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Les 25 "propositions du GODF" sur la laïcité

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Le Grand Orient de France (GODF) a profité du 109e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 pour rendre public ses 25 propositions sur la laïcité.

Je n'ai pas le temps de les discuter ici. Si l'occasion se présente, j'y reviendrai peut-être dans de prochaines notes. Disons pour faire vite qu'elles procèdent d'un maximalisme caricatural que j'ai déjà dénoncé il y a quelques semaines sur ce blog.

Pour le moment, ce n'est pas tellement le fond des propositions qui me préoccupe mais plutôt la méthode cavalière qui préside à leur diffusion aujourd'hui.

En effet, il faut rappeler un point absolument capital : ces propositions ne sont pas celles du GODF. Le Convent n'a mandaté personne pour rédiger un tel inventaire à la Prévert qu'il n'a de surcroît jamais ratifié. Ces propositions ne peuvent donc émaner officiellement de l'obédience, c'est-à-dire de l'universalité de ses loges.

Bref, le GODF est une fois de plus victime d'un abus de pouvoir. Il y a des frères qui, en son sein, se permettent de publier, avec la complicité active du Conseil de l'Ordre, des propositions dont les loges n'ont jamais été saisies ! C'est tout bonnement incroyable ! 

Oui, je parle de "complicité active du Conseil de l'Ordre" car dans sa circulaire du 9 décembre 2014, le Grand Maître Daniel Keller a osé écrire :

"Il était donc nécessaire et urgent (sic) de formuler un ensemble de propositions couvrant les différents champs d'application du principe de séparation des églises et de l'Etat afin de rappeler les règles (sic) qui doivent nous unir (..) 
Cette feuille de route doit être reprise par chacun d'entre nous (sic) et nous comptons sur les Loges de l'Obédience pour qu'elles diffusent ces propositions (sic) auprès de l'ensemble des élus locaux des territoires sur lesquels elles rayonnent et en expliquent le bien fondé."

Le Conseil de l'Ordre s'arroge ainsi le pouvoir de déterminer ce qui est "nécessaire" et "urgent". Ben voyons ! Il se fait l'arbitre des élégances dans le domaine de la laïcité et va même jusqu'à prôner une caporalisation des ateliers et des frères qui "doivent reprendre et diffuser" ces 25 propositions auxquelles ils n'ont jamais été associés !

Et la liberté absolue de conscience au sein du GODF, on en fait quoi ?

De qui se moque-t-on ?

Et puis, quel est but de cette manoeuvre, me direz-vous ?

Il s'agit sans doute de réaliser un coup médiatique - de "faire le buzz" comme on dit aujourd'hui - et de conforter auprès des pouvoirs publics l'image d'un "GODF laboratoire d'idées". Le problème, c'est que les idées rassemblées dans ces 25 propositions ne remontent pas des profondeurs du GODF et qu'on ne sait pas où se situe exactement le laboratoire qui les a produites. Avouez que c'est légèrement embêtant.

Ce coup médiatique permanent, il consiste aussi bien à publier 25 propositions sur la laïcité qu'à passer dans Le Petit Journal de Canal + pour faire moderne et jeune.

Mais il n'y a pas que la recherche du coup médiatique à mon avis. Il y a aussi, selon moi, une volonté de régler le compte de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, respectivement président et rapporteur de l'Observatoire National de la Laïcité, qui, l'on s'en souvient, avaient profité de la discussion polémique sur la participation de mères d'élèves voilées aux sorties scolaires pour rappeler l'esprit de la loi du 9 décembre 1905 portant séparation de l'Eglise et de l'Etat.

"Non, la laïcité, ce n’est pas la neutralité de tous les citoyens, c’est au contraire la garantie donnée à chacun de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public. C’est de l’histoire de France que découle la laïcité. Une histoire traversée par des guerres de religions et des persécutions contre les protestants et les juifs qui nous rappelle combien la liberté de conscience garantie par la laïcité est un formidable acquis de la République (...) Cessons les pressions encourageant les "lois d’émotion" (dont la France a toujours été malheureusement experte) et rappelons que la loi du 9 décembre 1905, dont découle pour l’essentiel notre laïcité, a déjà tranché ce débat entre les partisans d’une laïcité qui combattrait les religions et interdirait le port de tout signe religieux, et ceux de la laïcité telle que défendue par Aristide Briand, qui sépare l’État des organisations religieuses tout en garantissant le vivre ensemble quelques soient les opinions ou croyances de chacun."

Force est de constater que les 25 propositions du GODF sur la laïcité ne sont pas du tout dans le prolongement des propos plein de bon sens de Bianco et Cadène. Au contraire, elles sont inutilement clivantes pour la plupart d'entre elles. Notamment celle visant à l'abrogation du concordat de Bonaparte en Alsace Moselle. C'est d'ailleurs un vieux serpent de mer juridique. En effet, le législateur n'a pas attendu la rue Cadet pour tenter de le remplacer vainement par la loi de 1905. Il s'est heurté à une forte résistance des populations locales qui vécurent - ne l'oublions pas non plus car ce fait a aussi son importance - quarante-huit ans sous souverainté allemande (de 1870 à 1918). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le Conseil d'Etat a confirmé ce statut dérogatoire en 1925 et, plus récemment, le Conseil constitutionnel en 2013.

Le pragmatisme juridique est parfois beaucoup plus efficace pour préserver la paix sociale que le maximalisme idéologique.

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