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Liberté de conscience et démocratie

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GODF, liberté, égalité, fraternité, engagement, réflexion, cité, extrémismeQuand un profane pose sa candidature auprès d'une loge du Grand Orient de France, et si le scrutin s'est avéré positif, il reçoit un document intitulé « Préalables pour l'initiation » dans lequel sa première instruction maçonnique est consignée. Il s'agit de lui rappeler tout simplement les principes capitaux de la franc-maçonnerie, tels qu'ils sont entendus et appliqués par l'obédience, à charge pour lui de les méditer et de déterminer, librement, s'il souhaite poursuivre sa démarche. On peut notamment y lire ce passage :

« La Franc-Maçonnerie ne donne ni consigne pour l'action, ni directive et n'impose aucune façon de voir. Aucun de ses adhérents n'est engagé par une décision à l'égard du monde profane. Chacun conserve ainsi sa totale liberté d'appréciation et d'entreprise. Il ne lui est demandé que bonne volonté et travail dans la libre recherche de la Vérité. Cependant, chacun ayant tendance à découvrir sa propre Vérité, la quête spirituelle du Franc-Maçon est aussi le symbole de l'Amour et de la Perfection. »

Je devine l'objection formulée par certains frères : le Grand Orient méconnaît donc cette disposition lorsqu'il appelle ses membres à faire barrage à l'extrême droite et, plus largement, lorsqu'il publie des communiqués de presse. Je comprends cette objection mais il faut la nuancer. Si une réserve à l'égard des communiqués de presse intempestifs de l'obédience se justifie très souvent (notamment dans le domaine de la laïcité), il ne faut pas oublier non plus que des circonstances exceptionnelles peuvent commander une prise de position claire et ferme. Quand le Grand Orient de France appelle à faire barrage à l'extrême droite, il ne fait que s'inscrire dans le prolongement des qualités que l'on attend de chaque franc-maçon. Dans les « Préalables pour l'initiation » figure en effet cet autre passage :

« La qualité de Franc-Maçon, ainsi que les droits et prérogatives qui y sont attachés, se perd : 1) par une action déshonorante : 2) par l'exercice d'un état notoirement déconsidéré dans l'ordre social : 3) par la violation des engagements maçonniques contractés lors de l'initiation; 4) par l’appartenance, la collaboration de fait ou de droit à une association ou à un groupement appelant à la discrimination, à la haine, à la violence envers une personne ou un groupe de personnes en prétextant de leur origine, leur appartenance à une ethnie ou à une religion déterminée et qui propagerait des idées et des théories tendant à justifier ou à encourager cette discrimination, cette haine, cette violence. 5) Par l’appartenance, la collaboration de droit ou de fait à une association ou à un groupement conduisant directement ou indirectement à détruire, à déstabiliser ou à aliéner l’être humain. »

Lorsque je suis entré en franc-maçonnerie en 1992, les points 4) et 5) n'existaient pas. Ils ont été ajoutés, plus tard, lorsque les frères se sont rendus compte que les points 1), 2) et 3) n'étaient pas suffisamment explicites. Les points 3) et 4) ont été ajoutés lorsque l'obédience a été confrontée à des membres qui ont choisi de repousser les limites de l'action déshonorante et du parjure, notamment dans le domaine politique en s'alliant, par exemple, au Front National ou en concevant la possibilité d'une collaboration avec cette formation politique d'extrême droite, voire une adhésion pure et simple. Se référant aux préalables susvisés, ces parjures avaient alors beau jeu de rappeler que « la Franc-Maçonnerie ne donne ni consigne pour l'action, ni directive et n'impose aucune façon de voir ». 

Or, la liberté absolue de conscience n'est pas l'indifférentisme d'opinions ! La liberté de conscience n'est pas le produit de la confusion. Elle n'a de sens, bien sûr, que dans un cadre démocratique garantissant à chacun le respect des grandes libertés publiques : le respect de la vie privée, la liberté d'aller et de venir, le droit à la vie et à la sécurité, l'interdiction des traitements inhumains et dégradants, la liberté du commerce et de l'industrie, etc. En d'autres termes la liberté de conscience s'inscrit dans le cadre des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour s'en rendre compte, il suffit de voir ce qui se passe dans les Etats autoritaires ou dictatoriaux (y compris dans ceux qui se situent sous les tropiques comme Cuba ou le Venezuela par exemple) et de se demander ce qui peut bien rester de la liberté de conscience quand toutes les libertés fondamentales de l'être humain sont quotidiennement bafouées par la puissance publique. 

Qu'est-ce que tout ceci signifie au fond ? Que les loges du Grand Orient de France admettent les individus de toutes opinions, cultures et croyances pourvu qu'ils aient le souci du respect de l'autre et de la préservation du cadre démocratique indispensable à toute pensée libre et à toute activité maçonnique indépendante.

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