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  • Jean-Louis Bianco : « Je ne démissionnerai pas »

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    « Je suis nommé par décret du président de la République. Celui-ci m'a simplement fait savoir qu'il souhaitait que je ne démissionne pas. Je ne démissionnerai pas. » Si ce que dit Jean-Louis Bianco est exact, alors les tentatives de déstabilisation de l'Observatoire de la Laïcité devraient rapidement s'estomper et l'on pourra enfin passer à autre chose.

    Vous trouverez ci-dessous l'interview de Jean-Louis Bianco du 21 janvier 2016. Celui-ci recadre le débat et montre la petitesse de cette polémique comparée aux enjeux sociétaux de la laïcité.

    Il rappelle que l'Observatoire de la Laïcité, dont il souligne le travail, défend et promeut la laïcité consacrée par notre droit positif face à ceux qui veulent s'accaparer la notion pour la tordre dans tous les sens.

  • Hommage à David Bowie

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    Je vous propose un petit hommage sympathique à David Bowie récemment décédé. Celui de Paul Bowen, grand organiste de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Paul Bowen interprète Life on Mars ? dans le Grand Temple du Freemasons' Hall.

    Cette vidéo ne manquera pas de relancer les spéculations sur l'appartenance maçonnique de David Bowie.

    Ah ! Les mystères... Hein ?

    Pour la petite anecdote, Rick Wackerman, le pianiste et claviériste qui a interprété le morceau sur l'album Hunky Dory, est bien un F∴ et membre de la R∴L∴ Chelsea n°3098 (source : GLUA, je ne divulgue rien).

  • Maçonnerie et rationalisme

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    franc-maçonnerie,rationalisme,mythe,réflexion,philosophieJe suis sidéré de constater à quel point le rationalisme est de plus en plus ravalé insidieusement au rang d'un dogmatisme, lui qui, justement, a pour parti de ne pas se soumettre à un préjugé ou à une idée préconçue ! Avant même d'être un mouvement philosophique, le rationalisme est d'abord une attitude d'exigence. Loin de nier la part d'irrationnel qu'il peut y avoir dans l'existence et chez les individus, le rationalisme consiste à faire usage de la raison, de l'expérimentation, de l'administration de la preuve, etc., pour comprendre le monde. Le rationalisme est donc intrinsèquement ouvert à tous les possibles. C'est la pensée libre.

    Si le rationalisme a pu prendre des aspects militants et plus offensifs, c'est, ne l'oublions pas, parce qu'il a été combattu violemment par les dogmatismes institutionnalisés, en particulier par les religions révélées. Si nous vivons dans une société démocratique ouverte et pluraliste, qui permet même aux croyances les plus irrationnelles de s'exprimer, nous le lui devons en très grande partie.

    J'ai dit plus haut que le rationalisme était une attitude d'exigence. J'ajoute : un mouvement constant d'effort qui construit et déconstruit sans cesse. En effet, un savoir, une certitude, une pratique peuvent, à tout instant, être ébranlés et remis en cause. Le rationalisme, c'est le travail du négatif cher à Hegel. Je le retrouve aussi dans cette très belle phrase d'Alain : "Une idée que j'ai, il faut que je la nie, c'est ma manière de l'essayer" (cf. Alain, Histoire de mes pensées, Gallimard, Paris, 1936). Le rationalisme est donc une volonté de comprendre qui passe par l'examen des faiblesses, des incohérences de n'importe quel système de pensée, de n'importe quel savoir pour en éprouver la réelle solidité.

    Le rationalisme n'est pas l'ennemi de la foi. Il lui en a même redonné ses lettres de noblesse si je puis dire. En tout cas, ce sont deux choses distinctes. Le rationalisme fait appel aux ressources de l'intelligence et de l'analyse. La foi est du ressort de l'émotion, du sentiment. Le premier fait appel à l'expérience, à la confrontation des idées, aux connaissances. La seconde se suffit à elle-même et se contente d'être. C'est ce qui explique que l'on peut être rationaliste tout en étant un homme de foi. Il suffit de songer par exemple à Thomas d'Aquin dont l'œuvre théologique a consisté notamment à analyser la foi sous l'angle de la raison. Ce que l'on a dans son cœur peut très bien coexister avec la volonté d'utiliser son entendement. On dit que le cœur a ses raisons que la raison ignore. C'est sans doute vrai, à condition que l'on puisse affirmer aussi que la raison a un cœur que le cœur ignore.

    Le rationalisme n'est pas l'ennemi du merveilleux et de l'irrationnel. Il est un étonnement constant ! Quand je lève les yeux pour contempler le ciel, comme tout un chacun, je suis absorbé aussi par le mystère d'être là dans cet univers. Mais je sais aussi qu'être absorbé par le mystère, ce n'est pas mettre le genou en terre devant lui. Tous les mystères ont vocation à être transpercés, par touches successives, par tâtonnements, par les connaissances, les découvertes, les expériences, que sais-je ? Les mystères sont hors du temps. Le rationalisme, lui, s'inscrit dans la durée... Comme une rivière qui érode le sol calcaire, qui finit par y creuser son lit, voire les gorges les plus profondes. Comme les gouttes qui, jour après jours, forment les concrétions les plus inattendues et les plus belles. Et lorsque un mystère est transpercé partiellement ou complètement, il cesse d'être dans l'intemporalité. Il s'inscrit dans la durée, dans le mouvement continue de la quête de connaissances.

    Le rationalisme n'est pas prétentieux. Contrairement à ce qu'on entend parfois, le rationalisme n'est pas l'attitude qui conduit un individu à prétendre tout savoir. Le temps de l'humanisme de la Renaissance et des savants multicartes est révolu depuis le dix-neuvième siècle. Aujourd'hui, les savoirs se sont tellement étoffés et spécialisés qu'il est impossible pour un même homme de se constituer un socle encyclopédique de connaissances. Le rationaliste est conscient de cet état. D'où sa volonté de rechercher des informations contradictoires pour les confronter, de se documenter, de faire appel à des personnes qui en savent plus que lui sur tel ou tel sujet.

    Pour en venir à la maçonnerie, le rationalisme a joué en son sein un grand rôle. Il a permis d'instituer la maçonnerie en champ à investiguer. Si le fait maçonnique est étudié à l'université, si des documents sont tirés de l'oubli pour être analysés et débattus, c'est grâce à l'attitude rationaliste. Il serait tellement plus facile de se contenter de transmettre, à l'instar des religions, des fables, des us et des coutumes, de se satisfaire de la soi-disant sagesse qui dit qu'il faut se contenter de vivre les choses, d'adorer sans comprendre, ou qui fait de "l'expérience personnelle" l'argument massue pour annihiler tout esprit critique. Juste un exemple. L'historiographie maçonnique vraiment sérieuse ne date que des années 1960. Elle en est donc à ses balbutiements. Auparavant, à quelques rares exceptions, l'histoire maçonnique était prisonnière de ses propres mythes, de ses propres errements, des affirmations péremptoires de symbolâtres qui se faisaient les transmetteurs d'inepties.

    Le rationalisme, en maçonnerie, a toujours côtoyé le parti antiphilosophique, le mysticisme et l'occultisme (cf. Jacques Lemaire, Les origines françaises de l'antimaçonnisme (1744-1797), Bruxelles, Éditions de l'Université, 1985). Si la maçonnerie n'est pas la secte que l'on se plaît à souligner aujourd'hui, c'est parce qu'il y a eu dans le passé quantité d'anonymes qui, en épousant le rationalisme, ont combattu ces dérives. Dérives qui peuvent à tout moment ressurgir et germer du terreau de l'irrationnel, de l'inculture et de la superstition.

    La véritable transgression n'est pas engendrée par les mythes. La véritable transgression, c'est lorsque l'homme utilise sa cervelle et quand il est en quête de connaissances. Non pas de la Connaissance (un mythe... celui de la Lumière qui n'éclaire d'ailleurs guère ceux qui prétendent la détenir) mais des connaissances diverses et ondoyantes (les Lumières).

  • Soutien à l'Observatoire de la Laïcité

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    observatoire de la laïcité, jean-louis bianco, fédération nationale de la libre pensée, ligue de l'enseignement, ligue des droits de l'homme, laïcitéJe crois utile de relayer sur ce blog le communiqué commun de la ligue de l'enseignement, de la fédération nationale de la libre pensée et de la ligue des droits de l'homme. Trois associations bien connues de promotion et de défense de la laïcité fondées respectivement en 1866, 1890 et 1898 (excusez du peu !).

    C'est dire si ces "trois vieilles dames" connaissent parfaitement le combat laïque à la fois sur le terrain et sur le long terme.

    Leur prise de position commune, à mon avis, mérite d'être largement soutenue et diffusée afin que la laïcité ne soit pas instrumentalisée politiquement par les extrémistes de tous bords et ne serve pas de prétexte à des atteintes graves aux libertés publiques dans notre pays.

    L’Observatoire de la laïcité, son président et son rapporteur, viennent d’être la cible ces jours derniers d’attaques aussi injustifiées que dénuées de fondement. Les associations signataires du présent communiqué sont investies de façon historique sur la laïcité. Elles sont présentes sur le terrain pour la faire vivre dans la vie quotidienne, aussi bien par leurs actions que par leurs publications. Elles ont ainsi pu mesurer l’apport de l’Observatoire de la laïcité dès sa création. Ses avis, ses rapports annuels, ses communiqués, ses guides pratiques, les multiples interventions de son président et de son rapporteur dans les débats avec les acteurs de terrain… sont pour elles un apport précieux qui nourrit à la fois le fonds théorique et la mise en œuvre concrète du principe de laïcité de la République. L’Observatoire n’est ni une autorité qui impose, ni un pouvoir judiciaire qui tranche. Il éclaire le débat et la recherche laïque. Il a un rôle de conseil et non de décision. Son apport juridique est incontestable. Ses avis et ses recommandations, donnant la loi et rien que la loi, sont nécessaires. Leur mise en œuvre peut légitimement être discutée à condition d’être menée de façon rationnelle et dans le respect mutuel.

    Au-delà de la diversité d’opinions, d’objectifs, de pratiques de nos associations, ce sont ces simples principes profondément laïques dont nous souhaitons poursuivre la mise en œuvre en développant la collaboration avec l’Observatoire de la laïcité dans une fidélité assumée aux principes posés par la loi du 9 décembre 1905.

    Fédération Nationale de la Libre Pensée
    Ligue des Droits de l’Homme
    Ligue de l’enseignement

     

  • Rite et Liberté

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    Une petite histoire. A l'époque, j'étais apprenti et j'en étais, je crois, à ma deuxième ou troisième tenue. Mes parrains, de vieux routiers de la maçonnerie, s'étaient assis derrière moi, peut-être pour observer mes mouvements d'humeur, plus probablement pour anticiper les questions dont je les assommais en salle humide à l'issue de chaque réunion.

    J'avais observé que nombre de frères de ma loge mère se "signaient" avant de déposer leurs oboles dans le tronc de la Veuve, c'est-à-dire qu'ils avaient pris le pli de faire le signe par équerre, niveau et perpendiculaire avant de déposer une pièce, un bouton, un billet ou, pour les plus distraits d'entre eux, une proposition. Apprenti sans expérience, que pouvais-je faire d'autre sinon me conformer à ce que je voyais ? Je me signais donc avant de déposer à mon tour ma participation au tronc de la Veuve.

    Lorsque les travaux furent achevés, je retrouvai mes parrains déjà attablés. Et cette fois-ci, les rôles furent inversés. C'est moi qui fus questionné. Pourquoi as-tu fait le signe d'ordre avant de déposer ton obole dans le tronc de la Veuve ? Pourquoi as-tu cédé devant ce que tu as vu et qui, de surcroît, est une utilisation abusive du signe d'ordre ? Et si chacun s'était mis à sautiller sur place et à faire des youyous avant de déposer une pièce, l'aurais-tu fait aussi ?… Que pouvais-je répondre ? Je compris immédiatement où ils voulaient en venir. Ils souhaitaient me piquer au vif et toucher mon orgueil. Et ils y sont parvenus. Moi qui posais d'ordinaire toutes les questions, qui, parfois, me montrais un peu sarcastique lorsque les réponses n'arrivaient pas rapidement, j'étais cette fois placé devant l'incapacité de répondre, incapacité que je reprochais, certes gentiment, à mes deux vieux parrains. J'étais pris, si je puis dire, en flagrant délit de mimétisme. Mais de mimétisme le plus bête qui soit. Le mimétisme qui se contente de reproduire sans se poser de questions.

    Plus tard, mais beaucoup plus tard, je compris l'autre aspect des questions qui me furent posées ce soir là. Pourquoi avais-je été esclave de la forme ? Pourquoi a-t-il fallu que je fasse le signe alors qu'il eût été si simple de déposer une pièce dans le tronc sans avoir recours à une gestuelle qui, dans ce contexte là, était dépourvue de signification et presque une faute de goût ? Je compris ce que mes maîtres avaient attendu en vain que je leur réponde : que l'initié est celui qui, un jour indéterminé, n'aura plus besoin des formes ou du formalisme parce qu'il s'en sera affranchi.
    Bref, que m'avaient enseigné mes parrains ? Qu'il n'était pas interdit de pratiquer un rite maçonnique avec un peu d'intelligence.

  • Socialisme et franc-maçonnerie (3)

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    GROUSS.JPGLa question de la double appartenance SFIO et franc-maçonnerie s'est aussi posée en France, mais elle a été rapidement tranchée lors du troisième congrès du Parti qui s'est tenu à Limoges en octobre 1906. La liberté d'appartenance y a été consacrée. Elle a même été confirmée, plus largement encore, lors du 9e congrès de la SFIO à Lyon en février 1912 grâce à l'action conjointe d'Arthur Groussier, de Marcel Sembat et du Docteur Adrien Meslier.

    Comme en Italie, certains socialistes français ont toujours fait valoir la nécessité d'assurer l'indépendance de la jeune SFIO par rapport à la franc-maçonnerie perçue essentiellement comme le fer de lance idéologique du radicalisme. Selon les détracteurs de la double appartenance (Jules Guesde, Raguillet, Alexandre Desrousseaux dit Bracke, Henri Ghesquière notamment), on ne peut pas, au sein du Parti, prôner la lutte des classes et, au sein des loges, fréquenter ceux qu'on est sensé combattre politiquement. A un moment donné, il faut choisir son camp. La dimension initiatique et philosophique de l'engagement maçonnique est donc totalement ignorée par ces opposants qui préfèrent insister sur l'influence néfaste des loges composées, selon eux, de petits bourgeois, d'ambitieux et de fonctionnaires en quête d'appuis.

    Qu'en pense Jean Jaurès ? Pour le savoir, il faut remonter à la fin de l'année 1906 car celui-ci ne s'est pas beaucoup épanché sur le sujet.

    A cette époque, Jean Jaurès avait été invité par des socialistes francs-maçons à participer à une conférence donnée au bénéfice du journal L'Humanité fondé deux ans plus tôt. Il s'agissait alors de collecter des fonds pour assurer la pérennité du quotidien socialiste. Il s'agissait aussi d'organiser des campagnes d'abonnement. Quoi de mieux qu'inviter Jaurès en personne pour attirer de nouveaux lecteurs ? Eh bien ce mélange des genres a déplu à l'aile dure de la SFIO. Ainsi, la fédération socialiste de l'Hérault a demandé à Jaurès de n'y point participer et de conserver, au contraire, une stricte neutralité. Elle écrit :

    "Demain, les candidats maçons radicaux, ayant en face d'eux des candidats socialistes non maçons, se serviront de cette circonstance pour entretenir l'équivoque dont le Parti fait tous les frais. Les maçons radicaux ne manqueront pas de dire que Jaurès est avec la maçonnerie contre les socialistes qui la combattent (...) Etant donné les deux courants nettement marqués qui se sont manifestés au congrès national de Limoges sur la question de la franc-maçonnerie, Jaurès doit tenir compte de sa situation dans le Parti et ne pas paraître être avec une majorité contre une minorité, même pour aider L'Humanité. Il y a assez d'hommes de talent parmi les socialistes francs-maçons pour que la conférence puisse avoir lieu sans Jaurès et atteindre néanmoins les résultats financiers escomptés."

    Jean Jaurès a répondu à cette interpellation dans les colonnes du quotidien socialiste le 23 novembre 1906 :

    "Le congrès de Limoges, en passant à l'ordre du jour sur la question de la franc-maçonnerie, a laissé pleine liberté à tous les militants. J'use de cette liberté comme il me convient et c'est avec joie que je réponds à l'appel de socialistes excellents qui ont cherché un moyen de soutenir un organe dont nous voulons faire l'organe de la classe ouvrière et du Parti. Je ne suis pas franc-maçon, mais j'estime que le développement de la pensée libre, et vraiment libre, sans aucun esprit d'intolérance et de secte, peut servir puissamment le socialisme."

    Pour Jaurès, il n'y a donc clairement aucune incompatibilité.

    1) La question de la double appartenance a été tranchée par le Parti réuni en congrès. Les fédérations n'ont donc pas compétence pour voter, après coup, des blâmes ou exprimer publiquement des regrets sur l'attitude des uns et des autres. Elles n'ont pas à se comporter en censeurs. Si chacun est libre de se déterminer, cette liberté doit également profiter à quiconque au sein du Parti, qu'il soit simple militant ou responsable local ou national. Elle n'est absolument pas incompatible avec la discipline partisane.

    2) Si Jaurès a répondu favorablement aux sollicitations de socialistes maçons, c'est précisément parce qu'ils étaient avant tout socialistes et désireux d'aider au développement du journal L'Humanité. Jaurès n'a jamais voulu céder à cette paranoïa identitaire qui consiste à prêter aux uns et aux autres des stratégies cachées sous prétexte qu'ils ont, à côté de leur engagements partisan, un engagement associatif d'une autre nature. L'efficacité politique implique du pragmatisme, du bon sens et de l'unité. Les exclusives, d'où qu'elles viennent, ne peuvent que nuire à l'action politique de la SFIO.

    3) Il y a des socialistes maçons et des socialistes non maçons comme il y a des radicaux maçons et des radicaux non maçons. On ne peut donc pas réduire la maçonnerie au radicalisme même si la première a souvent accompagné le second. Jaurès précise qu'il n'est pas franc-maçon afin de mettre un terme aux soupçons de connivence dont il fait l'objet, mais en même temps, il ne veut pas que cette précision soit perçue par les socialistes maçons comme une marque de défiance. C'est la raison pour laquelle il ne se gêne pas pour reconnaître publiquement l'apport philosophique de l'Ordre maçonnique qui exprime, selon lui, la pensée libre et qui, à ce titre, sert le mouvement socialiste.

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    Jean Jaurès n'est jamais revenu sur sa position. Pourquoi ? La raison est simple. Son attachement viscéral à la démocratie et à la liberté de conscience lui interdisent de formuler des anathèmes péremptoires, à chercher des boucs-émissaires sensés expliquer les difficultés du temps présent. Il ne conçoit pas le socialisme, mouvement d'émancipation humaine, sans la liberté. Chacun doit donc pouvoir s'épanouir selon ses goûts et sa philosophie. Jaurès veut ancrer le socialisme dans les institutions démocratiques quand d'autres cherchent à l'en extirper ou à dénaturer son sens profond.

  • Jean-Louis Bianco sur la laïcité : « tenir compte de la réalité du droit et des faits »

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    Jean-Louis Bianco, une fois de plus, a remis utilement les pendules l'heure en rappelant les fondements juridiques et politiques de la laïcité face aux interprétations erronées et liberticides de certains ultras.

     

    Questionné sur les remous internes au sein de l'Observatoire de la Laïcité, j'ai d'ailleurs constaté que Daniel Keller s'est montré très prudent et réservé l'autre soir à Millau.

    Le Grand Maître du Grand Orient de France a rappelé que l'Observatoire de la Laïcité n'était pas une autorité administrative indépendante, qu'il était rattaché directement au gouvernement et qu'il y avait une symbiose parfaite entre cet organisme et les pouvoirs publics.

    Il s'est en tout cas bien gardé de nourrir la polémique et de remettre en cause publiquement le travail de l'Observatoire de la Laïcité. C'est une bonne chose.

  • Socialisme et franc-maçonnerie (2)

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    mouvement socialiste,orazio raimondo,adrien meslier,alexandre desrousseaux,andrea costa,arthur groussier,benito mussolini,franc-maçonnerie,france,giovanni lerd,giovanni zibordi,grande oriente d'italia,italie,jean jaurès,jules guesde,marcel sembatLe correspondant de L'Humanité, Antonio Fabra Ribas, est embarrassé. Il doit à présent expliquer aux lecteurs du quotidien socialiste la position du Parti socialiste d'Italie (PSI) dans un article dont la publication est prévue pour le 6 mai 1914. La Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), comme on va le voir plus loin, n'a pas pris les mêmes options que le PSI. Fabra Ribas se met donc à la tâche et, après avoir fait un compte-rendu des débats, il conclut en ces termes :

    "Pour bien comprendre l'attitude des socialistes italiens vis-à-vis de la franc-maçonnerie, il faut tenir compte que les francs-maçons ont été bien souvent, en Italie, les défenseurs acharnés du Trône, qu'ils ont défendu de toutes leurs forces l'expédition en Tripolitaine et qu'ils essayèrent d'étouffer la protestation que les socialistes avaient organisée contre la visite du tsar en Italie."

    Pour Fabra Ribas, ce vote obéit à des considérations de politique intérieure. Si son analyse n'est pas fondamentalement inexacte, elle reste laconique. Elle doit donc être fortement nuancée.

    1) Le nombre de francs-maçons italiens ayant leur carte du Parti socialiste est relativement modeste. Dans son numéro de juin-août 1913 (p.81) la revue maçonnique italienne Acacia estime qu'il n'excède pas 2000 militants. Il faut rappeler à cet égard que le PSI avoisine, en 1914, les 30 000 membres sans qu'on puisse toutefois donner un nombre précis. Les socialistes maçons représenteraient donc un peu moins de 7% des militants du PSI et 11% des membres du Grand Orient d'Italie (G∴O∴I∴), l'obédience maçonnique nationale. C'est donc une "minorité" au sein du PSI qui n'a pas les capacités d'influencer sa ligne politique pour des raisons structurelles : a) cette minorité n'a pas conscience d'elle-même ; b) elle ne s'incarne pas dans une organisation ou une association ; c) le G∴O∴I∴ ne s'est jamais risqué à lui donner de consignes expresses ; d) sa faiblesse s'est confirmée à Ancône. Le fantasme du complot fait croire aux adversaires de la maçonnerie à une sorte de conjuration souterraine, extrêmement bien organisée et efficace, alors que la réalité est infiniment plus triviale. Il y a des individus qui ont en partage le fait d'avoir un double engagement qu'ils jugent complémentaires : un engagement politique au sein du PSI et un engagement philosophique dans la maçonnerie. D'autres socialistes s'investissent dans d'autres causes : la cause féministe, la cause crématiste, la libre pensée, etc.

    Goi-Logo.png2) En franc-maçonnerie, chacun demeure libre de ses opinions politiques. Il n'y a pas de mots d'ordre même si les Obédiences peuvent exprimer un attachement à des valeurs et même si, pendant plusieurs années, elles ont voulu être à la pointe de la réflexion sur la société. Dès que les partis politiques se sont créés et structurés en Italie, dès que l'unité du pays n'a plus été remise en cause, le G∴O∴I∴ s'est davantage concentré sur des activités philosophiques et spécifiquement maçonniques. On observe d'ailleurs le même phénomène avec le Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) et la Grande Loge de France (G∴L∴D∴F∴). Les loges sont donc des creusets où fraternisent des hommes d'horizons politiques, culturels, sociaux et philosophiques différents. En Italie, on trouve dans les loges en 1913, toujours selon la revue Acacia, environ 28% de monarchistes constitutionnels, 23 % de radicaux, 15% de républicains, 11% de socialistes (révolutionnaires et réformistes compris) et grosso modo 23% de francs-maçons qui ne se reconnaissent dans aucun parti politique. Les monarchistes (constitutionnels et radicaux) sont certes majoritaires (51%), mais ils sont loin d'être ultra-dominants.

    3) On ne peut donc pas déduire une action concertée, consciente et surtout permanente des francs-maçons sur la politique italienne. Il y a certes des francs-maçons italiens politiquement engagés mais toujours à titre personnel. L'exemple de la guerre en Libye le démontre. Si les socialistes italiens accusent les francs-maçons du G∴O∴I∴ d'avoir défendu la guerre en Tripolitaine (région historique de la Libye qui fut sous domination turque jusqu'en 1912), il ne faut pas oublier non plus que les nationalistes italiens accusent les francs-maçons du G∴O∴I∴ de comploter au contraire contre les intérêts de la nation. Les nationalistes leur reprochent d'avoir soutenu, dans le passé, le mouvement Jeunes Turcs. Par conséquent, on le voit, pour les socialistes italiens, les francs-maçons sont des agents de la bourgeoisie, des monarchistes, des ennemis du pacifisme, de l'internationalisme et des turcophobes en raison de l'expédition libyenne ; pour les nationalistes italiens, les francs-maçons appartiennent au contraire à une institution aux ramifications internationales qui est donc, par nature, antipatriotique, antimonarchiste, antireligieuse et turcophile. La franc-maçonnerie est prise en tenaille entre l'extrême gauche et l'extrême droite.

    - A suivre : socialisme et franc-maçonnerie (3) -