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  • L'Académie de la Connaissance Maçonnique

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    certifié.jpgJe ne vais pas revenir ici sur l'excellent article du frère Emerek le Fol à propos de l'Académie de la Connaissance Maçonnique instituée pour les francs-maçons de la Loge Nationale Française et de la Loge Nationale Mixte Française. Je comprends tout a fait que cette structure suscite à la fois des interrogations et des inquiétudes. Cette académie au nom pompeux donne en effet l'impression de réduire l'initiation maçonnique à une procédure de certification ou à une validation des acquis de l'expérience. La bibliographie imposée, partielle et surtout partiale, s'apparente également à de la vente forcée même si l'Académie précise que la procédure de certification est fondée sur le volontariat. Ouf ! Il reste cependant à déterminer si, dans les faits, le volontarisme ne va pas se transformer insidieusement en forte incitation. Quoi qu'il en soit, nous allons assister sous peu à l'émergence de « francs-maçons certifiés ». Cependant, on peut dire avec un peu d'ironie que le projet de cette académie s'inscrit dans le prolongement d'une activité maçonnique traditionnelle car la remise de médailles et de diplômes est aussi vieille que la franc-maçonnerie. Dès le dix-huitième siècle, certains frères entreprenants et malins l'avaient bien compris et su en faire commerce.

    Je vais plutôt tenter ici d'élargir le sujet. « L'Académie de la Connaissance Maçonnique » dit en effet s'inspirer d'expériences anglaises et américaines comparables. Or, elle se garde bien d'expliquer le rôle et les missions de ces structures anglo-saxonnes qui font office en quelque sorte de centres de formation permanente. Il faut donc expliquer l'origine de ces structures et rappeler notamment que la franc-maçonnerie, en Grande Bretagne aux Etats-Unis et dans d'autres pays anglo-saxons, est en crise profonde en dépit des apparences. Les loges, dans leur grande majorité, ne parviennent pas à retenir leurs membres. De nombreux frères se plaignent du manque de formation maçonnique. Au rite d'York par exemple (majoritaire aux Etats-Unis), les loges travaillent ordinairement au grade de maître. Donc, les frères passent les trois grades symboliques très rapidement, parfois même le même jour, pour des raisons structurelles : les nouveaux membres servent non seulement à compenser les démissionnaires ou les absents mais aussi à empêcher la mise en sommeil des loges (et encore, ce n'est pas toujours le cas). En outre, les loges se réunissent moins fréquemment qu'en France. Pratiquer la franc-maçonnerie outre-Manche et outre-Atlantique, c'est donc d'abord exécuter impeccablement par coeur le rituel (sans compter le soutien aux oeuvres de bienfaisance). Le temps d'instruction, c'est le temps consacré à l'apprentissage du texte ; c'est le temps consacré à la maîtrise des déplacements en loge ; c'est le temps consacré à l'agencement des différentes cérémonies, à l'exécution parfaite des signes, mots et attouchements, etc.

    Or, apprendre un texte n'est pas forcément le comprendre. Et c'est encore moins l'interpréter et conserver une distance critique vis-à-vis de lui. Quand on est dans la reproduction à l'identique de ce qui se fait depuis toujours, quand on est dans la conservation obsessionnelle des formes, il est difficile de se sentir pleinement à l'aise et libre dans sa démarche spirituelle. Il suffit de lire les blogs de nos frères américains pour se rendre compte que cette façon de pratiquer la franc-maçonnerie est peu satisfaisante. Beaucoup se plaignent de devoir répéter et transmettre sans comprendre la logique des choses. Beaucoup doivent se contenter des explications sommaires de quelques maîtres grincheux. C'est donc pour favoriser l'exégèse des rituels, la lecture comparée des textes, leur mise en perspective, l'étude de l'histoire maçonnique, des symboles et des traditions - bref ce que recouvre en gros la maçonnologie - que des formations maçonniques ont été mises en place non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Grande Bretagne. Ces formations ont été créées le plus souvent avec le soutien de Grandes Loges pressées de trouver enfin la solution miracle à l'érosion continue de leurs effectifs. Le but de ces formations est de répondre à l'insatisfaction croissante des frères. C'est la raison pour laquelle, en France, de telles structures n'ont aucun sens puisque les loges sont censées effectuer ce travail d'explication et d'analyse par le biais des surveillants et de l'expert. D'ailleurs les américains ont un qualificatif pour désigner ce travail : c'est le travail maçonnique « à l'européenne ». 

    En revanche, là où les maçons hexagonaux auraient des choses à apprendre des frères américains et britanniques, c'est évidemment sur l'agencement et l'exécution des cérémonies. En France, nous lisons majoritairement le rituel. Nous n'apprenons quasiment rien par coeur. Donc, nous retenons très peu. Dès lors, les usages se perdent souvent parce qu'ils ne sont pas suffisamment répétés et intégrés. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les cérémonies d'un même grade peuvent varier sensiblement au sein d'un même atelier d'un vénérable à l'autre. Certains vénérables choisissent d'ajouter unilatéralement tel ou tel détail pour combler l'indigence de rituels rédigés par d'obscurs hiérarques. D'autres préfèrent au contraire retrancher certaines pratiques jugées désuètes, parfois expéditivement, si bien qu'il n'y a plus de permanence rituelle. Le plus souvent, on improvise et on tâtonne en pleine cérémonie parce qu'on n'a pas suffisamment répété. Le maître des cérémonies de mon atelier a une belle formule qui résume beaucoup de choses :

    « Quand je ne sais plus où j'en suis, je tourne, je tourne, je continue à tourner et je cherche les yeux du vénérable ; à un moment donné, je comprends qu'il faut s'arrêter là.»

    En fait, en France, chaque loge fait sa bouillie dans son coin pour le meilleur et pour le pire. Il ne faut surtout pas croire que les loges d'obédiences dites « traditionnelles » s'en sortent forcément mieux. J'en ai vu certaines écrasées par le poids d'un rituel bien trop lourd pour elles. De façon générale, le niveau d'exécution des cérémonies maçonniques en France est assez moyen pour ne pas dire médiocre. Et je ne prétends surtout pas être au-dessus du niveau moyen. J'ai cependant maçonné longtemps en Belgique. Je peux donc vous dire d'expérience qu'une initiation chez nos voisins est autrement plus impressionnante qu'en France. Ce n'est pas parce que les maçons belges sont supérieurs aux maçons français ; c'est parce que les maçons belges travaillent et répètent plus sérieusement que les maçons français. Les frères et les soeurs belges préparent les cérémonies. Ils lisent le rituel comme nous mais ils n'hésitent pas à pratiquer de temps en temps le par coeur si les nécessités particulières d'une cérémonie l'exigent (ex : obscurité du temple, questions/réponses entre l'expert et le couvreur, etc.). Ils sont attentifs à la tenue vestimentaire, à la solennité des formes, à l'esthétique du moment. Ils font l'effort de venir aux répétitions qui n'ont pas lieu dans le désordre trente minutes avant l'ouverture des travaux. ll n'y a pas de secret. Juste du travail, un peu de rigueur et de la considération pour ce qui est à accomplir.

    En guise de conclusion et pour sourire un peu, je vais donner un filon aux marchands du temple. Il y a un créneau à prendre en France mais dans le domaine de la scénographie maçonnique. Avis aux petits malins ! Vous pourriez ainsi créer une « Académie de la Connaissance Maçonnique Pratique des Rites » et proposer aux loges des formations - à des tarifs fraternels bien sûr ! - visant à les accompagner dans l'exécution des tenues et des différentes cérémonies. Des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, des ingénieurs du son et de la lumière pourraient leur venir utilement en aide. Une procédure de certification ISO 9001 pourrait même être envisagée. Allez vite enregistrer le nom à l'I.N.P.I. avant que quelqu'un d'autre n'en profite !