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  • La "loge maçonnique policière" de Joinville-le-Pont (pon pon)

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    Un blogueur, L. Cuenca, dont le blog est hébergé sur le site Mediapart, pose une question "cruciale". Jugez-en plutôt : "Y aurait-il une loge maçonnique policière (sic) à Joinville-le-Pont ?" Bigre ! Je savais qu'à Joinville-le-Pont (pon pon) on pouvait aller guincher chez Gégène (1). J'ignorais en revanche qu'on pouvait aussi maçonner dans un mystérieuse atelier peuplé de méchants policiers véreux qui violent allègrement le secret de l'instruction, se font la courte échelle, profitent d'avantages indus, etc (2). Le blogueur, qui manifestement écrit pour régler ses comptes après sa révocation de la police (3), s'interroge :

    "Y aurait-il une double hiérarchie au sein de la police parisienne ? Pour être clair, y aurait-il une police liée à la Franc-maçonnerie qui pèserait sur la hiérarchie, ici pour solliciter des services, là pour obtenir des informations sur telle ou telle affaire sensible ?"

    Je renvoie le lecteur à cette note. Il constatera de lui-même que ces questions ne vont pas plus loin que les points d'interrogation. J'attendais pourtant d'extraordinaires révélations qui m'auraient permis d'aller rendre visite à cette loge où j'aurais pu, semble-t-il, côtoyer la fine fleur de la hiérarchie policière et peut-être même le ministre de l'intérieur en personne ! J'aurais pu espérer y demander un peu de piston pour faire sauter un PV ou obtenir un rabais pour une nuit au Carlton de Lille en charmante compagnie (4). Mais rien de tout cela... Point de révélations croustillantes. Juste quelques considérations poussives et sans intérêt sur un certain Jo Masanet, ancien flic sexagénère, et ses fréquentations présumées. La franc-maçonnerie est présentée comme une mafia au sein de la police. Quelle déception mes amis !...

    Bref, vous l'aurez compris : ce blog relaie les clichés antimaçonniques les plus éculés. Faut-il s'en étonner ? Non bien sûr car le même blog évoque "le réseau DSK" où la maçonnerie est mise sur le même plan que le proxénétisme en bande organisée. Or, comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner récemment, le procès a largement montré l'inanité de ces élucubrations abondamment relayées par le ban et l'arrière ban de la blogosphère complotiste et fascisante. Aussi ne vais-je pas m'y apesantir outre mesure. Peut-être notre homme révèlera-t-il demain au monde entier l'existence d'une "loge maçonnique sexuelle" à Lille ? Qui sait ? Il semble en tout cas avoir une imagination si fertile qu'on peut s'attendre à ce qu'il raconte un jour des inepties de ce genre...

    Je doute donc que l'auteur serve sa propre cause en sombrant ainsi dans les clichés de l'antimaçonnisme primaire. Que celui-ci veuille régler ses comptes, est une chose. Mais que celui-ci s'en prenne brutalement, comme il le fait, à la franc-maçonnerie, en est une autre. Ça me paraît même complètement contreproductif et ridicule. C'est très exactement ce genre de raisonnement nauséabond que l'on entendait dans l'entre-deux-guerres et sous le régime de Vichy avec les terribles conséquences que tout le monde sait. Je veux y voir malgré tout davantage l'expression d'une immense détresse, qu'une réelle volonté de nuire. Je regrette cependant le procédé employé qui consiste à dénigrer la franc-maçonnerie comme si celle-ci avait vocation à gérer le ministère de l'intérieur, la carrière des fonctionnaires de police ou encore les plaisirs sexuels de personnages publics. A un moment donné, il faut arrêter d'insinuer n'importe quoi. De toute façon, il faut bien être conscient que les 130 000 francs-maçons de France, toutes obédiences confondues, sont dans leur écrasante majorité d'honnêtes citoyens. Ils sont aussi parfaitement étrangers aux bisbilles internes de la police nationale et, plus encore, à des années lumière du conflit qui a pu opposer L. Cuenca à son ancienne hiérarchie.

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    (1) Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, A Joinville-le-Pont (1964)

    (2) L'auteur vise en réalité l'Association Nationale d'Action Sociale des personnels de la police nationale et du ministère de l'intérieur (ANAS). Son siège est à Joinville-le-Pont. Cette association loi 1901 a été fondée en 1949 et elle est reconnue d'utilité publique. Elle est peut-être d'inspiration maçonnique (comme semble le suggèrer son logo) mais elle n'est pas, en tout état de cause, une loge maçonnique. Attention aux confusions !

    (3) Je pense qu'il s'agit bien de lui et non d'un homonyme. Lire Agen. Sursis révoqué pour l'ex-CRS.

    (4) Pour le lecteur qui lirait éventuellement en diagonale, je précise que c'est de l'ironie.

    Ajout du 6 mars 2015

    Lecteur, tu auras peut-être constaté que les liens hypertextes contenus dans le corps de cette note, te conduisent vers une page vide de la plate-forme du site de Mediapart. Ça signifie donc que le blog de L. Cuenca a été supprimé purement et simplement. Cette suppression résulte-t-elle d'une décision de son auteur qui aurait pris conscience qu'il se fourvoyait ? On peut rêver... Je crois surtout qu'elle est la conséquence d'une décision heureuse de Mediapart, probablement alerté par de nombreux internautes et, éventuellement, par la présente note (cependant je précise que je n'ai absolument pas demandé la suppression du blog de L. Cuenca considérant que Mediapart gère son site comme il l'entend). Néanmoins, la présence et le maintien d'un tel blog sur la plate-forme de Mediapart ne pouvaient que nuire à son image et à sa réputation. Que Mediapart en soit remercié.

  • A propos des loges "sauvages"

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    La Gazette du Val d'Oise a consacré tout récemment un petit article sur une loge "indépendante" de Pontoise. On lit notamment ceci (je souligne en gras) :

    "Apolitique, areligieuse, la loge Lux Æterna travaille au rite écossais ancien et accepté et est affiliée à la Fédération des loges libres et souveraines. 
    "Nous voulions affirmer notre indépendance vis-à-vis des grandes obédiences existantes, afin d’échapper à tout dogme", précisent les membres de la loge pontoisienne."

    Je ne conteste pas le choix de cette loge de demeurer "libre et souveraine" (ou "sauvage") et de le faire savoir auprès du grand public. En revanche, je suis lassé de ces poncifs qui visent à caricaturer les obédiences maçonniques comme si celles-ci exerçaient une tutelle dogmatique intolérable sur les loges. Il ne faut quand même pas exagérer et raconter n'importe quoi !

    Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, le premier acte connu des loges spéculatives a été de se fédérer en une obédience : la Grande Loge de Londres. Ce besoin de se fédérer n’est pas innocent : il résulte d’une volonté de pérennisation de l’Ordre maçonnique.  Si la maçonnerie n’y a pas gagné en souplesse, du moins y a-t-elle trouvé les moyens de survivre aux affres du temps en s’organisant et en instaurant une certaine discipline de travail. Les Obédiences ont également permis de fédérer des hommes qui, sans elles, ne se seraient jamais rencontrés.

    Loin de moi l’idée de mettre en doute a priori la qualité et le sérieux d’une loge sans attache obédientielle, mais en plus de vingt ans de présence sur les colonnes, je dois reconnaître que n’en ai jamais visité de bien sérieuses. Très souvent, je suis tombé – au pire – sur des sectes dirigées par des gourous en tablier – au mieux – sur des groupes recyclant des maçons en mal de reconnaissance, des blackboulés ou des frères perdus et embarqués dans d'impossibles trips ésotérico-mystiques. 

    Je pense aussi à tous ces profanes sincères, mais peu au fait de la franc-maçonnerie, qui se font initier dans ces loges "sauvages". Devenus francs-maçons, ils s’y retrouvent coincés parce qu'ils ne peuvent généralement pas voyager dans d'autres ateliers "reconnus". Je sais bien que certains y parviennent quand même en bénéficiant de la complaisance de vénérables maîtres sympathiques et de loges pas trop regardantes, mais j'en ai vu aussi qui se sont faits refouler sans ménagement pour cette seule raison. Il est donc clair pour ma part que je ne conseillerai jamais un profane en recherche de s'adresser à une loge sans attache obédientielle.

    Ce faisant, je suis bien conscient que toutes les loges dûment référencées sur des registres obédientiels ne sont pas irréprochables. Toutes les obédiences ne sont pas non plus parfaites, loin de là. Ce que je veux dire, c'est qu'une loge relevant d'une obédience est malgré tout soumise à une discipline d'ensemble, c'est-à-dire à une constitution et à un règlement général. Le contrôle obédientiel (au demeurant rare en pratique) peut s'y exercer en cas de besoin. Ce qui n'est pas négligeable, notamment lorsqu'une loge est confrontée à un problème interne qu'elle ne parvient pas à résoudre seule (par exemple une mésentente grave et persistante entre plusieurs de ses membres). Les contraintes administratives ont aussi leur raison d’être. Elles permettent d’assurer une certaine qualité de recrutement et de sérieux. Et puis il faut enfin rappeler que quand une loge n'est plus d'accord avec son obédience, elle peut fort bien en changer !

     

     

  • Le message de la Rose-Croix

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    La mystérieuse fraternité de l'ordre de la Rose-Croix (la fama fraternitatis) a alimenté bien des fantasmes. On n'en connaît pas l'origine précise. Plusieurs hypothèses coexistent. Pour certains, il s'agirait d'une invention d'un groupe d'étudiants allemands lassé des querelles religieuses. Pour d'autres, elle serait le produit de l'imagination de Johann Valentin Andreae. D'autres encore y voient une création de Michael Maier et imaginent même que Jakob Böhme et Robert Fludd aient pu y être associés. Le fait est qu'on en sait rien. La seule chose dont on est à peu près sûr en revanche, c'est que les placards affichés en 1623 sur les murs de Paris au nom de l'ordre de la Rose-Croix étaient bien un canular d'étudiants (1).

    Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Nous sommes à la fin du 16ème siècle et au début du 17ème. Le continent européen est déchiré par de sanglantes guerres de religion. Le protestantisme est jeune et il se livre aussi à des actes barbares (cf. Calvin à Genève quelques décennies plus tôt). L'Inquisition, elle, sévit dans le monde catholique. L'Eglise d'Angleterre s'est émancipée de la tutelle la papauté, etc. Il n'y a plus d'unité chrétienne en occident. A l'époque, tout le monde s'étripe au nom de la religion. La philosophie peine dans ce marécage obscurantiste. Au 17ème siècle, le philosophe Baruch Spinoza, suspecté à tort d'athéisme, est pourchassé aussi bien par les juifs d'Amsterdam que les chrétiens hollandais. Le philosophe René Descartes est mis à l'index. Le philosophe Blaise Pascal souffre à cause de ses amitiés jansénistes, etc. C'est donc dans ce contexte pour le moins troublé que la rose-croix a fait soudainement irruption pour appeler à l'unité des chrétiens. Et pour donner plus de consistance à cet appel, ses promoteurs ont dû soutenir l'idée qu'il émanait d'un ordre structuré détenteur de mystérieux secrets. Les intellectuels n'y seront d'ailleurs pas insensibles. Descartes, par exemple, a cherché vainement à prendre contact avec l'ordre de la Rose-Croix. Le promoteur du cogito poursuivait un mirage sans le savoir.

    Ce qu'il faut retenir, à mon avis, c'est que lorsqu'un message extraordinaire se diffuse et connaît un certain retentissement, tout le monde, bien sûr, se l'accapare et extrapole à son sujet. Ce qui lui donne de plus en plus de consistance. On voit donc l'ordre de la Rose-Croix partout, derrière tous les événements, alors que personne, pourtant, n'en a jamais rencontré le moindre représentant. Et pour cause ! C'est une légende. Sans doute y a-t-il aussi de profondes raisons psychologiques à cela. En effet, lorsqu'ils sont confrontés à la complexité du monde, les êtres humains ont besoin d'imaginer un centre décisionnel susceptible de l'expliquer en totalité.

    En définitive, n'est-ce pas à ce niveau là qu'il faut comprendre le message de la Rose-Croix ? L'important, ce n'est pas tant ce que la Rose-Croix a dit (ou ce qu'on a pu lui faire dire), que ce qu'elle révèle de nous-mêmes et plus particulièrement de notre besoin de merveilleux.

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    (1) Didier Kahn, Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), éd. Droz, Genève, 2007.

  • Bonne année 6015 !

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    Je suis très attaché au calendrier maçonnique qui devrait être beaucoup plus respecté qu’il ne l’est. En effet, la première des grandes découvertes a été celle du temps, cadre de toute expérience vécue.

    C’est en distinguant siècles, années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes que l’homme s’est affranchi de la répétition monotone des cycles naturels. Et c’est réellement fascinant quand on y songe. 

    L’émancipation humaine doit énormément à la maîtrise du temps. A la conquête de sa mesure.

    Le glissement de l’ombre sur le cadran, l’écoulement du sable dans le sablier, celui de l’eau dans la clepsydre, le tic tac du mécanisme de l’horloge, tout ceci a permis à l’homme de mesurer ses déplacements. En maîtrisant le temps, l’homme a donc appris à maîtriser l’espace. Des civilisations ont pu ainsi apparaître. La communauté de temps a engendré la communauté d’espace et, partant, une communauté de savoirs avec comme seule frontière l’inconnu toujours à repousser.

    En élaborant son propre calendrier – dont les aspects historiques sont évidemment discutables mais qui demeure facilement applicable sans poser de problèmes insolubles – la maçonnerie a fondé un temps qui lui est propre, un temps symbolique (midi minuit) qui engendre un espace maçonnique ; espace maçonnique qui engendre à son tour des savoirs, des échanges, une communauté à la fois singulière et universelle ; communauté universelle sinon dans les faits du moins dans son principe. 

    Tout ceci s’inscrit dans des rythmes tout au long de l’année (équinoxes et solstices) avec une référence de base à -4000 ans avant le crucifié, laps de temps présumé de l'origine du monde (peu importe les raisons de ce choix même si elles sont bancales... ce n'est pas grave puisque ce choix est signifiant pour les maçons). L'an 6015 pour le profane, ça ne veut rien dire. Pour le maçon oui même s'il ne sait pas vraiment pourquoi il dit 6015.

    En définissant son calendrier, la franc-maçonnerie ne se réfère plus au monde profane. Elle construit son identité. Elle pose ses marques. Elle définit son temps.

    Pourquoi l'année maçonnique débute-t-elle comme dans la Rome antique le 1er mars et non le 1er janvier ? 

    C'est simple. C'est parce que l'Angleterre, terre de fondation de l'ordre maçonnique, a appliqué le calendrier julien jusqu'en septembre 1752 .

    Bonne année 6015 !