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  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis (2)

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    La F∴M∴ américaine a récemment défrayé la chronique pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir et qui ont été abondamment commentées sur ce blog et ailleurs.

    Toutefois, j'avais pris soin d'indiquer qu'il fallait se garder de tout jugement hâtif et, surtout, de toute caricature. La F∴M∴ américaine est en effet diverse et elle déploie ses activités sur un très vaste territoire.

    S'il est donc normal de dénoncer les exclusives et les propos rétrogrades, il est également essentiel de relever les bonnes nouvelles quand il y en a.

    Je voudrais donc signaler une information publiée par le F∴Fred Milliken sur son blog. Le 13 novembre dernier, et pour la première fois de leur histoire, des FF∴ de la G∴L∴ du Texas ont assisté ès-qualités à une tenue de la G∴L∴ de Prince Hall du même Etat au cours de laquelle il a été procédé à l'élévation au grade maître de 52 FF∴ compagnons (une méga-cérémonie impossible à concevoir en France) !

    Texas, Etats-Unis d'Amérique, Prince Hall

    Cet événement amplifie le mouvement de rapprochement et de reconnaissance mutuelle des deux juridictions amorcé en 2007.

    Bravo à ces deux obédiences pour cet exemple de fraternité concrète !

  • Tristesse

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    Je présente mes condoléances les plus attristées aux familles et aux proches des victimes des lâches attentats perpétrés à Paris le 13 novembre 2015.

    Je m'associe à leur peine et à leur douleur.

    Je souhaite également un prompt rétablissement à toutes les personnes qui ont été blessées dans cette tragédie épouvantable.

    Que la sagesse préside également aux décisions des pouvoirs publics.

    Et que notre grand pays sache se rassembler dans le respect des valeurs de la République et dans un esprit de concorde universelle !

  • Les origines chrétiennes de la laïcité et de la pensée libre en Occident

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    Boèce de Dacie, Siger de Brabant,Histoire, Laïcité, Philosophie, Science, Théologie, Raison, Libre Examen

    Le titre sous lequel je place mon propos mérite une explication afin d'éviter d'éventuelles incompréhensions. En cette époque où le clergé catholique romain récupère volontiers tout ce qui est susceptible de l'arranger et de lui donner meilleure image, je n'entends pas affirmer ici que la laïcité et la pensée libre s'inscrivent dans une filiation directe avec le christianisme (ce qui serait en complète contradiction par rapport à la doctrine de la Révélation et à ses implications concrètes dans l'ordre social). Je souhaite plutôt mettre en évidence le fait que l'Eglise, malgré son obscurantisme, a aussi abrité de lointains précurseurs de l'esprit moderne. En voici deux figures exemplaires : Boèce de Dacie et Siger de Brabant, philosophes du XIIIème siècle, aujourd'hui largement oubliés.

    Penser librement est un acte que l'on conçoit plus ou moins aisément de nos jours bien qu'il faille tout de même rappeler qu'une majorité d'hommes sur cette planète vit toujours sous le joug de religions intolérantes et de système politiques totalitaires. Aux XIIIème  et XIVème siècles, penser librement était tout simplement impensable. En effet, la société médiévale était une société holiste, c'est-à-dire fondée sur un dynamisme unitaire empêchant les individus de se penser comme tels, hors du cadre de la Révélation chrétienne. En d'autres termes, Dieu et l'Eglise rythmaient toutes les étapes de la vie. L'émancipation intellectuelle était automatiquement vécue comme un pêché grave, susceptible de conduire à l'hérésie.

    C'est dans ce contexte théologico-politique que Boèce et Siger, de la Faculté des arts de Paris, vont jeter un pavé dans le marigot du catholicisme romain. Prenant en quelque sorte le contre-pied de Thomas d'Aquin (la star de l'époque), nos deux compères vont ni plus ni moins démontrer que la philosophie n'est pas la servante de la théologie. Ils fondèrent leur démonstration principalement sur l'héritage aristotélicien qui commençait à pénétrer les cénacles des clercs lettrés. Le renversement de perspective était totalement révolutionnaire pour l'époque : la théologie et la philosophie sont de nature différente. La première fait intervenir une instance inaccessible à l'entendement (Dieu). La seconde la philosophie (ou la science, les deux notions étant intrinsèquement liées) demeure souveraines dans le domaine de la seule raison.

    Pour le dire autrement, que les théologiens s'occupent de la foi mais qu'ils ne se piquent pas de philosophie et de science sauf s'ils admettent que, dans ce second domaine, les références de base doivent se rechercher non dans la Révélation mais dans le Libre Examen. La réciproque est également vraie. Les philosophes ou les amis de la science doivent savoir que s'ils décident d'étudier les arcanes de la théologie, ils feront alors le choix de réfléchir dans le cadre et le respect de la Sainte Doctrine. La césure entre les domaines cités est affirmée sans ambages par Boèce de Dacie dans de Aeternitate Mundi (p. 364) :

    "Et il ressort de ceci que si le philosophe dit que quelques chose est possible ou impossible cela signifie que cela est possible ou impossible par les raisons que l'homme peut appréhender.
    Au moment même où quelqu'un abandonne les raisons il cesse d'être philosophe et la philosophie ne se fonde pas sur des révélations et des miracles."

    Boèce et Siger exposent le fait que la philosophie et la science n'ont pas pour but de préparer l'homme à l'étude de la théologie, donc des vérités divines, et a fortiori de lui fournir des raisons pour lui conférer une nouvelle légitimité. Contrairement à Thomas d'Aquin, Boèce et Siger estiment que la théologie n'a pas à instrumentaliser la philosophie et la science. Pour eux il est stupide de chercher la raison de ce que l'on doit croire par la religion puisque la foi est en elle-même inexplicable et se suffit à elle-même. De même, il est stupide de chercher dans la religion des raisons supposées expliquer la réalité ou la manifestation du monde. La réalité a des manifestations qui lui sont propres et c'est l'affaire de la philosophie et de la science de lui trouver des raisons.

    Boèce et Siger ont donc jeté les bases d'une méthodologie de la séparation de la foi et de la philosophie (ou de la science). Ils ont défendu l'idée que la recherche, le libre examen ou la pensée libre devaient exister pour eux-mêmes sans se préoccuper des implications chrétiennes des connaissances acquises et des découvertes. D'un point de vue purement intellectuel, il faut être conscient de la révolution engendrée par cette position mais pour en saisir la véritable portée historique, il convient de noter que les œuvres de Boèce de Dacie et de Siger de Brabant ont rapidement pénétré le domaine politique. L'existence d'une raison théorique, indépendante de la Révélation et des dogmes, s'est très vite accompagnée de réflexions sur l'existence d'une raison pratique ou politique. Ces réflexions, ni Boèce ni Siger ne les ont menées. Les prolongements logiques dans le domaine politique ont été donc assurés principalement par Dante dans De la Monarchie et Marsile de Padoue dans Défenseur de la Paix. La religion et la philosophie sont pensées comme deux domaines distincts. Elles ne doivent pas être confondues. On connaît la parole de Jésus "rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" (Luc 20:25). L'ordre religieux doit donc se préoccuper de ses propres affaires et l'ordre politique des siennes.