Grand Orient. La réalité semble plus triviale. En effet, le député nationaliste Syveton était soupçonné d'avoir détourné de l'argent de la Ligue de la Patrie Française qu'il présidait. Il était également impliqué dans une affaire de moeurs avec Marguerite, sa belle-fille, et Anna, sa bonne. Il craignait que le procès d'assises ne révèle au grand jour ses turpitudes et ne le discrédite complètement.

    L'affaire des fiches n'empêcha pas non plus les parlementaires de discuter et de voter la loi de séparation de l'église et de l'Etat le 9 décembre 1905. Elle n'a pas davantage empêché la gauche de largement emporter les élections de mai 1906.

    Quant au député Guyot de Villeneuve, celui ne retira aucun avantage politique de l'affaire puisqu'il perdit son siège de député ! Il mourut en 1909 des suites d'un accident de voiture.

    L'affaire des fiches n'eut aucune incidence sur la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus obtenue auprès de la Cour de cassation en juillet 1906. Les antisémites, les antimaçons et les obsessionnels du complot furent contraints de revoir leurs plans en se rabattant sur leurs librairies, leurs maisons d'édition et leurs ouvrages délirants.

    Quant au traitre Bidegain - l'homme qui rendit le scandale possible - il connut une destin tragique. Le malheureux fut rapidement livré à lui-même, détesté par les républicains et les francs-maçons et méprisé par la droite et le clergé. On le crut mort au Caire en décembre 1904. En réalité, l'homme survécut à l'affaire grâce à ses maigres talents de plume. Après la première guerre mondiale, il tenta de percer à nouveau dans le journalisme mais il trouva porte close. Il décida donc de se faire oublier et ouvrit, sous le nom de sa première femme, une affaire de papeterie à Neuilly-sur-Seine, boulevard Bineau. Après de vains appels au secours, plongé dans une misère extrême, il se suicida au cyanure avec Philomène Arnaud, sa seconde épouse. On retrouva leurs cadavres le 8 décembre 1926.

    Personnellement, je ne crois pas du tout à la thèse de Mennevée qui fit de Bidegain une sorte d'espion dormant, entré en maçonnerie dans les années 1890 dans le seul et unique objectif de lui nuire et de reverser la République. Je crois que la vérité doit être recherchée dans la médiocrité et l'insignifiance d'un homme dépourvu de convictions et qui a tout simplement voulu se venger parce qu'il n'avait pas obtenu la place espérée.

    Cependant si l'affaire des fiches n'a pas eu d'effets politiques immédiats, elle a néanmoins durablement marqué les esprits au point d'avoir été à la maçonnerie française ce que l'affaire de la loge P2 a été à la maçonnerie italienne. Elle a sans doute conforté à la fois le ressentiment des adversaires de la République et leur volonté d'en découdre. Elle explique aussi pour beaucoup la haine que Philippe Pétain vouait à la franc-maçonnerie qu'il rendait responsable d'entraves à sa carrière militaire.

    Enfin, maçonniquement parlant, l'affaire des fiches a été le point culminant de l'engagement du Grand Orient dans la vie politique du pays. Le scandale retentissant qu'elle provoqua incita le Conseil de l'Ordre à davantage se recentrer sur les préoccupations initiatiques et symboliques spécifiques à la démarche maçonnique.

  • L'affaire des fiches (3) : les dessous du scandale

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    monseigneur carlo montagnini,monseigneur armand-joseph fava,jean-baptiste bidegain,godf,antimaçonnisme,franc-maçonnerie,république,général louis andré,henry-joseph tourmentin,abbé ernest jouin,abbé gabriel de bessonies,paul déroulède,jules guérin,roger mennevée,jean guyot de villeneuve,gabriel syveton,henri mollin, affaire des fiches

    C'est lors de la séance du 28 octobre 1904 que l'affaire des fiches éclata à la Chambre des députés à l'initiative du député nationaliste et catholique Jean Guyot de Villeneuve. Cette séance fut d'une extraordinaire violence. A la fin des débats, le général André, ministre de la guerre, fut apostrophé et giflé par le député nationaliste Gabriel Syveton !

    Pourtant, il semble que les réactionnaires n'avaient pas prévu de faire éclater le scandale à ce moment là et qu'ils auraient préféré divulguer l'affaire des fiches lors des législatives de 1906 en vue de modifier profondément la majorité parlementaire, puis de renverser la troisième République.

    Jean-Baptiste Bidegain est revenu sur l'affaire dont il a été à l'origine dans un article consacré à l'un des intermédiaires, l'abbé Gabriel de Bessonies décédé en 1913 (cf. Revue Internationale des Sociétés Secrètes, 5 décembre 1913, pp. 4631 et suivantes) :

    « [Les documents transmis] devaient servir exclusivement pour les élections générales [de 1906], afin de mettre en accusation devant le suffrage universel le régime maçonnique tout entier, et non contre tel ou tel ministère. La divulgation du dossier ne devait avoir lieu que peu de temps avant la séparation des Chambres qui précéderait les élections, afin de ne point laisser au gouvernement le loisir de remédier aux conséquences de ces révélations. »

    Et de poursuivre :

    « Travailler en 1904 à la chute du ministère Combes, était une besogne vaine. Le bloc se reforma sous un autre chef et le départ d'André fut, en somme, un incident sans grande importance. Dans une république où la maçonnerie est maîtresse de la majorité parlementaire, les ministres peuvent se succéder sans que cela ait une influence quelconque sur la marche des affaires, leur oeuvre n'est pas le résultat de leur volonté personnelle, mais leur est imposée par la secte dont ils sont les serviteurs, parfois les esclaves. La seule oeuvre utile à entreprendre était la modification de la majorité de la Chambre, et, par conséquent, une campagne électorale exclusivement anti-maçonnique,dirigée contre l'oeuvre tout entière de la IIIe République. Le succès, et même un demi-succès, aurait permis de tenter ensuite, avec le concours de l'armée, certaines opérations de salubrité publique. »

    Le coup de force contre les institutions républicaines était donc clairement envisagé après les législatives de 1906. C'est en tout l'affirmation de Bidegain qui, sans doute, voulait se donner un rôle plus important que celui qu'il avait eu en réalité.

    Quelles furent les circonstances imprévues qui justifièrent le bouleversement de calendrier ? Bidegain n'en dit mot. On en est réduit à formuler des hypothèses. La plus plausible repose sur des divergences de stratégie. Les éléments du scandale circulaient parmi les parlementaires de droite. Guyot de Villeneuve, qui les avaient eus entre les mains car il avait été aussi un bailleur de fonds de Bidegain,  était pressé de renverser le ministère Combes. L'homme était d'un caractère impulsif comme beaucoup d'extrémistes. Il avait aussi un compte personnel à régler. En effet, il avait démissionné de l'armée en décembre 1901, emporté par les soubresauts de l'affaire Dreyfus et la disgrâce de ses supérieurs hiérarchiques. Ce parcours personnel a probablement pesé dans la décision de Guyot de Villeneuve d'attaquer le gouvernement sans attendre les élections législatives de 1906. Une chose est sûre en tout cas, c'est la volonté assumée de renverser la République. Alors certes, il n'y eut pas le renversement escompté du régime mais le ministère Combes n'y résista pas.

    L'affaire fit donc scandale. Et c'est toujours ainsi qu'elle est perçue cent onze ans après. Pourtant, l'ampleur de ce scandale doit aussi beaucoup au manque d'énergie du Grand Orient et du ministre de la Guerre à se défendre face aux attaques de la droite parlementaire. Roger Mennevée notait à juste raison (cf. Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, juin 1927, p. 224) :

    « Au lieu de nier les faits ou de les excuser tant bien que mal, il fallait en revendiquer fièrement la plus entière responsabilité, devant la nécessité de donner à l'armée française un corps d'officiers républicains, au lieu de la camarilla réactionnaire prête au coup d'Etat qu'elle comportait alors. »

    - A suivre. L'affaire des fiches (4) : les effets du scandale -

  • La franc-maçonnerie face aux totalitarismes

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    franc-maçonnerie, magazine, médias, newsJe vous signale la parution du prochain numéro de Franc-Maçonnerie magazine consacré à la franc-maçonnerie face aux totalitarismes.

    Quand je pense que les adversaires de la maçonnerie (souvent plein d'indulgence pour les deux messieurs de la couverture ci-contre) se plaisent à en dénoncer le caractère prétendument secret et subversif, je ne saurais trop leur conseiller de se procurer ce magazine chez leurs marchands de journaux , voire de s'y abonner !

    Plus sérieusement maintenant, je dois reconnaître que Franc-Maçonnerie magazine a réussi son pari osé : celui de proposer au grand public un périodique généraliste consacré à la franc-maçonnerie, soigneusement documenté, richement illustré et distribué dans les kiosques, les bureaux de tabac presse, les librairies, les espaces culturels des grandes surfaces, etc.

    A titre personnel, je ne croyais pas à cette aventure quand le premier numéro est sorti en novembre 2009. Six ans et quarante-cinq numéros plus tard, il est grand temps que je révise mon jugement ! Franc-Maçonnerie magazine est devenu un titre de référence.

    En attendant de retrouver le numéro 45 dans les kiosques, Conform édition vous le propose en avant-première pour 7,95 € (port inclus).

     

  • L'affaire des fiches (2) : le rôle du Grand Orient

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    ob_4b730e_10423716-670989179602796-8386132840519.jpgPourquoi le général Louis André a-t-il fait appel au Grand Orient pour cette opération de fichage alors qu'il n'était pas franc-maçon ? Parce que la principale obédience maçonnique française soutenait ouvertement le régime et possédait un réseau de loges étoffé couvrant la quasi-totalité du territoire national. Le général André pensait que les francs-maçons demeurant dans les villes de garnison étaient en capacité de faire remonter des informations utiles au gouvernement. Ce vieil officier à la brillante carrière connaissait parfaitement le milieu militaire. Il connaissait les jugements de valeur expéditifs des autres officiers sur le désordre, la République, les pauvres (graines de socialiste), les juifs, les francs-maçons, les protestants, les athées, les positivistes, les libres-penseurs, etc.

    Le général André n'était pas un idéologue (son épouse était catholique pratiquante et ses enfants avaient été élevés religieusement). C'était un homme libre qui n'hésitait pas à accepter des promotions d'officiers malgré les préventions du Grand Orient de France s'il estimait que cela allait dans l'intérêt du pays et d'une meilleure organisation de l'armée. C'était aussi un homme pragmatique et lucide. Il craignait un coup d'Etat de l'armée et le renversement de la République. Cette crainte n'était pas une vue de l'esprit. Elle reposait sur le précédent de février 1899. Les partisans du général Boulanger, réunis dans une coalition hétéroclite (Paul Déroulède, Jules Guérin et d'autres), n'avaient-ils pas tenté de marcher sur l'Elysée en espérant que l'armée sorte de ses casernes ? Le fichage des cadres de l'armée lui était donc apparu comme un mal nécessaire. Il faut noter d'ailleurs que le fichage était couramment pratiqué par les ennemis de la République.

    On peut cependant s'étonner que le Grand Orient ait accepté de prêter son concours actif à cette opération. Mais ce serait oublier que les francs-maçons faisaient eux-mêmes l'objet d'un fichage intensif de la part d'ecclésiastiques et de journalistes sensibles aux thèses conspirationnistes. Ainsi l'abbé Henry-Joseph Tourmentin, l'abbé Ernest Jouin, l'abbé Gabriel de Bessonies dit Gabriel Soulacroix et Monseigneur Armand-Joseph Fava, Paul Copin-Albancelli, Abel Clarin de La Rive, etc., publiaient régulièrement des listes de francs-maçons et animaient des mouvements antimaçonniques très actifs. Il existait à l'époque une presse spécifiquement antimaçonnique et conspirationniste (cf. l'encart ci-dessous).

    - A suivre. L'affaire des fiches (3) : les dessous du scandale -

     

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    Les principaux journaux antimaçonniques de La Belle Epoque

    • LA FRANCE CHRÉTIENNE ANTIMAÇONNIQUE. Cette revue hebdomadaire est devenue un tout petit peu plus tard LA FRANCE ANTIMAÇONNIQUE. Elle était dirigée par Clarin de la Rive.
    • A BAS LES TYRANS, hebdomadaire créé en avril 1900 et dirigé par Paul Copin-Albancelli (un ancien maçon) et Louis Dasté. Cet organe change son nom en 1901. Il devient LA BASTILLE.
    • LA FRANC-MAÇONNERIE DÉMASQUÉE, mensuel dirigé par Gabriel Soulacroix, pseudonyme de l'abbé de Bessonies.
    • LE BULLETIN DU COMITE ANTIMAÇONNIQUE DE PARIS, bi-mensuel édité à partir de 1902 par l'abbé Tourmentin.

    Les principales organisations antimaçonniques de La Belle Epoque

    • LE COMITÉ ANTIMAÇONNIQUE DE PARIS, créé en 1897 avec pour animateur l'abbé Tourmentin.
    • LE CONSEIL ANTIMAÇONNIQUE DE FRANCE, dirigé par Abel Clarin de La Rive.
    • LE GROUPE DES AMIS DE « A BAS LES TYRANS », dirigé évidemment par Paul Copin-Albancelli. Ce groupe s'est transformé à partir de 1901 en UNION FRANÇAISE ANTIMAÇONNIQUE.
  • Une lettre ouverte de Michel Maffesoli

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    Michel Maffesoli, avec qui j’ai le plaisir de correspondre, m’a gentiment fait parvenir une lettre ouverte qu’il a adressée préalablement à Ronan Loaëc et Gérard Contremoulin, ses destinataires originels.

    Je ne reviendrai pas sur le fond de cette affaire qui – fort heureusement – n’a pas les dimensions de celle des fiches.

    Je relaye cette lettre ouverte sur « 3, 5, 7 et plus » afin qu’elle soit lue même si je m'empresse de préciser que Michel Maffesoli m’a laissé entièrement libre d’en faire l’usage que je souhaitais.

    Sur la forme, cette lettre est très claire et très bien écrite. Elle n’est pas longue. Six pages... L’exercice n’est donc pas insurmontable ! Point n’est besoin d’être docteur ès sociologie pour en comprendre le contenu.

    Après, sur le fond de cette lettre, c’est à chacun, bien sûr, de se faire sa propre opinion en toute indépendance. Michel Maffesoli y analyse cette paresse, si communément partagée (je me mets évidemment dans le sac !), qui consiste à asséner : « Je n’ai pas lu, je n’ai pas vu, mais j’ai entendu causer ».

    Cette paresse, souvent condescendante, alimente les préjugés, conforte les incompréhensions et bride les intelligences.

    Michel Maffesoli revient également sur son parcours universitaire et maçonnique avec sincérité et sobriété.

    Bref, discuter les opinions d’autrui, c’est une nécessité. Cela fait partie de tout travail intellectuel et cela fait partie aussi du débat démocratique. Encore faut-il que les « arguments » ne soient pas en réalité de mesquines attaques dirigées contre les personnes.

    Michel Maffesoli m’a également transmis sa bibliographie. Je la publie ici pour celles et ceux qui voudraient se familiariser avec son œuvre.

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    Lettre ouverte de Michel Maffesoli

    Bibliographie de Michel Maffesoli