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Macron et la laïcité

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J'ai lu le discours du Président de la République devant les Évêques de France le 9 avril dernier et je ne comprends pas les réprobations qu'il semble susciter chez certains acteurs associatifs du mouvement laïque et chez certains francs-maçons. Malheureusement l'immédiateté des réactions des uns et des autres, notamment sur les réseaux sociaux, a tôt fait de réduire l'allocution du chef de l'Etat à son propos liminaire. L'attention s'est ainsi focalisée sur la volonté présidentielle de réparer le « lien abîmé » entre l'Eglise et l'Etat. Certains critiques ont vu dans les propos de M. Macron des relents de sacristie et une remise en cause des institutions laïques de la République. Comme nous progresserions collectivement si nous étions capables de ne pas circonscrire l’information à des tweets (en particulier ceux relayant partiellement le discours du Président de la République) ou à des commentaires sur Facebook.

Le Président de la République s'est donc adressé aux responsables des diocèses de l'Église de France comme il lui est arrivé de s'exprimer devant les représentants des autres confessions religieuses de notre pays. Ses prédécesseurs ont agi de même. M. Macron l'a d'ailleurs fait en des termes qu'il aurait fort bien pu employer devant des représentants d'associations laïques, de libre pensée ou d'obédiences maçonniques.

J'ai ainsi apprécié ce passage relatif au colonel Arnaud Beltrame :

« Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée. »

beltrame.jpgC'est cette complexité qui a fait l'unité et la singularité profondes de cet homme courageux et exemplaire. D'aucuns la jugeront peut-être paradoxale, voire contradictoire, mais il n'en demeure pas moins qu'elle a contribué à forger la personnalité d'Arnaud Beltrame. Cette complexité témoigne de la liberté de conscience garantie par les lois de la République.

En d'autres termes, si Arnaud Beltrame a pu être ce qu'il a été, au quotidien, tant dans sa vie privée que professionnelle, c'est probablement parce qu'il a eu la chance de vivre et de grandir dans une société où l'on peut librement s'épanouir selon ses goûts et sa philosophie.

Comment un franc-maçon, même le plus engagé politiquement ou le plus détaché de toute préoccupation spirituelle ou symbolique, pourrait-il y être insensible ? 

C'est la raison pour laquelle, il me paraît fondamental de mettre en exergue ce passage du discours du Président de la République qui rappelle, avec force et vigueur, ce qu'est la laïcité consacrée par les lois de la République depuis plus de cent ans :

« Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

Mon rôle est de m'assurer qu'il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C'est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d'évoquer. »

Le Président de la République est le garant de la liberté de conscience et non le promoteur d'une religion d'État. Il a donc invité les responsables de l'Eglise catholique romaine à s'inscrire résolument dans le cadre de la laïcité pour favoriser l'écoute et le dialogue mutuels, loin des postures et du commerce des certitudes, loin des attachements et des défiances fondées sur des raisons électoralistes

Parce que la République garantit la liberté de conscience à tous, y compris aux catholiques, il appartient à l'Eglise d'investir le débat public sur les questions morales et éthiques et de s'appuyer sur ses membres qui s'engagent au quotidien au service des autres. Rien ne l'interdit. Plus largement, aucun texte de loi n'empêche les mouvements politiques, syndicaux, religieux, philosophiques de participer au débat public. La République reçoit donc avec gratitude tout don de sagesse, tout don d'engagement et tout don de liberté que l'Eglise est prête à lui offrir comme elle reçoit les dons de sagesse, d'engagement et de liberté de tout autre mouvement spirituel et de libre pensée.

Autrement dit, la République a besoin d'interlocuteurs - et non de donneurs de leçons - pour justement permettre l'échange et le partage des expériences dans tous les domaines. L'Etat attend donc un haut niveau d'exigence de la part de ceux qui prétendent mener une profonde réflexion spirituelle sur le devenir de l'homme. Ce qui implique aussi de l'humilité dans le questionnement.

Il n'y a que dans les dictatures où l'État se passe d'interlocuteurs pour imposer implacablement aux individus une seule et même conduite à tenir.

Pour le reste, qu'attendait-on du Président de la République invité par la Conférence des Évêques de France ? Qu'il les traite avec mépris ou condescendance ?

Je le dis donc à mes amis laïques et à mes frères francs-maçons : nous avons, nous aussi, et tous autant que nous sommes, à offrir ce don de sagesse, d'engagement et de liberté à la collectivité. Nous avons, nous aussi, à nourrir la réflexion éthique et sociale dans le respect de nos spécificités et de nos chemins spirituels. La laïcité est précisément le cadre indispensable qui permet aux opinions les plus diverses de s'exprimer en toute liberté.

Que le besoin de polémiquer à longueur de tweets, de communiqués et de tribunes, ne nous le fasse pas oublier !

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DISCOURS DU 9 AVRIL 2018.pdf

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