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  • Ces chères revues du G∴O∴D∴F∴

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    La prochaine émission Divers aspects de la pensée contemporaine, qui aura lieu ce dimanche 1er mars de 9h40 à 10h00 sur les ondes de France Culture, traitera du thème : « Les revues du GODF et les 150 ans de La Chaîne d’Union ». Elle aura pour invité Bernard Chanez, 1er Grand Maître ajoint du Grand Orient de France.

    Il est difficile de ne pas faire le lien avec un courrier que j'ai reçu, il y a quelques jours, me signalant que la revue Joaben du Grand Chapitre Général de France (GCDF) était désormais intégrée dans le catalogue de la société commerciale Conform édition (ce qui est déjà le cas de toutes les revues dont va parler le F Chanez). Ce courrier était également une invitation (pressante ?) à m'y abonner. 

    Je crains donc que l'émission radiophonique de dimanche ne soit, en réalité, qu'un simple encart publicitaire d'une vingtaine de minutes pour vanter auprès des auditeurs les mérites de ces différentes revues et pour les inciter à s'y abonner. Quand on connaît la crise de la presse, qui est aussi celle du livre, on peut raisonnablement penser que l'état de santé des revues du GODF ne soit pas des meilleurs et que le conseil de l'Ordre mène actuellement, et sans oser le dire clairement, une campagne d'abonnement, non seulement auprès de ses propres membres mais aussi du grand public.

    Je ne parlerai pas ici du "grand public". Je me contenterai d'évoquer les membres du GODF dont un grand nombre n'est pas abonné à ces revues. J'en fais partie et j'en ai déjà expliqué les raisons à travers l'exemple d'Humanisme. Et je pense que ce que j'ai écrit en décembre dernier peut fort bien s'appliquer à l'une quelconque des autres revues. Cependant je dois y ajouter une autre chose qui a son importance : leur prix. Il n'est certes pas excessif par rapport à des revues similaires, mais je ne vois pas pourquoi la capitation ne prendrait pas déjà en compte l'abonnement à l'une de ces revues. Je ne vois pas pourquoi il faudrait en plus faire la démarche de s'y abonner. 

    Si je voulais recevoir l'ensemble de ces revues, je serais ainsi obligé de débourser une centaine d'euros supplémentaire qui viendrait s'ajouter à ma capitation et aux frais liés aux activités maçonniques (agapes, frais de déplacement, etc.). Je ne peux financièrement me le permettre. Et je suis persuadé de ne pas être seul dans ce cas. Alors on peut bien écrire des lettres ou faire des émissions sur le thème "abonnez-vous s'il vous plait", ça n'y changera rien. 

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    Ajout du 1er mars 2015

    Je dois malheureusement constater que j'avais vu juste. J'ai écouté l'émission qui s'est réduite à un encart publicitaire pour des revues. Pourquoi gaspiller du temps d'antenne pour ça ? C'est dommage me semble-t-il. Au passage, j'ai relevé une perle du F Chanez qui a répété, par deux fois, que le GM∴ Daniel Keller avait décidé d'un colloque pour le 150ème anniversaire de la revue La Chaîne d'Union. Je ne sais s'il faut attribuer cette formulation maladroite au stress de la prise de parole, mais les FF∴ du G∴ODF∴, dont je fais partie, seront "ravis" en tout cas d'apprendre qu'ils ont un G∴M∴ qui s'occupe et décide de tout, tel un monarque. Ce qui est pour le moins paradoxal dans une Obédience qui n'a jamais fait mystère de son attachement passionné à la République. Nous avons un monarque qui s'exprime dans tous les médias, au nom de l'Obédience, qui écrit tribune vide sur tribune vide dans les journaux (la dernière ayant été publiée dans Mediapart). Un communiquant en somme.

  • Le secret maçonnique et le huis clos

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    Dans La nouvelle réalité maçonnique, Jean Verdun écrit :

    Cessons donc (...) de parler de secret. Nos temples seraient-ils truffés de micros, cela ne changerait rien à rien. Ce n'est pas le huis clos proprement dit qui compte, mais l'esprit du huis clos pour que, quel que soit le sujet traité, l'esprit de l'initiation l'emporte (...) Que la loge s'ouvre ! Qu'elle invite qui peut l'enrichir d'une réflexion nouvelle ! (...) Qu'elle cesse de laisser croire à ses invités, qui ne croient d'ailleurs pas, qu'une réflexion fondamentale sur le sujet s'élabore à l'abri des murailles du secret (...) Le secret ne doit plus servir les falsificateurs, mais le huis clos doit demeurer, ne serait-ce que pour marquer le caractère exceptionnel des tenues blanches pendant lesquelles une loge ou une obédience peut se confronter avec le dehors (...) L'importance n'est pas le sujet, mais la façon dont on l'aborde, et le huis clos permet de s'y prendre à l'inverse des méthodes médiatiques. Par conséquent, le huis clos, trois fois oui, mais le secret, basta ! (1)

    Faut-il évacuer le secret pour ne garder que le huis clos ou plutôt "l'esprit du huis clos" comme le suggère Jean Verdun ? Non bien sûr. Ça me parait d'ailleurs quelque peu artificiel. Et je vais vous le démontrer.

    Plaçons-nous au niveau du huis clos évoqué par Verdun. Cette expression vient de "huis" signifiant "porte" en ancien français, celle qui sépare l'intimité du foyer de l'extérieur (2), d'où le vocable "huisserie" pour désigner les entourages des portes. Elle est utilisée en droit pénal pour signifier que le public est exclu de la salle d'audience où se déroulent les débats. Dans cette perspective, effectivement, la franc-maçonnerie fonctionne entièrement sur le principe du huis clos.

    Par conséquent si on retranche le secret du huis clos, il n'y a plus aucune raison de maintenir le huis clos puisque le premier motive le second. Quand un président de Tribunal prononce le huis clos, ce n'est pas simplement pour la forme. C'est parce qu'il sait que l’objet des débats exige le secret afin de le réserver aux seules parties en présence et pour interdire toute publicité extérieure.

    Si l’on évacue la notion de secret, le huis clos n'a donc plus de raison d’être : le secret devient alors un simulacre. Le huis clos est donc une césure par rapport au monde extérieur le temps de l’échange. Le secret garantit la liberté dans l’échange. Echanger en présence de tiers au groupe d’individus choisi n’a pas du tout la même valeur : on se trouve très rapidement dans une position où l’on veut séduire, où l’on veut convaincre, quand on ne choisit pas, tout simplement d’observer, un silence prudent de peur de révéler une part de sa vérité qui n’a pas à être connue.

    Le huis clos, corollaire du secret, c’est ce qui nous empêche – pour combien de temps encore ? – de sombrer dans le messianisme qui, depuis toujours, a guidé et animé les religions ou les partis politiques. Le quidam peut entrer librement dans les lieux de culte et participer aux cérémonies religieuses ou aux réunions politiques parce qu’on lui annonce la vérité extérieure à lui-même.

    En FM, c’est l’inverse : on n’entre pas en L comme on veut. On travaille à couvert, à l'abri des turpitudes du monde profane et en laissant à la porte ses métaux, c'est-à-dire ses préjugés, ses défauts, etc. La vérité n'est pas extérieure à soi. Mais en soi. Et nul n’a droit qu'à la vérité qu'il a su découvrir par son travail, soutenu en cela par les FF∴ de son atelier.

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    (1) Jean Verdun, La nouvelle réalité maçonnique, Albin Michel, Paris, 2001, pp. 55 et 56.

    (2) Huis vient du latin ostium. On retrouve la même étymologie en allemand (haus), néerlandais (huis) ou en anglais (house) pour désigner la maison.

  • Ah ! au fait... à propos de l'affaire du Carlton...

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    ... J'allais oublier ! Le procureur près le Tribunal correctionnel de Lille a rendu ses réquisitions. Celui-ci a demandé la relaxe pure et simple de M. Dominique Strauss-Khan (le Parquet confirme donc sa position initiale) et du sursis pour les autres protagonistes. Il n'y a guère que Dodo la Saumure, le tenancier de bordel, qui risque d'écoper d'une peine de prison ferme.

    L'affaire est mise en délibéré. Le prononcé du jugement est prévu le 12 juin prochain.

    En attendant, qu'il me soit permis d'observer que les débats n'ont, à aucun moment, dévié sur de prétendues collusions maçonniques entre certains prévenus dont l'appartenance a pourtant été jetée en pâture dans les médias comme si elle devait "prouver" quoi que ce soit ou constituer je ne sais quelle circonstance aggravante. On a pu constater l'inanité de ces spéculations délirantes qui, sur internet, ne mobilisent plus guère que le ban et l'arrière-ban de la blogosphère complotiste et fascisante.

    En France, l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie sont justement condamnés. On le répète assez il me semble. En revanche, on peut faire de l'antimaçonnisme, du plus larvé au plus outrancier, en toute impunité. On peut ainsi insinuer publiquement qu'un individu est nécessairement malhonnête ou dangereux parce qu'il est franc-maçon. En 2015, en France, on peut employer, hélas, les mêmes poncifs accusateurs que ceux qui étaient utilisés contre l'Ordre maçonnique avant et pendant la seconde guerre mondiale. On peut même parfois saccagerbrûler et taguer des locaux maçonniques sans que cela interroge et émeuve les pouvoirs publics et l'opinion.

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    PS. Il me semblait avoir déjà écrit une note sur la soi-disant "part maçonnique" de l'affaire du Carlton. Pour des raisons que je ne m'explique pas, je ne retrouve pas cette note. J'ai dû malencontreusement l'effacer suite à une erreur de manipulation. Je prie le lecteur de bien vouloir m'en excuser.

  • Elizabeth St Leger ou comment une femme devint homme par l'initiation

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    elizabeth st leger,initiation,femmes,mixité,irlande,histoire,roger dachezLe 21 février, le F Roger Dachez est revenu sur son blog sur l'initiation de Mrs Elizabeth St Léger, la première femme à avoir été initiée aux mystères maçonniques aux alentours de 1710-1712. Roger Dachez tire deux principales réflexions de ce précédent demeuré sans suite en Grande Bretagne (du moins dans le cadre de la maçonnerie prétendument "régulière").

    La première réflexion, écrit-il, c'est que "jamais Elizabeth St Leger n’a posé la moindre revendication au sujet de  la "libération" des femmes". Alors quelle pouvait-être bien la signification de l'initiation de cette jeune fille au début du XVIIIe siècle ?

    Je pense pour ma part qu'il n'y a aucun message particulier lié à cette initiation fortuite, donc imprévue. Une jeune femme, à peine sortie de l'adolescence, surprend une loge réunie au sein du château familial. Elle est alors initiée sur le champ pour qu'elle puisse prêter serment à son tour de ne jamais rien graver ni buriner au sujet des mystères de l'ordre maçonnique. C'est du pragmatisme pur et simple. On agrège au groupe celle qui pourrait divulguer ce qu'elle a vu et entendu. Comment expliquer que cette initiation ait été possible ? Comment se fait-il surtout qu'Elizabeth St Léger ait pu demeurer jusqu'à la fin de sa longue vie membre d'une L nonobstant les règlements maçonniques et en particulier les Constitutions d'Anderson qui, on le sait, excluaient les femmes de l'initiation maçonnique ? J'ai une réponse qui vaut ce qu'elle vaut mais qui, après tout, n'est pas plus absurde qu'une autre.

    Je vais vous raconter une petite histoire que l'on se transmet dans ma famille. Il y a fort longtemps, ma grand-mère (ou mon arrière-grand-mère je ne sais plus) avait reçu à dîner le chanoine et archiprêtre de la cathédrale d'Uzès (Gard). Comme elle savait que celui-ci avait un solide appétit, elle avait mis bien sûr les petits plats dans les grands pour contenter le saint-homme. Elle lui avait notamment préparé un succulent gigot. Or, au moment de lui en servir une tranche, elle se rendit compte avec horreur que c'était le vendredi saint ! Le chanoine la rassura. Il bénit alors le plat en ces termes : "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, viande, je te baptise poisson." Et tout le monde put alors se régaler.

    Bien que la comparaison puisse manquer d'élégance, je pense néanmoins que le Vicomte Doneraile fit à sa fille ce que le bon chanoine fit au gigot. Elizabeth St Leger fut baptisée garçon comme la viande fut baptisée poisson. En d'autres termes, Elizabeth St Leger est devenue symboliquement homme parce des circonstances particulières exigeaient que la L prenne à son sujet une décision urgente. Il n'y avait donc aucune raison, par la suite, de défaire ce qui avait été décidée.

    Pour le reste, il est évidemment impossible, à mon sens, d'attribuer à l'initiation de la jeune aristocrate la moindre valeur émancipatrice pour la femme. Comment Mrs St Leger aurait-elle pu revendiquer quoi que soit à une époque où la femme était placée sous la tutelle économique, juridique et sociale de l'homme ? Comment aurait-elle pu même concevoir un renversement ou un rééquilibrage possible du patriarcat ? Au XVIIIe siècle, la femme n'était pas un sujet de droit, même en Irlande. Elle était entièrement soumise à la volonté de son père ou, quand elle était épouse, à celle de son mari. 

    La deuxième réflexion du F Dachez à propos de cet épisode singulier de l'histoire maçonnique est que "les FF n’ont alors pas estimé que l’initiation d’une femme fût "ontologiquement" impensable". Je ne suis pas sûr que l'on puisse présenter les choses sous un angle aussi élaboré. D'ailleurs l'histoire ne dit pas qu'il y a eu un débat à ce sujet. De toute façon, s'il y en a eu un, nous n'en connaissons pas le contenu. Nous savons simplement le contexte : une L∴ assemblée surprise par une jeune profane bien née (1). Et le résultat : l'initiation de la petite curieuse. Le F∴ Dachez souligne bien le fait que les FF∴ avaient été confrontés à "un cas extrême" (sic). Ce cas n'avait donc pas vocation à se répéter. Cela signifie donc que les FF∴ de la L du Vicomte Doneraile ont agi tout simplement de manière pragmatique. Leurs contemporains des autres LL n'ont d'ailleurs tiré de cette affaire aucun enseignement sur la légitimité possible d'une présence féminine en franc-maçonnerie. Il n'y a donc eu aucun acte fondateur dans ce qui s'apparentait, au fond, à un fait divers exceptionnel. Je ne pense même pas que l'on puisse y voir des paradoxes.

    C'est ce qui explique que la légitimité de l'initiation des femmes - que je ne remets nullement en cause dans son principe (est-il besoin de le souligner ?) - s'est posée, beaucoup plus tard à la fin du XIXe siècle, à un autre niveau, c'est-à-dire non pas sur un plan strictement maçonnique, mais sur le plan profane de l'égalité des droits. Ce qui est certes infiniment respectable, mais n'est tout de même pas la même chose. Les femmes ont donc voulu faire comme les hommes. Elles ont voulu les imiter. Elles ont voulu porter le tablier comme elles ont voulu par la suite porter le pantalon. Elles se sont appropriées, petit à petit, de revendication en revendication, un patrimoine symbolique et un environnement initiatique qui ne leur étaient pas originairement destinés quoi qu'on en dise aujourd'hui.   

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    (1) On peut raisonnablement douter que la décision eût été identique si la curieuse avait été une simple domestique au service du Vicomte... 

  • Un papier peint maçonnique a été découvert dans un presbytère du Doubs

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    Le journal L'Est Républicain et le blog Hiram signalent une découverte extraordinaire. Un papier peint maçonnique unique au monde a été retrouvé, lors d'une rénovation, dans la chambre d'une cure abandonnée à Remoray-Boujeons, petit village de trois cents habitants dans le département du Doubs.

    Selon L'Est Républicain :

    "Ce papier peint retrace toute la vie de saint Joseph en plusieurs tableaux selon quelques chapitres de la Genèse. Mais -et c’est un vrai sujet d’étonnement- il est truffé de symboles maçonniques et de références aux repères rituéliques maçons. Les plus flagrants sont l’équerre et le compas sur la représentation d’un monument. D’autres sont disséminés dans le panoramique comme la grenade, l’œil de la connaissance, la lune et le soleil… Une représentation de Baphomet, créature mi-homme, mi-bouc, apparaîtrait au-dessus d’un panneau. Elle aurait été vénérée par les Templiers et par quelques loges ou rituels maçonniques inspirés par l’égyptologie."

    Manifestement, le journaliste extrapole beaucoup. Il semble commettre en tout cas une confusion entre le Joseph de l'Ancien Testament, le patriarche fils de Jacob, et le Joseph du Nouveau Testament, le charpentier, père terrestre de Jésus Christ. Si le premier est évoqué allusivement au grade de Prévôt et Juge (1), 7ème degré du rite écossais ancien et accepté (REAA), le second, lui en revanche, ne joue aucun rôle en FM bien qu'il soit malgré tout du "métier". Quant à la présence de Baphomet sur le papier peint, si toutefois elle est avérée (je n'ai pas pu contempler ce chef d'oeuvre), je signale que cette divinité fantasmagorique n'a jamais fait la moindre vénération chez les Templiers et encore moins chez les FF, sauf, bien sûr, dans l'imagination délirante des auteurs anti-maçons, notamment dans celle de l'inénarrable Léo Taxil.

    Comment expliquer la présence d'un tel papier peint dans cette petite localité du Doubs ? Le journaliste de L'Est Républicain avance une hypothèse formulée par la présidente de l’association de sauvegarde du patrimoine local qui lie cette présence à un événement qui avait défrayé la chronique dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Il rappelle que cette commune a été partie prenante dans un conflit qui l'a opposée avec d'autres communes du canton de Mouthe au jeune prince Pierre Charles Marie d’Arenberg (1790-1877). L'aristocrate, qui venait d'hériter d'un vaste domaine, entendait reprendre le contrôle de l'usage des forêts lui appartenant. Cette demande en cantonnement des forêts contre l'usage des communes a provoqué à l'époque une importante bataille juridique. Le conflit a cependant pu se régler à l'amiable grâce, semble-t-il, aux bons office du jeune curé C.S. Salomon en charge de la paroisse de Remoray.

    Ce papier peint est-il un cadeau du Prince pour remercier le prélat d'avoir su trouver un terrain d'entente pour mettre un terme définitif au conflit dans le canton ? C'est possible. Mais si c'est le cas, l'oeuvre date-t-elle vraiment des années 1807-1810 ? On peut se poser la question car l'intervention du curé de Remoray a eu lieu avec certitude d'octobre à décembre 1834 (2). Si le panoramique date bien des années 1807-1810, c'est que le chef d'oeuvre est alors sans rapport direct avec cet événement local et qu'il était bel et bien présent dans la cure avant la résolution du contentieux opposant les communes du canton au prince d'Arenberg. Les historiens trancheront peut-être un jour.

    Mais alors pourquoi ces références aux symboles maçonniques ? Elles sont en effet inattendues surtout dans ce petit canton rural de France et a fortiori dans un presbytère. On en est réduit à formuler des hypothèses sur l'appartenance maçonnique des protagonistes.

    Le prince Pierre d'Arenberg était-il franc-maçon ? C'est très probable bien que son appartenance ne soit pas attestée. En tout cas son père, le prince Louis-Englebert d'Arenberg (1750-1820), a bien été membre des RRLL La Candeur à l'O de Paris en 1783 et L'Heureuse rencontre à l'O de Bruxelles en 1786 (3). Il était d'ailleurs un personnage important de la FM bruxelloise. Pour autant, les engagements du père n'ont pas été nécessairement ceux du fils. Ce que l'on peut relever, c'est que le prince Pierre, chef de la Maison française des Arenberg, a été un dignitaire du premier empire avant de rallier la restauration monarchique à partir de 1815. Il est donc fort possible qu'il ait été initié, sous le premier empire, période où la franc-maçonnerie était florissante.

    Le curé Salomon était-il franc-maçon ? Là en revanche, c'est tout à fait improbable. Le journaliste de L'Est Républicain affirme pourtant que les prêtres catholiques étaient nombreux dans les LL. C'est vrai mais au dix-huitième siècle seulement. En 1834, cette appartenance était devenue totalement inconcevable. Il faut en effet rappeler qu'en un peu plus d'une décennie, c'est-à-dire plus exactement de 1821 à 1832, il y a eu pas moins de quatre encycliques virulentes contre la FM et l'indifférentisme religieux ! Par conséquent, il était impossible pour un curé, même aux idées larges et libérales, de tailler la pierre brute dans un tel contexte... C'était courir le risque d'une excommunication immédiate et sans appel. Le curé Salomon semble avoir été plutôt proche des idées de Félicité de Lamennais, personnage considérable du monde catholique français en conflit ouvert avec la hiérarchie de l'Eglise (4).

    Et si les deux protagonistes n'étaient pas FF ? Il faudrait alors en déduire que le créateur de l'oeuvre, lui, l'a été. Son identité n'est pas connue ou n'a pas été révélée. Mais dans cas, pourquoi mettre des références maçonniques sur un papier peint destiné à un presbytère ? Quelle utilité si le destinataire n'était pas en mesure d'en comprendre le sens ? On le saura peut-être un jour. A moins que l'on prenne des références compagnonniques pour des références maçonniques ?

    Quoi qu'il en soit, j'aimerais bien croire que ce chef d'oeuvre ait un lien avec la résolution du contentieux des forêts du canton de Mouthe. J'aimerais croire aussi au lien fraternel entre le Prince d'une des plus grandes familles aristocratiques d'Europe et le petit curé de Remoray. Cela donnerait encore plus de valeur au message attaché à ce chef d'oeuvre en cours de restauration. En effet, il me plairait assez de penser que les intentions du prince aient été de souligner symboliquement les talents de médiateur du curé Salomon le bien nommé (5) en faisant allusion au grade maçonnique de Prévôt et Juge qui est fondé sur l'idée de justice et d'harmonie sociale.

    Mais j'en doute.

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    Notes

    (1) Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, sous la direction de Daniel Ligou, PUF, Paris, 1990. Ce degré n'est pas pratiqué dans les loges de perfection. Il est simplement conféré par communication.

    (2) Jean-Luc Mayaud, Les secondes républiques du Doubs, Annales Littéraires de l'Université de Besançon, éd. Les Belles Lettres, Paris, 1986, p. 251 et suiv.

    (3) Voir l'arbre généalogique de la famille d'Arenberg sur généanet

    (4) Cette proximité de pensée avec les idées de Lamennais est d'autant plus probable que le grand séminaire de Besançon était dirigé au début du XIXe siècle par l'abbé Thomas Gousset, mennaissien avéré, qui deviendra pourtant plus tard cardinal.

    (5) Comment ne pas penser ici à son illustre homonyme, le Roi Salomon qui fit construire le Temple de Jérusalem, lieu archétypique auquel tous les francs-maçons se réfèrent ? Le Roi Salomon était également réputé pour la sagesse de ses jugements.

  • La G∴L∴D∴F∴ à la recherche de l'introuvable régularité

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    La récente interview d'Alain Bernheim et l'échec retentissant de la Confédération Maçonnique de France (CMF) m'incitent à revenir aujourd'hui sur les relations internationales de la Grande Loge de France (GLDF). Cette "politique étrangère" obédientielle permet d'expliquer la situation présente et l'entêtement aveugle de ladite obédience à obtenir la reconnaissance de la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA) et des GGLL américaines. Pour faire bonne mesure et éviter les polémiques stériles, j'indique d'ores et déjà que je consacrerai une prochaine note aux relations internationales du Grand Orient de France (GODF).

    Dans l'ombre du GODF

    Il faut rappeler une chose d'entrée de jeu. La GLDF∴ est une obédience qui supporte mal de demeurer, depuis plus d'un siècle, dans l’ombre d'un GODF∴ beaucoup plus important en effectifs et médiatisé qu'elle et qui de surcroit s’est coupé involontairement du corps maçonnique universel depuis 1877 (1). La GLDF∴ s’est donc trouvée en quelque sorte entraînée malgré elle dans le sillage de la rue Cadet même si, de son côté, elle a pris moins de liberté avec la tradition maçonnique en conservant nombre d’usages comme par exemple la référence au GADLU ou la présence de la Bible sur l'autel des serments (2). Et encore, quand je dis « entraînée », c’est résumer les choses car la GLDF a toujours été, de toute façon, très attachée à son indépendance. Elle a été sans doute beaucoup plus préoccupée de préserver son autonomie par rapport au Suprême Conseil de France (SCDF) (3) que par les choix philosophiques du G∴O∴D∴F. Il n’en demeure pas moins cependant que la GLDF a été mise dans le même sac que le G∴O∴D∴F et que cette situation a été mal vécue par les dignitaires du S∴C∴D∴F En effet, le SCDF∴ a été mis à l’écart du "club international" des SSCC du R∴E∴A∴A∴. La fondation, en octobre 1913, de la Grande Loge Indépendante et Régulière pour la France et Colonies, devenue ensuite en octobre 1948 la Grande Loge Nationale Française (GLNF), n'a pas arrangé les choses (4).

    La stratégie de l'absorption

    Depuis ce temps là, nombre de dirigeants de la GLDF et du SCDF∴ ont cultivé une sorte de ressentiment à l’égard de la situation faite à leur Obédience. Ils y ont vu un malentendu et dans ce malentendu une injustice que certains se sont évertués à réparer en tentant d’établir des passerelles, plus ou moins timides, avec des obédiences dites "régulières". Le SCDF∴ en particulier a mis tout son poids dans la balance. A partir de 1956, une tentative de rapprochement a été menée en vain. Des pourparlers ont eu lieu, pendant plusieurs années, entre la GLDF et la groupusculaire GLNF∴ (5) mais ils n'ont rien donné. Le Grand Commandeur du SCDF∴, Charles Riandey, est alors parti en 1964 avec un certain nombre de ses fidèles à la GLNF∴ (entre 400 et 500 FF∴). C’est ainsi que le REAA a pu s’établir au sein de Bineau (6) et qu’un Suprême Conseil pour la France (SCP∴LF) a pu se constituer (7). Cette scission a été un traumatisme. Je me souviens, dans les années 1990, de vieux frères de la GLDF qui en parlaient encore !

    La stratégie des bons offices

    Les partisans d'un rapprochement avec Londres, c'est-à-dire les « conservateurs » de la GLDF∴ qui n'avaient pas suivi le F Riandey, ont alors changé de stratégie et abandonné le projet d'une absorption de la GLNF∴. Ils ont donc procédé de manière différente pour arracher une hypothétique reconnaissance londonienne en passant, cette fois-ci, par la Suisse et, dans une moindre mesure, par le Luxembourg. La Grande Loge Suisse Alpina (GLSA) et la Grande Loge de Luxembourg (GLL) ont beaucoup œuvré auprès de Londres en faveur de la GLDF. Ces deux obédiences ne manquaient jamais de souligner que la GLDF était une obédience régulière contrairement au "méchant G∴O∴D∴F∴". Je caricature à peine. Cependant, malgré les bons offices de la GLSA∴ et de la GLL, cette stratégie n’a rien donné non plus. La GL∴U∴A∴, de façon tout à fait logique et prévisible, s'est contentée de relever qu'il y avait en France une obédience régulière depuis 1913. 

    La stratégie de la sphère d'influence

    Entre temps, un événement d'une importance considérable s'est produit à la fin de l'année 1989 : la chute du mur de Berlin suivie rapidement, au début des années 90, de l'effondrement du bloc soviétique formé par les Etats signataires du Pacte de Varsovie. Toutes les obédiences françaises (y compris d'autres obédiences européennes) se sont mises alors dans les starting blocks, ouvrant dans l'enthousiasme, la précipitation et le désordre des ateliers dans les Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) sans vraiment se préoccuper de leur viabilité (8). Chaque obédience a alors tenté d'étendre sa sphère d'influence. Et la GLDF∴, naturellement, a voulu étendre la sienne, confortée par le fait qu'elle a toujours abrité en son sein des LL∴ non francophones (9). Mais la stratégie de l'influence n'a nullement impressionné Londres. Si le mur de Berlin est tombé, la porte du Freemasons Hall du 60 Great Queen Street, siège de la GLUA∴, est demeurée, elle, hermétiquement close (10).

    La stratégie du contournement

    C’est alors que l’idée américaine a commencé à germer dans l'esprit de ceux qui, au sein de la GLDF, continuaient à espérer rejoindre un jour la "grande famille" des obédiences dites régulières. Pourquoi ne pas essayer auprès des Américains ce qui a été vainement tenté auprès des Britanniques ? Cette nouvelle stratégie, qui consistait donc à se rapprocher des GGLL américaines, était plutôt bien pensée. On peut pas reprocher à l'obédience de la rue Puteaux d’avoir essayé de jouer la carte de l’esprit indépendantiste américain. Par conséquent, la GLDF entreprit sa conquête de l’Ouest sans avoir eu cependant besoin de se rendre jusqu’aux extrémités du continent américain. Elle suscita en effet l’intérêt de la GL du Massachussets qui envisagea un temps de nouer des relations fraternelles officielles. Cependant, cette perspective fut rapidement anéantie par la GLUA et les autres GGLL∴ américaines qui toutes rappelèrent que la GLDF∴ était une obédience parfaitement irrégulière.

    L'ultime stratégie ? Spéculer sur les déboires internes de la GLNF

    Depuis cet épisode, la GLDF essaie de faire bonne bonne figure en maintenant ses contacts étroits avec Alpina et certaines Grandes Loges européennes, non sans commettre au passage quelques belles bourdes diplomatiques, notamment vis-à-vis de la Grande Loge du Maroc (GLM) (11). Le projet de la CMF, qui vient de s'effondrer, n'est donc qu'une énième stratégie de la GLDF∴ visant à obtenir la reconnaissance de la GLUA∴. Après tant d'efforts déployés, tant de circonvolutions et tant de désillusions, on ne peut pas reprocher à la GLDF∴ d'avoir spéculé sur les déboires internes de la GLNF∴ et espéré que l'exclusion de cette dernière de la famille régulière allait enfin pouvoir lui profiter. Elle s'est laissée aveugler par les promesses inconsidérées des cinq obédiences signataires la "déclaration de Bâle" parmi lesquelles l'inévitable Alpina. On connait la suite... La GLNF∴ a été à nouveau reconnue par Londres et les "cinq de Bâle" se sont empressés alors de lâcher la GLDF∴ en toute "fraternité". Cependant, je n'épiloguerai pas ici outre mesure sur les raisons de l'échec de la CMF∴. Ce sera l'occasion, peut-être, d'une prochaine note. 

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    Notes :

    (1) Daniel Ligou, Frédéric Desmons et la Franc-Maçonnerie sous la Troisième République, ed. Gedalge, Paris, 1966. En effet la rupture avec la maçonnerie anglo-saxonne n'était absolument pas dans les intentions de la rue Cadet. Le rapporteur du voeu n° 9, le pasteur Frédéric Desmons, l'a d'ailleurs dit très clairement devant les délégués au Convent. 

    (2) La présence obligatoire de la Bible sur l'autel des serments dans les LL de la G∴LDF est somme toute relativement récente. Elle date de 1954.

    (3) Le SCDF est la juridiction qui a autorité sur les ateliers de "hauts grades" du R∴E∴A∴A (du 4e au 33e inclus). Il est souché sur la G∴LDF∴ qui, elle, a autorité sur les trois premiers degrés symboliques (apprenti, compagnon et maître). Le SCDF∴ ne coopte que des FF de la G∴LDF Cette séparation institutionnelle, sauf erreur de ma part, a été actée au tout début du vingtième siècle après de nombreux débats et péripéties internes. 

    (4) La pratique du R∴E∴A∴Aavait permis à la G∴LDF de conserver, au début du vingtième siècle, un réseau international plus étoffé que celui du GODF. Dans les années 1900, elle avait des relations officielles avec une quarantaines de GGLL américaines. La fondation de la GLNF a bien entendu changé la donne.

    (5) L'obédience régulière, dans les années 1960, ne dépassait guère les 1000 membres et le gros de ses effectifs était surtout localisé à Paris et en région parisienne. 

    (6) En 1958, la GLNF∴ a connu une scission. Des LL, qui voulaient concilier à la fois le respect des landmarks et le contact avec les obédiences  françaises dites "irrégulières", ont fondé une autre GLNF∴. Pour les distinguer, on les a longtemps désignées par l'adresse de leur siège social. GLNF∴ Bineau (pour boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine, siègle de l'obédience mère) et GLNF∴ Opéra (pour avenue de l'Opéra à Paris, siège de la nouvelle obédience).

    (7) Le SCP∴LF a pris, semble-t-il, son autonomie fin 2014 en refusant de se soumettre à la GLNF qui voulait le contraindre à recruter exclusivement des FF issus de ses rangs. La rupture est aujourd'hui consommée. Il s'est produit peu ou prou la même chose en 2000 avec les hauts grades du régime écossais rectifié (RER) lorsque le Grand Prieuré des Gaules (GPDG∴) a décidé de reprendre son indépendance.

    (8) On lira avec profit Ernest J., La Franc-Maçonnerie dans les pays de l'ex-bloc soviétique, Feuillets d'information du Grand Orient de Belgique (G∴O∴B∴), n°172, mars 1995, pp. 7 et suiv. L'ancien deuxième Grand Maître adjoint de la plus ancienne et importante obédience belge dresse un bilan des premières années d'implantation maçonnique dans les PECO.

    (9) La GLDF, comme à son habitude, a joué un double jeu. Ainsi, tout en continuant à lorgner sur une hypothétique reconnaissance britannique, la G∴L∴D∴F∴ avait signé à Paris, le 5 janvier 1993, le "contrat maçonnique européen" censé jeter les bases d'une "conférence maçonnique européenne", c'est-à-dire d'un espace européen maçonnique indépendant de Londres. Le G∴O∴D∴F et le G∴O∴B en faisaient également partie tout comme plusieurs LL∴ tchèques, roumaines, russes, polonaises, bulgares, lettones, slovaques, ukraines et yougoslaves. Autant dire que ce "machin" n'a pas survécu aux déclarations bêlantes de ses promoteurs...

    (10) Cette stratégie de la sphère influence s'est avérée décevante, pas que pour la G∴LDF d'ailleurs. Certaines LL∴ créées sous les auspices d'obédiences irrégulières sont cyniquement passées dans le giron de Londres. De leur côté, britanniques et américains ont aussi créé des LL dans les PECO en leur offrant souvent une logistique et un appui financier substantiels. En outre, certaines LL dans les PECO ont disparu, n'étant pas parvenues à s'implanter durablement.

    (11) A la fin des années 2000, la G∴LDF∴ s'est ainsi inquiétée de l'existence d'une L féminine abritée par la GLM. L'objectif de l'obédience marocaine était de permettre aux SS de s'organiser dans le but de fonder à plus ou moins court terme une Grande Loge Féminine tout à fait indépendante d'elle. L'attitude de la GLDF∴ a donc quelque peu irrité les FF∴ de la GLM∴ qui y ont vu une atteinte à leur souveraineté. La GLM∴ s'est alors considérablement rapprochée du G∴O∴D∴F∴, lequel s'est empressé de lui remettre les patentes du rite français (RF). Notons, pour relativiser la maladresse de la GLDF, que l'attitude de la Grande Loge Féminine de France (GLFF) n'a pas non plus été des plus heureuses. Cette dernière n'a pas non plus apprécié - au nom de quoi d'ailleurs ? - que la GLM∴ se préoccupe du devenir de la maçonnerie féminine au Maroc.

  • La nuit

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    Je suis revenu de tout ce qui touchait de près ou de loin à la nuit. Il fut un temps où j'étais vraiment insomniaque non parce que je n'arrivais pas à dormir mais parce que je ne le voulais pas. Repousser les limites, c'était pour moi refuser un cycle naturel. Une façon de refuser la mort en quelque sorte.

    J'ai eu la très grande chance de vivre mon enfance avec des grands-parents agriculteurs qui se couchaient avec les poules et se réveillaient avec le coq. Sans aller jusqu'à ces extrémités, il y avait malgré tout là quelque chose de naturel et de profondément séduisant que je n'ai jamais retrouvé dans nos grandes villes éclairés artificiellement.

    Je respecte bien évidemment les noctambules qui estiment que les gens se livrent dans toute leur vérité à certaines heures. Je les respecte mais ne les crois pas. La nuit, je le concède pourtant volontiers, on peut prendre le temps de réfléchir sur soi, sur son rapport aux autres, sur quantité de sujets auxquels on ne songerait pas dans le cours de ses activités de la journée. Mais cette période de temps, où l'on prend conscience que son cerveau est toujours à l'heure de pointe, est aussi une période où l'on déploie des trésors d'énergie pour se mentir à soi-même. On ment bien la nuit. Souvent, on dit n'importe quoi et on ne s'en rend compte qu'au réveil. On essaie de se persuader qu'il n'y a pas de fantômes tout en sachant que ce sentiment est stupide puisque les fantômes n'existent pas.

    La nuit ? C'est comme les larmes. J'ai arrêté.

    Dormez bien.

  • Une "certaine idée" de la F∴M∴

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    "Cherche la réponse en ce même lieu d'où t'est venue la question."

    Djalâl ad-Dîn Rûmi (1207 - 1273)

     

    Lu sur le blog Hiram.be cette considération d'Alain Bernheim, le Jean Daniel de la maçonnerie :

    "Je considérais que 2014 était une année essentielle (sic) pour la franc-maçonnerie française. Essentielle parce que c’était la première fois depuis plus de deux siècles que les francs-maçons français qui ont en commun une certaine idée de la franc-maçonnerie (sic) tentaient de se réunir. Leur tentative me semblait avoir une bonne chance de réussir mais elle était confrontée à un extraordinaire sabotage (sic) dont je reparlerai plus loin" (1).

    Je me méfie généralement de ceux qui usent et abusent des expressions gaulliennes pour signifier qu'ils ont "une certaine idée" de ceci ou de cela. Je les soupçonne d'avoir aussi "une certaine idée" d'eux-mêmes qui les conduit souvent à juger leur prochain ou les situations avec condescendance et, parfois, à ne pas être trop regardants sur leur propre parcours.

    La "certaine idée de la franc-maçonnerie", on la connait. C'est cette trop fameuse "régularité", notion équivoque, à géométrie variable et historiquement douteuse qui, depuis des décennies, contribue à ériger des murs inutiles entre les FF de la base (2) tandis que les dignitaires, eux, dînent ensemble ou organisent des "colloques historiques". Je trouve qu'il y a quelque chose d'assez risible et consternant chez ceux qui passent leur temps à décerner des brevets de régularité à qui veut les entendre.

    Je rappelle, pour la petite histoire, qu'Alain Bernheim a été initié dans une L du GODF∴ comme François Stifani, l'ancien G∴M∴ de la G∴L∴N∴F∴, a été initié au DH∴ Oh ! Je ne dis pas cela par esprit de chicane bien sûr - car chacun a le droit absolu de donner à son parcours maçonnique une orientation qui lui convient mieux - mais pour souligner qu'en maçonnerie, comme dans beaucoup d'autres activités humaines, tout est éminemment relatif. Les deux ont sans doute passé l'épreuve de la terre, au coeur du cabinet de réflexion. A cette époque, ils étaient probablement peu préoccupés de savoir s'ils allaient rentrer dans une L régulière ou irrégulière, non mixte ou mixte.

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    (1) On peut lire l'entretien en intégralité sur le blog de Jean-Laurent Turbet.

    (2) Le couplet sur les fréquentions autorisées en fin d'interview est savoureux. On y apprend ainsi que le F irrégulier est fréquentable mais hors tenue rituelle. On peut donc manger avec lui et même lui parler... mais pas question de côtoyer ce mécréant en tenue rituelle. On "suspend" les travaux. Casuistique et hypocrisie quand vous nous tenez...