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  • Sociabilité maçonnique, sociabilité des tavernes

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    3294218.jpgDéfinir la maçonnerie spéculative, c'est revenir au texte fondateur : les Constitutions d'Anderson. Celles-ci énoncent clairement que la franc-maçonnerie est le centre de l'union et permet de nouer une amitié sincère entre des personnes qui, sans elle, seraient restées perpétuellement étrangères.

    L'originalité profonde de la maçonnerie spéculative réside dans l'idée simple que les hommes sont faits pour se rencontrer et fraterniser. Et que cette rencontre, pour porter ses fruits, doit s'effectuer par delà les clivages qui les séparent d'ordinaire. Ces premières rencontres ont eu lieu dans les tavernes, c'est-à-dire dans les lieux de sociabilité les plus basiques, dans ces pièces ouvertes aux hommes de passage qui venaient écluser quelques bocs de bière tout en parlant des étoiles.

    Les rites sont apparus rapidement mais, originellement, ils étaient réduits à la portion congrue. On traçait un tableau sur le sol, on échangeait des mots de reconnaissance et on partait ensemble sur les chemins sinueux de la confrontation des points de vue. "L'esprit de pub" en somme avec quelque chose de singulier en plus. D'ailleurs, ce qui est amusant, c'est que dans les Constitutions, on trouve une injonction à la sobriété en matière de boisson et de nourriture lorsque la loge est fermée : "Vous pouvez jouir d'innocents plaisirs, vous traitant réciproquement suivant vos Moyens, mais en évitant tout excès et en n'incitant pas un Frère à manger ou à boire plus qu'il n'en a envie (...)". On venait en franc-maçonnerie pour expédier les affaires courantes de la Loge et l'on y entendait des interventions, des poèmes, des lectures diverses, des embryons de ce que nous appelons aujourd'hui des planches ou des morceaux d'architecture.

    J'aime ce tableau représentant la réception du poète écossais Robert Burns au sein de la loge Canongate Kilwinning n°2 en 1787. Il est exposé, paraît-il, au musée de la Grande Loge d'Ecosse à Edimbourg. Il s'agit d'une scène imaginaire car les historiens ont établi qu'elle n'a jamais eu lieu. Cependant, le plus important n'est pas là mais dans le comportement général des participants. On peut observer un certain relâchement qui évoque plus une arrière-salle de taverne où l'on mange, boit, fume et joue, qu'à une réunion de loge maçonnique telle qu'on peut la concevoir et la vivre aujourd'hui. D'ailleurs, il existe une autre version de ce tableau exposée cette fois aux Galeries Nationales d'Ecosse à Edimbourg (National Galleries Scotland) où le peintre a visiblement gommé cette impression de joyeux désordre.

    franc-maçonnerie, tavernes, Robert Burns, Centre de l'Union, ordre, initiation

    Je ne sais pas si ces deux versions sont l'oeuvre du F∴ William Stewart Watson et si elles ont été peintes toutes les deux en 1846. En tout cas, si j'ai trouvé facilement des informations sur les origines du tableau exposé aux Galeries Nationales d'Ecosse, je n'ai pas trouvé en revanche d'informations précises sur le tableau exposé au musée de la G∴L∴ d'Ecosse. Et rien sur les différences manifestes entre les deux tableaux (j'ai sans doute mal cherché). J'ai toutefois l'impression que l'on confond les deux versions.

  • Collectif laïque et G∴O∴D∴F∴ : mise au point

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    jean-louis bianco,observatoire de la laïcité,collectif laïqueJ’ai pris connaissance du dernier communiqué du Collectif Laïque. Le Collectif ne s'en prend pas frontalement à Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène. Il préfère exprimer hypocritement des regrets sur de prétendues "violentes attaques injustifiées dans les médias et sur les réseaux sociaux" contre Elisabeth Badinter commises notamment par le rapporteur général de l'observatoire de la laïcité.

    Le soutien appuyé à Elisabeth Badinter est donc une manière de critiquer implicitement Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène. Pourtant, ce même Collectif laïque affirme ne vouloir entrer dans aucune polémique ! Désopilant... En rhétorique, on appelle cela "manier la litote". On déguise sa pensée de façon à la faire deviner dans toute sa force.

    Je ne reviendrai pas sur le fond de l’affaire et la façon particulière dont ce Collectif arrange la réalité pour la présenter à son avantage. Après tout, chacun est libre de penser ce qu’il veut, sur la laïcité comme sur d’autres sujets.

    Le problème n’est pas là. Le problème est que le G∴O∴D∴F∴ est signataire de ce communiqué. Sa signature donne donc l'impression qu’il y a, au sein même de l’obédience, un consensus sur les critiques adressées depuis plusieurs jours à l'observatoire de la laïcité et plus particulièrement à messieurs Bianco et Cadène. Ce qui, bien évidemment, est faux.

    En effet, tous les membres du G∴O∴D∴F∴ ne sont pas hostiles au président et au rapporteur général de l’observatoire de la laïcité, lesquels mènent depuis trois ans un travail d’information objectif sur la laïcité salué tant par la Ligue de l’enseignement, la Fédération Nationale de la Libre Pensée et la Ligue des droits de l'homme, que par plus d’une centaine d’universitaires et de chercheurs de premier plan parmi lesquels on trouve notamment Jean Baubérot, Pierre Rosanvallon, Benjamin Stora, Raphaël Liogier, Jacqueline Lalouette ou encore Pascal Boniface.

    Par conséquent, le communiqué du Collectif laïque n'engage absolument pas les LL∴ du G∴O∴D∴F∴ qui demeurent libres de leurs opinions.

    Ça va de soi, mais ça va encore mieux en le disant.

  • « Nous attendions le père et c'est le fils qui est venu »

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    chemin.jpgJe crois que je devais avoir 16 ans lorsque j'ai entendu pour la première fois le terme de franc-maçon sans trop savoir de quoi il s'agissait. Je me souviens d'en avoir parlé à mon père qui m'expliqua en gros ce qu'était la franc-maçonnerie et me parla en particulier de sa participation à une tenue blanche ouverte avec l'ancien grand maître Paul Axionnaz. Puis, il alla chercher dans la bibliothèque quelques numéros d'Humanisme, la revue du Grand Orient de France, qui dataient des années 60. Il m'apprit alors qu'il avait été pressenti pour entrer en loge au début des années 70. Mais cela ne s'était jamais concrétisé : mon père avait entamé à l'époque une reconversion professionnelle, il avait épousé ma mère, je venais de naître, l'homme qui souhaitait le parrainer était décédé brutalement… Pourquoi mon père n'a-t-il pas persisté ? Je ne sais pas. Chacun fait ses choix dans la vie. Peut-être a-t-il cru aussi qu'il ne serait pas suffisamment à la hauteur des espérances de son défunt parrain ?

    En tout cas, cette histoire de franc-maçonnerie a commencé à faire son chemin. J'ai me suis progressivement documenté sur le sujet. De lecture en lecture, j'ai eu une toute petite approche de l'ésotérisme maçonnique et des grandes étapes de l'histoire de l'Ordre. Le chantier m'est très vite apparu plein de promesses et l'idée de m'y faire embaucher s'est précisée. A aucun moment, je n'ai pensé que la franc-maçonnerie était réservé aux notables. A aucun moment, je n'ai pensé que je n'y aurais pas ma place. Et puis, allez savoir pourquoi, le feu est retombé sans jamais s'éteindre complètement. Je me suis cependant intéressé à d'autres choses.

    Comment la franc-maçonnerie est-elle à nouveau entrée dans le champ de mes préoccupations ? Difficile de répondre. Il me revient en mémoire deux événements. Le premier fut un séjour linguistique en Angleterre durant les vacances de Pâques en 1990 pour préparer le baccalauréat. Les cours d'anglais se donnaient dans un curieux bâtiment qui appartenait aux Odd fellows (qui est aussi connue sous l'appellation confrérie des trois anneaux), un club un peu à l'image des Rotary et Lion's. La salle principale où j'avais cours ressemblait à un temple maçonnique ! Ce que le professeur me confirma sans la moindre gêne, allant jusqu'à me préciser qu'une loge se réunissait en ce lieu.

    Le second événement fut lorsque mon père désigna du doigt le local où se réunissaient les loges de ma ville natale. Je me souviens que je passais volontairement dans cette rue et devant cette porte dont le fronton triangulaire était orné d'un linteau où étaient gravés une équerre, un compas, une règle, un niveau, et une perpendiculaire entremêlés avec la mention "5856". Que pouvait-il donc bien se passer derrière cette porte ? J'imaginais des travaux de société, des débats d'idées, des orateurs flamboyants. Je voulais y prendre ma part. Je tentais aussi de me représenter ce qu'était un rite maçonnique. A l'époque, internet n'existait pas. Je ne pouvais que laisser vagabonder mon imagination. J'idéalisais.

    En juin 1990, à 17 ans, j'avais écrit une lettre de candidature au Grand Orient de France qui me répondit dans le courant de l'été que ma demande était transférée aux responsables locaux. J'ai donc attendu que les responsables locaux se manifestent. Et ils ne sont pas manifestés. Je me souviens que durant ma première année de droit, j'avais attendu en vain un signe, un appel, une lettre. Un an après environ, en septembre 1991, j'écrivais à nouveau au Grand Orient en précisant que j'étais étonné de ne pas avoir eu de réponse de la part de la loge locale.

    2317347836.jpgLe Grand Orient de France ne me répondit pas mais je reçus environ quinze jours plus tard un coup de fil du Vénérable. Nous nous donnâmes rendez-vous dans un café. L'échange fut courtois et dura environ une heure. Je rencontrai ensuite quatre enquêteurs, à la fois heureux et intrigués qu'un jeune homme puisse s'intéresser à la maçonnerie au point de vouloir y rentrer. Je me souviens que presque tous avaient  tenté de me dissuader parce qu'ils craignaient que ma démarche ne soit qu'une lubie passagère. Avec le recul, je les comprends. Et j'aurais sans doute la même réserve si je devais rencontrer un profane de 19 ans. A cet âge n'a-t-on pas mieux à faire ? Plus de vingt ans après, je leur suis reconnaissant d'avoir su vaincre leurs réticences.

    Je fus effectivement accueilli en loge au cours d'une belle et chaude soirée de mai 1992. Naître à la maçonnerie marqua donc la fin de mon adolescence.  Mon initiation fut un moment d'une grande intensité dont je garde le meilleur souvenir. Je me suis retrouvé au milieu d'hommes qui avaient en moyenne trente ans de plus que moi. Et je n'ai pas oublié non plus la parole de l'Orateur prononcée ce soir là : « nous attendions le père et c'est le fils qui est venu. »

    Cette note est déjà la 200ème de ce blog ! Le temps passe décidément bien vite. Merci à tous de votre fidélité !
  • En surchauffe

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    Je ne pensais pas revenir sur la participation de Jean Solis au documentaire de Paul-Eric Blanrue et Julien Teil dont Géplu a fait un compte-rendu de visionnage le 20 novembre dernier sur son blog. J’ai déjà dit ce que j’en pensais a priori car oui, je le reconnais sans peine, je n’ai pas visionné le film, n’étant évidemment pas dupe de ses finalités. La qualité des auteurs et du casting m'ont suffit. La naïveté n'est pas non plus mon défaut majeur. De toute façon, je ne fais pas partie du public cible visé par les réalisateurs.

    J'aurais pu en rester là. Or, lors d'une recherche, je suis tombé sur une réaction de Jean Solis publiée sur son journal Facebook le 7 décembre 2015 et relayée par Paul-Eric Blanrue. Elle ne m'est pas personnellement destinée. Mais comment toutefois ne pas se sentir visé puisque je suis maçon, membre du G∴O∴D∴F∴ et de gauche ? Si j'en crois Jean Solis, j'appartiens donc à une fange de cons bien pensants qui détestent le dialogue. Bref, un gland de la troisième catégorie.

    france maçonnique.jpg

    Je me demande comment un homme à qui il est arrivé d'écrire des pages lumineuses, peut en être ainsi réduit à se comporter en grossier personnage et à caricaturer le G∴O∴D∴F∴ de la sorte (car tous les membres de mon obédience ne sont évidemment pas de gauche et encartés au parti socialiste). Manifestement, ce garçon fonctionne comme un moteur dont une durite a éclaté : il est en surchauffe. Où est donc passée la sérénité philosophique ?

    Je ne vais donc pas gloser outre mesure sur sa défense des auteurs de "La France Maçonnique" et sa charge contre Wikipédia. L'une et l'autre sont parfaitement grotesques. Qu'il me soit permis simplement de rappeler ici ce qu'Olivier Faye, Abel Mestre et Catherine Monnot, tous trois journalistes du Monde (horresco referens !), écrivaient le 1er novembre 2010 sur leur excellent blog Droite(s) extrême(s) à propos d'une pétition lancée en août 2010 par Paul-Eric Blanrue demandant l'abrogation de la loi Gayssot et la libération du négationniste néo-nazi Vincent Reynouard :

    "Il en est ainsi des pétitions. L’identité  des signataires est souvent au moins aussi riche en enseignements que l’intitulé. Paul-Eric Blanrue, compagnon de route de Dieudonné, militant issu de l’extrême droite, qui s’évertue à brouiller les pistes et se prétend désormais "chaveziste", a une obsession : l’abrogation de la loi Gayssot, qui a instauré  le délit de contestation de crimes contre l’humanité.

    Il s’y consacre depuis plusieurs mois sur les  sites internet participatifs- comme Le Post , où il a une page personnelle, ou Agoravox. Là où la donne est en train de changer, c’est qu’il s’est trouvé quelques "idiots utiles" pour parapher un texte, aux côtés de ce qui constitue un véritable Bottin mondain négationniste, Greciste et/ou nationaliste révolutionnaire, le tout complété par quelques "plumes" de Riposte Laïque dont l’ultra-laicisme de façade cache de moins en moins un alignement systématique et sans grande boussole sur la rhétorique de l’extrême droite "dure". On y retrouve aussi de nombreux étrangers (surtout Italiens, Belges, Suisses et Américains) issus de la Nouvelle Droite ou, pour certains d’entre eux, du néo-nazisme avéré."

    Ce que Robin D'Angelo et Matthieu Molard, journalistes au site web Streetpress, résument ainsi (cf. Le système Soral, éd. Calmann-Lévy, Paris, 2015, p. 77) : 

    "Contributeur régulier de la revue Historia, Blanrue est aussi l'un des principaux soutiens au négationniste Robert Faurisson."

    Ce ne sont pas des jugements de valeur. Ce sont des constats fondés sur des faits. Après c'est à chacun de se déterminer en conscience et d'agir comme bon lui semble. Il est donc aisé de comprendre pourquoi des "gens de gauche bien-pensants" (sic), invités à participer à ce documentaire, ont finalement préféré s'abstenir (du moins si ce que dit Solis est vrai car il ne donne aucun nom). C'est probablement parce que ces "bien-pensants" (ils apprécieront sans doute) ont eu tout simplement l'intelligence et la prudence de se renseigner avant. Ils ont pratiqué le "jugement d'évaluation" que Solis, dans un bel exercice d'introspection, qualifie de "satanique" (sic).

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