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  • Ces chères revues du G∴O∴D∴F∴

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    La prochaine émission Divers aspects de la pensée contemporaine, qui aura lieu ce dimanche 1er mars de 9h40 à 10h00 sur les ondes de France Culture, traitera du thème : « Les revues du GODF et les 150 ans de La Chaîne d’Union ». Elle aura pour invité Bernard Chanez, 1er Grand Maître ajoint du Grand Orient de France.

    Il est difficile de ne pas faire le lien avec un courrier que j'ai reçu, il y a quelques jours, me signalant que la revue Joaben du Grand Chapitre Général de France (GCDF) était désormais intégrée dans le catalogue de la société commerciale Conform édition (ce qui est déjà le cas de toutes les revues dont va parler le F Chanez). Ce courrier était également une invitation (pressante ?) à m'y abonner. 

    Je crains donc que l'émission radiophonique de dimanche ne soit, en réalité, qu'un simple encart publicitaire d'une vingtaine de minutes pour vanter auprès des auditeurs les mérites de ces différentes revues et pour les inciter à s'y abonner. Quand on connaît la crise de la presse, qui est aussi celle du livre, on peut raisonnablement penser que l'état de santé des revues du GODF ne soit pas des meilleurs et que le conseil de l'Ordre mène actuellement, et sans oser le dire clairement, une campagne d'abonnement, non seulement auprès de ses propres membres mais aussi du grand public.

    Je ne parlerai pas ici du "grand public". Je me contenterai d'évoquer les membres du GODF dont un grand nombre n'est pas abonné à ces revues. J'en fais partie et j'en ai déjà expliqué les raisons à travers l'exemple d'Humanisme. Et je pense que ce que j'ai écrit en décembre dernier peut fort bien s'appliquer à l'une quelconque des autres revues. Cependant je dois y ajouter une autre chose qui a son importance : leur prix. Il n'est certes pas excessif par rapport à des revues similaires, mais je ne vois pas pourquoi la capitation ne prendrait pas déjà en compte l'abonnement à l'une de ces revues. Je ne vois pas pourquoi il faudrait en plus faire la démarche de s'y abonner. 

    Si je voulais recevoir l'ensemble de ces revues, je serais ainsi obligé de débourser une centaine d'euros supplémentaire qui viendrait s'ajouter à ma capitation et aux frais liés aux activités maçonniques (agapes, frais de déplacement, etc.). Je ne peux financièrement me le permettre. Et je suis persuadé de ne pas être seul dans ce cas. Alors on peut bien écrire des lettres ou faire des émissions sur le thème "abonnez-vous s'il vous plait", ça n'y changera rien. 

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    Ajout du 1er mars 2015

    Je dois malheureusement constater que j'avais vu juste. J'ai écouté l'émission qui s'est réduite à un encart publicitaire pour des revues. Pourquoi gaspiller du temps d'antenne pour ça ? C'est dommage me semble-t-il. Au passage, j'ai relevé une perle du F Chanez qui a répété, par deux fois, que le GM∴ Daniel Keller avait décidé d'un colloque pour le 150ème anniversaire de la revue La Chaîne d'Union. Je ne sais s'il faut attribuer cette formulation maladroite au stress de la prise de parole, mais les FF∴ du G∴ODF∴, dont je fais partie, seront "ravis" en tout cas d'apprendre qu'ils ont un G∴M∴ qui s'occupe et décide de tout, tel un monarque. Ce qui est pour le moins paradoxal dans une Obédience qui n'a jamais fait mystère de son attachement passionné à la République. Nous avons un monarque qui s'exprime dans tous les médias, au nom de l'Obédience, qui écrit tribune vide sur tribune vide dans les journaux (la dernière ayant été publiée dans Mediapart). Un communiquant en somme.

  • Le secret maçonnique et le huis clos

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    Dans La nouvelle réalité maçonnique, Jean Verdun écrit :

    Cessons donc (...) de parler de secret. Nos temples seraient-ils truffés de micros, cela ne changerait rien à rien. Ce n'est pas le huis clos proprement dit qui compte, mais l'esprit du huis clos pour que, quel que soit le sujet traité, l'esprit de l'initiation l'emporte (...) Que la loge s'ouvre ! Qu'elle invite qui peut l'enrichir d'une réflexion nouvelle ! (...) Qu'elle cesse de laisser croire à ses invités, qui ne croient d'ailleurs pas, qu'une réflexion fondamentale sur le sujet s'élabore à l'abri des murailles du secret (...) Le secret ne doit plus servir les falsificateurs, mais le huis clos doit demeurer, ne serait-ce que pour marquer le caractère exceptionnel des tenues blanches pendant lesquelles une loge ou une obédience peut se confronter avec le dehors (...) L'importance n'est pas le sujet, mais la façon dont on l'aborde, et le huis clos permet de s'y prendre à l'inverse des méthodes médiatiques. Par conséquent, le huis clos, trois fois oui, mais le secret, basta ! (1)

    Faut-il évacuer le secret pour ne garder que le huis clos ou plutôt "l'esprit du huis clos" comme le suggère Jean Verdun ? Non bien sûr. Ça me parait d'ailleurs quelque peu artificiel. Et je vais vous le démontrer.

    Plaçons-nous au niveau du huis clos évoqué par Verdun. Cette expression vient de "huis" signifiant "porte" en ancien français, celle qui sépare l'intimité du foyer de l'extérieur (2), d'où le vocable "huisserie" pour désigner les entourages des portes. Elle est utilisée en droit pénal pour signifier que le public est exclu de la salle d'audience où se déroulent les débats. Dans cette perspective, effectivement, la franc-maçonnerie fonctionne entièrement sur le principe du huis clos.

    Par conséquent si on retranche le secret du huis clos, il n'y a plus aucune raison de maintenir le huis clos puisque le premier motive le second. Quand un président de Tribunal prononce le huis clos, ce n'est pas simplement pour la forme. C'est parce qu'il sait que l’objet des débats exige le secret afin de le réserver aux seules parties en présence et pour interdire toute publicité extérieure.

    Si l’on évacue la notion de secret, le huis clos n'a donc plus de raison d’être : le secret devient alors un simulacre. Le huis clos est donc une césure par rapport au monde extérieur le temps de l’échange. Le secret garantit la liberté dans l’échange. Echanger en présence de tiers au groupe d’individus choisi n’a pas du tout la même valeur : on se trouve très rapidement dans une position où l’on veut séduire, où l’on veut convaincre, quand on ne choisit pas, tout simplement d’observer, un silence prudent de peur de révéler une part de sa vérité qui n’a pas à être connue.

    Le huis clos, corollaire du secret, c’est ce qui nous empêche – pour combien de temps encore ? – de sombrer dans le messianisme qui, depuis toujours, a guidé et animé les religions ou les partis politiques. Le quidam peut entrer librement dans les lieux de culte et participer aux cérémonies religieuses ou aux réunions politiques parce qu’on lui annonce la vérité extérieure à lui-même.

    En FM, c’est l’inverse : on n’entre pas en L comme on veut. On travaille à couvert, à l'abri des turpitudes du monde profane et en laissant à la porte ses métaux, c'est-à-dire ses préjugés, ses défauts, etc. La vérité n'est pas extérieure à soi. Mais en soi. Et nul n’a droit qu'à la vérité qu'il a su découvrir par son travail, soutenu en cela par les FF∴ de son atelier.

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    (1) Jean Verdun, La nouvelle réalité maçonnique, Albin Michel, Paris, 2001, pp. 55 et 56.

    (2) Huis vient du latin ostium. On retrouve la même étymologie en allemand (haus), néerlandais (huis) ou en anglais (house) pour désigner la maison.

  • Ah ! au fait... à propos de l'affaire du Carlton...

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    ... J'allais oublier ! Le procureur près le Tribunal correctionnel de Lille a rendu ses réquisitions. Celui-ci a demandé la relaxe pure et simple de M. Dominique Strauss-Khan (le Parquet confirme donc sa position initiale) et du sursis pour les autres protagonistes. Il n'y a guère que Dodo la Saumure, le tenancier de bordel, qui risque d'écoper d'une peine de prison ferme.

    L'affaire est mise en délibéré. Le prononcé du jugement est prévu le 12 juin prochain.

    En attendant, qu'il me soit permis d'observer que les débats n'ont, à aucun moment, dévié sur de prétendues collusions maçonniques entre certains prévenus dont l'appartenance a pourtant été jetée en pâture dans les médias comme si elle devait "prouver" quoi que ce soit ou constituer je ne sais quelle circonstance aggravante. On a pu constater l'inanité de ces spéculations délirantes qui, sur internet, ne mobilisent plus guère que le ban et l'arrière-ban de la blogosphère complotiste et fascisante.

    En France, l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie sont justement condamnés. On le répète assez il me semble. En revanche, on peut faire de l'antimaçonnisme, du plus larvé au plus outrancier, en toute impunité. On peut ainsi insinuer publiquement qu'un individu est nécessairement malhonnête ou dangereux parce qu'il est franc-maçon. En 2015, en France, on peut employer, hélas, les mêmes poncifs accusateurs que ceux qui étaient utilisés contre l'Ordre maçonnique avant et pendant la seconde guerre mondiale. On peut même parfois saccagerbrûler et taguer des locaux maçonniques sans que cela interroge et émeuve les pouvoirs publics et l'opinion.

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    PS. Il me semblait avoir déjà écrit une note sur la soi-disant "part maçonnique" de l'affaire du Carlton. Pour des raisons que je ne m'explique pas, je ne retrouve pas cette note. J'ai dû malencontreusement l'effacer suite à une erreur de manipulation. Je prie le lecteur de bien vouloir m'en excuser.

  • Elizabeth St Leger ou comment une femme devint homme par l'initiation

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    elizabeth st leger,initiation,femmes,mixité,irlande,histoire,roger dachezLe 21 février, le F Roger Dachez est revenu sur son blog sur l'initiation de Mrs Elizabeth St Léger, la première femme à avoir été initiée aux mystères maçonniques aux alentours de 1710-1712. Roger Dachez tire deux principales réflexions de ce précédent demeuré sans suite en Grande Bretagne (du moins dans le cadre de la maçonnerie prétendument "régulière").

    La première réflexion, écrit-il, c'est que "jamais Elizabeth St Leger n’a posé la moindre revendication au sujet de  la "libération" des femmes". Alors quelle pouvait-être bien la signification de l'initiation de cette jeune fille au début du XVIIIe siècle ?

    Je pense pour ma part qu'il n'y a aucun message particulier lié à cette initiation fortuite, donc imprévue. Une jeune femme, à peine sortie de l'adolescence, surprend une loge réunie au sein du château familial. Elle est alors initiée sur le champ pour qu'elle puisse prêter serment à son tour de ne jamais rien graver ni buriner au sujet des mystères de l'ordre maçonnique. C'est du pragmatisme pur et simple. On agrège au groupe celle qui pourrait divulguer ce qu'elle a vu et entendu. Comment expliquer que cette initiation ait été possible ? Comment se fait-il surtout qu'Elizabeth St Léger ait pu demeurer jusqu'à la fin de sa longue vie membre d'une L nonobstant les règlements maçonniques et en particulier les Constitutions d'Anderson qui, on le sait, excluaient les femmes de l'initiation maçonnique ? J'ai une réponse qui vaut ce qu'elle vaut mais qui, après tout, n'est pas plus absurde qu'une autre.

    Je vais vous raconter une petite histoire que l'on se transmet dans ma famille. Il y a fort longtemps, ma grand-mère (ou mon arrière-grand-mère je ne sais plus) avait reçu à dîner le chanoine et archiprêtre de la cathédrale d'Uzès (Gard). Comme elle savait que celui-ci avait un solide appétit, elle avait mis bien sûr les petits plats dans les grands pour contenter le saint-homme. Elle lui avait notamment préparé un succulent gigot. Or, au moment de lui en servir une tranche, elle se rendit compte avec horreur que c'était le vendredi saint ! Le chanoine la rassura. Il bénit alors le plat en ces termes : "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, viande, je te baptise poisson." Et tout le monde put alors se régaler.

    Bien que la comparaison puisse manquer d'élégance, je pense néanmoins que le Vicomte Doneraile fit à sa fille ce que le bon chanoine fit au gigot. Elizabeth St Leger fut baptisée garçon comme la viande fut baptisée poisson. En d'autres termes, Elizabeth St Leger est devenue symboliquement homme parce des circonstances particulières exigeaient que la L prenne à son sujet une décision urgente. Il n'y avait donc aucune raison, par la suite, de défaire ce qui avait été décidée.

    Pour le reste, il est évidemment impossible, à mon sens, d'attribuer à l'initiation de la jeune aristocrate la moindre valeur émancipatrice pour la femme. Comment Mrs St Leger aurait-elle pu revendiquer quoi que soit à une époque où la femme était placée sous la tutelle économique, juridique et sociale de l'homme ? Comment aurait-elle pu même concevoir un renversement ou un rééquilibrage possible du patriarcat ? Au XVIIIe siècle, la femme n'était pas un sujet de droit, même en Irlande. Elle était entièrement soumise à la volonté de son père ou, quand elle était épouse, à celle de son mari. 

    La deuxième réflexion du F Dachez à propos de cet épisode singulier de l'histoire maçonnique est que "les FF n’ont alors pas estimé que l’initiation d’une femme fût "ontologiquement" impensable". Je ne suis pas sûr que l'on puisse présenter les choses sous un angle aussi élaboré. D'ailleurs l'histoire ne dit pas qu'il y a eu un débat à ce sujet. De toute façon, s'il y en a eu un, nous n'en connaissons pas le contenu. Nous savons simplement le contexte : une L∴ assemblée surprise par une jeune profane bien née (1). Et le résultat : l'initiation de la petite curieuse. Le F∴ Dachez souligne bien le fait que les FF∴ avaient été confrontés à "un cas extrême" (sic). Ce cas n'avait donc pas vocation à se répéter. Cela signifie donc que les FF∴ de la L du Vicomte Doneraile ont agi tout simplement de manière pragmatique. Leurs contemporains des autres LL n'ont d'ailleurs tiré de cette affaire aucun enseignement sur la légitimité possible d'une présence féminine en franc-maçonnerie. Il n'y a donc eu aucun acte fondateur dans ce qui s'apparentait, au fond, à un fait divers exceptionnel. Je ne pense même pas que l'on puisse y voir des paradoxes.

    C'est ce qui explique que la légitimité de l'initiation des femmes - que je ne remets nullement en cause dans son principe (est-il besoin de le souligner ?) - s'est posée, beaucoup plus tard à la fin du XIXe siècle, à un autre niveau, c'est-à-dire non pas sur un plan strictement maçonnique, mais sur le plan profane de l'égalité des droits. Ce qui est certes infiniment respectable, mais n'est tout de même pas la même chose. Les femmes ont donc voulu faire comme les hommes. Elles ont voulu les imiter. Elles ont voulu porter le tablier comme elles ont voulu par la suite porter le pantalon. Elles se sont appropriées, petit à petit, de revendication en revendication, un patrimoine symbolique et un environnement initiatique qui ne leur étaient pas originairement destinés quoi qu'on en dise aujourd'hui.   

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    (1) On peut raisonnablement douter que la décision eût été identique si la curieuse avait été une simple domestique au service du Vicomte...