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  • Une grosse paire de claques belges ?

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    "Une grosse paire de claques belges". C'est ainsi qu'un observateur de l'actualité obédientielle qualifie le retrait de la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) du "processus de Bâle". La groupusculaire obédience régulière belge a ainsi rompu ses pourparlers avec la CMF suite aux tergiversations de la GLDF et mis un terme à son immixtion grossière dans les affaires maçonniques françaises. Brrrr ! De quoi trembler pendant des années !

    Je voudrais simplement relativiser ici "la grosse paire de claques" en rappelant que celle-ci a été administrée par une organisation qui représente à peine 7 à 8% des effectifs de la franc-maçonnerie belge, soit grosso modo 1000 frères eux-mêmes répartis en 55 loges, ce qui, dans le meilleur des cas, fait environ 18 à 20 frères par loge (la réalité doit être sans doute bien moins flatteuse).

    La GLRB a beau jeu de s'enorgueillir sur son site web d'accueillir le visiteur dans "l'univers de la Franc-Maçonnerie universelle et de tradition du 21e siècle." Il faudrait peut-être aussi insister sur le fait que cet "univers universel et de tradition" se rétrécit singulièrement en Belgique où cette obédience, issue d'une scission de la Grande Loge de Belgique (GLB) en 1979, vit dans un total isolement.

    Laissons ces pantins jouer avec nos outils.

  • CMF, soumission et pathologie d'appareil

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    Lu sur Hiram.be cette réaction de Michel Barrat, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France :

    "Je ne suis pas surpris que la GLDF cherche à élargir ses relations, y compris avec des obédiences qui s’inscrivent dans la régularité à l’anglaise, mais le problème c’est qu’il faut alors le faire en relation d’égalité avec ces obédiences, et non pas en se soumettant à leurs principes. Pour moi, c’est une évidence. Si nous avions modifié notre Constitution, nous nous serions soumis à leurs principes. Je ne comprends pas. C’est là le vrai souci."

    Michel Barrat a utilisé le mot juste : soumission. On peut en effet réduire l'aventure rocambolesque de la Confédération Maçonnique de France (CMF) à ce seul terme. Soumission. Ce processus, présenté de manière hypocrite pendant de longs mois, allait insidieusement amener la GLDF à renier son histoire et ses spécificités pour faire allégeance aux principes de la régularité anglo-saxonne dans l'espoir de recueillir les avantages d'une reconnaissance maçonnique internationale. 

    J'y ajouterai un autre terme : pathologie. Car ce qui s'est passé illustre aussi la pathologie d'appareil, à moins qu'il ne s'agisse tout simplement de la pathologie de certains individus. Je n'invente rien et cite cet autre passage de Michel Barrat :

    "D’un côté on écrivait des textes où l’on disait vous n’avez plus le droit de visiter le GODF et les obédiences libérales, mais d’un autre on disait on ne peut pas vous en empêcher mais si vous le faites vous serez simplement parjure à votre serment. Ce n’est pas d’une honnêteté intellectuelle totale. Après on a accusé des Frères qui comme moi ont dénoncé cela de manquer à leurs serments. C’est invraisemblable…"

    Invraisemblable. Oui. Sans aucun doute. Tellement invraisemblable même que cela en devenait absurde et fou. Pathologique donc. Il suffit de relire la fameuse circulaire 35 diffusée le 7 mai 2014 par le Conseil fédéral et à laquelle Barrat fait implicitement allusion. On y coupe les cheveux en quatre. On y dit ne pas vouloir de rupture avec les autres Obédiences françaises tout en insistant lourdement sur les caractéristiques des "tenues initiatiques" ou "rituelles" des loges de la GLDF (sous-entendant qu'il n'y en aurait pas en dehors des Obédiences formant la CMF). C'est au mieux de la casuistique, au pire des éléments d'un discours sectaire à des années lumière de ce que la GLDF a toujours été.

    Je n'insiste pas davantage sur cet aspect et n'entends pas accabler outre mesure la GLDF car il faut avoir l'humilité, sinon la lucidité, de reconnaître qu'aucune Obédience n'est à l'abri de subir, un jour, pareille dérive pour n'importe quel motif. Il faut donc se défier de tous ces intégristes en tablier, souvent incultes et prétentieux, qui passent le plus clair de leur temps à expliquer aux autres la "bonne" façon de comprendre et de pratiquer l'Art royal. Nombre d'entre eux réduisent les rites à leurs petites manies et confondent initiation et conversion à un ordre religieux, spécificités et reconnaissance. Ils sont occupés à dresser des typologies ou des classifications, à distribuer les bons et les mauvais points, à séparer le bon grain de l'ivraie, à mettre des barrières, à exclure et, finalement, à saper les fondements de l'Ordre qui reposent pourtant sur une expression que tout maître maçon connaît : réunir ce qui est épars.

     

  • Humanisme

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    En prenant connaissance du sommaire du dernier numéro de la revue Humanisme, je me suis souvenu qu'elle n'était pas ce qu'elle prétendait être : la revue des francs-maçons du Grand Orient de France. D'abord parce qu'elle n'est majoritairement pas constituée d'articles produits par les frères et les loges, ensuite parce que son comité éditorial est désormais entièrement tributaire d'une société commerciale - Conform éditions - qui a racheté, il y a quelques années, le catalogue des regrettées Editions Maçonniques de France (Edimaf) mises en liquidation judiciaire. La capitation au Grand Orient, qui doit avoisiner les 165 €, ne comprend pas l'abonnement à Humanisme. Ce qui est plutôt paradoxal puisque, je le répète, cette revue est censée être celle des francs-maçons du Grand Orient de France. L'abonnement demeure donc à la discrétion de chaque frère ou de chaque loge.

    Résultat ? La revue est relativement peu connue des francs-maçons du Grand Orient. Je fais d'ailleurs partie de ces frères qui ont eu Humanisme entre les mains parce qu'un Vénérable a eu, un jour, l'idée d'y abonner sa loge. Je n'ai jamais pour autant éprouvé le désir d'en être un lecteur régulier. Pourquoi ? Parce que tout simplement je ne m'y reconnais pas. Parce que je ne vois pas ce qui, précisément, en fait la revue du GODF. Parce que je ne vois pas ce qui la distingue fondamentalement d'autres revues "intellectuelles".

    Le malaise ne date pas d'hier. Il est aussi vieux que la revue elle-même. Quand je compulse par exemple des vieux numéros d'Humanisme de la fin des années 1960, je suis bien en peine d'y trouver des traces ou des témoignages de la vie maçonnique, au GODF, à cette époque. Je peux en revanche trouver des études plus ou moins érudites sur la réception de Voltaire au sein de la loge des Neuf Soeurs en 1778 ou sur l'énergie nucléaire en France. Je peux trouver l'inévitable revue des revues, des comptes rendus d'exposition, ou, à l'extrême rigueur, un entretien avec une personnalité du moment. Mais rien qui puisse donner le sentiment d'une revue émanant réellement des profondeurs de l'Obédience. Et d'ailleurs, pour être honnête, ce n'était pas son objectif ! A cette époque, Humanisme n'était pas encore abusivement présentée comme la revue des francs-maçons du Grand Orient de France. Humanisme était le centre de documentation du Grand Orient de France. 

    Une autre preuve de ce malaise ? La circulaire n°815 du 16 décembre 2013 adressée à tous les Vénérables. Elle leur annonce la création d'une nouvelle rubrique d'Humanisme intitulée "Travaux de Loges" et leur demande d'envoyer des "planches abouties" (sic). Dans la même circulaire, le GODF, par l'intermédiaire de son 2e Grand Maître adjoint chargé de la culture, considère in fine que cet "appel au travail (sic) en direction de toutes les Loges de l’Obédience est l’occasion de proposer à chacun d’entre nous de découvrir ou redécouvrir la revue dans son nouveau format, l’abonnement se faisant directement auprès des éditions Conform". Humanisme est présenté comme "un outil d'extériorisation par excellence."

    Quel aveu !

    Non seulement Humanisme semble découvrir, sur le tard, qu'il existe des travaux de loges susceptibles de faire l'objet d'une large diffusion, mais Humanisme a besoin en plus de l'appui logistique du GODF pour faire la publicité de la maison qui l'édite ! De toute évidence, Humanisme n'est vraiment pas la revue des francs-maçons du GODF, mais bien un outil d'extériorisation que l'on a vendu à une société commerciale dans la précipitation de la liquidation judiciaire d'Edimaf. Il est donc assez logique que nombre de frères de l'Obédience s'en détournent.

    Conclusion ? Notre Obédience, qui prétend avoir un avis sur beaucoup de choses, qui s'exprime volontiers dans le monde profane et qui déploie ses activités depuis 1773, est incapable d'avoir un bulletin de liaison correct pour ses propres membres.

  • Jean-Louis Bianco répond à Daniel Keller

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    Trois jours. Il n'aura fallu que trois petits jours à Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la Laïcité (OL), pour répondre à Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), au sujet des 25 propositions sur la laïcité. La célérité avec laquelle le président Bianco a réagi à l'initiative surprise du GODF (je dis "surprise" car le Convent du GODF n'y a jamais été associé comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ma note précédente) confirme bien que l'OL n'entend pas se laisser déborder par ceux qui considèrent la laïcité comme leur pré carré.

    Avec l'esprit de synthèse qu'on lui connaît, Jean-Louis Bianco a méthodiquement commenté l'inventaire brouillon de mesures préconisées par un groupe inconnu de frères qui s'est arrogé le droit de parler au nom de la plus ancienne obédience maçonnique française. J'invite le lecteur à prendre connaissance de ce courrier qui figure en pièce jointe de cette note. Je retiendrai pour ma part cet extrait :

    "La Commission nationale consultative des droits de l'Homme a par ailleurs rappelé dans son avis du 26 septembre 2013 que "la loi ne saurait se substituer à la jurisprudence dès lors qu'il lui est impossible de résoudre chaque difficulté particulière posée par l'application du principe de laïcité"."

    Ce rappel est capital. La laïcité ne saurait être l'uniformisation des consciences dans une sorte de neutralité chimérique qu'une loi pourrait imposer au citoyen de manière tout aussi illusoire. La laïcité est toujours le résultat d'un compromis entre, d'une part, les exigences de la vie sociale, qui impliquent le respect effectif de l'intérêt général et l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le libre épanouissement des individus, qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. 

    Il faut donc cesser d'entretenir ce rapport magique à la loi parce qu'il est spécieux de penser que l'on peut régler tous les problèmes, même les plus spécifiques, en édictant de nouvelles normes. Comment ne pas faire référence à la loi absurde sur l'interdiction du port du voile intégral qui non seulement ne concerne qu'une infime minorité de personnes mais a été aussi votée, en réalité, pour des raisons politiciennes et électoralistes ?

    Notre arsenal législatif est suffisamment étoffé pour permettre à la médiation - ou à la justice si aucune conciliation n'est possible - de résoudre les différends. Et s'il peut arriver que notre droit ait des lacunes dans le domaine de la laïcité comme dans d'autres, il faut toujours se souvenir que légiférer n'est jamais un acte anodin ainsi que le président Bianco l'a souligné :

    "(...) l'Observatoire de la laïcité a recommandé de ne pas user de la loi pour répondre à un seul cas particulier et rappelle qu'une option législative, plus large, supposerait, au préalable, une concertation entre groupes politiques parlementaires afin de permettre un débat serein évitant toute instrumentalisation partisane."

    Je ne saurais mieux dire.

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    Document :

    lettre-obs-de-la-laicite.pdf