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L'hommage de la Grande Loge de France à Frédéric Desmons

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mesureur.jpgLa Grande Loge de France (GLDF), obédience éminemment respectable, et où j’ai d'ailleurs la joie de compter quelques amis, a souvent eu la prétention de passer pour une obédience régulière. Ce qu’elle n’a jamais été. Evidemment, j’entends « régulière » au sens des landmarks définis arbitrairement par la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1929 et qui conditionnent sa reconnaissance.

Je voudrais simplement rappeler ici des passages de l’éloge funèbre du F Frédéric Desmons prononcé à Paris en janvier 1910 par le Grand Maître Gustave Mesureur au nom de la GLDF. Frédéric Desmons n’était pas n’importe qui. Le sénateur du Gard, président du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France (GODF) à de multiples reprises, a été le rapporteur, en 1877, du fameux vœu n°9 par lequel le GODF a modifié l’article 1er de sa constitution et institué la liberté absolue de conscience.

L'adoption de ce vœu a provoqué l’exclusion brutale et injuste du GODF de la communauté maçonnique internationale. Cet épisode de la vie maçonnique n’a pas non manqué d’engendrer à l’époque de nombreuses polémiques qui, près de 140 ans après, perdurent toujours sous d’autres formes.

Voici ce que le F Gustave Mesureur a dit du F Frédéric Desmons au nom de la GLDF :

« Vous trouverez naturel que la Grande Loge de France s'associe au deuil cruel qui vient de frapper le Grand Orient dans la personne de son vénéré président Frédéric Desmons. N'est-ce pas lui qui a dit : « Vous appartenez à un autre rite que le nôtre, mais qu'importe, au-dessus des rites il y a la Maçonnerie qui nous rallie tous.» Sa chaude parole, sa bonté rayonnante n'ont-elles pas largement contribué à ce rapprochement, et les membres de la Maçonnerie écossaise ressentent, devant la mort de ce juste, combien sont profonds les liens fraternels qui unissent désormais les deux Obédiences françaises, aujourd'hui confondues dans une commune douleur (…) Il fut un Maçon fidèle jusqu'à la mort, et comme tel il nous appartient tout entier ; il est notre fierté comme il fut l’honneur de notre Ordre. Le titre de Franc-Maçon, qu’il portait simplement mais crânement aussi en face de nos adversaires ce n'était pas pour lui comme pour tant d'autres une estampille qu’il est bon d'avoir mais l'accomplissement d'un devoir d'autant, plus sacré qu'il était volontaire. Et, s'il était avec nous aux jours de triomphe, il y était surtout à l'heure difficile des défaites, quand il nous disait : « Attendez-vous à être attaqués plus vivement les uns, et les autres, mais ayez bon courage ; la lutte que nous soutenons est une lutte digne des plus nobles efforts. N'a-t-elle pas pour but, en effet, de faire triompher dans le monde la Justice, la Vérité, la Liberté, l'affranchissement social de tous les peuples ? »

gustave mesureur,gldf,frédéric desmons,godfLe F Gustave Mesureur poursuit :

« On a voulu faire de notre Ordre, je ne sais quelle secte étroite et intolérante. Mais notre institution se caractérise, tout entière dans un homme comme Frédéric Desmons (…) Sa loyauté, sa bonté, son amour profond de la démocratie n'auraient pas accepté de présider si longtemps aux destinées d'une Association qui n'aurait pas pratiqué la liberté et la tolérance la plus larges. Il disait lui-même : « Nous avons des discussions un peu vives parfois, il ne faut pas nous en plaindre, n'ayez pas peur des discussions vives, laissez-les se poursuivre librement. Nous ne sommes pas dans une assemblée d'évêques ou de prélats, nous ne sommes pas convoqués par un pape quelconque pour venir prononcer des paroles arrêtées en quelque sorte d'avance, nous venons ici avec notre liberté complète, avec notre conscience , avec notre raison, et chacun de nous est appelé à défendre les idées qu'il prétend et qu'il croit les meilleures ». »

Et de conclure:

« Nous garderons le culte et le souvenir du grand homme de bien auquel j'apporte au nom de la Grande Loge de France un dernier adieu ».

Il me semble donc que les responsables de la GLDF gagneraient à se pencher honnêtement et lucidement sur l’histoire de leur Obédience au lieu de tenter de la reconstruire pour faire valoir je ne sais quelle ancienneté et supériorité illusoires. Je pense notamment à leur tentative grotesque d’établir un lien entre la première GLDF et celle née en 1894. Je suis sûr qu’ils y gagneraient en sérénité.

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