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  • Le système Soral

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    Alain Soral, extrême droite, Robin d'Angelo, Mathieu MolardLe système Soral - Enquête sur un Facho Business est un livre écrit par Robin d'Angelo et Mathieu Molard, deux journalistes du site d'information StreetPress.

    Les auteurs y analysent dans le détail le parcours intellectuel et militant d'Alain Bonnet dit Alain Soral, lequel est devenu en quelques années à peine l'agitateur vedette de l'extrême droite française 2.0. Ils sont des millions, parait-il, à regarder ses vidéos dans lesquelles Soral étale ses délires paranoïaques sur les juifs, les homosexuels, les francs-maçons, les féministes et, plus généralement, sur tous les individus ou groupes d'individus qui ne cadrent pas avec sa vision du monde et de la société.

    D'Angelo et Molard ne sont pas tendres avec celui qui se présente volontiers comme un des grands penseurs contemporains de la dissidence. Baraqué Soral ? Oui mais peureux surtout. Il est le premier à prendre la fuite quand cela tourne mal (il n'a d'ailleurs pas donné suite aux demandes d'interview des journalistes). Homophobe ? Certes, mais surtout adepte du double discours, lui qui n'a jamais caché ses expériences homosexuelles. Ancien communiste ? Peut-être sauf qu'il n'a laissé aucune trace positive de son passage éclair au PCF si ce n'est quelques facéties clownesques au sein d'un fantomatique collectif des travailleurs communistes des médias dont presque personne ne se souvient Place du Colonel Fabien. Journaliste ? Oui. De seconde zone (au magazine féminin 20 ans notamment). Ecrivain ? L'homme a connu quelques succès de plume sans avoir cependant obtenu la reconnaissance qu'il convoitait. Artiste ? Ses tentatives de percer dans le cinéma furent des échecs. Soral n'a jamais pu approcher, même de loin, le succès de sa soeur Agnès qu'il n'a eu de cesse de jalouser. Frontiste ? Oui, parce que le provocateur a surtout plu à Jean-Marie Le Pen "comme un type serait passé avec une plume dans le cul devant son bureau."

    Bref, ce livre expose le parcours sinueux d'un Rastignac de province monté à la Capitale pour tenter d'y assouvir ses ambitions sociales et son incommensurable besoin de reconnaissance. Mais ce livre est aussi une excellente analyse du "système Soral". On y apprend comment Soral est devenu un boutiquier de la haine et comment il est parvenu à réunir autour de sa personne une coalition hétéroclite d'adeptes (étudiants, jeunes chômeurs, petits blancs, français issus de l'immigration, nationalistes, royalistes, néo-nazis, antisémites, skinheads, conspirationnistes, catholiques intégristes, fans de Dieudonné, salafistes, certains défenseurs de la cause palestinienne, anciens trotskistes, nationaux-bolchéviques, etc.). Au sein de son mouvement "Egalité et Réconciliation", Soral mobilise et rassemble. Nicolas Bourgoin, Lucie Choffey, Félix Niesche, Julien Teil, Nicolas Fabre, Marion Sigault ou encore Gilad Atzmon entretiennent avec lui des contacts plus ou moins étroits. Soral vend. Ses bouquins et ses conférences. Mais il fait vendre aussi. Car l'homme est également éditeur et gérant d'une SARL aux activités commerciales florissantes.

    Comment tout ceci va-t-il finir ? Difficile à dire. Les auteurs formulent en tout cas des hypothèses que vous découvrirez en lisant leur livre.

    Robin d'Angelo et Mathieu Molard. Le système Soral. Enquête sur un facho business. Calmann-Lévy. Paris. Septembre 2015. 189 pages. ISBN 978-2-7021-5864-7 1556876 - Prix public 17 €

  • Devant la porte fermée

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    6a010535f0c64e970b0147e3ce3cf2970b-piUn soir d'automne, un apprenti et son parrain se trouvaient devant la porte fermée d’un local où se réunissait une loge dont ils voulaient partager les travaux. Les alentours étant déserts, ils en déduisirent qu’ils étaient arrivés en retard.

    « Cher parrain, je pense que nous sommes arrivés en retard. La porte est close.»

    Le maître garda le silence.

    « Parrain, il est tout de même dommage que la porte soit déjà fermée. Ce n’est guère accueillant ici. Ceci signifie-t-il que l’on ne veut pas de nous ? »

    Le maître demeura interdit, presque absent.

    « Parrain ! Je ne serais pas étonné que ces frères aient fermé la porte pour ne point recevoir de visiteurs non reconnus comme francs-maçons authentiques et réguliers. J’ai d'ailleurs entendu dire que cette loge était composée de frères sûrs de leur importance, fiers et arrogants, à commencer par le vénérable maître que l'on m'a dit méchant homme. Un maître de mon atelier m’avait précisé un jour que notre atelier avaient eu quelques difficultés avec cette loge il y a quelques années. On a sans doute prévenu ces frères de notre venue. »

    Le maître ne répondit pas. Et le filleul de continuer de plus belle.

    « Sais-tu, Parrain, que derrière cette porte, il y a, paraît-il, un frère qui a connu des démêlés avec la justice profane ? Il y en a même qui disent que cette loge est en délicatesse avec notre Obédience en raison de son irrespect du règlement général. Je me souviens que le second surveillant m’avait dit qu’il était important, pour ne pas dire fondamental, de respecter la loi commune. »

    Les minutes s’écoulèrent sans que le vieux maître n’ouvre la bouche, laissant son jeune filleul à ses analyses devant la porte désespérément close.

    « Je ne pense pourtant pas que nous soyons si en retard que cela. J’entends d’ici des clameurs joyeuses, des embrassades, des rires, des bruits de pas et de chaises. C’est donc bien la preuve que les travaux n’ont pas encore commencé. Et pourtant, nous sommes comme deux imbéciles, là, dehors, dans le froid et dans cette nuit qui commencent à nous envelopper. Ah ! voilà bien cette fraternité maçonnique dont je commence à douter : des paroles, toujours de belles paroles, encore de belles paroles. »

    De guerre lasse, l’apprenti se mit à tambouriner sur la porte comme un fou furieux.

    « Ouvrez-nous ! mais ouvrez-nous, nom de nom ! »

    Soudain, le maître s’avança vers la porte, saisit la poignée et la tourna. La porte s’ouvrit sans le moindre effort.

    « Mais, Parrain, je croyais que cette porte était fermée ».

    Le Maître de répondre :

    « Fermée, oui, mais apparence seulement. Tu n'as jamais tenté de l'ouvrir. »

    Et, en se retournant vers son filleul, d’ajouter :

    « Ah, au fait, dis-moi contre qui t’es-tu énervé ? »