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  • Le F∴ Denis Sassou-Nguesso roule-t-il pour le FN ?

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    Le magazine d'actualités « Envoyé Spécial » a consacré cette semaine un portrait de Marion Le Pen. A un moment donné du reportage, il a été fait allusion à une société anonyme dénommée « Congo Capital Entreprises », contrôlée par M. Claude Wilfrid Etoka, un trader qui a fait fortune dans le pétrole et un proche du président Denis Sassou Nguesso. Cette société, dont le siège social est à Brazzaville, a publié un communiqué de presse signé de son vice-président M. Innocent Dimi.

    Lettre-CongoCE-LePen.jpg

    Un tel soutien est pour le moins étonnant et inattendu. L'entreprise est en effet africaine et chacun sait que le FN a un discours plutôt musclé à l'égard des immigrés de ce grand continent. La candidate frontiste s'en est publiquement prévalue au cours de sa campagne électorale pour asseoir sa crédibilité auprès des électeurs de la région PACA.

    Innocent Dimi, signataire de la lettre, serait également le « directeur Afrique » de Maréchal & Associés, la banque d’affaires fondée par Samuel Maréchal, le père de Marion. Je ne sais pas si le père a intrigué pour la fille. C'est une possibilité qu'on ne peut pas écarter. Mais je pense que le fin mot de cette histoire est d'une toute autre nature.

    Je pense que Denis Sassou-Nguesso, le président du Congo Brazza, très occupé à sa réélection au mépris de la constitution de son pays, a surtout voulu montrer aux pouvoirs publics français sa capacité de nuisance. Je pense qu'il a voulu délivrer un message clair au gouvernement français. Ce message, je l'énoncerais ainsi : « si vous ne me soutenez pas, je n'hésiterai pas à appuyer ce FN qui vous effraie tant et qui risque bien de se retrouver au second tour de l'élection présidentielle en 2017. » C'est évidemment une simple hypothèse mais que j'estime crédible.

    Dans une précédente note, je m'étais interrogé sur les raisons qui pouvaient expliquer la soudaine générosité du président congolais à l'égard du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴), lequel s'est retrouvé attributaire d'un terrain à bâtir à Brazzaville. Je m'étais demandé si le président congolais, qui est également le Grand Maître de la Grande Loge du Congo (G∴L∴C∴), ne cherchait pas des appuis au sein de la rue Cadet susceptibles d'intervenir en sa faveur auprès du président de la République française.

    Dans quelle mesure l'étonnant soutien de la société « Congo Capital Entreprises » à la jeune Maréchal-Le Pen n'est-il pas le signe que M. Sassou-Nguesso veuille faire payer à l'exécutif français sa non reconnaissance des résultats du référendum consitutionnel ?

    Un détail assez cocasse a attiré mon attention. La signature de M. Innocent Dimi. Je ne sais pas si le directeur Afrique de Maréchal & Associés est franc-maçon. En tout cas, s'il ne l'est pas, il fait tout pour le laisser croire et s'il l'est, il ne fait rien pour le cacher. Il est en tout cas difficile de concevoir qu'un franc-maçon, d'origine africaine de surcroît, puisse apporter son soutien à une femme politique issue d'une formation politique raciste et xénophobe. Mais en politique, tout est possible. La signature de Dimi est peut-être aussi une façon de signifier – symboliquement – le mécontentement de l'autocrate congolais à l'égard du G∴O∴D∴F∴ jugé peu coopératif.

    dimi.jpg

    Frédéric Maury de l'excellent journal « Jeune Afrique » s'interroge sur l'irruption bruyante d'une société commerciale congolaise dans la campagne de Mme Marion Maréchal-Le Pen. Le journaliste rappelle que M. Louis Alliot, autre leader du Front national (et conjoint à la ville de Mme Marine Le Pen), s'était publiquement engagé contre le référendum organisé au Congo par M. Denis Sassou-Nguesso. N'y a-t-il pas là une contradiction qui dédouanerait l'exécutif congolais ?

    Je ne le crois pas. Il ne faut justement pas se fier aux apparences. Je pense que le FN, ici, est un prétexte. Il est l'idiot utile d'une stratégie politique qui le dépasse. En effet, il y a fort à parier que les investisseurs congolais, à commencer par MM. Etoka et Dimi, se moquent éperdument du devenir économique de la région PACA, du destin politique de la petite fille de Jean-Marie Le Pen et encore plus du FN.

    Je pense que ces investisseurs sont avant tout des intermédiaires ou des messagers de l'exécutif congolais qui a jeté son dévolu sur le FN précisément parce que cette formation d'extrême droite est actuellement en capacité de gêner le gouvernement socialiste et, éventuellement, de déstabiliser la République française.

     

  • Le Brésilien de Bruxelles

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    Anecdote vécue dans mon ancien atelier à Bruxelles. C'était au début des années 2000.

    Un Frère du Brésil était venu en visite. Il s'était présenté rue de Laeken au siège du Grand Orient de Belgique. Il était diplomate je crois. Il avait profité d’un petit tour dans la capitale belge pour se rendre en loge. On lui avait ouvert tout simplement la porte. Je me souviens qu'on avait discuté et mangé ensemble avant la tenue. Personne ne s’était aperçu de rien. A commencer par lui. Awel fieu ! un Brésilien !... C'était plutôt rare dans notre loge.

    L'ordre du jour des travaux prévoyait un interrogatoire sous le bandeau. Le frère était surpris. Il me chuchotait à l’oreille avec son accent «Brasil, Brasil » :
    - « Oh, c’est merveilleux, c’est fascinant, chez nous, au Grande Oriente do Brasil, nous n’avons pas ça. Le bandeau n’existe pas. »

    Ensuite, il y avait eu une planche avec débat. Mon Alberto Gil en tablier m'avait dit l’air aussi étonné que ravi :
    - « Oh, c’est merveilleux, c’est fascinant, chez nous, au Grande Oriente do Brasil, nous n’avons pas ça. Les planches n’existent pas. »

    Interventions diverses. Mon Erico Verissimo n’en pouvait plus.
    - « Oh, c’est merveilleux, c’est fascinant, chez nous, au Grande Oriente do Brasil, nous n’avons pas ça. Les interventions n’existent pas. En général, on ne dit rien »

    Puis troisième mi-temps au bar. Nous n'étions pas scheille arrangés, comme on dit à Bruxelles. Nous étions guillerets.

    Et là soudain, entre deux chopes, nous recevons collectivement la lumière : Jorge Amado s’était trompé ! Il croyait être à la Grande Loge Régulière de Belgique ! Och erm ! Le malheureux... Il est tombé dans l'antre du diable. Et on lui a alors expliqué sa bévue. Nous étions de méchants irréguliers non reconnus par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Le Brésilien a éclaté de rire, visiblement satisfait de s'être trompé de porte. Il s'était régalé avec nous.

    Puis nous avons tous pris congé…
    - « Alleï le Brésilien, on se fait la bise. Ta carte ? Oh merci, c’est sympa. La mienne ? Désolé l'ami, je n’en ai pas… tiens, je t’écris mon numéro. Au fait, tu me sonnes quand tu veux. »
    - « Il faut que je parlé à ma loge dou bandeau très zintéressant qué j’ai vou. Ça oun très bel coutume. Tou viens quand tou vé à Brasil. »

    Je ne l'ai plus jamais revu bien sûr, mais nous nous étions reconnus comme tels.

  • Souvenir de Loge

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    Nous sommes dans la période du solstice d'hiver. C'est celle des banquets d'ordre. En rangeant certaines de mes archives, je suis tombé sur des photos que je croyais avoir perdues.

    Elles datent de décembre 1993. J'étais à l'époque un tout jeune compagnon d'une L∴ du G∴O∴D∴F∴. J'avais 21 ans.

    J'avais sympathisé avec le V∴M∴ d'une L∴ de la G∴L∴D∴F∴. Je visitais souvent son atelier dans lequel il faisait bon travailler (c'était le temps où la G∴L∴D∴F∴ n'était pas empêtrée dans des circulaires surréalistes à propos de la régularité et d'autres sujets accessoires).

    Ce V∴M∴ avait voulu m'associer activement à la préparation de la Saint-Jean d'Hiver. Je me souviens que je devais jouer le rôle d'un maçon du XVIIIe siècle et surprendre les frères attablés. J'étais en quelque sorte le F∴ visiteur que l'on n'attend pas, qui frappe à la porte et sollicite le bon accueil.

    Je regrette de ne pas avoir retrouvé le texte de mon intervention même si je présume qu'il devait avoir pour objet l'émancipation des individus, la tolérance, les droits de l'homme et la République dont nous venions de fêter le bicentenaire. Ça devait sans doute être un peu cucul comme une chanson de Paul Louka mais finalement plein de bonne volonté.

    Des tas de souvenirs refont surface en voyant ces photos. Des visages surgissent du passé. J'entends à nouveau le son de la voix d'untel. Je me rappelle de la démarche ou du rire de tel autre. Je revois des situations, des moments. Je sens à nouveau des odeurs. C'est fou ce que l'on peut emporter avec soi sans s'en rendre compte !

    Il y a déjà vingt-deux ans... Bon sang ! Je n'en reviens pas... Vingt-deux ans... le temps passe si vite !...

    Joyeux solstice d'hiver à tous !

  • Recevoir la lumière

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    illum02copie.jpgQuand un profane a été initié aux mystères maçonniques, on dit qu'il a reçu la lumière. J'aime beaucoup cette expression qui souligne la dualité ténèbres / lumière.

    Elle me fait songer au mythe de la caverne (cf. Platon, La République, VII). Bien souvent, nous ne voyons que les ombres que la lumière répercute sur les parois de la caverne et que nous prenons pour la réalité. On peut rapprocher cette approche de celle que Descartes développe dans les Principes de la philosophie, 1ère partie, §30 : "La faculté de connaître, que nous appelons lumière naturelle, n'aperçoit jamais un objet qui ne soit vrai en ce qu'elle l'aperçoit, c'est-à-dire en ce qu'elle connaît clairement et distinctement."

    En d'autres termes, la lumière telle que je la comprends, c'est l'expérience initiatique qui permet de voir dans les choses plus que les choses, implique un dépassement des apparences et suggère la nécessité de voir l'éternité dans tout ce qui apparaît comme transitoire, fugace, fugitif (modes, opinions, événements historiques etc.)

    Le symbole, en tant qu'il exprime cette éternité, est un chemin que la Maçonnerie propose à l'initié.

    Je pense que pour atteindre cette lumière, il est nécessaire d'avoir les lumières (Aufklärung), c'est-à-dire, comme le suggérait Emmanuel Kant, d'avoir le désir et le courage de se servir de son propre entendement, de sa raison. Certains maçons ont une approche un peu différente et considèrent que chaque homme porte déjà la lumière en lui. L'illumination (Verklärung) survient quand on l'a retrouvée.

    Bref, quelles que soient les approches, toutes les initiations au grade d'apprenti sont fondées sur le passage des ténèbres à la lumière. Mais pour pleinement s'en rendre compte, je pense qu'il est nécessaire de faire silence et d'observer des temps d'arrêt. Grâce au silence, ont peut ainsi se rendre compte que c'est toujours l'heure de pointe dans son cerveau. C'est perpétuellement le choc des ombres, des idées préconçues, des sentiments incontrôlés. Il faut apprendre à les maîtriser.

  • La France étroite

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    la-france-étroite-300x456.pngJe viens d’achever le dernier ouvrage de Michel Maffesoli et Hélène Strohl. Ce livre semble donner des boutons à certains FF∴. Pourtant, il ne mérite pas l’opprobre dont certains fossiles de notre Obédience le couvrent sans en avoir lu une seule ligne. Il s’inscrit dans le droit fil de l’œuvre du sociologue et l’on y retrouve toutes les notions que l’universitaire étudie depuis plus de quarante ans : tribus, nomadisme, empathie, communautés, être-en-commun, socialité, post-modernité, affrèrement, etc.

    Mais le livre a les défauts de ses ambitions. Il part dans tous les sens car son objet est large, beaucoup trop large. J’ai eu l’impression, au fil des pages, d’être confronté à d’interminables répétitions et redondances noyées dans des adages latins, des néologismes et des jeux de mots vaguement lacaniens (ex p. 75 : "homo eroticus fait la nique à homo economicus").

    Hélène Strohl, quant à elle, donne des illustrations concrètes des principes exposés par Michel Maffesoli. Cela va des concours de la fonction publique, de la décentralisation, en passant par le conseillisme allemand de l'entre-deux-guerres, la famille, jusqu'au cyber-échangisme et au selfie... Bigre ! Là aussi, le lecteur est confronté à un inventaire à la Prévert.

    Alors oui, bien sûr, il me semble avoir compris le message essentiel du livre : la modernité a vocation à être dépassée. Mieux : elle est déjà dépassée par le sentiment communautaire lorsqu’on se donne la peine d’observer, en toute neutralité, le fait social. En effet, on ne peut plus réduire toute chose à l'unité dans nos sociétés. Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. On assiste à l'affirmation des différences, des localismes divers, des spécificités langagières et idéologiques, de l'altérité,  etc.

    En regardant ce qui est, on se rend compte que ce qui fait lien ne passe plus par les valeurs abstraites de l’universalisme, de l’Homme, du contrat social, des Lumières, mais par l’affect, l’émotion, le pacte que les « vrais gens » scellent entre eux, les solidarités multiformes ou encore le sentiment d’appartenance à des communautés dont les auteurs donnent d’ailleurs une typologie assez bizarre dans le corps de l’ouvrage (cf. pp 116 et suivantes : les tradis, les exibs, les fans, les victimes qui se tiennent les coudes, les "à l'assaut du monde", les croyants, etc.). C'est sûr que ça fait tout de suite moins austère que les classes sociales ou les catégories socio-professionnelles que tout le monde connaît plus ou moins.

    Pour les auteurs, l’Homme abstrait, éclairé par les lumières de l’entendement, n’existe pas. Il s’agit d’une construction idéologique dépassée. Les hommes oui. Et ils ont tous leur part d’ombre. On ne peut pas donner tort aux auteurs sur ce point. Le « vouloir-vivre ensemble » ne saurait en effet se réduire à une formule incantatoire. Ce qui fait société passe par des expériences concrètes, par la vie, par la capacité de chacun à exister singulièrement, parfois de façon contradictoire, mais avec suffisamment d’empathie pour coexister harmonieusement avec les autres. On ne peut pas voir correctement le réel à travers des concepts. Il faut d'abord longuement observer avant de juger. Ce n'est qu'après que l'on peut commencer à élaborer des grilles de lecture. C'est ainsi que l'on peut parvenir à prendre la mesure de la société, véritable corps vivant. Il est effectivement important que les auteurs rappellent cette exigence.

    Cependant, il me semble que Maffesoli et Strohl accordent beaucoup trop d’importance aux phénomènes des réseaux sociaux, au commerce équitable, aux formes d’économie parallèles (ex : le co-voiturage), à l’expression émotionnelle des foules (dans le cadre de manifestations), aux multiples solidarités qui peuvent naître au sein des communautés (spirituelles, religieuses, culturelles, musicales, vestimentaires, etc.,). Si je fais abstraction des cyber-communautés, dont l’existence résulte des progrès récents de l’informatique, je me demande si les autres phénomènes sociaux décrits par les auteurs n’existaient pas déjà avant, même sous d'autres formes. Les modes vestimentaires se sont succédé de tout temps comme d'ailleurs les styles musicaux avec des intensités variables. L’émotionnel a toujours eu une place importante au sein des sociétés humaines en général et de la nôtre en particulier. Il y a toujours eu des communautés, à commencer par les communautés villageoises qui ont joué un si grand rôle dans notre vieux pays rural. Je ne parle même pas des religions, notamment de la catholique romaine, dont la force a été canalisée, puis domptée par la sécularisation progressive de la société. En fait, en lisant ce bouquin, je me suis donc très vite demandé si la post-modernité, dont se prévalent Maffesoli et Strohl, n’était pas en réalité un concept marketing susceptible d'être fortement relativisé par les historiens. Dans quelle mesure chaque époque n'a pas sécrété des formes particulières de pluralisme ?

    Je regrette en outre que Maffesoli et Strohl réduisent la laïcité à un intégrisme uniformisateur des consciences. En même temps, je comprends leur point de vue quand je lis ou entends certaines prises de position d'individus qui parlent d'une laïcité fantasmée parce qu'ils n'ont, en fait, jamais pris la peine et la précaution de lire les lois en vigueur. Je l'ai assez déploré sur ce blog. Il n'en demeure pas moins que je ne crois pas qu'il faille répondre à ces excès par d'autres excès qui n'apportent finalement pas grand-chose et qui auraient même tendance à amoindrir l'argumentation. Je prendrai un seul exemple : les procès d'intention adressés tout au long du livre par les auteurs aux élites, à l'Etat, à tout ce qui peut symboliser, directement ou indirectement, l'unité et l'indivisibilité d'une République présentée comme déconnectée du réel. Ce qui est pour le moins assez paradoxal venant de la part d'un mandarin de la Sorbonne et d'une ancienne élève de l'ENA qui appartiennent évidemment à l'élite républicaine.

    Maffesoli et Strohl proposent néanmoins une réflexion tout à fait stimulante. Enfin, j'ai bien apprécié les allusions au symbolisme franc-maçonnique qui parsèment l'ouvrage. Ceux qui ne se contentent pas d'épeler, mais qui font l'effort de lire et d'écrire, sauront les repérer aisément.

    Michel Maffesoli, Hélène Strohl, "La France Étroite : Face À L'intégrisme Laïc, L'idéal Communautaire" , Ed. du Moment, date de sortie 12.11.2015, 16.95€.

  • La défaite pour tous

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    3488297.pngLes urnes ont parlé. Le FN n'assumera aucune présidence de région. Pourtant, je n'ai pas le coeur à m'en réjouir même si je le devrais. L'échec du FN n'a été en effet obtenu que grâce au retrait unilatéral des listes socialistes dans les régions où la formation des Le Pen était susceptible de l'emporter (la droite républicaine, elle, ayant refusé de faire la même chose).

    Résultat : en PACA et en Nord Pas-de-Calais, il n'y aura aucun élu de gauche dans les assemblées régionales pour cette mandature... La seule force d'opposition dans ces deux régions sera l'extrême droite. Quel résultat... Je pense qu'il y a là matière à s'interroger. C'est tout de même cher payé pour faire barrage au FN et on peut se demander si la République est vraiment gagnante dans cette configuration politique inédite.

    Je note d'ailleurs que le F∴ Masseret avait vu juste. Lui qu'on accusait encore hier de faire le jeu du FN a fait un score pour le moins honorable. Non seulement Florian Philippot n'a pas gagné dans le Grand Est mais la gauche sera aussi bien présente au sein de l'assemblée régionale avec une vingtaine de représentants. Je crois que les FF∴ Bataille et Keller, qui n'ont eu de cesse de s'agiter inconsidérément ces derniers jours au mépris du règlement général du G∴O∴D∴F∴, devraient aujourd'hui faire profil bas et en tirer toutes les conséquences pour eux-mêmes.

  • Savoir raison garder

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    bataille.jpgLe F∴ Christian Bataille, président de la fraternelle parlementaire et député socialiste du nord, a accordé un entretien à François Koch. Lisez-le. C'est délirant surtout quand on songe que cet honorable parlementaire est issu d'une région qui n'aura aucun élu de gauche dans la prochaine assemblée régionale.

    Je crois que le F∴ Bataille est décidément bien mal placé pour faire la leçon de morale au F∴ Masseret qui, lui au moins, a le courage de ses opinions et a fait le choix, en bon républicain, de les porter jusqu'au bout devant les électeurs du Grand Est. Ce dernier l'a dit et redit : il considère qu'il doit y avoir une opposition présente au sein de l'assemblée régionale d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Sa position est limpide et logique. Elle ne mérite assurément pas les procès d'intention écoeurants lui sont régulièrement adressés par celles et ceux qui préfèrent la capitulation en rase campagne. Bataille serait plus inspiré de s'interroger sur les résultats obtenus par sa formation politique dans le Nord Pas-de-Calais.

    Mais le plus hallucinant reste la réponse de Bataille à la question « Y aura-t-il des procédures disciplinaires après le second tour des régionales ? »

    « A mon avis, oui, tant au PS qu’au GODF. Comment un frère responsable de l’élection d’un président de région FN, si c’est le cas, pourrait-il ne pas être sanctionné ? »

    Comment ne pas frémir en lisant pareille ineptie ? J'en ai honte pour le président de la Fraternelle parlementaire qui, j'ose le croire, ne s'est probablement pas rendu compte de l'énormité proférée.

    masseret.jpgEn effet, sanctionner Masseret reviendrait à instaurer le délit d'opinion au sein du G∴O∴D∴F∴ ! Ce serait fouler du pied tous les principes maçonniques les plus élémentaires. Ce serait confisquer l'Obédience pour en faire le théâtre de règlements de compte politique mesquins ! C'est en tout cas aussi con que si je préconisais sentencieusement des sanctions à l'encontre des FF∴ qui ont préféré se conformer aux injonctions de la rue de Solferino.

    Chaque F∴ est libre de se déterminer en conscience bon sang !

    Il faut donc savoir raison garder. Masseret ne s'est pas allié au FN ou n'est pas soutenu par lui (on n'est pas dans le même cas que celui de l'ex F∴ Jean-Pierre Soisson dans les années 90 en Bourgogne). Masseret ne prône pas les idées frontistes. C'est précisément tout le contraire ! Le F∴ Masseret a fait le choix courageux de le combattre jusqu'au bout, dans l'honneur et l'indépendance, afin que la gauche démocratique puisse conserver des représentants au niveau régional ! Et c'est pour cette seule raison qu'il est devenu aujourd'hui l'objet de la vindicte de ses camarades de parti. C'est un comble !

    Alors je sais : le risque est effectivement que la liste de Florian Philippot l'emporte (Philippot, ex chevénementiste, faut-il le rappeler ?). Mais comme je l'ai déjà dit, nous sommes en démocratie et si nous voulons que le FN sorte de sa « zone de confort », c'est-à-dire de la posture facile de l'opposant, il doit également mettre les mains dans le cambouis et assumer des responsabilités politiques.

    Ou bien alors il fallait tout simplement interdire le FN si on ne voulait vraiment pas d'un tel scénario. Ce n'est pas le chemin suivi par les pouvoirs publics de droite ou de gauche au cours de ces trente dernières années.

  • Les idéologues du rejet

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    Les idéologues du rejet cultivent le ressentiment et chacun sait que le ressentiment est la matrice des haines les plus tenaces et les plus recuites. Ils n'ont jamais pardonné 1789 et le renversement de l'ordre ancien.

    Leur ressentiment s'exprime à l’égard de la République, du parlementarisme, du capitalisme (générateur de socialisme en réponse), du cosmopolitisme, des juifs, des noirs, des arabes, des homosexuels, des protestants, des musulmans, des francs-maçons, etc. (liste non exhaustive).

    Cette contre culture politique s’est exprimée avec, en son sein, des trajectoires singulières d’individus plus ou moins opportunistes, plus ou moins violents, plus ou moins travaillés par la haine de l'autre et le sens grandiose de leur personne.

    Tous ces idéologues du rejet ont vécu dans la hantise du complot et de ceux qu’ils devaient démasquer. Ils n’ont fait que mettre en pratique ce que le F∴ Joseph de Maistre (eh oui... un maçon ultramontain, réactionnaire et surtout maniaco-dépressif) avait écrit d’une plume hallucinée dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg : « LE REMEDE DU DESORDRE SERA LA DOULEUR ».

    Selon eux, la rédemption devait donc passer par l’épée, par le retour musclé de l’ordre social voulu par Dieu parce qu’il avait été sacrilège de le remplacer par une « République […] née de la fermentation putride de tous les crimes amoncelés » (toujours la prose de ce bon Joseph en exil quand il était dans ses phases maniaques).

    Depuis les années 1790, les contempteurs de la République sont préparés à en découdre. Ils se sont mutuellement encouragés par leurs livres, leurs libelles. Un grand nombre été dans l'attente frénétique d’une restauration intégrale de l’ancien régime. D'autres ont imaginé des voies nouvelles : le fascisme et le national-socialisme.

    Avec le progrès de la technique, les idéologues ont abandonné l'épée et ont opté naturellement pour l'efficacité des flingues, des schlagues, des grenades.

    La défaite en 1940 a été pour eux « la divine surprise » et l’occasion inespérée de mettre en pratique ce que leur éducation et leurs maîtres leur avaient appris depuis plus de 150 ans. Ils ont pu enfin exclure, ostraciser, déporter, tuer et modeler le pays en fonction de leurs obsessions tout en léchant les bottes de l'occupant nazi.

    Puis, ils ont perdu en 1945. Certains ont été fusillés. Certaines ont été tondues. L'indignité nationale en a flétri d'autres. Beaucoup, en réalité, s'en sont tirés en faisant le gros dos, en se taisant prudemment, ou tout simplement, en ayant pu bénéficier d'une clémence des autorités dictée par les impératifs politiques de la réconciliation nationale.

    Nos idéologues du rejet ont malgré tout pu poursuivre leur oeuvre de haine progressivement. D'abord dans la confidentialité. Puis à nouveau au grand jour. Et de façon plus marquée en faisant brutalement irruption sur la scène politique lors des élections européennes de 1984.

    Nos idéologues ont inévitablement fait des petits. Certains d'entre eux se glorifient de pisser ou d'arracher aux petites heures de la nuit les arbres de la laïcité ou de la liberté. On a le courage que l'on peut.

    Ils tentent aujourd'hui de reconstruire l'Histoire en dénaturant les faits, en les niant purement et simplement et en se présentant comme les victimes du système. Ils prospèrent en fait sur l'oubli du plus grand nombre et sur l'instrumentalisation de toutes les peurs. Ils tentent d'habiller leur idéologie poussiéreuse d'habits neufs. Ils se veulent modernes alors qu'ils sont vieux. Ils se présentent sous un jour avenant dans les médias alors qu'ils n'attendent en réalité que le moment propice pour à nouveau reléguer, exclure, déporter et massacrer au nom de l'ordre naturel des choses, au nom de leur médiocrité, au nom d'une France fantasmée et ethniquement pure.