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  • Never explain, never complain

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    queen.jpgLa photo ci-contre ne date pas de l'annonce du résultat du référendum sur le Brexit. La reine Elizabeth II ne tire pas la tronche. Elle jette plutôt un oeil lassé sur la meute de photographes qui l'attend à la sortie de l'hôpital londonien roi Edouard VI où elle avait été admise, quelques jours plus tôt, pour des problèmes digestifs. Elle est entourée du personnel soignant (infirmières, médecins, etc.). C'était le 4 mars 2013.

    L'infirmière qui raccompagne la reine à sa voiture a fait phosphorer tout l'internet conspirationniste. La devise de la maison royale est connue : never explain, never complain (ne jamais s'expliquer, ne jamais se plaindre). Elle favorise donc toutes les spéculations même les plus délirantes. Ainsi les paranoïaques n'ont pas manqué de relever l'étonnante ceinture rouge de l'uniforme de l'infirmière dont la boucle est composée d'une étoile à cinq branche (pentagramme), d'une équerre et d'un compas.

    Bien entendu, nos amateurs de complots ont décelé dans ces deux symboles la preuve irréfutable d'une reine physiquement amoindrie et surtout sous influence maçonnique. Voilà pour le folklore antimaçon toujours aussi désopilant.

    Alors qui est cette infirmière ? Il s'agit d'une personne qui appartient au corps des infirmières du Royal Masonic Hospital (hôpital maçonnique royal) fondé et financé par les maçons de la Grande Loge Unie d'Angleterre pendant la première guerre mondiale. Cette structure, qui a fonctionné quasiment pendant quatre-vingts ans, a complètement disparu au début des années 2000 pour être fusionnée avec d'autres structures hospitalières susceptibles de mieux répondre aux besoins des usagers. Les infirmières, formées au Royal Masonic Hospital, ont néanmoins conservé le droit de porter leur uniforme distinctif. Eu égard à l'excellence de leur formation, il n'est guère surprenant de retrouver ces infirmières dans l'entourage de la famille royale.

  • La Loge vue de l'Orient

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    3006625972.jpgLes FF∴ de ma R∴L∴ m'ont à nouveau confié le premier maillet pour une année. La fonction de V∴M∴ est exigeante. Il m'appartient de convoquer la loge, d'ouvrir, de diriger et de fermer les travaux en la forme accoutumée, de procéder aux initiations, de conférer les grades et, plus généralement, d'assurer le bon fonctionnement de l'atelier.

    Je dois également diriger l'administration de la L∴ et à ce titre contrôler le travail des autres officiers. Il me faut signer les procès-verbaux des tenues, ouvrir et régler la correspondance ordinaire et officielle, ordonnancer les dépenses autorisées par la L∴ et faire le lien entre l'obédience et la L∴. Je dois aussi représenter la L∴ à l'extérieur. Lors de ma première année de vénéralat, je l'ai fait de temps en temps avec grand plaisir. Sans doute pas assez mais il faut dire que la localisation géographique particulière de ma L∴ m'empêche de voyager aussi souvent que je le voudrais (la L∴ la plus proche est en effet à une heure de route).

    Bref, tout ça, c'est du travail. Mais j'ai de la chance car je peux m'appuyer sur un collège des officiers où chacun sait ce qu'il a à faire. Il faut dire que j'avais prévenu les membres de mon atelier. Pour moi, le V∴M∴ n'est qu'un chef d'orchestre. Il doit donc jouer de l'orchestre. Il n'a pas vocation à être le soliste dans chaque famille d'instruments. En clair, les membres de ma L∴ savent que je suis rarement le dernier à fermer la porte et à éteindre la lumière en partant. Je délègue donc volontiers et cela marche plutôt bien. Je sais que d'autres Vénérables ont des façons de fonctionner différentes de la mienne.

    equerre_maconnique_bois.jpgMon programme, bien sûr, est de ne pas en avoir. Je ne suis pas un élu profane. Je préside une structure initiatique, ésotérique et traditionnelle. Ce n'est pas la même chose. Je dois simplement demeurer le catalyseur des forces vives de ma R∴L∴. Et c'est déjà beaucoup car je dois non seulement forger de nouveaux maillons mais aussi veiller à la formation des apprentis, des compagnons et même des maîtres. Pour cela, je peux compter sur les surveillants et le grand expert. A eux le soin d'organiser, de temps en temps, des réunions d'instruction. Je dois enfin susciter des réflexions, donner l'envie aux FF∴ de plancher, de s'impliquer dans la vie obédientielle (au niveau régional et national), encourager les initiatives d'où qu'elles viennent.

    Je ne dois laisser personne sur le bord du chemin. Cet aspect du travail de V∴M∴ est essentiel. Je dois être en mesure de percevoir le découragement, la tristesse et les problèmes qui peuvent accabler l'un ou l'autre afin que nul n'abandonne le chantier. A ce titre, il me faut ouvrir l'oeil et le bon mais sans être intrusif. Je dois aussi prévenir les conflits ou les risques de conflit qui peuvent survenir entre les membres de la LL∴. Et puis enfin, je ne dois surtout jamais oublier que je suis de passage. Il me faudra nécessairement passer le témoin au successeur que la L∴ choisira librement le moment venu. Aller de la lumière à l'ombre avec, je l'espère, le sentiment du devoir accompli. Tout simplement.

  • Zweig et le désir d'aurore

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    zweig.jpgLa Grande Bretagne a décidé de quitter l'Union européenne. Il est inutile, je pense, d'épiloguer maintenant sur les conséquences directes et indirectes du référendum.

    L'histoire est en train de se faire sous nos yeux selon des courants que l'on ne peut clairement identifier encore. Les Ecossais parlent à nouveau d'indépendance pour rester au sein de l'Union européenne.

    Les Irlandais veulent une réunification de leur île afin qu'elle demeure également dans l'Union européenne.

    Il semblerait que l'Espagne lorgne sur l'isthme de Gibraltar. Les bourses s'affolent. L'incrédulité domine.

    Bref, on voit à quel point l'Union européenne est fondamentale pour la stabilité du vieux continent.

    Il n'y a guère que les fascistes et Donald Trump aux Etats-Unis d'Amérique qui exultent. Or le fascisme newlook de 2016 n'a pourtant rien à envier à celui de 1940...

    En ce jour particulier, je pense à l'écrivain autrichien Stefan Zweig.

    En avril 1942, il se sentait plus que jamais déraciné et anéanti de voir la guerre embraser l'Europe et le monde. Il avait vu la déliquescence de l'Europe minée par les nationalismes, les rancoeurs politiques, le racisme, l'antisémitisme, le rejet de l'autre. Il avait été le témoin impuissant du triomphe de l'égoïsme sur la nécessaire solidarité entre les peuples.

    Avant de se suicider en compagnie de son épouse, fatigué, il a jeté ses dernières forces pour écrire cette poignante lettre d'adieu que nous devrions tous méditer aujourd'hui :

    « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.

    Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.

    Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »

    Pourvu que nous ne refassions pas les mêmes erreurs et pourvu que l'Europe conserve ce désir d'aurore pour que jamais la longue nuit ne revienne !

  • Les droits de l'homme selon Pétain

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    Suite à ma note sur le formulaire d'abjuration d'erreurs et de profession de foi en usage sous l'Espagne franquiste, Hervé, un fidèle lecteur du blog, qui me suit également sur Twitter (@blog357), m'a gentiment transmis le document ci-dessous. Il m'a autorisé à le reproduire.

    petainGODF.jpg

    Il s'agit d'un formulaire de l'Etat français qui faisait suite à l'interdiction de la franc-maçonnerie le 13 août 1940.

    Les fonctionnaires devaient le remplir pour déclarer qu'ils n'étaient pas francs-maçons. Ce formulaire a été édité en 1941 par la préfecture de la Seine et Marne. On notera la mention curieuse de la société théosophique qui n'est pas du tout maçonnique (ce détail avait dû échapper à Bernard Faÿ et ses sbires).

    Je soussigné, déclare sous la foi du serment, avoir fait partie comme [officier ou membre] de la Société du Grand Orient de France, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Indépendante, de l'Ordre Mixte International Le Droit Humain, de la Société Théosophique, du Grand Prieuré des Gaules, de l'une quelconque des filiales desdites sociétés, ou de toute autre société visée par la loi du 13 août 1940 : Orient ou Vallée (ou localité) de...... et avoir cessé d'en faire partie le ...... 19...... pour les raisons suivantes (démission, mise en sommeil, radiation, etc.).

    Je m'engage sur l'honneur à ne plus faire partie d'aucune des Sociétés mentionnées ci-dessus ou de leurs filiales, dans le cas où elles viendraient à se reconstituer directement ou non.

    A...... le ......1941

    Je rappelle que les fonctionnaires francs-maçons étaient systématiquement révoqués de la fonction publique. Les fausses déclarations étaient évidemment sanctionnées pénalement.

    Hervé m'a précisé que son grand-père était à l'époque directeur du service de la population de la ville de Melun où il avait été muté.

    Détail cocasse : le grand-père d'Hervé était membre de la R∴L∴ La Cosmopolite à l'O∴ de Vichy (G∴O∴D∴F∴). Ça ne s'invente pas !

  • Les droits de l'homme selon Franco

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    Je reproduis ci-dessous un formulaire d'abjuration d'erreurs et de profession de foi en usage dans l'Espagne franquiste. Ce formulaire avait été institué en 1940 par le Tribunal de Répression de la Franc-Maçonnerie et du Communisme. Tout opposant au régime catholico-fasciste du Général Francisco Franco devait le signer pour espérer obtenir une diminution de peine, voire une libération (dans le meilleur des cas). Je rappelle que le fait d'être franc-maçon ou d'avoir appartenu à la franc-maçonnerie était à l'époque un crime passible de mort.

    francolamuerte.jpg

    Voici la traduction de ce document :

    Je soussigné [nom de la personne concernée] ayant devant moi les Saints Evangiles, que je touche de mes mains, et sachant que personne ne peut me sauver en dehors de la Foi que professe, prêche et enseigne la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, au sujet de laquelle je regrette de m'être gravement trompé, car j'ai professé et cru en des doctrines contraires à ses enseignements.

    Maintenant illuminé par la grâce divine, je fais profession de croire que la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine est l'unique et vraie Eglise fondée par Jésus-Christ sur la terre, à laquelle je me soumets de tout mon coeur.

    Je crois en tous les Articles qu'Elle me propose croire ; je réprouve et condamne tout ce qu'Elle réprouve et condamne. ; je suis prêt à observer tous ses commandements et je professe de croire spécialement :

    qu'il n'y a qu'un sel Dieu en trois personnes divines distinctes et égales, à savoir : le Père, le Fils et le Saint Esprit ;

    la doctrine catholique sur l'Incarnation, la Passion, la Mort et la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ et l'union en une personne de nature divine et de nature humaine ; la maternité divine de la Très Sainte Marie, ainsi que sa complète virginité et son immaculée conception ;

    la présence vraie, réelle et substantielle du Corps joint à l'Ame et à la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie ;

    les sept Sacrements institués par Jésus-Christ pour la rédemption du genre humain, à savoir : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrême Onction, l'Ordre et le Mariage ;

    le purgatoire, la résurrection des morts, la vie éternelle ;

    la Primauté, non seulement d'honneur mais aussi de juridiction du Pontife romain, successeur de Saint Pierre, Premier parmi les Apôtres et vicaire infaillible de Jésus-Christ ; le culte des Saints et de leurs images ;

    l'autorité des traditions apostoliques et ecclésiastiques et des Saintes Ecritures qui ne doivent s'interpréter et se comprendre que dans le sens qu'Elles ont tenu et qu'Elles tiennent de la Saint Mère l'Eglise Catholique ; et tout ce qui a été défini et déclaré par les Saints Canons et par les Conciles oecuméniques, spécialement le Sacro-saint Concile de Trente et par celui du Vatican.

    Par conséquent, d'un coeur sincère et avec une foi non feinte, je déteste et abjure toute erreur, hérésie et secte contraires à ladite Eglise Catholique, Apostolique et Romaine. Que Dieu me vienne en aide, ainsi que Ses Saints Evangiles sur lesquels je pose mes mains.

    Suivent les signatures de la personne concernée et des personnes agissant par délégation de l'évêque.

    Ce qui est frappant dans ce formulaire, c'est qu'il rappelle étrangement les usages de l'Inquisition. L'abjuration consiste à exposer rigoureusement le credo catholique romain, à y adhérer sans réserve et à abandonner ses anciennes croyances. Ce document souligne la violence et les obsessions de la dictature instaurée par le sinistre Francisco Franco avec le soutien de l'Eglise catholique espagnole. Cette dictature a duré de 1939 à 1975. En cette période où il est de bon ton de critiquer l'Union européenne ou d'ironiser sur les impuissances prétendues des démocraties, je crois qu'il est important de se souvenir que notre vieux continent a été confronté à d'horribles régimes politiques qui niaient les libertés publiques et pourchassaient impitoyablement les opposants.

  • Du dialogue entre les institutions républicaines et les religions

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    laïcité, France, Sénat, Parlement, François Hollande, Gérard Larcher, République, Collectif laïque, religions

    Le collectif laïque a encore frappé. Voici son communiqué en date du 16 juin dernier :

    Le Collectif laïque condamne fermement le contournement de la laïcité que constitue la mise en place d’un dialogue institutionnel du Président et des groupes politiques du Sénat avec des responsables des cultes.

    La loi de séparation des Églises et de l’État (art.2), confortée par la Constitution, exclut expressément toute reconnaissance des cultes par la République. En revanche, des auditions de représentants associatifs ou de courants philosophiques et religieux par les commissions ressortissent (sic) des travaux parlementaires normaux.

    Cette décision vient s’ajouter à de nombreuses dérives du même type constatées dans les collectivités territoriales.

    Nos concitoyens, croyants ou non, attachés à la laïcité et à la démocratie ne peuvent accepter que des dignitaires religieux soient considérés par des élus du peuple comme qualifiés pour s’exprimer en leur nom.

    Enfin, nous refusons que les conceptions régressives de la vie en société (opposition à l’IVG ; à l’égalité devant le mariage, au droit de mourir dans la dignité, à l’égalité entre les hommes et les femmes…), portées par des responsables religieux puissent s’imposer par le biais de ces réunions institutionnalisées, comme elles le font dans plusieurs pays européens.

    Que s'est-il passé ? Vous allez le voir. Une terrible révolution. Jugez plutôt. Voici le communiqué de presse du 11 mai 2016 qui a enflammé ces gardiens autoproclamés et chatouilleux de la laïcité.

    Le Président du Sénat, Gérard Larcher, a réuni aujourd’hui, pour la première fois, les Présidents des groupes du Sénat et les représentants des cultes.

    Selon lui, le dialogue entre les autorités politiques et les autorités religieuses de France doit être à la hauteur des défis que la République et notre communauté nationale doivent relever.

    Après un long échange, les participants se sont engagés à instituer un dialogue périodique, respectueux de la Laïcité, entre le Parlement et les cultes.

    Ce dialogue permettra des échanges sur des sujets de société sur lesquels le Parlement sera amené à se prononcer.

    Tous les groupes politiques du Sénat ont été associés à cette rencontre ! Y compris les communistes (plus que détachés de toute inféodation religieuse).

    359375460.jpgLe Sénat a simplement posé le cadre général d'un dialogue périodique entre les représentants des cultes et la Haute Assemblée. Il a été affirmé que ce dialogue devra être respectueux de la laïcité. Difficile d'être plus explicite! Pour le reste, je renvoie le lecteur au rapport que M. Gérard Larcher, président du Sénat, a remis à M. François Hollande, président de la République, le 15 avril 2015. Il s'intitule La Nation française, un héritage en partage. Je rappelle que des obédiences maçonniques françaises ont été auditionnées pour les besoins de ce rapport (GODF, DH, GLFF, GLDF, GLNF) au même titre que des représentants de cultes, des universitaires, etc.

    En fait, j'ai l'impression que le Collectif laïque s'est laissé piéger par l'effet d'annonce de la présidence du Sénat. Il ne s'agit évidemment pas de contourner la laïcité en permettant aux religions d'imposer leurs vues aux parlementaires. Il s'agit simplement de créer un espace de rencontre au sein duquel parlementaires et représentants des cultes auront la possibilité de dialoguer sur des sujets de société sur lesquels le Sénat et l'Assemblée Nationale seront appelés à légiférer. En effet, aucune disposition légale ne l'interdit. Il n'est pas non plus anormal et scandaleux que la Haute Assemblée veuille nouer un dialogue régulier avec les représentants des cultes reconnus par la République dans une période où, comme on le sait, la France est confrontée à l'inquiétante résurgence de l'obscurantisme et du fondamentalisme religieux.

    Pourquoi donc le pouvoir législatif s'écarterait-il d'un tel dialogue alors qu'il le pratique, comme le pouvoir exécutif, depuis 1905 ? Que craint le Collectif laïque au juste ? Que du fin fond d'obscures sacristies, que de l'arrière salle des synagogues ou que du haut des minarets, les religieux dictent leurs volontés aux parlementaires ? Pourquoi le Collectif laïque ne traite-t-il pas les parlementaires d'idiots tant qu'il y est ? Au lieu  donc d'être systématiquement dans une posture critique, le Collectif laïque ferait mieux de s'interroger sur des stratégies pour être associé concrètement à ce dialogue avec les institutions républicaines. En effet, je ne peux m'empêcher de relever que le Collectif laïque, en tant que tel, n'a pas été auditionné dans le cadre du rapport Larcher. Il n'a même pas envoyé de contribution. Tout est dit...

    Je pense en conclusion que la laïcité a besoin d'individus pragmatiques, de fins juristes au sens politique aigu et non de doctrinaires qui surréagissent n'importe comment sur des non événements dans des collectifs hétéroclites. La laïcité en France, c'est la laïcité éclairée telle qu'elle a été promue par Aristide Briand, par Henri Brisson et tous les autres. Cette laïcité là instaure le dialogue permanent avec les cultes et tous les mouvements philosophiques comme la franc-maçonnerie. Elle n'est pas un concept politique historiquement figée. Elle s'est toujours adaptée aux nécessités du temps et aux évolutions de la société française. Elle n'est pas cette laïcité pleurnicharde qui se pense en permanence comme une citadelle assiégée, vit dans l'obsession de sa propre disparition et postule l'uniformisation des consciences.

  • La Franc-Maçonnerie et l'abrutissement universel selon Emile Cottinet

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    Emile Cottinet, Franc-Maçonnerie, Art, Pensée, Décadence, antimaçonnismeIl faut se méfier des appréciations sentencieuses et définitives comme celle du poète Emile Cottinet publiée en 1906 dans la revue littéraire L'Idée. Cottinet y déplore la piètre qualité des spectacles et des revues donnés à Paris. Qui en est la responsable selon lui ? La franc-maçonnerie pardi ! Oui, la franc-maçonnerie qui a juré la mort de l'Art et de la Pensée. Bigre !... Cottinet écrit :

    « Et puis n'y a-t-il pas les « Revues », le» fameuses revues qui accaparent actuellement tout le théâtre, en attendant qu'elles l'aient définitivement tué. Elles furent spirituelles, à l'origine, et témoignaient d'une certaine verve amusante et imprévue. Aujourd'hui elles ne sont plus qu'une exhibition de chair fraîche et d'oripeaux galamment troussés. Quand la mystérieuse franc-maçonnerie, qui a juré la mort de l'Art et de la Pensée au profit de l'abrutissement universel, aura transformé la Comédie Française en music-hall, on y entendra encore une  « commère », toute saupoudrée de diamants, demande à une petite femme nue : « Qui êtes-vous, Mademoiselle ? » Et la petite femme répondra : « Je suis le microbe de l'Avarie » ou « la dernière casserole du général André » !

    Cent dix-ans plus tard, il n'y a jamais eu autant de spectacles à Paris qu'aujourd'hui. Des spectacles divers est-il besoin de le souligner ? Il y a toujours les revues du Lido et du Moulin Rouge sans parler de celle, plus récente, du Crazy Horse. Et si la Comédie Française s'aventure, de temps en temps, hors des sentiers battus des classiques, on y joue évidemment les grandes pièces et tragédies du répertoire français. Cette vénérable institution n'est certainement pas devenue un music-hall de la médiocrité.

    La franc-maçonnerie, quant à elle, continue d'exister. Elle ne s'est d'ailleurs jamais aussi bien portée, bien que des paranoïaques actifs lui prêtent toujours de noirs desseins.

    L'Art et la Pensée n'ont pas non plus disparu, n'en déplaise aux inévitables réactionnaires médiatiques de service qui prospèrent et glosent sur le thème de la décadence française comme Cottinet le faisait hier. 

    Emile Cottinet justement. S'il y a une victime de « l'abrutissement universel », c'est bien lui dont la postérité n'a pas retenu le nom et dont les oeuvres semblent irréversiblement tombées dans l'oubli depuis très longtemps.

  • Le danger de la politisation du G∴O∴D∴F∴

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    Patrice Deriémont a livré ses réflexions relatives au projet de loi travail sur le blog de l’ami Géplu. L'intervenant a été présenté comme ancien Grand Maître adjoint du temps d'Alain Bauer (le médiatique criminologue que les journalistes invitent souvent dès qu'il s'agit de causer terrorisme à la télévision ou à la radio). J’espère qu’il n’y a aucun lien entre ce regain d’activité internautique et des ambitions contrariées. Sa réflexion en tout cas ne manque pas d'intérêt mais elle s'inscrit malgré tout dans un phénomène que je déplore depuis longtemps : la politisation excessive du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Dès l'instant où la gloire passée d'un intervenant est rappelée, c'est, j'imagine, pour mieux asseoir son propos.

    Je dois préciser ma pensée. Que faut-il entendre par « politisation excessive » ? Elle consiste :

    1°) à considérer que la Franc-Maçonnerie n’est véritablement utile que si elle s’implique dans le commentaire (et non dans l’analyse) de l’actualité immédiate ;

    2°) à réagir au coup par coup, à laisser la primauté aux émotions et à la versatilité des humeurs du moment sans recul et sans esprit de prospective ;

    3°) à circonscrire la liberté de conscience à des communiqués de presse, à des tribunes ineptes (comme par exemple la dernière de Daniel Keller publiée dans Médiapart) et, plus généralement, à des postures politico-médiatiques.

    Dans sa note, Patrice Deriémont est ainsi revenu sur le fameux article 6 du projet de loi. A l’heure où j’écris cette note, je ne vais pas faire semblant de vous faire croire que je suis parfaitement au courant du processus législatif en cours. Lors d’un congrès régional auquel j’ai participé, j’ai même entendu Daniel Keller affirmer que cet article avait été abandonné. J’ignore si c’est vraiment le cas. Tout ce que je peux dire cependant, c’est que l’article 6 originel n’instaurait rien de nouveau et – comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici – ne faisait que reprendre l’acquis jurisprudentiel en la matière. Il n’y avait évidemment aucune atteinte à la laïcité.

    Concernant l’article 2 et sur le prétendu inversement de la hiérarchie des normes, il faut quand même rappeler que cette disposition réaffirme le code du travail en tant que socle intangible dans des domaines fondamentaux comme la durée légale du temps de travail, le Smic, la santé et la sécurité. Il réaffirme le rôle de la branche sur la modulation, le temps partiel etc. Et puis cet article 2 donne de l'espace supplémentaire à la négociation dans l'entreprise sur l'organisation du travail (c'est ce qui semble déplaire). Et encore de façon très encadrée, c'est-à-dire sur la base d'un accord majoritaire négocié avec un représentant syndical ! J'y vois la pleine confirmation du principe de faveur dont les opposants au projet de loi craignent la remise en cause.

    L’idée est donc de permettre aux salariés et aux patrons d'adapter ensemble les relations de travail au sein des entreprises au plus près des réalités économiques auxquelles elles sont confrontées. L’idée est de faire en sorte que les relations de travail puissent s’harmoniser au plus près des réalités d'un secteur donné. L’idée est enfin de favoriser la négociation avec le concours des syndicats dont la présence sort renforcée. Sans remettre en cause le code du travail en tant que tel. Il ne s’agit pas, comme j’ai pu le lire dans un article d’Humanisme, de substituer entièrement et brutalement le contrat à la loi impersonnelle et générale ! De toute façon, le contrat n'est pas un gros mot. Le droit des obligations, actuellement en pleine réforme, est en effet un des piliers fondamentaux de notre droit positif depuis Napoléon. Il serait bon aussi de le rappeler. Y compris dans les colonnes de la revue Humanisme.

    Bref, ça fait quand même beaucoup de garde-fous dont on ne parle jamais dans les médias et qui devraient rassurer les plus inquiets. Et encore, je ne parle pas du compte personnel d'activités, de la sécurisation des parcours professionnels dans un contexte de chômage de masse (car aujourd'hui les carrières professionnelles sont hachées), etc. Les chantiers sont nombreux. Mais de toute façon, à quoi sert-il de le dire puisque personne ne s'écoute ?

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence,daniel kellerDe façon plus générale, je ne comprends pas que certains francs-maçons, aux solides préjugés idéologiques, participent activement à cet obscurcissement des esprits en racontant parfois n’importe quoi alors même que le processus législatif n'est pas arrivé à son terme ! Il me semble que ces frères devraient au contraire prôner le dialogue et l’écoute. Oui, ce dialogue et cette écoute dont ils se prévalent en loge mais qu’ils ont un peu trop tendance à oublier quand ils cancanent dans le monde profane ou sur internet.

    Comment non plus ne pas être en colère quand je vois des frères, que j’estime par ailleurs, tellement travaillés par les rancoeurs politiciennes qu’ils en sont réduits à relayer sur les réseaux sociaux d’ignobles caricatures (par exemple Valls en uniforme de S.A. hitlérien) ou des articles de propagande provenant de blogs d’extrême gauche et, parfois hélas, d’extrême droite ? Comment peuvent-ils s’abandonner ainsi à la haine et à l'aveuglement partisan sans regarder à deux fois ce qu'ils diffusent ? Ont-ils oublié les exigences de l’initiation maçonnique ? Je n'ose le croire.

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence,daniel kellerDans deux mois, les conseillers de l’Ordre du G∴O∴D∴F∴ vont être appelés à élire un nouveau Grand Maître. Je ne vais pas rappeler ce que j’ai écrit sur cette fonction qui n’existe pas dans le règlement général et qui n’a pas d’attribution précise (pour ceux que ça intéresse, c’est ici). J’espère simplement que les conseillers de l’Ordre privilégieront une personnalité réellement initiée sur tout politicien déguisé en maçon. Car il faut le dire : le G∴O∴ a besoin de maçons à sa tête et pas de directeurs de conscience ou de communicants à la petite semaine.

    J’espère aussi que le futur Grand Maître sera économe de ses paroles. Elles n’en auront que plus de valeur. J’espère enfin que le futur Grand Maître veillera à ce que l’obédience ne s’embourbe pas dans les ornières de la politique politicienne. Le G∴O∴D∴F∴ doit demeurer le centre de l’union. Il doit inscrire la réflexion de ses ateliers dans un temps long. Il doit se souvenir que les SS∴ et les FF∴ ont des sensibilités politiques, philosophiques et religieuses différentes. Quand je vois le climat actuel dans le monde profane, quand je songe aussi à l’échéance électorale de l’an prochain, je pense qu’il est absolument primordial que le G∴O∴ conserve sa sérénité et travaille, selon ses principes constitutionnels, dans la joie et la paix et dans le respect des convictions de chacun de ses membres.