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  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis (2)

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    SAM_3305-1024x683.jpg

    La F∴M∴ américaine a récemment défrayé la chronique pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir et qui ont été abondamment commentées sur ce blog et ailleurs.

    Toutefois, j'avais pris soin d'indiquer qu'il fallait se garder de tout jugement hâtif et, surtout, de toute caricature. La F∴M∴ américaine est en effet diverse et elle déploie ses activités sur un très vaste territoire.

    S'il est donc normal de dénoncer les exclusives et les propos rétrogrades, il est également essentiel de relever les bonnes nouvelles quand il y en a.

    Je voudrais donc signaler une information publiée par le F∴Fred Milliken sur son blog. Le 13 novembre dernier, et pour la première fois de leur histoire, des FF∴ de la G∴L∴ du Texas ont assisté ès-qualités à une tenue de la G∴L∴ de Prince Hall du même Etat au cours de laquelle il a été procédé à l'élévation au grade maître de 52 FF∴ compagnons (une méga-cérémonie impossible à concevoir en France) !

    Texas, Etats-Unis d'Amérique, Prince Hall

    Cet événement amplifie le mouvement de rapprochement et de reconnaissance mutuelle des deux juridictions amorcé en 2007.

    Bravo à ces deux obédiences pour cet exemple de fraternité concrète !

  • Les origines chrétiennes de la laïcité et de la pensée libre en Occident

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    Boèce de Dacie, Siger de Brabant,Histoire, Laïcité, Philosophie, Science, Théologie, Raison, Libre Examen

    Le titre sous lequel je place mon propos mérite une explication afin d'éviter d'éventuelles incompréhensions. En cette époque où le clergé catholique romain récupère volontiers tout ce qui est susceptible de l'arranger et de lui donner meilleure image, je n'entends pas affirmer ici que la laïcité et la pensée libre s'inscrivent dans une filiation directe avec le christianisme (ce qui serait en complète contradiction par rapport à la doctrine de la Révélation et à ses implications concrètes dans l'ordre social). Je souhaite plutôt mettre en évidence le fait que l'Eglise, malgré son obscurantisme, a aussi abrité de lointains précurseurs de l'esprit moderne. En voici deux figures exemplaires : Boèce de Dacie et Siger de Brabant, philosophes du XIIIème siècle, aujourd'hui largement oubliés.

    Penser librement est un acte que l'on conçoit plus ou moins aisément de nos jours bien qu'il faille tout de même rappeler qu'une majorité d'hommes sur cette planète vit toujours sous le joug de religions intolérantes et de système politiques totalitaires. Aux XIIIème  et XIVème siècles, penser librement était tout simplement impensable. En effet, la société médiévale était une société holiste, c'est-à-dire fondée sur un dynamisme unitaire empêchant les individus de se penser comme tels, hors du cadre de la Révélation chrétienne. En d'autres termes, Dieu et l'Eglise rythmaient toutes les étapes de la vie. L'émancipation intellectuelle était automatiquement vécue comme un pêché grave, susceptible de conduire à l'hérésie.

    C'est dans ce contexte théologico-politique que Boèce et Siger, de la Faculté des arts de Paris, vont jeter un pavé dans le marigot du catholicisme romain. Prenant en quelque sorte le contre-pied de Thomas d'Aquin (la star de l'époque), nos deux compères vont ni plus ni moins démontrer que la philosophie n'est pas la servante de la théologie. Ils fondèrent leur démonstration principalement sur l'héritage aristotélicien qui commençait à pénétrer les cénacles des clercs lettrés. Le renversement de perspective était totalement révolutionnaire pour l'époque : la théologie et la philosophie sont de nature différente. La première fait intervenir une instance inaccessible à l'entendement (Dieu). La seconde la philosophie (ou la science, les deux notions étant intrinsèquement liées) demeure souveraines dans le domaine de la seule raison.

    Pour le dire autrement, que les théologiens s'occupent de la foi mais qu'ils ne se piquent pas de philosophie et de science sauf s'ils admettent que, dans ce second domaine, les références de base doivent se rechercher non dans la Révélation mais dans le Libre Examen. La réciproque est également vraie. Les philosophes ou les amis de la science doivent savoir que s'ils décident d'étudier les arcanes de la théologie, ils feront alors le choix de réfléchir dans le cadre et le respect de la Sainte Doctrine. La césure entre les domaines cités est affirmée sans ambages par Boèce de Dacie dans de Aeternitate Mundi (p. 364) :

    "Et il ressort de ceci que si le philosophe dit que quelques chose est possible ou impossible cela signifie que cela est possible ou impossible par les raisons que l'homme peut appréhender.
    Au moment même où quelqu'un abandonne les raisons il cesse d'être philosophe et la philosophie ne se fonde pas sur des révélations et des miracles."

    Boèce et Siger exposent le fait que la philosophie et la science n'ont pas pour but de préparer l'homme à l'étude de la théologie, donc des vérités divines, et a fortiori de lui fournir des raisons pour lui conférer une nouvelle légitimité. Contrairement à Thomas d'Aquin, Boèce et Siger estiment que la théologie n'a pas à instrumentaliser la philosophie et la science. Pour eux il est stupide de chercher la raison de ce que l'on doit croire par la religion puisque la foi est en elle-même inexplicable et se suffit à elle-même. De même, il est stupide de chercher dans la religion des raisons supposées expliquer la réalité ou la manifestation du monde. La réalité a des manifestations qui lui sont propres et c'est l'affaire de la philosophie et de la science de lui trouver des raisons.

    Boèce et Siger ont donc jeté les bases d'une méthodologie de la séparation de la foi et de la philosophie (ou de la science). Ils ont défendu l'idée que la recherche, le libre examen ou la pensée libre devaient exister pour eux-mêmes sans se préoccuper des implications chrétiennes des connaissances acquises et des découvertes. D'un point de vue purement intellectuel, il faut être conscient de la révolution engendrée par cette position mais pour en saisir la véritable portée historique, il convient de noter que les œuvres de Boèce de Dacie et de Siger de Brabant ont rapidement pénétré le domaine politique. L'existence d'une raison théorique, indépendante de la Révélation et des dogmes, s'est très vite accompagnée de réflexions sur l'existence d'une raison pratique ou politique. Ces réflexions, ni Boèce ni Siger ne les ont menées. Les prolongements logiques dans le domaine politique ont été donc assurés principalement par Dante dans De la Monarchie et Marsile de Padoue dans Défenseur de la Paix. La religion et la philosophie sont pensées comme deux domaines distincts. Elles ne doivent pas être confondues. On connaît la parole de Jésus "rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" (Luc 20:25). L'ordre religieux doit donc se préoccuper de ses propres affaires et l'ordre politique des siennes.

  • Etre un bon maçon est la seule récompense

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    creason.jpgVoici un joli petit témoignage du F∴ Todd E. Creason, 33ème, de l'Illinois (Etats-Unis) que je voudrais vous faire partager.

    "Il y a quelques années, j'avais aidé la fille d'un frère passé à l'orient éternel à faire du rangement. Elle avait gardé une malle remplie d'affaires maçonniques et savait pas quoi en faire. Alors je suis allé vérifier. Et je dois reconnaître que je fus surpris de ce que j'y trouvai. Elle était effectivement remplie de choses relatives à la franc-maçonnerie, mais il y avait aussi un nombre considérable de prix maçonniques, de plaques, de certificats, de rubans, de médailles, etc., y compris un couvre-chef de 33ème degré et un certificat d'admission encore roulé dans son tube en carton d'origine. Ce n'était en fin de compte que des trucs moisis dans une vieille malle. Il s'agissait pourtant de distinctions que nombre de FF∴ auraient affiché fièrement. J'ai alors demandé à la fille du défunt pourquoi toutes ces affaires avaient été mises dans cette malle. La fille me répondit que c'était l'endroit où son père mettait apparemment tout ce qu'il avait reçu en franc-maçonnerie. Il n'a jamais rien affiché ostentatoirement. Il n'a jamais fait étalage de son chapeau de 33ème, de ses médailles et cordons maçonniques.

    Je fis remarquer à la fille que le parcours maçonnique de son père avait été remarquable et qu'il était étonnant qu'il l'ait caché dans cette vieille malle. Elle m'avait répondu ceci : "Je me souviens de certaines distinctions reçues par papa. Je sais qu'il était toujours reconnaissant et surpris chaque fois qu'il en recevait mais il m'a toujours dit que ce n'était pas la raison pour laquelle il était devenu franc-maçon. Il disait qu'être un bon maçon a toujours été sa seule récompense. Il n'a jamais eu besoin d'autre chose."

    Pour le F∴ Creason, cette histoire montre que si on fait quelque chose dans l'espoir d'être récompensé, alors on agit pour une mauvaise raison. On ne vient pas en franc-maçonnerie pour collectionner des dignités, des médailles et des tabliers, mais pour travailler humblement sur soi-même avec ses FF∴ dans l'intimité de la L∴. C'est ce que le F∴ Mark Twain, le célèbre auteur des Aventures de Tom Sawyer, formulait ainsi : "Il est mieux de mériter des honneurs que l'on a pas obtenus que de les obtenir sans les avoir mérités."

    decors.jpgLes décors, les rubans, les titres et les grades ne sont que des fictions symboliques qui témoignent d'une ancienneté et d'une progression au sein de la hiérarchie initiatique. En réalité, ces fictions symboliques impliquent plus de devoirs que de droits. Généralement, les vaniteux obnubilés par les apparences, ne savent pas à quoi elles les engagent.

    Ressembler à un franc-maçon parce qu'on porte un tablier ou qu'on est membre d'une L∴, est une chose. Mais être franc-maçon et se comporter comme tel, à chaque minute de son existence, en est une autre. C'est même toute la difficulté de l'initiation que le rite français résume en deux phrases lourdes de sens : "A toute heure, rappelons la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir."

  • La liberté absolue de conscience

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    ob_4b730e_10423716-670989179602796-8386132840519.jpgL’article 1 de la Constitution du Grand Orient de France énonce :

    « Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, la franc-maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

    Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

    Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

    Considérant que les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

    Elle attache une importance fondamentale à la laïcité.

    Elle a pour devise : liberté, égalité, fraternité. »

    Pour déterminer ce qu’il faut entendre par liberté absolue de conscience, il convient de se référer aux actes des Convents qui, seuls, éclairent le sens et la portée du texte constitutionnel.

    La liberté absolue de conscience est un concept qui a été discuté et voté afin de se substituer aux modifications successives de la Constitution du GODF, en 1849, 1854 et 1865. Cette Constitution affirmait notamment : « La franc-maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. »

    La liberté absolue de conscience est donc une notion qui se réfère directement à la vie spirituelle de l’homme.

    Elle est la garantie que la franc-maçonnerie – du moins au Grand Orient de France – s’interdit de singer la religion et de lier les principes généraux de l'Ordre maçonnique aux doctrines religieuses particulières (en l’occurrence : le monothéisme et la migration de l’âme).

    Elle implique que la franc-maçonnerie doit ouvrir ses loges à toutes les opinions et à toutes les conceptions philosophiques, morales ou sociales, et que rien n’est plus contraire à l’Ordre que de classifier les francs-maçons en catégorie d’intérêts, d’opinions ou de doctrines (cf. circulaire du Conseil de l’Ordre du 18 novembre 1901).

    En d'autres termes, le franc-maçon doit être d’abord considéré par ses frères comme tel avant d’être vu sous l’angle de ses opinions particulières. La seule limite est de ne pas proférer des idées qui portent atteinte à la dignité humaine.

    Un croyant, pratiquant de surcroît, peut donc très bien se faire admettre en franc-maçonnerie mais il doit savoir que chez elle il n’y a pas de croyance a priori et que le seul engagement qu’elle préconise de chacun, c’est de penser, discuter et agir suivant sa conscience et sa raison dans le respect des autres.

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis

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    witten.jpgVu d'Europe, la franc-maçonnerie des Etats-Unis d'Amérique apparaît souvent comme un bloc homogène et rigide. Et il est vrai qu'à bien des égards, elle l'est car son attachement aux fondements traditionnels de l'Art Royal - que ce soit la croyance en Dieu, la non-mixité ou l'interdiction d'aborder des sujets politiques et religieux en loge - est loin d'y faire débat contrairement à ce qui se passe au sein de la franc-maçonnerie française. D'où l'image d'ultra-conservatisme des Grandes Loges nord-américaines.

    Pourtant, il faut aller au-delà des apparences car l'honnêteté intellectuelle commande de ne pas caricaturer la franc-maçonnerie américaine et de ne pas la réduire, par exemple, à la seule homophobie de certaines obédiences ou à la ségrégation raciale qui, parfois hélas, sévit encore dans certains Etats fédérés. En effet, la franc-maçonnerie est souvent le reflet des zones géographiques dans lesquelles elle développe ses activités. Aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde.

    Les Etats-Unis d'Amérique, on l'oublie trop souvent, représentent en superficie 17 fois la France. Ils comptent 320 millions d'habitants, dont 1,3 millions de francs-maçons. Il n'est pas sûr que les FF d'Europe aient toujours ces données en tête lorsqu'ils critiquent volontiers la FM des Etats-Unis. La réalité est que si l'Ordre maçonnique aux Etats-Unis est globalement uni sur un plan doctrinal, tous les FF américains ne partagent pas pour autant les mêmes opinions politiques, religieuses et morales. Chaque F a sa propre conception de la vie en société et demeure libre de penser et d'agir comme il l'entend. C'est précisément ce que le F∴ Benjamin Witten, premier surveillant de la R∴L∴ Olympia n°1 de l'O∴ d'Olympia (non loin de Seattle), a utilement rappelé dans un article publié dans la Masonic Tribune, le journal édité par la G∴L∴ de l'Etat de Washington (volume XCV, n°3, printemps 2015, p.10).

    "Les principes et les préceptes de la franc-maçonnerie sont anciens et honorables, et pourtant notre société a changé rapidement au cours de la dernière décennie. Contrairement à de nombreuses loges, notre atelier est plus jeune qu'il ne l'était il y a dix ans. Plus précisément, les hommes de 20 et 30 ans constituent la majorité des membres actifs de notre Loge, et ils viennent en maçonnerie avec leur propre sensibilité."

    Le F Witten constate que les jeunes membres de sa L respectent les usages maçonniques sans difficultés. Et la loge s'adapte aussi de son côté à ce renouvellement des générations, notamment à travers l'usage des nouvelles technologies de l'information. La L doit faire preuve de "cultural adaptation" (adaptation culturelle).

    Witten ajoute : 

    "Cependant, d'autres coutumes ne sont pas suivies par les jeunes maçons. Par exemple, de nombreux jeunes frères consomment occasionnellement de la marijuana (sa vente a été légalisée à Washington) et acceptent les homosexuels. Si ces points de vue ne cadrent avec vos mœurs ou votre religion, fort bien. Mais les préceptes maçonniques prescrivent que chacun d'entre nous suit sa propre boussole morale et n'interdisent pas aux Frères de fumer de la marijuana ou d'être gay. Je vous demande donc de faire preuve de tolérance par rapport à notre façon de voir les choses, comme vous faites preuve de tolérance à l'égard des opinions politiques et religieuses de tout autre Frère."

    Ce sont des propos qui, reconnaissons-le, sont très éloignés de ceux tenus par le G∴M∴ de la G∴L∴ de Géorgie, le F∴ Douglas McDonald Sr. Ils témoignent de la diversité des sensibilités au sein de la FM nord-américaine.

    En tout cas, en publiant le point de vue du F Witten, la GL de l'Etat de Washington, déjà connue pour ses prises de position progressistes, confirme ainsi son attachement à une maçonnerie plurielle, ouverte et tolérante (cf. sa position historique concernant la maçonnerie de Prince Hall),.

  • Etats-Unis d'Amérique : la société avance, la maçonnerie recule

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    Dans le Masonic Messenger d'octobre 2015, l'organe de la G∴L∴  de Géorgie (Etats-Unis d'Amérique), le G∴M∴ Douglas W. McDonald Senior écrit ce monument de connerie :

    "Edict 2015-1 was issued on September 8 declaring that a Freemason is obliged to obey the moral law and Almighty God, the Grand Architect of the Universe, the Father of Abraham, Isaac and Jacob; that basic moral laws are not man-made Edicts or Decrees, but spring from the eternal justice and wisdom of Almighty God; Freemasons must constantly strive to keep their integrity intact, for it is our integrity that holds our way of life together, and when integrity is lost, all is lost; that good moral character is a pre-requisite for admission into Freemasonry (...) and that homosexuality is contrary to the moral law."

    Ce qui peut se traduire ainsi :

    "L'édit 2015-1 a été publié le 8 septembre et énonce que le franc-maçon est obligé d'obéir à la loi morale et à Dieu Tout-Puissant, le Grand Architecte de l'Univers, le Père d'Abraham, Isaac et Jacob ; que les lois morales fondamentales ne résultent pas d'édits ou de décrets artificiels, mais ressortent de la justice éternelle et de la sagesse de Dieu Tout-Puissant. Les francs-maçons doivent constamment s'efforcer de garder leur intégrité intacte, car notre manière de vivre ensemble en dépend, et lorsque l'intégrité est perdue, tout est perdu ; que la bonne moralité est un pré-requis pour l'admission dans la franc-maçonnerie (...) que l'homosexualité est contraire à la loi morale."

    Les homosexuels sont donc exclus de la franc-maçonnerie de cet Etat au nom de la loi morale et du G∴A∴D∴L∴U∴ Tout-Puissant !

    Cet édit inique et honteux, absolument contraire aux principes les plus sacrés de l'Ordre maçonnique, a été commenté par Roger Dachez et la blogueuse La Maçonne. Je ne reviendrai pas sur le fond de leurs analyses respectives que je partage entièrement.

    Je voudrais simplement souligner que cette prise de position consternante et rétrograde témoigne de l'ultra-conservatisme d'une maçonnerie américaine en pleine décroissance et plus que jamais déconnectée des réalités sociales.

    J'ai déjà eu l'occasion de montrer des exemples de cet ultra-conservatisme à travers le combat courageux de William H. Upton en faveur de la reconnaissance de "la maçonnerie nègre", l'interdiction de l'alcool par la G∴L∴ de l'Indiana ou encore les déboires judiciaires du malheureux F∴ Frank J. Haas en Virginie-Occidentale.

    Qu'il me soit permis de rappeler ici que la Cour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier.

    En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie.

    Mais ce changement social profond et juridiquement irréversible semble avoir échappé au G∴M∴ McDonald. A moins que ce dernier n'ait précisément voulu profiter de la campagne des primaires pour affirmer le rejet de ce changement.

    N'oublions pas, en effet, que les Etats-Unis d'Amérique éliront, l'an prochain, un successeur au Président Obama.

  • Ordre templier et Ordre maçonnique

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    Sceau.gifL’Ordre du Temple a disparu au début du XIVème siècle, de la volonté du roi Philippe IV le Bel et abandonné de la protection du pape Clément V (qui se souvenait peut-être que son prédécesseur, Boniface VIII, avait reçu dans la tronche une mandale de Guillaume de Nogaret).

    Le Temple a été victime du pouvoir spirituel (Clément V mais aussi les archevêques de Ravennes, Tarragone ou Mayence) et du pouvoir temporel des monarchies de l’époque (Philippe IV donc, mais également Jacques II d’Aragon, Denis du Portugal, Edouard II d’Angleterre).

    Pourquoi cette collusion contre le Temple ? Non pas parce que celui-ci détenait je ne sais quel secret susceptible d'ébranler l'église catholique romaine, mais parce qu'il était puissant, riche, prêtait volontiers aux Souverains, et avait su tisser tout un réseau de commanderies et préfectures qui risquait d’en faire un Etat dans l’Etat. C'est donc une raison beaucoup plus terre à terre qui a causé la perte de l'Ordre du Temple : le désir d'en finir avec un bailleur de fonds et un créancier de plus en plus encombrant pour les jeunes Etats européens et l'église romaine.

    Depuis sa destruction, l'Ordre du Temple alimente les thèses les plus fantaisistes.

    Il y a les thèses sur la filiation qui remonteraient à Jésus en personne et qui présentent peu d’intérêt si ce n’est celui du divertissement.

    Il y a aussi les thèses relatives à la survie de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ (le nom officiel de l'Ordre du Temple) beaucoup plus abondantes. Elles ne reposent sur aucune source historique mais sur des affirmations péremptoires. La plus connue est celle qui postule que le Temple a survécu au sein de sociétés secrètes, notamment au sein de la franc-maçonnerie.

    Il y a enfin les contes et légendes. En Languedoc-Roussillon, il existe des patelins qui ont leurs histoires de spectres, de fantômes de Templiers errants, etc. « Mange ta soupe sinon le Templier va frapper à la porte et t’emmener avec lui. »

    Et ne parlons pas de certaines associations qui, aujourd’hui, revendiquent être les seules héritières de cet Ordre de moines soldats. Dans les années 60, l’extrême droite y a puisé (et y puise encore) un de ses thèmes favoris (la préservation de l’Occident chrétien).

    Bref, le Temple décimé a le dos assez large pour qu’on le fasse parler à sa place et pour qu’on y projette ses rêves. Chez bon nombre de gens, la filiation fantasmée devient la filiation authentique. Toute mise en discussion, sur base d’études accomplies par des médiévistes chevronnés, est suspecte et souvent considérée comme une irruption scientiste dans l’univers du mystère. Difficile de trouver son chemin à travers les reconstructions douteuses et les élucubrations ésotériques.

    L’Idéal Templier et l’Idéal Maçonnique se rejoignent-ils ? Pour répondre à cette question, encore conviendrait-il de s’entendre sur le contenu des ces idéaux respectifs si tant est que cela soit possible. Difficile de mettre en perspective l’univers mental de moines soldats du Moyen Age avec celui de nos contemporains.

    J’esquisserai toutefois un léger parallèle qui n’a pas de rapport avec le domaine des idées mais plutôt avec celui de la psychologie. Temple et Franc-Maçonnerie sont des noms évocateurs, des irruptions de merveilleux dans la banalité du quotidien où le quidam projette ses désirs de perfectibilité et d'amour universel (c'est la même chose pour le mythique ordre de la rose-croix qui a beaucoup fait fantasmer les amateurs de mystères). Il s'agit d'un acte de foi en somme dont on peut trouver des évocations dans certains degrés maçonniques. Cet acte de foi est assurément respectable mais il a toujours besoin des garde-fous de la Raison pour ne pas laisser la place au délire.