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  • Esprit maçonnique et Islamophobie : la polémique enfle en Belgique

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    L'hebdomadaire belge Le Vif-L'Express a publié un article d'opinion remarqué du F∴ Denis Rousseau intitulé : "Islamophobe, moi ? Oui. Et voici pourquoi".

    Cette prise de position publique, abondamment discutée sur les blogs maçonniques, a choqué le F∴ Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l'Université de Liège (Ulg) et ancien directeur adjoint du Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme. Celui a accordé une interview au quotidien belge Le Soir ce 28 septembre 2015.

    Delruelle déclare :

    "Moi aussi, je suis "franc-maçon depuis 25 ans". J'ai toujours estimé que cela relevait de ma vie privée. Jusqu à aujourd'hui, je n'avais aucune intention d'en faire état. Mais puisqu'un maçon se dévoile pour proclamer qu'il est islamophobe parce que franc-maçon, j'estime qu'il est de mon devoir de me dévoiler à mon tour pour dire ce qui me paraît une évidence : on ne peut pas être franc-maçon et islamophobe. L'esprit maçonnique est contraire à toute forme d'islamophobie."

    Il ajoute plus loin :

    "Critiquer l’islam d’un point de vue anthropologique, politique, philosophique, est légitime et nécessaire. Mais à chaque fois que je "planche", je mets mes frères et sœurs en garde contre la tentation de reporter leur anticléricalisme historique vers l’islam: ce n’est pas la même chose de combattre l’Eglise catholique là où elle est hégémonique, liée aux pouvoirs de l’argent et de l’Etat, ou de s’en prendre à des populations minorisées et prolétarisées."

    Et à ceux qui le taxeront d'angélisme ou de complaisance à l'égard des islamistes et des extrémistes de tout poil, le F∴ Delruelle rétorque:

    "Comme directeur du Centre pour l’égalité des chances, les seules actions judiciaires que j’ai enclenchées pour incitation à la haine, ce fut contre… Sharia4Belgium et Dieudonné ! Je suis pour le droit à la caricature et au "blasphème". Et aussi pour l’interdiction des signes religieux à l’école et dans les services publics. Mais au nom des mêmes valeurs laïques, je suis aussi pour que nos concitoyens musulmans soient respectés, et que le culte et la culture islamiques soient traités à égalité avec les autres. Ce qui n’est pas le cas actuellement."

    La polémique semble donc prendre de l'ampleur chez nos voisins d'outre-Quiévrain et je constate, non sans soulagement, que nombre de FF∴ belges n'ont pas l'intention de laisser la F∴M∴ être instrumentalisée par des analyses simplistes fondées sur la peur et le rejet de l'autre.

    Pour lire l'intégralité de l'interview, cliquez sur le lien ci-dessous:

    Interview Le soir 28/09/2015 islamophobie.pdf

  • De la formation des imams

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    Afin d’assurer la formation d’imams en France et d’éviter le développement dans l’espace public de tout discours extrémiste, les pouvoirs publics de la République française ont estimé nécessaire d'organiser une formation pour les imams. Les contours de cette formation doivent être définis et précisés. Elle pourra comprendre un enseignement théologique, mais aussi et surtout une présentation historique et contextualisée de l’islam, de ses fondements doctrinaux, culturels et cultuels, d'une approche exégétique du texte coranique et des autres sources secondaires. L'objectif est de favoriser une approche pluridisciplinaire de l'Islam tout en l'ancrant dans les valeurs civiques et républicaines. C'est la raison pour laquelle je salue la déclaration conjointe signée samedi dernier par la France et le Maroc. 

    Contrairement à ce qu'affirme péremptoirement et bruyamment un esprits inquiet, il ne s'agit pas pour les pouvoirs publics d'exercer je ne sais quel magistère moral et juridique sur les actes des imams de France. Il s'agit de créer les conditions permettant à l'Islam de se développer harmonieusement en France comme n'importe quelle autre religion et de faire en sorte que nos compatriotes musulmans (et les musulmans ayant d'autres nationalités) puissent bénéficier de ministres du culte formés et compétents. Il s'agit aussi de changer le regard que l’on porte habituellement sur la population musulmane de notre pays. Ce regard est en grande partie déterminé par les conditions historiques et les caractéristiques sociologiques de la population musulmane. En France, cette population est l'enfant non assumée de la colonisation et la fille d’une immigration amorcée après la seconde guerre mondiale.

    L'Islam est la deuxième confession religieuse en France. Il serait temps de s'en rendre compte et de prendre à bras le corps les problèmes auxquels il est confronté. On peut citer parmi ces problèmes (la liste n'est évidemment pas exhaustive) :

    • le faible nombre de lieux de culte décents ;
    • la radicalisation de certains discours au sein de la communauté musulmane dont les causes sont multifactorielles et complexes : exclusion sociale ; chômage ; décrochage scolaire ; désoeuvrement ; perte d'influence des partis et des syndicats et plus largement du mouvement associatif comme moyen de mobilisation ; influences extérieures de pays non démocratiques ; inculture ; parfois problèmes mentaux graves, etc. ;
    • l'absence d'une administration interne au culte musulman qui permettrait de le structurer, d'y assurer une discipline ordinale et de le représenter auprès des pouvoirs publics.

    Je l'ai déjà dit maintes fois : la République a toujours été interventionniste dans la gestion des cultes en France parce que celle-ci a besoin d'interlocuteurs. La laïcité, qui a pour corollaire la séparation, ne signifie pas que l'Etat ignore les cultes sur le territoire national et que les cultes ignorent l'Etat garant de l'intérêt général et de la paix sociale.

  • L'infolettre de 3, 5, 7 et plus

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    Je me suis résolu à créer une infolettre pour le blog afin de permettre aux lecteurs fidèles, qui le souhaitent, d'être prévenus de la publication de toute nouvelle note par l'envoi d'un petit courrier électronique.

    Pour s'y inscrire, c'est simple et totalement gratuit. Il suffit de cliquer sur l'onglet "infolettre" et de se laisser guider ensuite.

    infolettre.jpg

    En pratique, les inscrits seront prévenus de toute mise en ligne d'une nouvelle note, une seule fois, entre 9h00 et 11h00 (heure de Paris).

    Il va de soi que je ne divulguerai pas les adresses collectées à des tiers.

  • L'affaire Lalou

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    Regarder le passé, c'est se rendre compte que les choses, parfois, n'étaient pas forcément meilleures qu'aujourd'hui. En témoigne l'initiation avortée de Charles Lalou, député du Nord, dont les opinions boulangistes avaient provoqué une expédition punitive de plus de 500 Frères le 5 février 1889.

    Ce fait divers, qu'on imaginerait mal de nos jours, a fait les choux gras de toute la presse de l'époque. Il faut se remettre dans le contexte. Le général Boulanger, personnage équivoque, soutenu aussi bien à droite (royalistes, bonapartistes) qu'à gauche (certains radicaux et socialistes), venait d'emporter les législatives partielles du 27 janvier 1889 à Paris face à Edouard Jacques, président du Conseil général de la Seine. Les partisans du général Boulanger avaient envisagé une marche sur l'Elysée à laquelle le principal intéressé s'était prudemment refusé de participer. Le camp républicain redoutait un coup d'Etat.

    C'est la raison pour laquelle l'initiation de Charles Lalou au sein de la loge La France Démocratique (présidée par Georges Laguerre, député boulangiste du Vaucluse) était apparue - à tort ou à raison - comme une provocation par les Frères les plus soucieux de défendre la jeune Troisième République en cette année du centenaire de la Révolution française.

    Pourtant, le GODF était lui-même très partagé sur l'attitude à adopter vis-à-vis de Boulanger. Par exemple, un républicain aussi incontestable que Frédéric Desmons, président du Conseil de l'Ordre, ne cachait pas sa sympathie pour le turbulent militaire.

    Voici un extrait du compte rendu du quotidien Le XIXe siècle, viscéralement antiboulangiste, en date du 6 février 1889 :

    « Le porte-parole officiel du Boulangisme, l'enfant de choeur de la Chapelle de la rue Dumont-d'Urville, a été exécuté hier au Grand-Orient de France. L'exécution a été complète; elle était méritée.

    On sait que tout dernièrement Georges Laguerre a fondé ou plutôt ressuscité loge la République Démocratique, dans le but de donner le change à l'opinion publique en faisant croire que la Maçonnerie était Boulangiste.

    Pour augmenter le nombre, d’ailleurs très restreint des Membres de cet Atelier, le Frère Laguerre, Vénérable de la Loge, a présenté à l'Initiation un des membres influents du Comité de la rue de Sèze. Mais sachant que l'admission de ce personnage soulèverait un tollé général dans le monde maçonnique, il avait imaginé le truc suivant :

    Le Bulletin Maçonnique qui indique le programme des travaux de toutes les Loges, ainsi que l'heure des séances, annonçait que la tenue de la Loge de M. Laguerre, commencerait à huit heures et demie, et ne donnerait aucun renseignement sur l'Ordre du jour.

    D'autre part, le Vénérable avait fait envoyer aux Membres de sa Loge une convocation indiquant l'ouverture des travaux pour sept heures et demie précises, c'est-à-dire une heure avant l'heure habituelle et contrairement à tous les usages Maçonniques, de façon à dire à ceux qui se présenteraient à l'heure : la comédie est finie, la pièce est jouée.

    Ce projet, si habilement préparé, échoua complètement.

    Hier, cinq cents Francs-Maçons, prévenus à la hâte, sont venus de tous les points de Paris pour assister à l'ouverture des travaux de la Loge présidée par Laguerre.

    Il ne nous est pas permis de faire le compte rendu de la séance maçonnique, ce que nous devons dire, c'est que, malgré son cynisme et son audace, le député de Vaucluse, accablé sous le poids du mépris de tous les assistants, a été contraint de lever la séance et de sortir de sa Loge sous les huées des Francs-Maçons indignés (…). »

    L'affaire fit si grand bruit que le F∴ Esprit-Eugène Hubert, directeur de la revue La Chaine d'Union de Paris et antiboulangiste notoire, se crut obligé d'appeler indirectement les FF à la modération et à la raison (cf. La Chaine d'Union de Paris, février 1889, p. 36) :

    « Quelques excès ont pu être commis dans nos travaux, quelques méconnaissances ont pu être faites de nos prescriptions et Règlements, dans ces derniers temps ; ne nous en inquiétons point outre mesure. Cela ne peut avoir aucune conséquence grave, quant au point de vue de la stabilité et de la sécurité maçonniques : au contraire cela nous servira. Nous y puisons cet enseignement profitable que nous devons nous retrancher et nous renfermer dans nos anciennes manières d'être maçonniques ; que loin d'étendre notre cercle, nous devons le restreindre ; que, sans être une Société secrète, nous sommes une Société privée qui reste chez elle, qui ne sort point de chez elle, qui n'ouvre point ses portes à tous venants ; que nous sommes une Société qui se distingue, qui se détache de toute autre société par ses mots, signes, formes et coutume. Par son indépendance, par sa tolérance, par sa fraternité, par son abnégation, par ses larges horizons d'amélioration sociale, d'union entre toutes les races, des peuples entr'eux et par ses aspirations à la concorde, à la paix dans l'Humanité entière.

    Corps d'avant-garde, elle ne peut se découvrir sans vouloir s'exposer à être paralysée, comprimée dans son oeuvre, dans son action.

    Restons des Temples fermés. »

    _______________

    A consulter :

    Journal Le XIXe siècle - 6 février 1889.pdf

  • Habemus Papam !

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    Il est des trajectoires personnelles que j’ai bien du mal à comprendre. Celle de Jean Solis en est un exemple parmi d’autres. Je viens en effet d’apprendre que ce franc-maçon érudit, éditeur dans le profane, était occupé à fonder une Eglise Gnostique & Apostolique de la Rose-Croix. Des démarches ont été effectuées pour que cette église soit juridiquement une association loi 1901 et une association cultuelle loi 1905. Je ne divulgue rien. L’homme ne se cache pas puisque sa présence active sur le net et les réseaux sociaux témoigne tout autant de son souci de sauver sa maison d’édition en difficultés financières chroniques que de son énergie à publier sur Facebook de pompeux « décrets pontificaux » (sic) sous le nom de « Sa béatitude Christian II Valentin » (on ne rit pas). C’est dingue tout de même quand on y réfléchit un peu. Avoir passé autant d’années en franc-maçonnerie pour jouer maintenant les patriarches gnostiques et « dire gravement la messe en étole et surplis » selon l’expression de Bègue Clavel (cf. François-Timoléon Bègue-Clavel, Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie, Pagnerre éditeur, Paris, 2ème édition, 1845, p.219).

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    Le patriarche Jean Solis me fait songer à cette déclaration que l'on prête au docteur Bernard-Raymond Fabré-Palaprat, fondateur au XIXe siècle d’un ordre du Temple et d’une église johannite fantaisistes. Convoqué devant un tribunal imaginaire, Fabré-Palaprat déclare au président de la juridiction (cf. Humbert père et alii Scènes historiques des prétendus réformateurs Chatel, Auzou, Fabré Palaprat, Jeanthon éditeur, Paris, 1834, pp. 88 et suiv.) :

    « Eh bien, je puis parler ouvertement. Oui, je suis pape. Vous me direz que le pape est à Rome. Mais sachez que le pape qui est à Rome n’est pape que selon l’ordre de saint Pierre, et que moi, je suis pape selon l’Ordre de Saint-Jean. Que Saint Pierre n’a pas reçu la haute initiation, voilà pourquoi les papes qui descendent de lui n’ont enseigné que l’erreur. Saint Jean, au contraire, saint Jean seul a été initié par Jésus, son maître, qui lui-même avait été initié par les sophes d’Égypte. Or, je suis le successeur direct et légitime de Saint Jean, c’est donc dans mes mains que se trouve le flambeau de la vérité qui doit éclairer le genre humain. Il m’a été révélé par calcul cabalistique que le moment était arrivé de faire briller le flambeau »

    Bref, le problème n’est pas que Solis et ses amis disent la messe et revendiquent je ne sais quelle filiation spirituelle syro-jacobite plus ou moins d'Antioche, plus ou moins germanique, plus ou moins adultérine, plus ou moins fantoche, plus ou moins rosicrucienne. Chacun peut croire ce qu’il veut après tout. Et c’est très bien ainsi même si, pour ma part, j’ai quand même le plus grand mal à comprendre ce christiano-cléricalisme de catacombes.

    Le problème, à mon avis, réside dans les risques réels de dérive sectaire (au sens pénal) même si au départ les intentions se veulent bonnes et désintéressées. Les promoteurs de ce genre de mouvement doivent donc se montrer particulièrement vigilants et prudents. Tout peut très vite basculer sous les effets conjugués d'un incommensurable amour-propre et d'une insatiable vanité ainsi que l'a rappelé l'abbé Grégoire au crépuscule de sa vie (cf. Henri Jean-Baptiste Grégoire, Histoire des sectes religieuses, Tome II, Baudoin frères éditeurs, Paris, 1828, pp. 424 et 425) :

    « Quels motifs peuvent inspirer le désir de s'affilier à un ordre dont l'existence légale, évanouie depuis des siècles, a laissé seulement quelques débris, et n'a plus qu'une existence précaire.

    Peu d'hommes analysent leurs idées et leurs affections. Ce travail pénible, mais utile, leur apprendrait qu'aux sentiments les plus généreux, s'intercale, presque à leur insu, un peu de ce misérable amour-propre, dont les surprises multipliées, et presque imperceptibles, altèrent la pureté et le mérite de nos actions (...) la vanité peut alimenter l'amour-propre par ces signes qui, jamais écrits, ne sont connus que par la tradition orale, par ces mystères révélés seulement aux adeptes de la haute initiation (...)

    Par ces observations, je ne prétends pas atténuer le mérite d'une société quelconque ; mais en explorant le coeur humain, j'y découvre les misères, les faiblesses communes à toute la famille d'Adam. »

  • Le cadeau empoisonné de Denis Sassou-Nguesso au G∴O∴D∴F∴

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    Voici une nouvelle qui est passée inaperçue. Tellement inaperçue d'ailleurs que je n'ai pas souvenir qu'on en ait parlé au Convent ou qu'on y ait fait le moindre début d'allusion.

    De quoi s'agit-il ? Du décret n°2015-462 du 13 mai 2015 portant attribution en propriété au Grand Orient de France d'un terrain à bâtir à Brazzaville, capitale de la République du Congo. Ce décret a été publié dans l'édition du 21 mai 2015 du Journal Officiel de la République du Congo (cf. la pièce jointe au bas de cette note). Il est donc entré en vigueur. Il a été pris en Conseil des Ministres par M. Pierre Mabiala, ministre des affaires foncières et du domaine public, et M. Florent Ntsiba, ministre du travail et de la sécurité sociale agissant pour le ministre de l'économie et des finances. Et il a été contresigné par M. Denis Sassou-Nguesso, président de la République et accessoirement grand maître de la Grande Loge du Congo (obédience régulière issue de la Grande Loge Nationale Française). Le droit de propriété du GODF est donc opposable aux tiers en raison de sa publication au bureau des hypothèques compétent.

    Le général Denis Sassou-Nguesso est un personnage "délicieux". Âgé de 72 ans, il cumule plus de trente ans à la tête du pays. Il a dirigé le Congo à l'époque du parti unique, de 1979 jusqu'aux élections pluralistes de 1992, qu'il a perdues. Revenu au pouvoir en 1997 à l'issue d'une violente guerre civile, il a été élu président en 2002 et réélu en 2009. Il est en ce moment occupé à changer la Constitution afin de se maintenir au pouvoir en 2016.

    Son bilan est éloquent. 70 % des Congolais vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté (avec moins d'un dollar US par jour). Mais que l'on se rassure ! Car Denis Sassou-Nguesso, lui, se porte très bien. Le chef de l'État congolais et sa famille possèderaient, en effet, en région parisienne, de nombreux biens immobiliers, soit une bonne dizaine d'appartements et hôtels particuliers selon un rapport d’enquête de la police révélé en janvier 2008 par le journal Le Monde. Celui-ci a fait l'objet de plaintes pour détournement de fonds publics.

    Bref, le président de la République du Congo est la caricature du potentat africain autoritaire et vénal. La famille Sassou-Nguesso est au Congo Brazza ce que les famille Bongo et Biya sont respectivement au Gabon ou au Cameroun. Et qui plus est, elles sont toutes liées à la franc-maçonnerie depuis des décennies, comme d'ailleurs une bonne partie de l'élite politico-économique des pays d'Afrique noire francophone. C'est la raison pour laquelle le franc-maçonnerie est souvent mal vue en Afrique. Ce qui est injuste car des opposants politiques peuvent aussi fréquenter les loges, là bas ou en exil, aux côtés de modestes anonymes sans aucun engagement public. Et puis il faut noter que les religions (catholique, évangélique, musulmane) forment aussi des réseaux très puissants auprès des cercles de pouvoir africains.

    C'est dire à quel point ce décret est embarrassant et s'apparente à un cadeau empoisonné pour le GODF car il ne me semble pas que la rue Cadet ait demandé quoi que ce soit aux pouvoirs publics congolais. Et pour cause ! Le GODF ne possède aucune loge dans ce pays déjà largement pourvu en obédiences maçonniques. Alors comment expliquer une telle marque d'attention du président Sassou-Nguesso à l'égard d'une obédience qui, par dessus le marché, n'entretient pas de relations fraternelles avec la sienne ?

    Il semblerait, selon certains opposants politiques congolais réunis autour de M. Mingwa Biango, que Denis Sassou-Nguesso chercherait, par ce moyen, à s'attirer les bonnes grâces du gouvernement français pour que celui-ci l'aide à se maintenir aux pouvoirs en 2016. En effet, les relations entre M. Denis Sassou-Nguesso et M. François Hollande sont plutôt fraiches. Cela a été remarqué lors de la dernière visite officielle du président congolais à Paris le 7 juillet 2015. Le président congolais chercherait-il activement à les réchauffer en courtisant dans ce but la plus importante obédience maçonnique française classée ordinairement à gauche ? Espère-t-il que des membres du GODF∴, proches du président de la République, puissent l'appuyer? C'est de l'ordre du possible.

    Mais si tel était le cas, une telle méthode relèverait d'une "politique françafricaine à la grand papa" complètement à côté des évolutions du monde contemporain. En effet, la diplomatie française semble préoccupée par le maintien de la stabilité politique de la République du Congo et particulièrement désireuse que des élections présidentielles démocratiques puissent avoir lieu conformément à la Constitution congolaise. Au moment où la France et l'Europe sont confrontées à des vagues sans précédent de migrants, au moment même où les obédiences maçonniques européennes ont publié un communiqué à ce sujet, il paraît impossible que la France prenne le risque de favoriser une guerre civile en République du Congo en soutenant le président Sassou-Nguesso dans son projet de modification de la Constitution. En effet, l'Afrique a besoin plus que jamais de démocratie et de développement économique dans le cadre d'une nouvelle politique de coopération. Elle n'a pas besoin de chefs d'Etat qui confondent le PNB de leur pays avec leur patrimoine personnel. Il me semble donc totalement illusoire d'attendre quelque intervention du GODF∴ en remerciement de l'attribution en pleine propriété d'un terrain à bâtir à Brazzaville, si toutefois il s'agit bien de l'objectif poursuivi par l'exécutif congolais actuel.

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    A consulter :

    JO République du Congo Brazza.pdf

  • La France et la guerre

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    Il semble que la France s'apprête à entrer en guerre, c'est-à-dire à élargir ses bombardements au territoire syrien (ils sont aujourd'hui cantonnés à ce qui reste de l'Irak). L'objectif : détruire les positions et les infrastructures militaires de Daesh.

    Je ne discute pas le bien-fondé de ces frappes militaires aériennes même si je m'interroge sur leur efficacité réelle. Dans quelle mesure ne devrons-nous pas envoyer un jour des troupes au sol pour éradiquer ce mouvement terroriste à prétention étatique ? Et dans ce cas, l'opinion publique française est-elle vraiment prête à accepter que des jeunes soldats (même professionnels) meurent en nombre pour sauver la Syrie ?

    Ce sont des questions majeures, me semble-t-il, qu'on ne peut décemment pas réserver, dans une démocratie, à la seule conscience du président de la République, chef des armées, et du premier ministre, responsable de la défense nationale, même si les deux sont entourés d'experts militaires.

    Il est sidérant de constater qu'en 2015, le pouvoir exécutif bénéficie toujours du droit exorbitant d'engager les forces militaires du pays en vertu des articles 15 et 20 de la Constitution sans que la représentation nationale y soit associée dès le départ et puisse, le cas échéant, s'y opposer.

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  • Le projet "blochéro-papiste" du Grand Conseil valaisan (suite)

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    Dans ma note précédente, j'ai brièvement exposé le projet du Grand Conseil valaisan de contraindre les députés à déclarer leur appartenance à une loge maçonnique. J'ai indiqué que ce projet me paraissait aller à l'encontre de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg.

    Le F Jean-Noël Cuenod, quant à lui, est revenu sur ce projet, qu'il qualifie de "blochéro-papiste", dans un billet au ton incisif dont je vous recommande la lecture. Il écrit :

    "Personnellement, je n’ai jamais tu mon adhésion à la Franc-Maçonnerie, tant en Suisse qu’en France. Mais une telle décision relève du libre-arbitre de chacun. Pour certains, la Franc-Maçonnerie fait tellement partie de leur sphère intime qu’ils n’entendent pas la transformer en sujet de conversation. Sont-ils indignes, pour autant, d’exercer un  mandat politique ?"

    Je ne saurais mieux dire.

    Ajout du 11 septembre 2015

    Le Grand Conseil Valaisan a finalement rejeté le projet de justesse ainsi que le relate le F Cuenod sur son blog. On ne peut que s'en féliciter.