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  • A vendre !

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    aukland.jpg

    Le local des loges de la petite ville de Bishop Auckland (16200 habitants), dans le comté de Durham (Angleterre), est à vendre moyennant le prix de 140 000 £ soit une contre-valeur de 165 750 €. L'agence immobilière chargée de négocier la vente indique que le masonic hall date de 1965. La superficie totale avoisine les 665 m². Avis aux amateurs.

    Ce bâtiment abrite deux loges bleues, un chapitre de l'arche royale, deux loges de la maçonnerie de la Marque et une commanderie de chevaliers templiers. Soit six structures au total. Ce qui n'est vraiment pas beaucoup pour un bâtiment de cette importance.

    Les raisons de cette vente ne sont pas précisées. Cependant, comment ne pas songer aux propos de l'ancien Grand Maître de la Grande Loge du Kansas ? En novembre dernier, lors de la conférence mondiale des Grandes Loges régulières à Los Angeles, celui-ci précisait que la baisse constante des effectifs maçonniques poussait de plus en plus de Grandes Loges à se séparer de bâtiments qu'elles étaient dans l'incapacité financière d'entretenir, de mettre aux normes et de conserver.

    « (...) le déclin constant des adhésions depuis 1957 a clairement conduit les grandes loges à assumer le pire (…) Il est indéniable que la confrérie s’est fait plaisir au cours du 20ème siècle avec la construction de somptueux temples et autres installations, affirmant la Maçonnerie d’une façon beaucoup plus manifeste que par le passé (ce qui constitue probablement un autre virage doctrinal en soi). Comme il devenait plus visible, l’ordre a pris d’importants engagements philanthropiques, ce qui avait l’avantage concomitant de renforcer la position de la Franc-maçonnerie parmi les profanes. Supporter ces dépenses exigeait une croissance constante des adhésions (…) »

    Il est vrai que cette vente concerne la franc-maçonnerie anglaise. Ce faisant, le constat formulé pour l'Amérique du nord peut très bien aussi s'appliquer à la Grande Bretagne et plus particulièrement à l'Angleterre. J'ai en effet indiqué récemment que la Grande Loge Unie d'Angleterre avait mis en place un groupe chargé de réfléchir sur les moyens d'endiguer la chute de ses effectifs. J'ai relevé que la province maçonnique de Durham comprenait au total une trentaine de bâtiments ! Certes, tous ne sont peut-être pas la propriété des loges ou de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Tous ne sont pas non plus d'une superficie équivalente à celui de Bishop Auckland mais c'est dire quand même la pression financière que doit exercer ce parc immobilier conséquent, surtout si la maçonnerie anglaise est confrontée à une chute constante de ses effectifs.

  • Ne faites pas le con !

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    wheaton2.jpgCe 29 juillet, c'est l'anniversaire de Wil Wheaton. Il fête donc ses 44 ans. Joyeux anniversaire Wil ! Mais de qui s'agit-il ? D'un acteur, blogueur, écrivain et activiste politique américain qui a inventé une loi dont il fait en ce moment la promotion aux Etats-Unis d'Amérique. Vu le contexte, je le comprends.

    Cette loi s'énonce sous la forme d'un impératif : don't be a dick ! Littéralement, ça signifie ne soyez pas une bite. En français, on le traduirait plutôt par l'expression familière: ne faites pas le con !

    La loi de Wheaton est loufoque et simple :

    dick.jpg

    Pourquoi parler de la loi de Wheaton sur ce blog ? Parce qu'elle a fait l'objet d'un article très marrant sur le site maçonnique satirique The Past Bastard (Le Vénérable Connard).

    Ce site collaboratif et corrosif, animé par des FF américains, relaye la demande imaginaire d'une loge californienne visant à introduire la loi de Wheaton dans les usages maçonniques en général et dans le serment des récipiendaires en particulier !

    « Le Vénérable Joe Snow, de la loge Bienfaisance n°4 [à l'orient de Burbank, ville natale de Wheaton] et initiateur de la demande, a parlé avec le Vénérable Connard de la nécessité de modifier le rituel afin que la franc-maçonnerie soit une organisation plus accueillante : « Comme nous sommes initiés par degrés, nous sommes amenés à prêter un certain nombre d'obligations devant Dieu, mais pas une de ces obligations n'interdit explicitement aux frères de se comporter comme des cons vis-à-vis des autres membres de l'Ordre. Cela a pour conséquence que la franc-maçonnerie est remplie de Vénérables Maîtres grognons, de partisans de l'élitisme, de la stricte observance de la tradition, d'agents du racisme et du sexisme et de cordoniteux prêts à écraser ceux qui les entourent (...) »»

    Et de poursuivre :

    « Tout le monde parle de la nécessité de trouver le meilleur moyen de garder nos membres, mais il est difficile de les retenir quand nos propres frères sont ceux qui leur montrent la porte ! »

    Si l'on en croit le Vénérable Connard, il y aurait donc beaucoup de cons au sein de la maçonnerie américaine et dès lors, la baisse régulière des effectifs ne serait pas prête d'être jugulée.

  • La franc-maçonnerie francophone aux Etats-Unis d'Amérique

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    Virginie, Louisiane, franc-maçonnerie, Etats-Unis d'Amérique, HistoireJe vais vous raconter l'histoire d'une loge d'origine francophone des Etats-Unis d'Amérique. Elle est connue aujourd'hui sous le titre distinctif de Fraternal Lodge. Elle porte le numéro 53 sur le tableau de la Grande Loge de Virginie.

    Tout a commencé par la venue à Richmond, capitale de l'Etat de Virginie, de Jean René Charles Huberson. Ce jeune Français avait traversé l'Atlantique pour enseigner la langue de Molière. Huberson était également franc-maçon du Grand Orient de France. Il avait été initié au sein de la Respectable loge L'Etoile de la Gironde à l'Orient de Bordeaux (sauf erreur de ma part, je pense que cette loge bordelaise n'existe plus).

    Très rapidement, Huberson conçut le projet de fonder une loge maçonnique francophone à Richmond. Le 1er mai 1849, il a fondé et constitué provisoirement la Respectable Loge de Saint-Jean, sous le titre distinctif de Loge Française. Huberson avait réussi à trouver sur place huit frères francophones (V. Favier, Robert Duquesne, P.A.H, Sébastien Delarue, Michel Delarue, François Delarue, Jean-Baptiste Petit et Pierre Devaux).

    Le 12 Juillet 1849, la Loge Française décida, à l'unanimité de ses membres, de solliciter une patente auprès du Grand Orient de France. Les réunions avaient lieu dans le sous-sol de la maison appartenant à Sebastien Delarue.

    En 1849, Richmond était une petite ville de 27000 habitants. Le milieu maçonnique était restreint. La nouvelle de la création d'une loge de Français est vite parvenue aux oreilles des dignitaires de la Grande Loge de Virginie qui décidèrent de rencontrer les fondateurs de cette loge sauvage. A l'initiative du frère Rosier, Vénérable de la Loge Saint-Johns n°36, parfaitement bilingue, une délégation de la Grande Loge de Virginie se rendit à la loge d'Huberson le 1er novembre 1849.

    Après plusieurs rencontres, ces illustres visiteurs parvinrent à convaincre les fondateurs de demander une charte à la Grande Loge de Virginie. Le 23 août 1850 eut lieu une cérémonie de régularisation. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Probablement que, hormis Huberson, aucun des fondateurs n'avait été initié régulièrement !

    Le 17 décembre 1850 la loge Française reçut sa charte et fut officiellement agrégée à la Grande Loge de Virginie sous le numéro 53 en présence des Grands Officiers de l'obédience et de nombreux visiteurs. Les francs-maçons présents chantèrent La Marseillaise. On disposa à l'orient les drapeaux des Etats-Unis et la France. La cérémonie d'installation fut suivie des traditionnelles agapes fraternelles.

    Très rapidement, la Loge Française dut faire des concessions pour pouvoir travailler selon les usages de la Grande Loge de Virginie. Elle fut obligée de modifier son règlement intérieur afin de le rendre compatible aux usages américains. Elle dut donc abandonner le rite français pour adopter le rite d'York. Ce qui contraignit les frères Huberson, Rosier et Descayrac à en effectuer la traduction et à l'enseigner aux membres francophones. Il faut savoir en effet que les Grandes Loges américaines avaient décidé, dès les années 1840-1850, d'uniformiser le plus possible les usages maçonniques afin de faciliter les reconnaissances.

    À la fin de 1852, Huberson repartit en France. J'ignore les raisons de ce départ. Mal du pays ? Problèmes familiaux ? Santé précaire ? Divergences sur les orientations données au travail maçonnique ? Toujours est-il que le départ d'Huberson a certainement favorisé l'anglicisation rapide de la petite loge. Huberson, à ma connaissance, n'a pas joué de rôle maçonnique notable en France.    

    En effet, le 24 juillet 1854, la loge Française eut l'honneur de poser la première pierre de l'Eglise Méthodiste Unie. La pose de pierres angulaire est une cérémonie inconnue des loges françaises. Il paraît que ce fut la seule fois que la langue française a été employée à la pose d'une pierre angulaire en Virginie et, peut-être, aux Etats-Unis. Noyée dans un environnement maçonnique exclusivement anglophone, la loge Française ne résista pas bien longtemps. A partir de 1857, les tracés des travaux furent rédigés en anglais. Elle traversa tant bien que mal la douloureuse guerre de sécession (Richmond était la capitale des Etats confédérés). Puis, en 1890, l'atelier changea son titre distinctif pour adopter celui qui est toujours le sien aujourd'hui : Fraternal Lodge.

    etoilepolaire.jpgJ'ai lu sur un excellent blog que la Fraternal Lodge est la loge francophone la plus ancienne des Etats-Unis d'Amérique. C'est inexact.

    Beaucoup de loges francophones furent fondées en Amérique du Nord dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Je ne parle pas ici du Canada, mais des territoires qui, progressivement, vont constituer les Etats-Unis d'Amérique. Je pense donc notamment en Louisiane qui allait en 1800 de la Louisiane jusqu'au Montana ! Ce territoire gigantesque fut vendu aux Etats-Unis par la France en 1803.

    La Louisiane actuelle est devenue un Etat fédéré en 1812. Sous les auspices de la Grande Loge de Louisiane, il existe des loges dont les titres distinctifs français ont été conservés notamment à la Nouvelle Orléans : Etoile Polaire n°1 (créée en 1794) ou Persévérance n° 4 (créée en 1806 à Saint-Domingue ; elle déménagea à Cuba après l'indépendance haïtienne ; et enfin elle s'établit à la Nouvelle Orléans).

    Ces loges, originairement francophones, sont devenues anglophones pour survivre. Est-ce le refus de l'anglicisation qui a conduit la loge Concorde n°3 (fondée en 1798) à disparaître ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'il n'y a plus de loge n°3 sur le tableau d'ordre de la Grande Loge de Louisiane. La loge Parfaite Union, une autre loge francophone, est devenue Perfect Union et s'est retrouvée en tête de tableau à égalité avec Etoile Polaire. Une autre loge francophone, Charité n°93, est devenue Charity. Je n'en ai pas retrouvé la trace.

    Il n'en demeure pas mois que tous ces ateliers originellement francophones ont fait partie des loges fondatrices d'un éphémère Grand Orient de Louisiane fondé en 1812 qui, à son tour, a donné naissance à la Grande Loge de Louisiane. Etoile Polaire comme Perfect Union et Persévérance ont la spécificité d'avoir conservé la patente du rite français et du rite écossais alors que toutes les autres loges symboliques louisianaises ont été constituées au seul rite d'York. Ces loges sont qualifiées aujourd'hui de loges rouges (allusion au grade de chevalier rose-croix, 4ème ordre du rite français, 18ème degré du rite écossais) par les maçons louisianais.

    Richmond, Nouvelle Orléans, Jean Huberson, franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,histoire,virginie,louisiane

    Ces loges témoignent donc d'une présence maçonnique française aux Etats-Unis bien antérieure à celle d'Huberson et ses frères de Virginie. Je ne sais pas s'il existe actuellement des loges uniquement composées de Cajuns, notamment dans les districts où la population francophone est encore significative (St Martin, Vermilion et Evangeline où les francophones avoisinent les 18%).

    La maçonnerie francophone est également représentée aux Etats-Unis par la maçonnerie haïtienne qui y est bien vivante et active (plus particulièrement à New York). Le Grand Orient de France, quant à lui, y est représenté depuis 1900. Il compte aujourd'hui quatre loges qui portent le flambeau de la maçonnerie libérale dans un océan de régularité (Sur la côte est, L'Atlantide, loge doyenne, à New York, La Fayette 89 à Washington ; sur la côte ouest, Pacifica à San Francisco et Art et Lumière à Los Angeles).

  • Louis Travenol, le divulgateur sarcastique

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    travenol.jpgLa gravure ci-contre s'intitule « La désolation des entrepreneurs modernes du temple de Jérusalem. » Il s'agit du frontispice de la troisième édition revue et corrigée (1748) du livre de Louis Travenol (1698 ? -1783) intitulé Le Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons dédié au beau sexe. La première édition date de 1740.

    Je précise qu'un frontispice est une illustration, placée au début d'un livre. L'illustration formant le frontispice a généralement un rapport direct avec le livre en question. L'illustration peut être le portrait de l'auteur. Elle peut aussi représenter l'esprit ou le ton général du livre. 

    Que voit-on dans cette scène ?

    On voit des francs-maçons sortir précipitamment d'une taverne où la loge était assemblée. Les frères ont probablement entendu le son retentissant d'une buisine (trompette). Dans la tradition chrétienne, le son fracassant des buisines rappelle et symbolise une autre annonce : celle de l’Apocalypse qui précède le Jugement dernier.

    Effectivement, les frères lèvent les yeux au ciel et aperçoivent un ange - c'est-à-dire un messager - pourvu de deux buisines. Un drapeau est accroché sur chaque buisine. L'un représente le tableau du grade de compagnon, l'autre celui du grade de maître. A la vue de l'ange, les frères semblent saisis de terreur. Certains s'agenouillent, paraissent exécuter le signe d'horreur et pour l'un d'eux le signe de détresse comme s'ils imploraient la mansuétude de l'ange. Au premier plan, on voit un maçon couché sur le dos et prêt à être relevé. La scène semble mêler la dramaturgie hiramique à l'apparition angélique.

    Quelle peut bien être la signification de ce frontispice ?

    Pour répondre à cette question, je crois d'abord qu'il ne faut d'abord pas se méprendre sur l'auteur. Louis Antoine Travenol, violoniste à l'opéra, fut probablement franc-maçon même si on ne sait rien de précis de sa vie maçonnique. C'est en tout cas ce que signale Le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie (sous la direction de Daniel Ligou, PUF, Paris, 1991). Louis Travenol eut des démêlés avec Voltaire qui le poursuivit en justice pour un recueil de poèmes jugé diffamatoire (Voltariana ou éloges amphigouriques de François-Marie Arouet). Dans le Voltariana, et plus exactement sous Les Héros Modernes, poème médiocre, touffus et abscons où les sous-entendus abondent, on trouve cette précision en note de bas de page :

    « Francoeur était franc-maçon, il venait d'être fait Chef de Loge, & recevait pour la pièce de 24 sols en faveur des curieux indigents. C'est une perte pour les aspirants ; comme ce n'était pas cher, j'allais me faire recevoir à crédit. »

    Cette précision semble donc corroborer l'appartenance maçonnique de Louis Travenol. Il est probable que le « Chef de Loge » (le Vénérable) était Louis Francoeur ou François Francoeur, son frère, tous deux violonistes et compositeurs à l'opéra comme Louis Travenol. Les Francoeur travaillaient avec Jean-Philippe Rameau dont Travenol a raillé l'appartenance maçonnique dans un texte intitulé Brevet de la Calotte qui figure à la suite du Nouveau catéchisme (1748).

    Je crois ensuite qu'il ne faut pas non plus se méprendre sur la nature de son ouvrage. Le Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons dédié au beau sexe n'est pas un livre antimaçonnique pas à proprement parler mais plutôt un livre de divulgation des usages maçonniques. Ce qui n'est pas la même chose même si, au dix-huitième siècle, la frontière entre les deux types d'ouvrage peut sembler ténue. Il est vrai que le ton particulièrement sarcastique de l'ouvrage n'aide pas le lecteur à faire la distinction. Le sarcasme, c'est dire le contraire de ce qu'on pense sans montrer qu'on pense le contraire de ce qu'on dit. Il faut donc se méfier des lectures trop rapides et superficielles.

    Pourquoi ne faut-il pas juger hâtivement Travenol ?

    Parce qu'il faut se replacer dans le contexte maçonnique de l'époque. Le secret entourant les opérations de loge était généralement bien gardé à l'époque. Les sources documentaires restaient relativement peu abondantes. Les divulgations étaient encore assez rares. Louis Travenol, dont le caractère querelleur transparaît de son ouvrage, avait certainement la volonté de violenter les comportements précieux et ridicules de certains frères autour du secret maçonnique. Ce faisant, Travenol n'était probablement pas plus querelleur que ne l'était par exemple le frère abbé Pierre-François Guyot-Desfontaines (1685-1745), lequel eut aussi des démêlés judiciaires avec Voltaire. 

    Comment expliquer le ton sarcastique ?

    On ne peut que formuler des hypothèses : 1°) la divulgation faisait nécessairement du divulgateur un parjure et le mettait ipso facto au ban de la fraternité (ce qui a sans doute incité Travenol à utiliser un pseudonyme) ; 2°) parce que l'auteur éprouvait sans doute un malin plaisir à en rajouter comme tout bon pamphlétaire ; enfin 3°), il y avait peut-être aussi chez lui une volonté de régler des comptes (l'homme se brouillait facilement).

    Pourquoi ne pas ranger Le Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons dédié au beau sexe dans la catégorie des livres antimaçonniques ?

    Parce que ce serait en effet trop facile et trop réducteur. L'ouvrage est plus complexe qu'il n'y paraît. Il contient certes de nombreux jugements de valeur mais se cantonne à des critiques finalement assez légères. L'auteur aurait pu se montrer plus violent. Or, il n'évoque pas de complot par exemple même s'il met en doute la loyauté du maçon à l'égard du souverain à cause du serment prêté lors de l'initiation. Il n'évoque pas non plus en tout cas les diableries qui préoccupent ordinairement les Papes romains. Il prend les femmes à témoin afin de dénoncer les « momeries » du rituel, l'inculture et la prétention des maçons. Il se paie même le luxe de critiquer un ouvrage antimaçonnique. Enfin, l'auteur ne semble pas très à l'aise comme s'il était conscient du parjure qu'il commettait.

    C'est d'ailleurs peut-être pour soulager ses scrupules de conscience que Louis Travenol a écrit sous le pseudonyme de Léonard Gabanon (une altération de Gabaon ?). Il paraît tellement plus confortable en effet de s'exprimer sous une fausse identité et de se présenter comme un profane ayant infiltré la confrérie :

    « PLUS d'un Profane a vu la lumière, grâce à mes instructions. Ceux qui voudront encore en faire l'épreuve, de leur chef & sans autre lecture, n'ont qu'à contrefaire le Franc-Maçon zélé, c'est-à-dire, affecter devant les Frères, à qui ils se donneront pour initiés, un amour vif & un grand respect pour cet état, convenir avec eux, qu'on ne peut être honnête homme sans être Franc-Maçon, tressaillir d'une joie convulsionnaire à l'aspect d'une Equerre & d'un Compas, crier aux Profanes que l'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu, ni l'esprit de l'homme conçu rien de comparable aux délices, que l'on savoure en Loge, témoigner pour Léonard Gabanon une haine implacable, vomir contre lui mille imprécations, lui prédire le funeste sort d'Adoniram , & par une contradiction manifeste, soutenir qu'il n'a rien révélé des Mystère de la Maçonnerie (...) Un Profane , qui saura ajouter à propos de ce personnage, en imposera facilement aux Initiés. Peut être lui demandera-t-on encore l'endroit ou il a été reçu, & le nom de son Maître de Loge. Qu'il réponde chez Landel, rue & Hôtel de Bussy, ou à l'Hôtel Soissons, ou à la Rapée, ou même chez quelque autre particulier de ses amis & pour son Maître de Loge, qu'il nomme le premier venu. Quand on irait aux informations , les Vénérables de Paris, qui pour rendre le monde de niveau, ont tiré des ténèbres tant de Profanes , de toute espèce & à tous prix , pourraient-ils bien se souvenir de tous les heureux qu'ils ont faits ? Enfin un Profane poussé à bout n'a qu'à dire, qu'il a été reçu en Province, ou dans les Pays Etrangers. J'ose assurer mes chers Frères les Profanes, que le plus fin & le plus habile Franc-Maçon , ne pourra se dispenser de les confondre avec les Initiés, ou de méconnaître souvent ses véritables Frères.

    Pour le Public un Franc-Maçon,
    N'est plus à présent un problème.
    Il pourra le résoudre à fond ,
    Sans devenir Maçon lui-mêmes. »

    naudot.jpgJe pense que tout l'esprit du livre de Louis Travenol-Gabanon est résumé dans cet avis aux profanes. Le reste, qui n'est pas sans intérêt certes, consiste à décrire les travaux de loge (l'initiation au grade d'apprenti, la réception au grade de compagnon, l'élévation au grade de maître), les agapes rituelles, les tuilages et catéchismes.

    Il importe de surtout considérer la conclusion de la préface. L'auteur y détourne le célèbre quatrain du poète Ricaut publié en 1737 dans Le chansonnier de Naudot.

    « Pour le public, un franc-maçon
    Sera toujours un vrai problème
    Qu'il ne saurait résoudre à fond,
    Qu'en devenant Maçon lui-même. »

    Travenol prend le parti contraire de Ricaut. Selon lui, il n'est pas nécessaire d'être initié au sens propre du terme pour parler valablement de la Franc-Maçonnerie quand tant de francs-maçons, guidés par l'intérêt et les plaisirs de la table, ignorent tout des usages et des traditions dont ils se vantent de protéger les mystères. Il pousse la provocation à soutenir que tout profane, grâce à ses divulgations, en sait désormais potentiellement bien plus que n'importe quel frère au point de le tromper.

    Revenons au frontispice du début de cette note. Nous en connaissons désormais le sens. Les francs-maçons seront contraints, un jour ou l'autre, de sortir du confinement des loges en raison du caractère inéluctable de la divulgation de leurs secrets (divulgation tonitruante symbolisée par l'ange aux deux buisines).

    Il est temps de conclure.

    L'histoire a donné raison à Louis Travenol. Il suffit de regarder l'énorme bibliographie maçonnique qui comporte plusieurs centaines de milliers de livres d'inégale valeur. Force est de constater que le secret maçonnique n'a pas résisté aux forces de la divulgation. Aujourd'hui tout est en place publique depuis fort longtemps. La franc-maçonnerie est même devenue un objet d'études à part entière dans lequel des profanes peuvent exceller au même titre que des initiés.

    Cependant si l'histoire a donné raison à Louis Travenol, il ne faut pas en déduire pour autant que la connaissance maçonnique est réductible à un savoir cumulatif ou à des connaissances livresques. Parler valablement de la franc-maçonnerie, c'est aussi témoigner d'une expérience concrète et authentiquement vécue. C'est emprunter le chemin difficile de l'initiation, celle que l'on transmet en loge et qui oblige l'initié à travailler sur soi avec les autres. Et cette expérience là est à bien des égards indicible. C'est d'ailleurs à cette expérience forgée par les années passées en loge, qu'un franc-maçon sait reconnaître un frère d'un usurpateur.

  • Arthur Groussier et le code du travail

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    2960785192.jpgDans La Chaîne d'Union n°77, Jean-Louis Validire a fait une belle présentation du dernier ouvrage de Denis Lefebvre intitulé Arthur Groussier, le Franc-Maçon réformiste (Conform édition, Paris, avril 2016). Il écrit (p. 11) :

    « [Arthur Groussier] rejoint sur les bancs de l'Assemblée, une petite, mais prestigieuse cohorte d'une cinquantaine de députés socialistes, dont Jean Jaurès, Jules Guesde, Marcel Sembat, René Viviani, Alexandre Millerand forment le noyau. Sa carrière parlementaire ne sera pas un long fleuve tranquille, plusieurs fois battu, il s'attaquera cependant lors de ses mandats avec ténacité à son grand-oeuvre parlementaire qui débouchera le 28 décembre 1910 par l'adoption du premier livre des Conventions relatives au Travail. »

    Il est exact que le F∴ Arthur Groussier s'est particulièrement impliqué dans la genèse du code du travail. Le 13 juin 1898, le député socialiste a déposé une proposition du code du travail synthétisant la réglementation relative à la durée du travail, à la formation et à l'exécution du contrat de travail, au salaire. Cependant, il faut rappeler que cette proposition de loi audacieuse pour l'époque n'a pas été votée. L'effort de codification a toutefois été poursuivi. Groussier s'est ainsi investi à partir de 1902 dans une commission extraparlementaire chargée de la codification des lois du travail à droit constant (Groussier a été battu aux législatives de 1902 mais réélu à celles de 1906). Un projet d'ensemble a été présenté dès 1904. La Chambre a très vite adopté le projet. Le Sénat en revanche a renâclé et limité son examen au premier des six livres présentés. Ce n'est donc que le 7 juin 1910 que la Haute assemblée a adopté le texte qui a été ensuite confirmé en termes identiques par la Chambre le 28 décembre 1910.

    Toutefois l'opiniâtreté d'Arthur Groussier ne doit pas faire oublier non plus l'action politique du F∴ René Viviani. Je rappelle que Viviani a été le premier des ministres du travail de l'histoire notre pays. Le ministère du travail a été créé par le gouvernement de Georges Clemenceau (25 octobre 1906 - 20 juillet 1909) dans un contexte de grèves et de très fortes tensions sociales. Il convient de remarquer que Viviani est également resté à ce poste sous le gouvernement Briand 1 (24 juillet 1909 - 3 novembre 1910) le temps que le projet de Code du travail aboutisse. Viviani a donc été à la tête du ministère du travail pendant quatre ans avant d'y être remplacé par le F∴ Louis Lafferre. Un record quand on songe à l'instabilité des gouvernements sous la Troisième République.

    viviani.jpgLe Ministère du Travail est devenu un portefeuille incontournable grâce au F∴ René Viviani. On lui doit en effet les premières applications de la loi sur le repos hebdomadaire, votée sous le précédent gouvernement dirigé par Ferdinand Sarrien. On lui doit aussi d'avoir jeté les bases du dialogue social. Il a encouragé et obtenu l'adoption de la loi du 17 mars 1907 instaurant la parité aux conseils de prud’hommes, de la loi du 13 juillet 1907 donnant aux femmes le droit de disposer de leur salaire, de la loi du 7 décembre 1909 obligeant l’employeur à verser régulièrement le salaire en monnaie légale et de la loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvrières et paysannes. Il a évidemment soutenu la loi du 28 décembre 1910 qui a créé la première mouture du code du travail.

    Pour conclure, je crois qu'il est important de ne pas oublier les points suivants :

    1°) Sans le soutien de l'exécutif, et notamment de Clemenceau (qui n'était pas franc-maçon) et Viviani, les réformes souhaitées par Groussier n'auraient sans doute pas abouti. Il est également très probable que Clemenceau, élu sénateur du Var en 1902, a pu rassurer la Haute assemblée et obtenir progressivement son ralliement. 

    2°) Groussier n'était pas isolé. Il n'était pas le seul artisan des réformes sociales. Il faut mentionner par exemple l'implication du radical (et F∴) Fernand Dubief et du socialiste (profane) Jean Jaurès, flamboyants rapporteurs à la Chambre du projet de codification des lois sociales.

    3°) Il faut noter enfin que l'action de la gauche réformiste (radicaux, radicaux-socialistes, et socialistes indépendants) a été décisive. En effet, à l'époque, la SFIO était révolutionnaire et hostile à toute participation gouvernementale. Elle excluait d'ailleurs tout socialiste qui acceptait de devenir ministre (ce fut le cas d'Alexandre Millerand, Aristide Briand, René Viviani). La SFIO était loin d'avoir la majorité au Parlement. Or, Arthur Groussier était député de la SFIO.

    Je pense que ce petit rappel historique n'est pas inutile en cette période où il est de bon ton de critiquer la gauche de gouvernement. 

  • La Grande Loge Unie d'Angleterre et les pommes pourries

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    pomme.jpgDans le dernier numéro de Freemasonry Today, revue de la Grande Loge Unie d’Angleterre, il y a un petit article consacré aux travaux d’un groupe dénommé « Membership Focus Group » ou « MPF ». Ce groupe est chargé de réfléchir sur les raisons qui amènent de plus en plus de frères à démissionner de la franc-maçonnerie. On y apprend qu'une enquête a été menée auprès des loges de la Grande Loge Unie d'Angleterre pour mieux cerner les causes du phénomène.

    Il ressort de cette enquête que les problèmes de comportement individuel sont une des raisons de la désaffection de nombreux maçons. Il semble que le maçon démissionne moins parce qu’il est en désaccord avec son obédience que parce qu’il est d’abord confronté à des difficultés relationnelles avec un ou plusieurs frères de sa loge.

    Le MPF observe notamment :

    • Que les jeunes frères craignent les vieux francs-maçons généralement bien intentionnés mais dont les comportements sont parfois jugés autoritaires.
    • Les problèmes d’intimidation au sein des loges sont souvent le fait de frères dominateurs qui assument des offices et un grand nombre de responsabilités disproportionnées au sein et en dehors des ateliers.
    • Les démissions sont le résultat de tensions internes, de comportements hypocrites et dominateurs de vieux frères qui n’agissent pas toujours de manière maçonnique.

    Et de préciser sévèrement : « it only takes bad apple to turn the entire barrel sour » (Il suffit d'une pomme pourrie pour gâter tout le tas).

    Voici également d’autres points clés de cette enquête :

    • Environ 3/4 des maçons de la GLUA interrogés considèrent que le fait de fréquenter des frères qui respectent les autres et qui sont respectés en retour, est la condition sine qua non pour être heureux en franc-maçonnerie.
    • Plus de 31% des frères nouvellement initiés estiment que leurs attentes ne sont pas pleinement satisfaites.
    • Plus de 10% des maçons démissionnent dans les deux ans de leur initiation.

    La Grande Loge Unie d’Angleterre semble désireuse de tirer des enseignements de cette enquête. Elle souhaite :

    • que les comportements inadaptés soient repérés plus tôt ;
    • que les frères qui rencontrent des difficultés relationnelles, n’hésitent pas à en parler au lieu de s’isoler et, finalement, de démissionner silencieusement ;
    • que les frères soient encouragés à davantage se respecter les uns les autres, ce qui peut passer par des sensibilisations au moyen de programmes de développement personnel.

    Ce faisant l’obédience tempère les résultats de l'enquête en insistant sur les deux points suivants :

    • Les faits dénoncés ne sont pas aussi étendus et systématiques. Ils demeurent relativement rares.
    • La franc-maçonnerie est une association d’individus et il est malheureusement inévitable que des conflits surgissent en son sein comme dans n’importe quelle autre association humaine.

    4125329699.jpgIl est dommage que Freemasonry Today n'ait pas publié l'ensemble de l'enquête car je suppose que les démissions ne sauraient s'expliquer uniquement par des difficultés relationnelles entre jeunes et vieux francs-maçons (vieux au sens, bien sûr, des années d'appartenance). J'imagine qu'il y a d'autres raisons qui peuvent expliquer les démissions.

    Quand plus de 10% des frères nouvellement initiés démissionnent dans les deux ans de leur admission, c'est bien qu'il y a un sérieux problème. En effet, il faut savoir qu'une loge en Grande Bretagne se réunit ordinairement bien moins souvent qu'une loge française (7 à 8 tenues annuelles, généralement de septembre à mars-avril, en Angleterre, contre 20 tenues, de septembre à juin, en France). Ça signifie donc que de nombreux maçons anglais quittent la franc-maçonnerie au bout d'une petite dizaine de tenues à peine (je n'ai pas compté les tenues de loges d'instruction où on ne fait que répéter les cérémonies).

    Peut-on réduire ces pertes d'effectifs uniquement aux problèmes relationnels ? Ça paraît un peu court. Ne peut-on pas y voir aussi la conséquence d'une insatisfaction grandissante des frères à l'égard du travail maçonnique tel qu'il est conçu et pratiqué outre-Manche ? C'est possible surtout quand on songe aux quelque 31% de frères nouvellement initiés qui estiment que leurs besoins demeurent insatisfaits.

  • Le Brexit, un Waterloo de la franc-maçonnerie ?

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    glua.jpgJe ne suis pas l'auteur de l'expression dont je me suis servi pour le titre de cette note. Je l'ai empruntée à Francis Frankeski qui a écrit un court billet d'humeur sur le blog Hiram. Je vous invite à le lire. Il y indique notamment : 

    « Ce Brexit est quelque part le Waterloo de la franc-maçonnerie et ne cherchons pas de boucs émissaires, nous avons tous notre part de responsabilité même en part infime dans ce que nous pouvons constater chaque jour : l’abaissement de la Fraternité, le délitement de la Solidarité, le rejet de l’Egalité, les reculs multiples de la Liberté. »

    Je passerai rapidement sur le paradoxe de l’expression. Waterloo, du point de vue britannique, n’est pas une défaite mais une victoire.

    Ceci dit, il ne faut pas imputer à la franc-maçonnerie en général et à la britannique en particulier des responsabilités qui ne lui incombent pas.

    Ne peut-on pas voir tout de même dans le Brexit une forme d'impuissance de la franc-maçonnerie à diffuser ses valeurs en Europe ? Je ne le crois pas. En effet, pourquoi reprocher le Brexit à la franc-maçonnerie et pas aux autres associations, aux églises, aux clubs services, etc. ? Ce reproche me paraît d'autant plus absurde que la franc-maçonnerie n’a évidemment pas le monopole des grandes valeurs.

    En outre, il faut rappeler que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne se mêle jamais des questions politiques. C’est sa tradition. Elle en a même fait un landmark. Pendant la campagne référendaire, elle est donc logiquement restée silencieuse.

    Lors de sa communication trimestrielle en date du 8 juin dernier, le pro-Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre n’a fait aucune allusion à l’éventualité du Brexit. Il s’est contenté d’évoquer les commémorations du 300ème anniversaire de la maçonnerie spéculative qui auront lieu l’an prochain. Et il a précisé que les frères  auront le droit de porter en loge la médaille du tricentenaire… On est (très) loin des turbulences de la politique britannique.

    Brexit, Grande Bretagne, France, Union européenne, GODF, GLUA, France, démocratieNéanmoins le Brexit aurait-il pu être évité si les francs-maçons britanniques s’étaient davantage impliqués dans la réflexion sociale comme c’est l’usage au Grand Orient de France ? Je ne le crois pas non plus.

    En effet, il faut éviter la condescendance à l’égard de nos frères britanniques même si ces derniers en manifestent parfois à notre égard. Il convient de rappeler que les loges britanniques soutiennent de très nombreuses œuvres de bienfaisance. Elles ont souvent une action sociale opérative bien plus systématique et efficace que celle de nos loges hexagonales qui aiment s'enivrer de belles idées et de concepts généreux.

    Et puis il faut considérer les enseignements de l'histoire maçonnique. Que nous apprennent-ils ? Que la réflexion sociale au sein des loges, aussi féconde et légitime soit-elle, n’a jamais prémuni un pays des tentations de repli et des dangers du nationalisme.

    Ainsi le Grand Orient de France n’a pas empêché la montée du fascisme en France dans l’entre-deux-guerres pas plus que l’avènement du Régime Vichyste après la capitulation de 1940 alors qu'il était pourtant très impliqué dans la vie de la Cité sous la Troisième République.

    Bref, le travail maçonnique n'est pas programmatique. Il ne dépend nullement des circonstances du temps présent ou de l'actualité profane. Il est un effort constant d'amélioration de soi au sein d'une communauté d'individus partageant ce même désir d'élévation morale et spirituelle. Ce n'est pas du nombrilisme. C'est simplement le principe lucide en vertu duquel toute prétention à vouloir améliorer la société passe fondamentalement par la volonté de s'améliorer soi-même. Tout le reste n'est que de la posture.

  • Ernest Borgnine, l'homme au grand coeur

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    borgnine.jpgLe 8 juillet prochain, cela fera quatre ans que le F Ernest Borgnine a rejoint l'O éternel. Il fait partie de ces gueules du cinéma américain qu'on n'oublie pas. Et c'est là l'ironie de l'histoire car cet homme au grand coeur a d'abord été révélé au public pour ses rôles de méchant dans quatre chefs d'oeuvre du cinéma : Tant qu'il y aura des hommes en 1953, Un homme est passéVera Cruz et Johnny Guitare en 1954. Il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur en 1955 pour le film Marty dans un rôle où ne l'attendait pas.

    Je me souviens surtout de l'acteur de séries télévisées. L'adolescent que j'étais dans les années 80 aimait Borgnine alias Dominic Santini, le gentil copilote du ténébreux Jan-Michael Vincent alias « Springfellow » Hawke dans la série Supercopter.

    Borgnine était franc-maçon actif. Un vieux franc-maçon. Initié en 1950. Il appartenait à deux loges bleues. Hollywood Lodge n°355 à l'O de Tarzana (GL de Californie) et Abingdon Lodge n°48 à l'O d'Abingdon (GL de Virginie). Il était également membre du Suprême Conseil du REAA des Etats-Unis d'Amérique (juridiction sud) depuis 1963 et il en était 33ème honoraire depuis 1983. Borgnine était un philanthrope. Il soutenait plus particulièrement le centre de Richmond qui s'occupe des problèmes d'orthophonie et de pathologies vocales des enfants.

    Le centre culturel et événementiel des ateliers écossais de Long Beach (Californie) a pris le nom de Théâtre Ernest Bognine. A cette occasion, une plaque commémorative a été inaugurée en présence de l'acteur (photo ci-contre).