Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Antimaçonnisme : hélas oui. C'est sérieux !

    Imprimer

    Jean-Dominique Reffait, qui se présente comme membre du GODF, a publié sur le site Boulevard Voltaire un article intitulé : "Anti-maçonnisme : est-ce bien sérieux ?"

    Je vous invite à le lire. 

    J'avoue pour ma part que ce court article, très bien rédigé par ailleurs, m'a laissé sur ma faim. En effet, l'auteur semble réduire l'antimaçonnisme au "domaine du fantasme, de l’exécration irrationnelle, de l’ignorance crasse soutenue par des témoignages aussi évasifs". Il parait minorer la dangerosité de l'antimaçonnisme principalement à cause de son côté guignolesque et de son incapacité à poser de vrais débats au sujet de la franc-maçonnerie. L'antimaçonnisme, un gag ? Vraiment ?

    Cette analyse est un peu courte pour au moins trois raisons.

    1°) Reffait se trompe d'angle de vue. Il prend le sien, ce qui l'amène à aborder le sujet avec un peu trop de condescendance. C'est une très grave erreur d'analyse, me semble-t-il. Reffait oublie simplement que la propagande antimaçonnique ne s'adresse ni aux francs-maçons ni à leurs adversaires, mais à tous ceux qui n'ont pas d'idées préconçues sur le sujet ou bien alors à ceux qui, déjà, ont un a priori négatif qu'il s'agit de conforter et de renforcer. Et là, peu importe le côté guignolesque de l'antimaçonnisme. Peu importe l'exécration irrationnelle, l'ignorance crasse soutenue par des témoignages évasifs. Plus le mensonge est gros, mieux il passe. Plus la caricature est grotesque, mieux elle s'imprime dans les esprits.

    2°) Reffait évacue complètement le contexte politique, social et économique. Cela dit, ce n'était pas l'objet de son propos et je suis conscient qu'il est difficile de tout traiter en quelques paragraphes. L'antimaçonnisme, qui est une des multiples résurgences du complotisme, prospère toujours dans un contexte de crise. Dans un monde de plus en plus complexe, où l'interdépendance économique est de plus en plus importante, les gens peinent à identifier un centre décisionnel. Ils cherchent des responsables à la situation présente. Ils cherchent des boucs émissaires qui permettent de tout simplifier. Les francs-maçons font partie de ces boucs-émissaires au même titre que les juifs, les roms, les noirs, les arabes, les musulmans (qu'on réduit souvent aux arabes), les homosexuels etc. 

    3°) Reffait ne dit pas un mot sur les réseaux sociaux et l'internet. Il ne s'agit pas de taper sur ces nouvelles technologies bien sûr, mais de constater qu'elles facilitent considérablement la diffusion de l'antimaçonnisme. Il suffit de le vérifier en tapant "franc-maçonnerie" sur Youtube. La grande majorité des vidéos mise à la disposition des internautes est souvent du pur délire. Les quelques vidéos sérieuses sur le sujet sont noyées dans la masse. Le ratio est vite fait. Sur vingt vidéos par page, vous en avez au moins les trois quarts qui sont un ramassis de conneries paranoïaques. Il faut donc se mettre en lieu et place des internautes confrontés à ces vidéos. Un grand nombre saura sans doute faire la part des choses. Mais combien d'entre eux prendront pour argent comptant cette propagande antimaçonnique ? Combien d'entre eux ont la capacité de prendre du recul, de mettre en perspective, de percevoir la manipulation ? Il faut se poser la question et ce d'autant plus que l'actualité récente a, hélas, démontré la formidable crédulité des gens, notamment la fragilité des plus jeunes (cf. les ravages de la propagande islamiste qui, elle aussi, s'adonne volontiers à l'antimaçonnisme parce qu'elle voit dans la franc-maçonnerie une succursale du judaïsme et du sionisme).

    Alors oui, pour ces trois raisons au moins, l'antimaçonnisme est à prendre au sérieux même si Jean-Dominique Reffait a amplement raison d'en montrer le côté désopilant. Cependant il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires, surtout lorsqu'ils manipulent parfaitement les médias alternatifs (on sait que de plus en plus de gens ne s'informent aujourd'hui que par le biais de l'ordinateur).

    Et surtout, il ne faut pas se laisser berner par le côté apparemment anodin et inoffensif de la propagande antimaçonnique. Reprenons par exemple à nouveau la vidéo des Brigandes et évacuons justement l'image, la mise en scène grotesque, les têtes de cochon, les Marie-Chantal en tablier de soubrette. Fermons simplement les yeux et écoutons la chanson. On se rendra compte à quel point les paroles sont extraordinairement violentes et que le sourire des jolies Coco Girls est justement là pour détourner l'attention en faisant croire qu'il s'agit d'une blague de potaches. Ce genre de sourire, je m'en méfie. Les nazis, eux aussi, savaient sourire. Ça ne les empêchait nullement de tuer dans la minute d'après. Et puis, comme l'a écrit Emil Cioran dans La Tentation d'exister :

    "Pour savoir si quelqu'un est guetté ou non par la folie, vous n’avez qu’à observer son sourire. En retirez-vous une impression voisine du malaise ? Sans crainte alors, improvisez-vous psychiatre. Est suspect le sourire qui n’adhère pas à un être et qui paraît venir d’ailleurs, d’un autre ; il vient en effet d’un autre, du dément qui attend, se prépare et s’organise avant de se déclarer."

  • Les turbulents héritiers de l'antimaçonnisme

    Imprimer

    La vidéo des Brigandes, manifestement, interpelle beaucoup de FF sur la toile. Le F Geplu du Blog maçonnique Hiram.be m'a ainsi demandé mon avis sur un message qu'il a reçu de ce groupe d'activistes. Il a eu la gentillesse d'en publier un extrait. D'autres s'interrogent sur la qualité de la réalisation, sur de possibles complicités internes, sur le lieu aussi (s'agit-il d'un temple maçonnique ou d'une reconstitution et où se situe-t-il ?) et enfin sur le matériel et la documentation qu'il a fallu aux Brigandes et à ceux qui sont derrière pour mettre au point cette vidéo. Peut-être parviendra-t-on, un jour, à en savoir davantage sur ce mystérieux groupe qui ne porte pas les maçons en son coeur.

    Je voudrais revenir brièvement ici sur l'aspect "documentation" qui semble inquiéter certains lecteurs du blog. C'est vrai que Les Brigandes semblent beaucoup connaître de choses sur la FMmême si ces connaissances sont mises au service d'une propagande contre ellePourtant, il n'y a rien de surprenant à cela. Si l'antimaçonnisme a toujours charrié son lot impressionnant de crétins, il a pu aussi prospérer grâce à gens curieux et, parfois, très cultivés.

    Tenez ! Le profane Bernard Faÿ par exemple. Ce brillant universitaire,  nommé administrateur général de la Bibliothèque nationale en 1940, était un spécialiste reconnu du dix-huitième siècle et de la franc-maçonnerie. Mais c’était surtout fondamentalement un idéologue d’extrême droite et un antisémite virulent qui savait pertinemment que si les faits ne corroboraient pas son idéologie, il fallait s’arranger pour qu’ils lui fussent conformes. C'est la raison pour laquelle il n'a pas hésité à prendre des libertés avec l’histoire et à présenter l'Ordre maçonnique de façon grotesque et inquiétante au grand public. C'est ce qu'il fit avec l'exposition maçonnique du Petit Palais à Paris dès octobre 1940 et, un an plus tard, dans la revue mensuelle qu'il dirigea jusqu'en 1944 -  Les Documents Maçonniques - (cette revue est tombée récemment dans le domaine public et elle est désormais consultable en ligne sur le site de la Bibliothèque Nationale de France). 

    Un autre exemple. Le F Jean-Baptiste Bidegain. C'était au départ un maçon estimable qui a viré à l’antimaçonnisme le plus sournois au début du XXème siècle, alors même qu’il avait été secrétaire général adjoint du GODF. Le drame de cet homme intelligent et cultivé, son calvaire intime même, fut de mettre ensuite son talent d’écriture, son esprit d’analyse et son expérience maçonnique au service d'une ambition dévorante et d'un besoin de reconnaissance jamais assouvi. Il a voulu se venger de ceux dont ils estimaient qu’ils avaient intrigué contre lui au sein de l’appareil du GODF lors du départ du secrétaire général, Narcisse-Amédée Vadecard. Lui, l'adjoint, guignait le poste. Il ne l'a pas obtenu. Il a choisi de trahir le GODF pour collaborer avec les milieux monarchistes et catholiques. Il est devenu l'informateur du député nationaliste Guyot de Villeneuve en 1904 et fut à l'origine de l'affaire des fiches qui provoqua un grave scandale à l'époque mais qui, aujourd'hui, s'explique très bien eu égard au contexte politique (on était encore en pleine affaire Dreyfus et les républicains avaient, à juste raison, de sérieux doutes sur la loyauté d'une partie des officiers). 

    De façon générale, ce qui m'a toujours interpellé, c'est moins la propagande que les propagandistes. On trouve souvent des personnes cultivées qui mettent sciemment tout leur talent, tout leur savoir au service du mensonge et de mesquins règlements de compte. Il faut en particulier se souvenir de tous ces parcours, de tous ces hommes qui furent les ennemis actifs de l'Ordre maçonnique. Certains d'entre eux furent sur les colonnes (comme quoi l'ennemi n'est pas toujours celui qu'on croit). Ils sont des sources d'inspiration pour bon nombre d'adversaires de la FM.

    Avec Les Brigandes, Bernard Faÿ, Edouard Drumont, Jules Guérin, Mgr Jouin, Charles Maurras, Maurice Barrès, Paul Riche, Jean Marquès-Rivière, Jean-Baptiste Bidegain, Jules Doinel et tant d'autres, ont à nouveau de turbulents héritiers.

  • Les Marie-Chantal et la Loge des Jacobins

    Imprimer

    les-brigandes-jacobin-lodge-french-maids.jpg

    Un groupe de Marie-Chantal, appelé Les Brigandes, fait semble-t-il parler de lui grâce à une petite vidéo publiée sur le net. On n'y voit pas les jeunes femmes à la messe selon le rite de Saint-Pie X - ce qui semble être pourtant leur milieu naturel - mais en loge, en tablier de soubrette de Coco Girl (on sent que le réalisateur de la vidéo a des références) et portant fièrement des sautoirs cousus main.

    Dans ce lieu, ce drôle de collège des officiers pousse la chansonnette. Les paroles sont un ramassis de clichés antimaçonniques popularisés par l'abbé Augustin Barruel à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle et abondamment relayés depuis par l'extrême droite catholique (on sent d'ailleurs dans les voix fluettes des jeunes femmes une longue pratique des cantiques). Les participants à cette "tenue" ont des têtes de cochon et de bélier.

    Il semble qu'il y ait aussi un homme à tête de rat faisant office de grand gourou et portant une étole de prêtre (Que voulez-vous ? il faut ce qu'il faut quand on organise une messe noire...).

    On voit donc qu'on est en plein dans "l'intelligence", la "finesse" et la "nuance"...

    Si la forme détonne quelque peu et se veut ironique, le fond, lui, reste désespérément le même. On y retrouve, comme je l'ai dit, le prêt à penser traditionnel de l'extrême droite catholique concernant la franc-maçonnerie.

      • La tenue vaguement sexy et l'attitude aguicheuse des Marie-Chantal suggère implicitement que la loge est un lieu de stupre et de débauche (c'est plutôt drôle de voir ces jolies jeunes femmes BCBG, probablement très culs pincés, se poser ainsi en objet sexuel... Un fantasme ?)  ;
      • Le bandeau sur les yeux pour signifier le secret, les magouilles et le complot (alors que les loges sont déclarées en préfecture et que les obédiences ont pignon sur rue... avouez quand même qu'on peut faire mieux en matière de secret, de magouilles et de complot).
      • Les individus à têtes de rat, de bélier et de cochon suggèrent les rites sataniques (je suis étonné que le réalisateur de la vidéo n'ait pas pensé à mettre quelques foetus sanguinolants en plastique pour suggérer l'avortement et des poupées pour l'infanticide... ça aurait donné un petit côté gore sympa).
      • La faucille et le marteau dans le delta lumineux suggère la collusion entre la franc-maçonnerie et le bolchevisme (détail assez désopilant quand on sait que la franc-maçonnerie a été interdite et les francs-maçons pourchassés dans tous les pays communistes, à l'exception de Cuba... mais allez expliquer ça à des cons...).

    Pour le reste, ce sont les accusations stupides d'usage contre la République (libertoc, égalitoc et fraternitoc) et, donc, la démocratie. Inutile d'insister davantage et de perdre son temps à vouloir décortiquer cet étalage d'inculture et de préjugés.

    J'attends maintenant la prochaine vidéo et la prochaine chansonnette. A quand la même chose dans une synagogue ou une mosquée ? Je crois que là j'attendrai longtemps. Je pense en effet que nos "Brigandes" ne se risqueront pas à la propagande ouvertement antisémite, islamophobe et raciste car elles savent qu'elles s'exposeraient alors à des poursuites pénales sans parler du scandale qu'elles provoqueraient.

    C'est tellement plus facile de se lâcher contre la franc-maçonnerie car l'antimaçonnisme, même le plus outrancier, même le plus con, n'est pas condamnable en France. Cela permet donc à l'extrême droite de montrer son véritable visage et de s'adonner librement à ses obsessions. Il faut dire qu'elle en meurt d'envie depuis 1945...

    Conclusion ?

    Nous vivons bel et bien un changement d'époque. Les digues, qui avaient été construites contre le fascisme après la deuxième guerre mondiale et l'occupation, sont en train de céder sous le poids de l'oubli. Les témoins directs du régime vichyste, en tous les cas ceux qui en ont un souvenir conscient,  sont aujourd'hui âgés et disparaissent. Bientôt, cette période noire appartiendra entièrement à l'histoire. Et la lutte idéologique pour la reconstruction de ce passé va redoubler d'intensité.

    On le voit bien avec cette vidéo apparemment anodine (mais en apparence seulement). Elle charrie tous les préjugés qui, hier, ont motivé les interdictions, le retour du cléricalisme, les atteintes aux libertés publiques, les parodies de justice, les exclusions, les rafles, les déportations...

  • Conventicule à Saint-Germain-en-Laye

    Imprimer

    Le Blog Hiram a publié le compte rendu du conventicule de la Grande Loge Egyptienne Régulière de France (GLERDF), microscopique obédience qui, je le précise, ne figure pas sur la liste des obédiences reconnues par le Grand Orient de France (GODF). Il est assez étonnant de relever que ce conventicule s'est tenu dans les locaux maçonniques de Saint-Germain-en-Laye où se réunit notamment la RL∴ La Bonne Foi du GODF (mais tant que la location pour le week-end entier est payée...). 

    Il paraît en tout cas que l'événement fut une "pure émotion spirituelle" (sic), ce dont je suis intimement persuadé, vous vous en doutez bien. Toujours dans le compte rendu, on apprend aussi que la Grande Loge Egyptienne Régulière de France est devenue la Grande Loge Orientale Régulière de France. La GLERDF s'appelle désormais GLORDF. Ce qui va probablement changer beaucoup de choses dans le paysage maçonnique français, vous en conviendrez.

    L'an dernier la même obédience avait déjà changé de dénomination comme l'avait signalé le blog Réflexions sur trois points. Ce qui, soit dit en passant, n'a pas eu l'air de plaire à d'autres membres de cette petite obédience. En effet, ces derniers ne semblent pas tenir en grande estime le GM∴ de la GLORDF et ne paraissent vraiment pas partager la même "pure émotion spirituelle".

    Bref...

  • Franc-Maçonnerie et football

    Imprimer

    alain berheim,régularité,football,franc-maçonnerie,landmarksLa différence entre le football et un autre jeu de balle tient à ses règles. Si vous voulez jouer au football, vous devrez en respecter les règles. Dès l'instant où vous vous en affranchissez, vous jouer à un autre jeu. Vous pratiquez une activité sportive qui a les apparences du football mais qui, en réalité, n'est pas du football. Les réguliers, comme Alain Bernheim et d'autres, raisonnent ainsi. 

    Selon eux, la franc-maçonnerie repose sur des Landmarks, c'est-à-dire sur des règles qui fixent des limites en dehors desquelles on est hors du champ maçonnique. Leur observance conditionne donc la pratique maçonnique traditionnelle et authentique. Tout ce qui s'en écarte n'a que l'apparence de la franc-maçonnerie. 

    Autrement dit si le footballeur est celui qui joue au ballon dans le strict respect du football, le franc-maçon est donc celui qui pratique l'Art royal dans strict le respect des Landmarks. Par conséquent, la qualité maçonnique naît de la contrainte imposé par un ordre donné.

    Dans cette perspective, un franc-maçon régulier ne peut donc fréquenter ès-qualités un groupement qui ne respecte pas les Landmarks. Il doit s'en tenir aux principes de la franc-maçonnerie une et indivisible tels qu'ils ont été définis par la Grande Loge Unie d'Angleterre, qui est à la maçonnerie ce que le Vatican est au christianisme. Le franc-maçon régulier est dans un Ordre spécifique. 

    Cette manière de concevoir et de vivre la maçonnerie n'est évidement pas la mienne car il va de soi que les règles ne sont jamais intangibles par nature. Il suffit d'observer la vie des hommes tout simplement. Les règles évoluent sans cesse. Et c'est vrai de toutes les règles. Qu'il s'agisse par exemple des règles de droit ou des règles du jeu.

    C'est ainsi que les règles du football ont évolué au fil du temps. En effet, on ne pratique pas ce sport en 2015 comme on le pratiquait il y a 100 ans ou 200 ans. Le jeu a considérablement évolué. Il est devenu par exemple plus rapide et plus violent. Relativement confidentiel à ses débuts, le football est aujourd'hui le sport populaire par excellence. Essentiellement masculin à ses origines, il attire de nos jours de plus en plus de femmes qui le pratiquent à un niveau élevé. 

    Et au-delà même du respect des règles et des évolutions du jeu, il y a l'esprit sportif, le fair-play, le plaisir d'être ensemble dans cette pratique, le loisir, la volonté de se divertir tout en étant sérieux dans ce qu'on fait.

    Comme le football ou n'importe quelle autre activité, la franc-maçonnerie n'est évidemment pas statique. Elle évolue avec son temps et avec les préoccupations de celles et ceux qui la vivent au quotidien. C'est un Ordre spécifique mais riche de ses différences (obédientielles, rituéliques, etc.). Les règles n'y sont pas intangibles. Certaines peuvent tomber en désuétude. D'autres peuvent apparaître.

    Dans cette perspective, un franc-maçon dit régulier devrait pouvoir fréquenter ès-qualités une loge qui ne se reconnaît pas dans les Landmarks de Londres dès lors que celle-ci accepte de lui ouvrir sa porte (il ne s'agit pas de s'imposer... on ne s'assied à une table familiale que si on y a été préalablement invité). La réciproque devrait pouvoir être vraie sans le moindre problème. Le régulier n'en sera pas moins régulier. Il aura simplement vécu une expérience maçonnique différente mais au fond complémentaire à la sienne.

  • Un grand merci !

    Imprimer

    Le blog "3, 5, 7 et plus" va sur ses cinq mois d'existence. Je me réjouis de constater que son audience s'élargit petit à petit.

    Aujourd'hui, il compte en moyenne 177 visiteurs uniques par jour.

    C'est certes très modeste, mais malgré tout encourageant pour la suite.

    En effet, si écrire est un plaisir, être lu l'est encore davantage.

    Merci à toi, lecteur !

  • Le message de la Rose-Croix

    Imprimer

    La mystérieuse fraternité de l'ordre de la Rose-Croix (la fama fraternitatis) a alimenté bien des fantasmes. On n'en connaît pas l'origine précise. Plusieurs hypothèses coexistent. Pour certains, il s'agirait d'une invention d'un groupe d'étudiants allemands lassé des querelles religieuses. Pour d'autres, elle serait le produit de l'imagination de Johann Valentin Andreae. D'autres encore y voient une création de Michael Maier et imaginent même que Jakob Böhme et Robert Fludd aient pu y être associés. Le fait est qu'on en sait rien. La seule chose dont on est à peu près sûr en revanche, c'est que les placards affichés en 1623 sur les murs de Paris au nom de l'ordre de la Rose-Croix étaient bien un canular d'étudiants (1).

    Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Nous sommes à la fin du 16ème siècle et au début du 17ème. Le continent européen est déchiré par de sanglantes guerres de religion. Le protestantisme est jeune et il se livre aussi à des actes barbares (cf. Calvin à Genève quelques décennies plus tôt). L'Inquisition, elle, sévit dans le monde catholique. L'Eglise d'Angleterre s'est émancipée de la tutelle la papauté, etc. Il n'y a plus d'unité chrétienne en occident. A l'époque, tout le monde s'étripe au nom de la religion. La philosophie peine dans ce marécage obscurantiste. Au 17ème siècle, le philosophe Baruch Spinoza, suspecté à tort d'athéisme, est pourchassé aussi bien par les juifs d'Amsterdam que les chrétiens hollandais. Le philosophe René Descartes est mis à l'index. Le philosophe Blaise Pascal souffre à cause de ses amitiés jansénistes, etc. C'est donc dans ce contexte pour le moins troublé que la rose-croix a fait soudainement irruption pour appeler à l'unité des chrétiens. Et pour donner plus de consistance à cet appel, ses promoteurs ont dû soutenir l'idée qu'il émanait d'un ordre structuré détenteur de mystérieux secrets. Les intellectuels n'y seront d'ailleurs pas insensibles. Descartes, par exemple, a cherché vainement à prendre contact avec l'ordre de la Rose-Croix. Le promoteur du cogito poursuivait un mirage sans le savoir.

    Ce qu'il faut retenir, à mon avis, c'est que lorsqu'un message extraordinaire se diffuse et connaît un certain retentissement, tout le monde, bien sûr, se l'accapare et extrapole à son sujet. Ce qui lui donne de plus en plus de consistance. On voit donc l'ordre de la Rose-Croix partout, derrière tous les événements, alors que personne, pourtant, n'en a jamais rencontré le moindre représentant. Et pour cause ! C'est une légende. Sans doute y a-t-il aussi de profondes raisons psychologiques à cela. En effet, lorsqu'ils sont confrontés à la complexité du monde, les êtres humains ont besoin d'imaginer un centre décisionnel susceptible de l'expliquer en totalité.

    En définitive, n'est-ce pas à ce niveau là qu'il faut comprendre le message de la Rose-Croix ? L'important, ce n'est pas tant ce que la Rose-Croix a dit (ou ce qu'on a pu lui faire dire), que ce qu'elle révèle de nous-mêmes et plus particulièrement de notre besoin de merveilleux.

    ____________

    (1) Didier Kahn, Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), éd. Droz, Genève, 2007.

  • Bonne année 6015 !

    Imprimer

    Je suis très attaché au calendrier maçonnique qui devrait être beaucoup plus respecté qu’il ne l’est. En effet, la première des grandes découvertes a été celle du temps, cadre de toute expérience vécue.

    C’est en distinguant siècles, années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes que l’homme s’est affranchi de la répétition monotone des cycles naturels. Et c’est réellement fascinant quand on y songe. 

    L’émancipation humaine doit énormément à la maîtrise du temps. A la conquête de sa mesure.

    Le glissement de l’ombre sur le cadran, l’écoulement du sable dans le sablier, celui de l’eau dans la clepsydre, le tic tac du mécanisme de l’horloge, tout ceci a permis à l’homme de mesurer ses déplacements. En maîtrisant le temps, l’homme a donc appris à maîtriser l’espace. Des civilisations ont pu ainsi apparaître. La communauté de temps a engendré la communauté d’espace et, partant, une communauté de savoirs avec comme seule frontière l’inconnu toujours à repousser.

    En élaborant son propre calendrier – dont les aspects historiques sont évidemment discutables mais qui demeure facilement applicable sans poser de problèmes insolubles – la maçonnerie a fondé un temps qui lui est propre, un temps symbolique (midi minuit) qui engendre un espace maçonnique ; espace maçonnique qui engendre à son tour des savoirs, des échanges, une communauté à la fois singulière et universelle ; communauté universelle sinon dans les faits du moins dans son principe. 

    Tout ceci s’inscrit dans des rythmes tout au long de l’année (équinoxes et solstices) avec une référence de base à -4000 ans avant le crucifié, laps de temps présumé de l'origine du monde (peu importe les raisons de ce choix même si elles sont bancales... ce n'est pas grave puisque ce choix est signifiant pour les maçons). L'an 6015 pour le profane, ça ne veut rien dire. Pour le maçon oui même s'il ne sait pas vraiment pourquoi il dit 6015.

    En définissant son calendrier, la franc-maçonnerie ne se réfère plus au monde profane. Elle construit son identité. Elle pose ses marques. Elle définit son temps.

    Pourquoi l'année maçonnique débute-t-elle comme dans la Rome antique le 1er mars et non le 1er janvier ? 

    C'est simple. C'est parce que l'Angleterre, terre de fondation de l'ordre maçonnique, a appliqué le calendrier julien jusqu'en septembre 1752 .

    Bonne année 6015 !