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  • De la religion dans les relations de travail

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    Travail, Laïcité, Loi, Liberté, RépubliqueChacun est libre d'apprécier ou pas l'action des pouvoirs publics actuels. Mais il faut quand même prendre garde à la critique démagogique qui confine souvent à la désinformation pure et simple. C'est notamment ce qui est en train de se passer avec l'article 6 du projet de la « loi travail », plus connue encore sous le nom de la « loi El Khomri ». Cet article 6 dispose :

    « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »

    Il n'en fallait pas davantage pour que certains y décèlent un inquiétant recul de la laïcité ou redoutent l'entrée en fanfare du communautarisme dans l'entreprise. Cet article, pourtant, ne fait que synthétiser les principes de la jurisprudence. Il s'inscrit dans le cadre des articles 9 de la convention européenne des droits de l'homme et L.1121-1 et L.1321-3 du code du travail. En soi, l'article 6 du projet de loi n'apporte donc rien de nouveau si ce n'est qu'il consacre ce qui existe déjà dans le droit positif.

    En l'état actuel du droit, un salarié de droit privé peut fort bien être contraint par son employeur de retirer un signe religieux, une tenue inappropriée, etc., pour autant que ce retrait soit justifié par les nécessités de la fonction, par la nature de la tâche à accomplir ou par des raisons de sécurité ou de représentation. De même, un employeur peut refuser au salarié des congés liés ou non à des raisons religieuses si ce refus est justifié par la continuité du service, par une forte activité ou par des circonstances exceptionnelles.

    Pour les fonctionnaires, les magistrats, pour les contractuels de droit public, pour les salariés de droit privé d'une entreprise délégataire de service public, le régime est différent. La neutralité est la règle parce que les missions sont d'intérêt général et effectuées soit sous l'autorité directe de l'autorité publique, soit sous son contrôle. L'article 6 du projet de loi n'est pas principiel, c'est-à-dire qu'il n'a pas pour objectif d'ériger un nouveau principe à partir duquel tout le droit du travail est appelé à évoluer. C'est précisément le contraire. L'article 6 résulte des principes dégagés par la pratique juridique. Ni plus ni moins. Il n'y a donc pas de recul de la laïcité. Au contraire, j'y vois son affirmation dans le souci de conjuguer la liberté des convictions religieuses et philosophiques avec le respect du lieu et des relations de travail.

    De toute façon, il faut être conscient que les relations de travail peuvent donner lieu à de multiples contentieux, y compris sur le terrain de la manifestation des convictions religieuses sur le lieu de travail. Un salarié peut être en conflit avec son patron sur le sujet. Un patron peut être en conflit avec un salarié à ce propos. La loi s'applique à la lumière de chaque affaire. La balance entre des intérêts opposés, le conflit entre deux libertés et le principe de proportionnalité par rapport à l'objectif poursuivi, ne sont pas des notions à manier avec maximalisme quand on est dans une société laïque et démocratique. Il n'y a que dans les dictatures que les lois sont à sens unique. Les jugements peuvent donc être différents, sans nécessairement être contradictoires en droit, car chaque cas d'espèce est unique. Ce n'est pas un phénomène nouveau quoi qu'on en dise. Cela se vérifie en droit du travail comme dans n'importe quelle autre branche du droit.

  • Communiqué d'obédiences maçonniques belges

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    COMMUNIQUE D'OBEDIENCES MAÇONNIQUES BELGES

    A LA SUITE DES ATTENTATS A BRUXELLES DU 22 MARS 2016

    Les Obédiences maçonniques belges condamnent les lâches attentats de ce mardi et présentent leurs condoléances émues aux familles endeuillées.

    Nous ne restons pas inactifs, parce que nous voulons déjouer la tentation des replis communautaristes.

    Pour cela, nous estimons nécessaire de développer un dispositif d'instruction qui dispense une culture ouverte à l'universel et qui émancipe la capacité de raisonner de manière autonome en fournissant des références non partisanes.

    Il est urgent de se mettre autour de la table et de travailler avec tous les intervenants pour assurer une vraie éducation pour tous qui est le seul moyen de donner une chance à tout le monde et ainsi de permettre aux jeunes de prendre leurs responsabilités, de faire leurs propres choix et surtout de pouvoir penser seuls.

    Tel est l'enjeu de l’idéal de la Franc-maçonnerie dont on peut mesurer pleinement l'actualité dans un monde déchiré, sollicité par les revendications identitaires, menacé par les dérives communautaristes.

    Il s’agit aujourd’hui de vaincre ensemble la montée des périls et des fanatismes : au fond de ce qui les résume tous, l’intolérance.

    Nous Francs-Maçonnes et Francs-Maçons, au nom de notre conscience, voulons affirmer notre idéal de respect, d’écoute, de diversité.

    Plus que jamais notre société en a besoin, quand la liberté de conscience est décriée, quand les hommes de toutes origines et les croyances de toutes sortes se combattent et tentent de s’éliminer.

    Cette société à créer est possible, mais nous avons besoin d’être rassemblés pour avancer. Ce n’est pas de l’utopie, c’est seulement un projet à long terme.

    Soyons conscients que notre responsabilité est engagée car nous devrons répondre de nos actions devant les générations futures.

    Le Grand Orient de Belgique

    La Fédération belge du Droit Humain

    La Grande Loge de Belgique

    La Grande Loge Féminine de Belgique

    Lithos Confédération de Loges

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    A lire : le communiqué de sept obédiences françaises

  • Condoléances

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    Tout ce qui touche la Belgique me touche directement. Et plus encore lorsque ça concerne Bruxelles, ville que je connais particulièrement bien.

    En ce jour du 22 mars 2016, la capitale belge a été durement frappée en son coeur par des fanatiques comme le fut Paris l'an dernier.

    Des innocents ont trouvé la mort ou ont été blessés. 

    Toutes mes pensées vont aux victimes et à leurs proches aujourd'hui dans la peine et la détresse.

    Plus que jamais, nous devons demeurer unis face à l'obscurantisme afin de ne pas céder aux discours manichéens et simplificateurs alimentés par la haine de l'autre.

    Je formule le voeu ardent que les pouvoirs publics européens agissent avec une sagesse sans cesse renouvelée et une force raisonnée pour maintenir et défendre la beauté de l'ordre social démocratique.

     

  • Une rue de Londres, la nuit

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    Les "Quatre moments de la journée" (Four Times of the Day) sont une série de quatre tableaux de l'artiste britannique William Hogarth (1697-1764). Ils ont été achevés en 1736 et reproduits en une série de quatre gravures en 1738. Ce sont des scènes de genre ou des représentations humoristiques de la vie dans les rues de Londres. L'image ci-dessous reproduit le quatrième tableau de la série. Il s'intitule "la nuit". Je vous laisse d'abord le soin de l'observer.

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    La scène se déroule dans une rue du centre de Londres. Il s'agit probablement de Whitehall qui débouche sur la place de Charing Cross où une statue équestre du roi Charles I, réalisée en 1633 par le sculpteur Hubert Le Sueur, a été placée en 1675 (on la distingue dans le fond). A l'époque, c'était une rue de petits commerçants et d'artisans comme en témoigne l'échoppe du barbier ci-dessus représentée. On trouvait notamment dans ce quartier des tavernes dans les arrière-salles desquelles se réunissaient des loges maçonniques, notamment à la Forrest's Coffee House ou à la Rummer and Grapes Tavern. 

    Les historiens de l'art pensent que cette scène se situe lors du Oak Apple Day, fête qui a lieu le 29 mai et qui célèbre la restauration de la monarchie après la guerre civile et la période Cromwellienne (de 1642 à 1662). Ce jour férié a été aboli en 1859. Les historiens de l'art pensent que cette hypothèse est notamment confortée par les branches de chêne accrochées à l'enseigne du barbier qui rappellent le chêne royal où Charles II, fils du roi Charles I décapité, se cacha après avoir perdu la bataille de Worcester en 1651.

    andrew montgomery,william hogarth,thomas de veil,londres,franc-maçonnerie,art,1736Au premier plan, on voit un franc-maçon décoré d'un grand tablier et d'un collier de tissus où pend une équerre. Il s'agit manifestement d'un vénérable maître d'une loge. Il a l'air contrarié, probablement ivre, et soutenu par un homme qui l'aide à se frayer un chemin. Le vénérable a été identifié. Il s'agit de Thomas de Veil (1684-1746), un magistrat londonien qui fut membre, comme le peintre William Hogarth, de la loge Apple Tree, l'une des quatre loges fondatrices de la Grande Loge de Londres en 1717. L'homme était impopulaire, notamment en raison de sa sévérité à l'égard des vendeurs de gin alors qu'il était lui-même un buveur invétéré. Lorsque William Hogarth a peint son tableau, le parlement britannique venait de voter le "Spirit Duty Act" afin de lutter contre l'alcoolisme qui faisait des ravages épouvantables à l'époque. Au second plan, on voit d'ailleurs un homme, la pipe à la bouche, en train de remplir un tonneau. Sans doute un vendeur d'alcool. Peut-être Hogarth voulait-il se moquer de l'attitude hypocrite Thomas de Veil ? C'est très probable.

    Dans cette scène, j'imagine que Thomas de Veil est sur le chemin du retour à la maison après une tenue dans sa loge et de copieuses agapes judicieusement arrosées de poudres fortes et fulminantes. Quand il a fallu se séparer, le vénérable a probablement éprouvé de légères difficultés à trouver la porte de sortie. C'est alors que le frère Andrew Montgomery, par ailleurs Grand Couvreur de la jeune Grande Loge d'Angleterre, s'est proposé de le ramener chez lui. Les rues, la nuit, ne sont pas sûres et fourmillent de voleurs. Il ne faudrait pas que le maître de loge fasse de mauvaises rencontres. Veil a ordinairement l'alcool joyeux. Mais pas cette nuit du 29 mai. Une fois dans la rue, Thomas de Veil, qui a oublié d'enlever les décors de sa charge, s'agite et parle fort. Arrivé à hauteur d'une diligence qui s'est renversée dans le courant de la journée, Thomas de Veil ne se contient plus. Le magistrat est furieux devant ce véhicule qui obstrue le passage. Il invective les personnes présentes, mendiants, prostituées, simples passants qui se réchauffent autour d'un feu de joie célébrant le Oak Apple Day. Veil hurle pendant que Montgomery, pas très à l'aise, le presse de continuer le chemin afin d'éviter qu'une bagarre n'éclate. Veil dérange tellement le voisinage qu'un des habitants lui jette l'urine d'un pot de chambre de la fenêtre de l'immeuble de droite (ce détail se voit mieux sur la gravure). Le barbier et le vendeur d'alcool sont indifférents à la scène et sont entièrement consacrés à leur travail.

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    Cette peinture, à mon avis, est extrêmement intéressante pour les raisons suivantes :

    1°) Elle donne un aperçu concret et "dans son jus" de la franc-maçonnerie spéculative embryonnaire à travers une des plus anciennes représentations de frère décoré. Nous sommes au coeur du quartier où la franc-maçonnerie spéculative moderne s'est structurée dans cette ville de Londres déjà industrieuse et tentaculaire. La franc-maçonnerie fait partie de la vie de la capitale britannique. Cette forme de sociabilité particulière se rencontrait dans les tavernes. Les personnages représentés ne paraissent pas particulièrement surpris de rencontrer sir Thomas Veil avec ses insignes de maître de loge. Il faut rappeler que nous sommes également en 1736. En France, les premières loges commencent à peine à s'implanter. 

    andrew montgomery, william hogarth,thomas de veil,londres,franc-maçonnerie,art,17362°) La Franc-Maçonnerie est déjà volontiers brocardée et ses secrets suscitent déjà l'attention des plus curieux (les premiers livres de divulgation sont apparus dès 1730 avec Masonry dissected de Samuel Pritchard). Pourtant, il ne faut pas s'y méprendre, il ne s'agit pas d'un tableau antimaçonnique. L'artiste est un maçon actif. En 1735, il est d'ailleurs Grand Stewart de la Grande Loge d'Angleterre. La tableau témoigne sans doute d'une profonde inimitié entre William Hogarth et Thomas Veil. Il montre que la fraternité maçonnique, depuis l'origine, n'a jamais empêché les divergences, voire les haines entre frères.

    3°) Il faut également se méfier des apparences. Thomas de Veil n'est pas présenté à son avantage dans le tableau de William Hogarth alors qu'il s'agit pourtant d'un homme remarquable dont on ne peut réduire la vie à ses deux faiblesses, la boisson et les femmes. L'Angleterre lui doit d'avoir créé le premier système professionnel de police et de justice. Il faut d'autant plus se méfier des apparences que William Hogarth, l'artiste, est un homme querelleur qui s'est brouillé avec d'autres frères tels que par exemple le peintre James Thornhill (1675-1734) et, un peu plus tard, le député John Wilkes (1725-1797). William Hogarth représente volontiers ses ennemis de façon humiliante dans ses tableaux.

  • Le respect des règles

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    hastings.jpgJe rebondis sur la réponse du Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee en date du 14 mars dernier pour vous livrer cette petite réflexion.

    Faisons tout d'abord abstraction de l'objet du débat : l'incompatibilité qu'il pourrait y avoir entre l'appartenance maçonnique et certaines orientations sexuelles. Et concentrons-nous plutôt sur un autre de ses aspects tout aussi important parce qu'il le détermine d'une certaine façon : le respect des règles.

    Si sur le fond la position de la Grande Loge du Tennessee est moralement contestable, sur la forme en revanche, elle semble parfaitement cohérente. Le Grand Maître Hastings rappelle - à tort ou à raison - que la décision de la Grande Loge du Tennessee a été prise en application d'une disposition réglementaire votée il y a trente ans.

    Par conséquent, seuls ceux habilités à voter aujourd'hui les lois internes de la Grande Loge du Tennessee peuvent défaire ce qui a été voté il y a trente ans. Autrement dit, les lois qui régissent la vie de la Grande Loge du Tennessee forment le pacte social des loges qui la constituent. Elles sont l'expression de sa souveraineté inaliénable. Les autres obédiences n'ont donc pas à s'immiscer dans cette vie interne même si celle-ci peut heurter, choquer ou inquiéter.

    Bien évidemment, j'écris cela avec les précautions d'usage car je n'ai évidemment pas tous les éléments pour pouvoir en juger. Cependant, dans n'importe quelle obédience sérieuse, il appartient à chaque loge de vérifier si l'admission d'un profane est susceptible de poser des problèmes réglementaires. Dans le cas qui nous préoccupe, on peut se demander si la loge concernée a interrogé la Grande Loge du Tennessee avant d'initier ce couple homosexuel, ne serait-ce déjà que pour mettre en évidence le caractère contestable de certaines dispositions réglementaires. En fonction de la réponse de l'obédience, cette loge aurait pu éventuellement en tirer toutes les conclusions pour elle même (ex : ajourner l'initiation et demander une modification réglementaire ; procéder à l'initiation et prendre son autonomie en devenant une loge sauvage ou en rejoignant une autre obédience plus libérale comme par exemple la George Washington Union ou le Grand Orient des Etats-Unis si toutefois ce dernier existe toujours). Je ne pense qu'elle l'ait fait sauf erreur de ma part.

    S'il apparaît que cette loge a enfreint les règles de son obédience (du latin, obedientia, obéissance), alors on ne peut pas tout à fait être étonné que l'obédience ait cherché à les faire respecter bien que celles-ci, une fois encore, puissent apparaître totalement surannées et en complet décalage avec la société. Après tout, c'est à ceux qui ont le pouvoir de changer les règles au sein de la Grande Loge du Tennesse, à prendre leurs responsabilités s'ils estiment devoir le faire

    Posons-nous enfin une question toute simple. Que fait et que dit la loge qui a initié ce couple homosexuel ? Je n'ai pas l'impression qu'on l'entende beaucoup. Je n'ai pas non plus l'impression - mais je peux me tromper - qu'elle soit spécialement entrée en résistance. Pourtant, elle a bien été à l'initiative de ce qui est devenu un sacré merdier. Les malheureux Mark Henderson et Dennis Clark ont été bannis. Un peu comme le fut d'ailleurs Maria Deraismes par la loge alpicoise Les Libres Penseurs qui l'initia en 1882 au mépris des règles de la Grande Loge Symbolique Ecossaise.

    Ce qu'il faut comprendre, c'est que le respect des règles n'est pas l'expression d'une rigidité mentale. Ce respect est au contraire la condition sine qua non de la cohésion du groupe. Les procédures, comme l'écrivait Benjamin Constant, sont les divinités tutélaires de la liberté. Sans les règles, il n'y a que de l'arbitraire. Sans les règles, c'est la loi du plus fort qui prévaut. L'arbitraire naît toujours des petits arrangements même si on les fait pour une cause juste.

    Un Frère me disait il y a quelques jours : "L'important, c'est l'esprit de la règle, pas la règle." Ben voyons ! C'est précisément au nom de cet "esprit de la règle" qu'on en arrive souvent à faire n'importe quoi, comme par exemple demander à une loge de voter alors que le vote n'est pas à l'ordre du jour et n'a pas été annoncé dans la convocation aux travaux. 

    rg.jpg"L'esprit de la règle", c'est cette commodité qui permet à ceux qui s'en prévalent d'imposer en réalité leurs vues à tout un atelier. On appelle cela la politique du fait accompli. Ceci dit, j'en conviens, les règles ne sont pas toutes justes ou toutes indiscutables. Ce qui se passe au Tennessee en est une illustration parmi d'autres. C'est la raison pour laquelle il n'est pas interdit d'avoir l'intelligence de les changer en suivant la procédure prévue pour cela et à la condition, bien sûr, qu'il se trouve une majorité pour le faire. 

    Enfin, quand je lis la lettre du Grand Maître Hastings, qui rappelle que la décision contestée s'appuie sur une disposition réglementaire vieille d'une trentaine d'années, je ne peux m'empêcher d'éprouver un sentiment d'étonnement admiratif devant une telle stabilité réglementaire, surtout quand  je pense à la constitution et au règlement général de ma propre obédience qui changent aussi souvent que le code général des impôts sous l'effet de continuelles modifications pas toujours inspirées. C'est comme si la stabilité réglementaire était devenue suspecte. Que l'on y songe. L'instabilité réglementaire favorise l'arbitraire, le juridisme abscons, les phraseurs pervers et chicaneurs, et les tribuns d'assemblée prompts aux manipulations en tous genres.

    Pour en revenir à la situation de la Grande Loge du Tennessee, celle-ci va se réunir, semble-t-il, en fin de mois. Je suis loin d'être un spécialiste de la franc-maçonnerie américaine, mais je ne pense pas trop m'avancer quand même en disant que cette obédience maintiendra sa position. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle aura beau jeu de rappeler qu'elle fonctionne ainsi depuis des années, qu'elle n'est pas la seule (on beaucoup parlé de la Grande Loge de la Géorgie, mais on oublie que la Grande Loge du Kentucky est dans la même situation) et, surtout, elle peut déjà constater que d'autres Grandes Loges défendent une position intermédiaire comme, par exemple, la Grande Loge du Wisconsin. Dans un courrier en date du 16 mars 2016, Franklin J. Struble, son Grand Maître, rappelle que la Grande Loge du Wisconsin ne se préoccupe pas des orientations sexuelles de ses membres mais qu'elle respecte l'indépendance et la souveraineté des autres Grandes Loges. En d'autres termes, il faut respecter les choix des Grandes Loges mises sur la sellette et ne pas s'immiscer dans leurs affaires internes. C'est donc dire à quel point le respect des règles est fondamental aux yeux des obédiences américaines. Parmi ces règles non négociables, il y a la souveraineté des Grandes Loges.

    Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Il reste à savoir si on va vers une profonde division de la maçonnerie américaine, opposant progressistes et conservateurs, ou bien vers une normalisation des relations entre Grandes Loges lorsque la pression médiatique sera retombée. Je pense, pour ma part, que nous assisterons à une normalisation car ce n'est évidemment pas la première fois que l'on assiste à de telles bisbilles entre Grandes Loges. Il y a donc peut-être, dans ce contexte particulier, une carte à jouer pour la maçonnerie libérale (prise dans son acception la plus large) si toutefois cette dernière parvient à intéresser et à fédérer les loges ou les francs-maçons américains les plus insatisfaits et les plus ouverts d'esprit.

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis (3)

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    Par l'intermédiaire de son Grand Maître, la Grande Loge du Tennessee a réagi aux suspensions dont elle fait l'objet de la part de certaines Grandes Loges américaines depuis février dernier. Comme on pouvait s'y attendre, la Grande Loge du Tennessee oppose non seulement une fin de non recevoir mais suspend également ses relations fraternelles avec les Grandes Loges qui ont condamné son attitude. 

    Ci-dessous, le décret  2016-1 qui suspend les relations avec la Grande Loge de Californie. Je vous fais grâce des autres.

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    J'ajoute la lettre d'accompagnement du Grand Maître qui explique la position de sa Grande Loge. Elle tient en quelques mots : la Grande Loge du Tennessee est maîtresse chez elle et fait appliquer les dispositions de son règlement. Je suppose que la section du règlement à laquelle le Grand Maître Hastings se réfère est celle qui pose problème. Il indique que cette section a été votée par sa Grande Loge il y a trente ans. Seul un vote supprimant cette section pourrait permettre à la Grande Loge de changer sa position actuelle. Le Grand Maître ne précise pas si ce vote de suppression est prévu. Cela m'étonnerait.

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    Il ne serait pas étonnant en revanche que cette fermeté incite les autres Grandes Loges américaines à temporiser et à attendre pour voir dans quelle direction le vent dominant va souffler. Lors de la XIVème conférence mondiale des Grandes Loges Maçonniques Régulières, du 18 au 21 novembre 2015 à San Francisco, je rappelle que tout ce débat n'avait pas été évoqué....

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis (2)

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    De l'autre côté de l'Atlantique, les positions rétrogrades des Grandes Loges de la Géorgie et du Tennessee à l'égard de l'homosexualité, provoquent des remous de plus en plus importants. Les maçons américains sont fébriles sur les réseaux sociaux et n'hésitent pas à exprimer leur incompréhension et leur désapprobation.

    Parmi tous les témoignages publiés sur internet, j'ai choisi de traduire dans les grandes lignes (avec mes faibles moyens) et de partager un extrait d'une vidéo réalisée par le Frère Mikie Da Poet de la Grande Loge de l'Illinois le 8 mars dernier. Elle exprime bien l'idéal de notre Ordre.

    Si la traduction ne se fait pas automatiquement, cliquez sur l'icône en bas à droite qui se trouve à côté de celui de Youtube.

    mikie da poet,franc-maçon,homosexualité,tennessee,polémique,etats-unis d'amérique,tolérance

    La désapprobation, comme vous le verrez, se fait toujours en des termes mesurés. Da Poet le dit : il faut y mettre de la diplomatie. Je ne suis pas sûr cependant que ça soit suffisant.

    Mais bon, comme on peut le lire souvent dans les conclusions des rédactions en manque d'inspiration : "Bref, l'avenir nous le dira."

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    Mise à jour 16 mars 15:41

    Le blog Hiram diffuse une réponse de la Grande Loge de la Géorgie que l'on peut résumer ainsi en s'inspirant de la réaction d'un ancien président de la République française : "Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre."

    Il y a donc de fortes chances que la Grande Loge du Tennessee soit sur cette même ligne assez couillue. Wait and see.
  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis

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    georgia-bans-gay-masons-300x162.jpgLa décision des Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee affirmant l'incompatibilité entre l'homosexualité et l'appartenance maçonnique a incité certaines Grandes Loges à rompre leurs relations fraternelles. C'est le cas, à ce jour, des Grandes Loges de Washington DC et de Californie et, en Europe, de la microscopique Grande Loge Régulière de Belgique. Il y en aura peut-être d'autres à l'avenir. Ces ruptures interviennent dans un contexte très particulier qu'il convient de rappeler sous peine, me semble-t-il, de ne rien comprendre à ce qui se passe outre-Atlantique.

    1°) LCour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier. En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie. Cet arrêt historique, notamment dans ses répercussions sur les pratiques maçonniques de certaines juridictions, a fait l'objet d'une analyse intéressante des Frères Jon Ruark et Jason Richards.

    2°) En octobre 2015, les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee, par l'intermédiaire de leurs Grands Maîtres, ont exprimé des positions homophobes aujourd'hui dénoncées. Le Grand Maître de la Grande Loge de Géorgie a dit que l'homosexualité était un pêché. Le Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee a viré un couple de frères gays. Quoi  qu'il en soit, on est dans « la finesse » et « l'intelligence » (je mets des guillemets car tous les lecteurs ne comprennent pas l'ironie).

    3°) Nous sommes en pleine campagne des primaires pour la désignation des candidats à la présidence des Etats-Unis d'Amérique. C'est une des plus violentes primaires depuis des décennies. On assiste à une radicalisation du discours politique aussi bien à gauche (Bernie Sanders) qu'à droite (Donald Trump en particulier).

    4°) Le 13 février 2016, la mort soudaine d'Antonin Scalia, juge ultraconservateur à la Cour suprême des Etats-Unis d'Amérique a crispé un peu plus la campagne des primaires. La plus haute juridiction peut pencher désormais du côté des juges progressistes si toutefois le président Barack Obama nomme un nouveau juge inamovible avant l'élection présidentielle de novembre prochain. Les conservateurs américains, notamment les fondamentalistes chrétiens hostiles à l'Etat fédéral, voient évidemment dans ce basculement un péril mortel pour « les valeurs de l'Amérique éternelle ». 

    5°) Les résultats des primaires en Géorgie et au Tennessee valent mieux qu'un long discours et montrent à quel point ces deux Etats sont politiquement homogènes et ultraconservateurs (les gouverneurs et les sénateurs y sont tous républicains ; la majorité à la chambre de ces deux Etats y est nettement républicaine). Les républicains drainent les électeurs (1 275 601 en Géorgie, 834 939 au Tennessee). Trump est le grand gagnant, Bush a fait moins de 5%. L'escroc raciste David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan, a d'ailleurs officiellement apporté son soutien au turbulent milliardaire. Les démocrates ont moins mobilisé (757 340 en Géorgie et 365 637 au Tennessee) mais ont largement désigné Hillary Clinton. Je vous passe les détails des chiffres parce que les primaires sont un processus complexe. Le nombre de délégués n’est pas égal dans tous les Etats et varie selon les partis. Idem du mode de scrutin.

     

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    A votre avis, pour qui le maçon (blanc) moyen de ces deux Etats a-t-il voté ? J'ai une petite idée que je vous livre brute de décoffrage : pour un excité grossier, vulgaire et raciste aux cheveux jaunes et plein de pognon. Le maçon (afro-américain) moyen, lui, a probablement voté Clinton même s'il peut rester sentimentalement attaché au parti républicain pour des raisons historiques (Abraham Lincoln, le célèbre président abolitionniste, fut membre du parti républicain). Comment voulez-vous, dans une telle configuration politique, que les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee se remettent en question ? C'est à mon avis difficile à envisager. Ces dernières doivent bien se moquer des ruptures annoncées. Ces obédiences reflètent les mentalités locales. Et encore quand je dis « locales », il faut avoir présent à l'esprit que le Tennessee est plus vaste que le Portugal. La Géorgie est plus grande que la Grèce ! Les Grandes Loges de Washington  DC et de Californie, qui ont annoncé la rupture de leurs relations, sont distantes respectivement de 1000 et 3500 km environ ! Pour prendre une comparaison, il y a plus de distance entre Atlanta (capitale de la Géorgie) et Sacramento (capitale de la Californie) qu'entre Paris et Moscou ou Paris et Istanbul ! Ce sont des échelles que nous, européens et Français, avons bien du mal à nous représenter. C'est vous dire aussi le peu d'impact que peuvent avoir nos indignations outre-Atlantique...

    C'est la raison pour laquelle je ne crois pas que nous sommes en train d'assister à un « ouragan maçonnique » comme Roger Dachez a pu le prétendre en novembre dernier, mais plutôt à une tempête dans un verre d'eau. Je m'avance peut-être un peu trop, mais je pense qu'il est impossible d'anticiper la suite des événements tant que l'élection présidentielle n'est pas achevée et que les tensions politiques ne sont pas un peu retombées. De toute façon, je ne m'attends pas à une révolution dans les pratiques maçonniques des deux obédiences mises à l'index.

    Pourquoi ?

    Parce que la position des Grandes Loges du Tennessee et de la Géorgie, aussi scandaleuse soit-elle, exprime probablement une composition sociologique majoritairement blanche, vieille, religieuse, conservatrice, raciste et homophobe. Je précise que je ne suis pas dans la caricature sinon comment expliquer que les deux grands maîtres concernés aient pris le risque d'exprimer un tel rejet des homosexuels ? Il ne me semble pas non plus que ces deux Grandes Loges soient secouées en ce moment par des protestations internes particulières. Il n'y a guère de surprise dans de telles structures. Je vais prendre un exemple pour qu'on comprenne mieux. Si vous prenez une loge majoritairement composée de cons, il ne faut pas s'attendre à un miracle : vous aurez tout simplement affaire à une loge de cons. Le miracle ne pourrait éventuellement survenir que si ses membres décidaient éventuellement de prendre enfin l'initiation au sérieux en remettant en cause leurs opinions et leurs certitudes ou en les confrontant aux valeurs maçonniques. Autrement dit : en travaillant sur eux-mêmes dans un esprit de tolérance et d'ouverture. On peut rêver. Après tout la maçonnerie n'enseigne-t-elle pas que tous les hommes sont perfectibles pourvu qu'ils le veuillent ?

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    Après les considérations politiques et sociologiques, il faut à présent parler des aspects juridiques. Je ne connais pas le droit américain fédéral et encore moins le droit de la Géorgie et du Tennessee. Je raisonne en droit français. Juridiquement, une obédience maçonnique est une association. Le contrat d’association comporte une sorte d’affectio societatis qui laisse les membres libres de se choisir. Une association, qui plus est si elle est « fermée » (c'est-à-dire lorsque l'adhésion ne peut pas  être spontanée et doit être préalablement acceptée par les membres), a le droit de refuser discrétionnairement telle ou telle adhésion. On pourrait objecter que le refus d’adhésion est impossible s'il traduit une discrimination prohibée par la loi. Or je ne vois pas comment on pourrait contraindre une association à accepter des personnes dont elle ne veut pas sans porter atteinte à la liberté d'association elle-même. Ne serait-il pas saugrenu, en effet, de forcer, au nom de la lutte contre les discriminations, l'adhésion d'un membre qui ne respecterait pas les critères déterminés a priori par l'association ? Imagine-t-on forcer judiciairement l'adhésion de pêcheurs à une association de chasse ou des extrémistes de droite à une association de défense des droits de l'homme ou encore des athées à une association cultuelle ? Non évidemment.

    En réalité, la difficulté n'est pas dans le contrôle judiciaire des adhésions. Elle réside plutôt dans le contrôle judiciaire des exclusions. La liberté d’adhésion implique en effet la liberté de demeurer associé. Une obédience peut donc juridiquement interdire l'adhésion de certaines catégories de personne. C'est d'ailleurs déjà le cas. Pensons aux obédiences non mixtes ou bien à celles qui n'acceptent pas les athées, les extrémistes, les racistes, les antisémites, etc. En revanche, une obédience peut plus difficilement exclure des catégories de personnes déjà présentes en son sein. En clair, une obédience pourrait réglementairement affirmer l'incompatibilité entre la qualité maçonnique et les penchants homosexuels sauf si elle compte déjà des homosexuels parmi ses membres. C'est à ce niveau là que les obédiences de Géorgie et du Tennessee ont éventuellement du souci à se faire. C'est à ce niveau là qu'elles pourraient être assignées devant les tribunaux par certains de leurs membres exclus. Mais quel franc-maçon homosexuel de Géorgie ou du Tennessee sera prêt à se battre publiquement sur le terrain judiciaire face à des obédiences qui ne veulent pas de lui ? Par conséquent, même si une décision de justice lui donne gain de cause, quelle pression hostile s'abattra sur le franc-maçon réintégré ? Il est facile d'imaginer l'ambiance à son retour. Par conséquent, le changement ne pourra survenir que si les obédiences concernées prennent conscience qu'il est grand temps pour elles de réviser leur position pour être en phase avec les évolutions de la société. Et si cette nécessité de changement interne se manifeste, ce processus prendra inévitablement du temps.