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Ouvrir son esprit

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adhucstat.jpgJe ne le dirai jamais assez : pour prendre du plaisir en franc-maçonnerie, il faut être ouvert d'esprit, c'est-à-dire être un minimum curieux et désireux de bousculer ses habitudes. C’est la raison pour laquelle j'ai toujours été étonné de constater que l’ésotérisme pouvait rétrécir le champ de vision de certains francs-maçons au lieu de l’agrandir. Cette situation s'explique probablement par cette tendance, vieille comme le monde, à ne voir dans les symboles que des normes directrices dont la conscience ne doit pas s’affranchir et dans les rituels une tyrannie de la forme qui privilégierait la sécheresse de la lettre au détriment du souffle vivifiant de la libre interprétation. Il en est parfois de la maçonnerie comme d'une confession religieuse. Le risque de confusion est bien réel chez certains maçons qui agissent et pensent plus en convertis qu'en initiés. En effet il arrive plus souvent qu’on ne le croit que l’Ordre maçonnique sécrète – quel que soit le rite considéré je le précise – son cortège de petits fondamentalistes en costume-cravate (et en tailleur).

J'aime bousculer mes certitudes et, quand j'en ai le loisir, j'aime fréquenter des loges beaucoup plus symbolistes que la mienne. Je me souviens par exemple d'une très belle et riche discussion que j'avais eue en salle humide avec des FF∴ du régime écossais rectifié (R∴E∴R∴), rite maçonnique doctrinalement chrétien et avec lequel je n'ai aucune accointance particulière. Ce fut une belle rencontre. Depuis longtemps, mes interlocuteurs s’étaient affranchis de la tyrannie des formes et des incantations dans lesquelles se perdent immanquablement ceux qui prennent tout au pied de la lettre. Je me suis rendu compte qu’autour d’une table, d’un bon repas et avec un verre d’excellent vin, l’esprit s’apaise et les choses finissent par être plus compréhensibles et ramenées à de plus justes proportions pour n'importe quel athée qui se respecte.

Je me suis même surpris à comprendre « l’idéal chrétien », évoqué par ce rite, sans être obnubilé par l’étiquette de cette maçonnerie qui est aussi l'antichambre d’une chevalerie célestielle (célestielle par opposition à terrienne, terrienne qui renvoie à la matérialité, au pouvoir temporel, au transitoire, au fugace, au profane). Je m’efface devant ces mots de Rocherius Eques a Vera Luce, ancien Grand Prieur de Neustrie, qui résument les choses évidemment mieux que je ne saurais le faire:

« Dans un monde de facilité matérielle, où l’opulence peut côtoyer la détresse la plus profonde, où le pouvoir de l’humanité sur la nature confine à l’hégémonie totale, l’Ordre propose que, dans l’ombre, mais au cœur de ce monde, des valeurs séculaires persistent et s’expriment. L’idéal est lointain, et nul d’entre nous, en conscience, ne peut prétendre s’en être approché : tant mieux car tant que nous sentirons notre insuffisance et notre éloignement du principe, alors nous serons de vrais chevaliers. Mais à condition que cette prise de conscience soit l’aiguillon de notre combat spirituel, de la virilité morale et métaphysique qui nous fera toujours préférer le doute à la certitude, la question à la réponse, la révolte à la satisfaction, dès lors que quelques bornes fondamentales balisent notre chemin et nourrissent notre ferveur : notre foi chrétienne, l’espérance du salut, et l’amour des autres hommes. »

Mes bornes fondamentales ne sont pas les mêmes que celles qui viennent d’être dites, mais peu importe (le clergé a bien abrité ses curés Meslier, des hérétiques dormants, qui n'étaient sans doute pas de mauvais prélats). Je suis pourtant conscient d’être sur le même chantier d'idéal. Avec un peu de réflexion, il n’y a rien d’étonnant : sur ce chantier, y compris dans le sein d’un même corps de métier, les techniques de travail ne sont pas nécessairement ou obligatoirement identiques. Quand on travaille en bonne intelligence, dans le respect mutuel, il arrive même que ces techniques se complètent et s’éclairent l’une l’autre.

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