Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Jean-Claude Casabianca, le maçon franc

Imprimer

casabianca.jpgIl y a des frères qui vous marquent plus que d'autres ou dont vous savez à l'avance que vous n'aurez aucune difficulté à vous rappeler de la voix, du visage ou de la démarche. C'est le cas de Jean-Claude Casabianca. J'ai été son premier surveillant et je lui ai succédé au vénéralat au sein de la loge nîmoise La Bienfaisance.

« Casa » était un personnage clivant. Soit on l'aimait, soit on le détestait. Il était difficile de rester dans la demi-mesure et de ne pas avoir un avis tranché à son sujet.

Je faisais partie pour ma part de ceux qui l'appréciaient, sans doute parce que je le connaissais et que je ne pouvais donc pas être offusqué du langage fleuri qu'il employait parfois dans le feu d'une conversation.

Si Jean-Claude était clivant, c'est parce qu'il avait une grande qualité (ou un grand défaut, tout dépend comme on voit la chose) : il était incapable de dissimuler ou de travestir sa pensée. Il disait ce qu'il pensait, sans circonvolutions, sans fioritures, sans aucune espèce de diplomatie ou de stratégie. Sa franchise désarmante pouvait provoquer parfois quelques grincements de dents.

Je me souviens par exemple l'avoir vu traverser la salle humide de la loge pour aller à la rencontre d'un frère avec lequel il avait une forte divergence. Il lui avait signifié ses quatre vérités. Quand il n'aimait pas quelqu'un, il le lui disait en face. Et parfois, cela pouvait être brut de décoffrage.

Chez Casa, l'inconscient pouvait également prendre le dessus.

Je me souviens ainsi de cette tenue à l'issue de laquelle une sympathique vénérable d'une loge du Droit Humain, bien portante pour ne pas dire bien en chair, avait transmis les salutations fraternelles de son atelier.

Je sentais que Casa était un peu contrarié parce qu'il n'était pas spécialement rompu à cet exercice de style ennuyeux où l'on se fait des politesses à n'en plus finir alors qu'il est tard et que les agapes attendent les frères des colonnes. Il avait pourtant cru trouver la formule idoine en exprimant sa satisfaction : « Merci ma soeur ! avec toi, l'atelier a une amie de poids. »

Je vous laisse imaginer les ricanements sur les colonnes...

Chaque fois que Jean-Claude sentait qu'il avait commis une maladresse ou qu'une situation lui échappait, il aimait répéter : «  Tu sais, moi je ne suis pas un intellectuel... Moi je ne suis qu'un terrassier. »

La dernière fois où nous avons vraiment collaboré, c'est lorsque Jean-Claude s'était porté candidat au Conseil de l'Ordre. En tant que vénérable, je ne m'étais pas senti en droit de le dissuader même si je savais qu'il n'avait aucune chance de l'emporter.

Je dois dire qu'il m'avait agréablement surpris lors de sa prise de parole devant le congrès régional. Alors que les autres candidats avaient parlé comme des hommes politiques sans âme, avec des professions de foi bien calibrées et calculées, Jean-Claude Casabianca, lui, s'était exprimé tout simplement avec son coeur et ses tripes. Avec honnêteté et spontanéité. Je me souviens qu'il avait fait forte impression.

En ce début d'année 2017, je viens d'apprendre que Jean-Claude Casabianca a rejoint l'orient éternel. Je suis triste de ce départ et présente mes condoléances à sa famille.

Il me reste donc en mémoire une voix, un visage, une démarche.

Au revoir Jean-Claude et merci pour tout !

Les commentaires sont fermés.