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  • De la religion dans les relations de travail

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    Travail, Laïcité, Loi, Liberté, RépubliqueChacun est libre d'apprécier ou pas l'action des pouvoirs publics actuels. Mais il faut quand même prendre garde à la critique démagogique qui confine souvent à la désinformation pure et simple. C'est notamment ce qui est en train de se passer avec l'article 6 du projet de la « loi travail », plus connue encore sous le nom de la « loi El Khomri ». Cet article 6 dispose :

    « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »

    Il n'en fallait pas davantage pour que certains y décèlent un inquiétant recul de la laïcité ou redoutent l'entrée en fanfare du communautarisme dans l'entreprise. Cet article, pourtant, ne fait que synthétiser les principes de la jurisprudence. Il s'inscrit dans le cadre des articles 9 de la convention européenne des droits de l'homme et L.1121-1 et L.1321-3 du code du travail. En soi, l'article 6 du projet de loi n'apporte donc rien de nouveau si ce n'est qu'il consacre ce qui existe déjà dans le droit positif.

    En l'état actuel du droit, un salarié de droit privé peut fort bien être contraint par son employeur de retirer un signe religieux, une tenue inappropriée, etc., pour autant que ce retrait soit justifié par les nécessités de la fonction, par la nature de la tâche à accomplir ou par des raisons de sécurité ou de représentation. De même, un employeur peut refuser au salarié des congés liés ou non à des raisons religieuses si ce refus est justifié par la continuité du service, par une forte activité ou par des circonstances exceptionnelles.

    Pour les fonctionnaires, les magistrats, pour les contractuels de droit public, pour les salariés de droit privé d'une entreprise délégataire de service public, le régime est différent. La neutralité est la règle parce que les missions sont d'intérêt général et effectuées soit sous l'autorité directe de l'autorité publique, soit sous son contrôle. L'article 6 du projet de loi n'est pas principiel, c'est-à-dire qu'il n'a pas pour objectif d'ériger un nouveau principe à partir duquel tout le droit du travail est appelé à évoluer. C'est précisément le contraire. L'article 6 résulte des principes dégagés par la pratique juridique. Ni plus ni moins. Il n'y a donc pas de recul de la laïcité. Au contraire, j'y vois son affirmation dans le souci de conjuguer la liberté des convictions religieuses et philosophiques avec le respect du lieu et des relations de travail.

    De toute façon, il faut être conscient que les relations de travail peuvent donner lieu à de multiples contentieux, y compris sur le terrain de la manifestation des convictions religieuses sur le lieu de travail. Un salarié peut être en conflit avec son patron sur le sujet. Un patron peut être en conflit avec un salarié à ce propos. La loi s'applique à la lumière de chaque affaire. La balance entre des intérêts opposés, le conflit entre deux libertés et le principe de proportionnalité par rapport à l'objectif poursuivi, ne sont pas des notions à manier avec maximalisme quand on est dans une société laïque et démocratique. Il n'y a que dans les dictatures que les lois sont à sens unique. Les jugements peuvent donc être différents, sans nécessairement être contradictoires en droit, car chaque cas d'espèce est unique. Ce n'est pas un phénomène nouveau quoi qu'on en dise. Cela se vérifie en droit du travail comme dans n'importe quelle autre branche du droit.

  • Communiqué d'obédiences maçonniques belges

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    COMMUNIQUE D'OBEDIENCES MAÇONNIQUES BELGES

    A LA SUITE DES ATTENTATS A BRUXELLES DU 22 MARS 2016

    Les Obédiences maçonniques belges condamnent les lâches attentats de ce mardi et présentent leurs condoléances émues aux familles endeuillées.

    Nous ne restons pas inactifs, parce que nous voulons déjouer la tentation des replis communautaristes.

    Pour cela, nous estimons nécessaire de développer un dispositif d'instruction qui dispense une culture ouverte à l'universel et qui émancipe la capacité de raisonner de manière autonome en fournissant des références non partisanes.

    Il est urgent de se mettre autour de la table et de travailler avec tous les intervenants pour assurer une vraie éducation pour tous qui est le seul moyen de donner une chance à tout le monde et ainsi de permettre aux jeunes de prendre leurs responsabilités, de faire leurs propres choix et surtout de pouvoir penser seuls.

    Tel est l'enjeu de l’idéal de la Franc-maçonnerie dont on peut mesurer pleinement l'actualité dans un monde déchiré, sollicité par les revendications identitaires, menacé par les dérives communautaristes.

    Il s’agit aujourd’hui de vaincre ensemble la montée des périls et des fanatismes : au fond de ce qui les résume tous, l’intolérance.

    Nous Francs-Maçonnes et Francs-Maçons, au nom de notre conscience, voulons affirmer notre idéal de respect, d’écoute, de diversité.

    Plus que jamais notre société en a besoin, quand la liberté de conscience est décriée, quand les hommes de toutes origines et les croyances de toutes sortes se combattent et tentent de s’éliminer.

    Cette société à créer est possible, mais nous avons besoin d’être rassemblés pour avancer. Ce n’est pas de l’utopie, c’est seulement un projet à long terme.

    Soyons conscients que notre responsabilité est engagée car nous devrons répondre de nos actions devant les générations futures.

    Le Grand Orient de Belgique

    La Fédération belge du Droit Humain

    La Grande Loge de Belgique

    La Grande Loge Féminine de Belgique

    Lithos Confédération de Loges

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    A lire : le communiqué de sept obédiences françaises

  • Condoléances

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    Tout ce qui touche la Belgique me touche directement. Et plus encore lorsque ça concerne Bruxelles, ville que je connais particulièrement bien.

    En ce jour du 22 mars 2016, la capitale belge a été durement frappée en son coeur par des fanatiques comme le fut Paris l'an dernier.

    Des innocents ont trouvé la mort ou ont été blessés. 

    Toutes mes pensées vont aux victimes et à leurs proches aujourd'hui dans la peine et la détresse.

    Plus que jamais, nous devons demeurer unis face à l'obscurantisme afin de ne pas céder aux discours manichéens et simplificateurs alimentés par la haine de l'autre.

    Je formule le voeu ardent que les pouvoirs publics européens agissent avec une sagesse sans cesse renouvelée et une force raisonnée pour maintenir et défendre la beauté de l'ordre social démocratique.

     

  • Une rue de Londres, la nuit

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    Les "Quatre moments de la journée" (Four Times of the Day) sont une série de quatre tableaux de l'artiste britannique William Hogarth (1697-1764). Ils ont été achevés en 1736 et reproduits en une série de quatre gravures en 1738. Ce sont des scènes de genre ou des représentations humoristiques de la vie dans les rues de Londres. L'image ci-dessous reproduit le quatrième tableau de la série. Il s'intitule "la nuit". Je vous laisse d'abord le soin de l'observer.

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    La scène se déroule dans une rue du centre de Londres. Il s'agit probablement de Whitehall qui débouche sur la place de Charing Cross où une statue équestre du roi Charles I, réalisée en 1633 par le sculpteur Hubert Le Sueur, a été placée en 1675 (on la distingue dans le fond). A l'époque, c'était une rue de petits commerçants et d'artisans comme en témoigne l'échoppe du barbier ci-dessus représentée. On trouvait notamment dans ce quartier des tavernes dans les arrière-salles desquelles se réunissaient des loges maçonniques, notamment à la Forrest's Coffee House ou à la Rummer and Grapes Tavern. 

    Les historiens de l'art pensent que cette scène se situe lors du Oak Apple Day, fête qui a lieu le 29 mai et qui célèbre la restauration de la monarchie après la guerre civile et la période Cromwellienne (de 1642 à 1662). Ce jour férié a été aboli en 1859. Les historiens de l'art pensent que cette hypothèse est notamment confortée par les branches de chêne accrochées à l'enseigne du barbier qui rappellent le chêne royal où Charles II, fils du roi Charles I décapité, se cacha après avoir perdu la bataille de Worcester en 1651.

    andrew montgomery,william hogarth,thomas de veil,londres,franc-maçonnerie,art,1736Au premier plan, on voit un franc-maçon décoré d'un grand tablier et d'un collier de tissus où pend une équerre. Il s'agit manifestement d'un vénérable maître d'une loge. Il a l'air contrarié, probablement ivre, et soutenu par un homme qui l'aide à se frayer un chemin. Le vénérable a été identifié. Il s'agit de Thomas de Veil (1684-1746), un magistrat londonien qui fut membre, comme le peintre William Hogarth, de la loge Apple Tree, l'une des quatre loges fondatrices de la Grande Loge de Londres en 1717. L'homme était impopulaire, notamment en raison de sa sévérité à l'égard des vendeurs de gin alors qu'il était lui-même un buveur invétéré. Lorsque William Hogarth a peint son tableau, le parlement britannique venait de voter le "Spirit Duty Act" afin de lutter contre l'alcoolisme qui faisait des ravages épouvantables à l'époque. Au second plan, on voit d'ailleurs un homme, la pipe à la bouche, en train de remplir un tonneau. Sans doute un vendeur d'alcool. Peut-être Hogarth voulait-il se moquer de l'attitude hypocrite Thomas de Veil ? C'est très probable.

    Dans cette scène, j'imagine que Thomas de Veil est sur le chemin du retour à la maison après une tenue dans sa loge et de copieuses agapes judicieusement arrosées de poudres fortes et fulminantes. Quand il a fallu se séparer, le vénérable a probablement éprouvé de légères difficultés à trouver la porte de sortie. C'est alors que le frère Andrew Montgomery, par ailleurs Grand Couvreur de la jeune Grande Loge d'Angleterre, s'est proposé de le ramener chez lui. Les rues, la nuit, ne sont pas sûres et fourmillent de voleurs. Il ne faudrait pas que le maître de loge fasse de mauvaises rencontres. Veil a ordinairement l'alcool joyeux. Mais pas cette nuit du 29 mai. Une fois dans la rue, Thomas de Veil, qui a oublié d'enlever les décors de sa charge, s'agite et parle fort. Arrivé à hauteur d'une diligence qui s'est renversée dans le courant de la journée, Thomas de Veil ne se contient plus. Le magistrat est furieux devant ce véhicule qui obstrue le passage. Il invective les personnes présentes, mendiants, prostituées, simples passants qui se réchauffent autour d'un feu de joie célébrant le Oak Apple Day. Veil hurle pendant que Montgomery, pas très à l'aise, le presse de continuer le chemin afin d'éviter qu'une bagarre n'éclate. Veil dérange tellement le voisinage qu'un des habitants lui jette l'urine d'un pot de chambre de la fenêtre de l'immeuble de droite (ce détail se voit mieux sur la gravure). Le barbier et le vendeur d'alcool sont indifférents à la scène et sont entièrement consacrés à leur travail.

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    Cette peinture, à mon avis, est extrêmement intéressante pour les raisons suivantes :

    1°) Elle donne un aperçu concret et "dans son jus" de la franc-maçonnerie spéculative embryonnaire à travers une des plus anciennes représentations de frère décoré. Nous sommes au coeur du quartier où la franc-maçonnerie spéculative moderne s'est structurée dans cette ville de Londres déjà industrieuse et tentaculaire. La franc-maçonnerie fait partie de la vie de la capitale britannique. Cette forme de sociabilité particulière se rencontrait dans les tavernes. Les personnages représentés ne paraissent pas particulièrement surpris de rencontrer sir Thomas Veil avec ses insignes de maître de loge. Il faut rappeler que nous sommes également en 1736. En France, les premières loges commencent à peine à s'implanter. 

    andrew montgomery, william hogarth,thomas de veil,londres,franc-maçonnerie,art,17362°) La Franc-Maçonnerie est déjà volontiers brocardée et ses secrets suscitent déjà l'attention des plus curieux (les premiers livres de divulgation sont apparus dès 1730 avec Masonry dissected de Samuel Pritchard). Pourtant, il ne faut pas s'y méprendre, il ne s'agit pas d'un tableau antimaçonnique. L'artiste est un maçon actif. En 1735, il est d'ailleurs Grand Stewart de la Grande Loge d'Angleterre. La tableau témoigne sans doute d'une profonde inimitié entre William Hogarth et Thomas Veil. Il montre que la fraternité maçonnique, depuis l'origine, n'a jamais empêché les divergences, voire les haines entre frères.

    3°) Il faut également se méfier des apparences. Thomas de Veil n'est pas présenté à son avantage dans le tableau de William Hogarth alors qu'il s'agit pourtant d'un homme remarquable dont on ne peut réduire la vie à ses deux faiblesses, la boisson et les femmes. L'Angleterre lui doit d'avoir créé le premier système professionnel de police et de justice. Il faut d'autant plus se méfier des apparences que William Hogarth, l'artiste, est un homme querelleur qui s'est brouillé avec d'autres frères tels que par exemple le peintre James Thornhill (1675-1734) et, un peu plus tard, le député John Wilkes (1725-1797). William Hogarth représente volontiers ses ennemis de façon humiliante dans ses tableaux.