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  • De l'adoption homoparentale

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    Daniel Fasquelle, député UMP du Pas-de-Calais, opposé à l'adoption des enfants par des couples homosexuels, a déposé le vendredi 21 novembre une proposition de loi pour permettre aux enfants adoptés de rompre leur lien de filiation, une fois leur majorité atteinte. 

    Juridiquement cette proposition est absurde car il est bien entendu impossible de revenir sur une filiation adoptive lorsqu'elle a été établie. De même, l'enfant ne saurait répudier sa filiation naturelle à sa majorité. Ses auteurs le demeureront jusqu'à la fin de ses jours quelle que soit le degré d'entente ou de mésentente qu'il pourra avoir avec eux.

    Cette proposition - juridiquement absurde, je le répète - souligne, une fois encore, à quel point l'homosexualité est considérée par beaucoup de personnes comme une déviance qui justifierait des mesures discriminatoires contraires à notre droit. Pourquoi l'institution du mariage, ouverte depuis mai 2013 à tous les couples, devrait-elle varier dans ses effets juridiques en fonction des orientations sexuelles des parents ? Rien, d'un point de vue rationnel et légal, ne peut justifier une telle différence de traitement.

    Il est donc assez inquiétant de voir qu'un représentant de la Nation a décidé, avec le plus grand sérieux, de soumettre au bureau de l'Assemblée Nationale une proposition de loi bâclée, écrite à la hâte, et contraire aux principes généraux du droit. Une telle initiative accrédite l'idée selon laquelle les homosexuels seraient inaptes, par nature, à être parents et à élever correctement leurs enfants. Que l'honorable député soit rassuré. Non, l'homosexualité n'est pas une maladie. Elle ne s'attrape pas au contact des homosexuels. Elle ne se transmet pas davantage par l'adoption.

    Il est donc parfaitement illusoire de prétendre réécrire de fond en comble la loi Taubira, comme l'a affirmé imprudemment un ancien président de la République qui, décidément, ne sait plus comment faire pour revenir sur le devant de la scène politique et qui, de surcroît, condamne aujourd'hui ce qu'il a défendu hier. Il est spécieux de promettre son abrogation car on se saurait revenir sur ce qui constitue un acquis juridique. L'abrogation, dans ce cas, serait discriminatoire.

  • De la déconstruction des expressions maçonniques

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    Roger Dachez est revenu avec son érudition coutumière sur certaines expressions utilisées en loge dont l'origine maçonnique lui semble sujette à caution. Ainsi de l'expression "Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités" qui, selon lui, serait une réminiscence de la fonction publique et le témoignage d'un temps où la franc-maçonnerie frayait avec le pouvoir politico-administratif. Il y a un peu plus d'un mois, j'ai entendu en loge le frère Ludovic Marcos, conservateur du musée du Grand Orient, émettre à peu près le même constat lorsqu'il nous a présenté son très bel ouvrage consacré à l'histoire illustrée du rite français.

    J'avoue que j'ai le plus grand mal à comprendre cette volonté de tout déconstruire et de critiquer systématiquement nos usages - à commencer nos expressions - sous prétexte qu'ils seraient d'origine maçonnique douteuse. Il me paraît évident que la franc-maçonnerie a toujours emprunté aux traditions et aux comportements de différentes époques. Elle s'en est nourrie. Ce sont justement ces emprunts multiples qui ont participé à ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Elle a donc pu légitimement utilisé certaines expressions en cours dans le monde profane au point d'en faire des expressions rituelles, si bien assimilées d'ailleurs qu'elles passent pour avoir été, de toute éternité, dans nos usages.

    Où est donc le problème ? Personnellement, je ne le vois pas mais brûle d'impatience que l'on me démontre, documents à l'appui, la façon dont les frères, aux XVIIIe et XIXe siècles, prenaient la parole en loge. Or, les seuls documents que je connaisse de ces temps, sont des procès-verbaux de tenues (les "tracés"), lesquels d'ailleurs ressemblent fort à ceux que l'on dresse aujourd'hui. J'avais eu la joie d'en lire quelques uns à l'époque où j'avais participé au "rallumage des feux" (j'espère que l'expression ne sera pas invalidée) d'une loge il y a bientôt 20 ans. Peut-être existe-t-il des transcriptions de débats ayant eu lieu il y a 200 ans et qui confirment, effectivement, ce que Dachez et Marcos soutiennent ? Mais, personnellement, je ne le pense pas, sinon ces deux éminents spécialistes n'auraient manqué, ni l'un ni l'autre, de s'y référer pour justifier leurs propos.

    Donc la question demeure. Où est le problème au juste ? A mon avis nulle part sauf si l'on tient absolument à ce qu'il y ait problème. L'expression "Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités" est donc parfaitement maçonnique précisément parce qu'elle est consacrée par l'usage. Et finalement, n'est-ce pas le plus important avant même de déterminer ses origines éventuelles ?

    Je voudrais citer ici un extrait de l'article IV de la Constitution du Grand Orient de France :

    "L'initiation comporte plusieurs degrés ou grades.

    Les trois premiers degrés sont celui d'Apprenti, celui de Compagnon et celui de Maître qui seul donne au Franc-Maçon la plénitude de ses droits maçonniques."

    Et cet extrait de l'article V qui dispose :

    "Au sein des réunions maçonniques, tous les Francs-Maçons sont placés sous le niveau de l'égalité la plus parfaite. Il n'existe entre eux d'autre distinction que celle de la hiérarchie des Offices."

    L'expression critiquée par Roger Dachez sur son blog me semble donc parfaitement cohérente. Elle fait une référence directe à ces deux articles de la Constitution et, plus généralement encore, à une réalité connue de toutes les loges maçonniques quelles qu'en soient les Obédiences. En Franc-Maçonnerie, coexistent une hiérarchie initiatique (celle des grades ou degrés) et une hiérarchie des offices (celles des qualités ou fonctions). Quand on prend la parole en loge, on s'adresse donc au Vénérable Maître et aux frères et, par courtoisie, on rappelle que chacun a un parcours maçonnique singulier, donc un grade, et qu'il y a parmi eux des frères chargés d'un office indispensable au bon fonctionnement de l'atelier.

    En revanche, il convient effectivement de bannir cette détestable habitude qui consiste à dire "en vos rangs, grades et qualités" puisque les frères sont placés sous le niveau de l'égalité. Il n'y a donc pas de rangs. La distinction des grades (dont un seul, en loge bleue, confère la plénitude des droits maçonniques) et des offices est largement suffisante.

    Quant au "j'ai dit", qui ponctue invariablement la fin d'une prise de parole, il est très probablement un héritage de l'art oratoire gréco-latin comme le souligne Dachez. Il fut un temps, par exemple, où les avocats clôturaient leurs plaidoiries par un théâtral "j'ai dit" (dixi). L'usage s'est perdu depuis dans les prétoires, si bien que lorsqu'il réapparaît, certains croient y déceler la manifestation insidieuse d'une connivence fraternelle entre avocats et magistrats. Dans les confréries étudiantes belges, que j'ai fréquentées lorsque j'étais plus jeune, on utilise la même expression pour achever une prise de parole.

    Va-t-il falloir, là aussi, abandonner cette expression sous prétexte que son origine maçonnique n'est pas clairement établie ? Ne peut-on pas y voir simplement l'affirmation du sujet qui a parlé ? 

  • Réunir ce qui est épars

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    Il semblerait que la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) ait sommé la Grande Loge de France (GLDF) de préciser ses positions au sujet de la Confédération Maçonnique de France (CMF) et des relations avec les Obédiences dites "irrégulières". 

    Trois réflexions que je vous livre en vrac.

    1°) La GLRB est une obédience ultra minoritaire en Belgique. Par conséquent, ce qu'elle peut penser, dire ou faire n'intéresse quasiment personne outre-Quiévrain. Je ne dis pas cela par méchanceté mais parce que c'est tout simplement la réalité. Je connais très bien la Belgique, pour des raisons personnelles, et notamment la franc-maçonnerie de ce pays. J'ai été membre, plusieurs années, d'une loge du Grand Orient de Belgique (GOB), l'obédience "historique" du pays. Je puis témoigner de la profonde marginalité dans laquelle la GLRB s'est enfoncée dès sa création en 1979 car, contrairement à ce qui se passe en France, les maçons belges, notamment les dignitaires, sont bien moins hypocrites que leurs homologues français. "Irréguliers" et "réguliers" ne se fréquentent généralement pas. Dès lors, les "réguliers" belges ont beau avoir des relations fraternelles avec la majorité des francs-maçons dans le monde, ils demeurent isolés dans leur propre pays.

    2°) La GLRB sait qu'elle a perdu la partie. L'appel de Bâle est un cuisant échec. Elle cherche désormais un prétexte pour rompre. La Grande Loge Nationale Française (GLNF) est en effet à nouveau reconnue. Les charognards qui pensaient déjà s'en disputer les restes, sont aujourd'hui Gros-Jean comme devant. Ils s'obstinent et vivent dans le déni. La GLDF s'est ainsi enfermée dans une casuistique réglementaire que personne ne comprend à commencer d'ailleurs par bon nombre de ses loges. La GLAMF, elle, a signé un protocole administratif avec - Horresco referens ! - le Grand Orient de France (GODF).  La Grande Loge Indépendante de France (GLIF) est dans les choux. La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) et la Loge Nationale Française (LNF) ont déserté depuis longtemps une CMF en pleine dérive.

    3°) Mais ce qui est sans doute le plus terrible, et finalement le plus navrant, dans ces guerres picrocholines, au delà même des positionnements ou des stratégies des uns et des autres, c'est que tout est mis en oeuvre pour séparer les frères. C'est cette volonté assumée d'exclure son prochain en lui collant des étiquettes sur le dos. C'est cette volonté de réduire à tout prix la franc-maçonnerie aux landmarks dont la liste et les fondements historiques demeurent largement discutés par les historiens. Réunir ce qui est épars - comme le préconisent les Constitutions d'Anderson depuis 1723 - c'est forcément réunir différentes conceptions de l'Art royal.

  • La mode des salons du livre maçonnique

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    Sidération. Oui. C'est bien le terme. Je suis sidéré par le nombre de salons consacrés aux livres maçonniques. 

    Je ne discute pas l'idée en soi qui est plutôt bonne. Au début des années 2000, elle était même novatrice. Mais elle a été reprise et s'est banalisée. Désormais, il y a tellement de salons du livre maçonnique que ça en devient ridicule.  Une véritable mode en somme.

    Paris, Limoges, Cannes, Maraussan, Carcassonne, Genève, Bordeaux, Lyon, Toulouse (j'en oublie sûrement) partagent donc peu ou prou la même manifestation avec finalement les mêmes auteurs et les mêmes ouvrages. 

    Ces salons ont même donné lieu récemment à un beau pataquès qui fait aujourd'hui les délices d'un journaliste de L'Express.

    C'est ainsi que Paris verra, en ce mois de novembre 2014, deux salons du livre maçonnique !

    Qui dit mieux ?

    Allez savoir pourquoi, mais ces salons, qui ont tendance à se développer comme les festivals de jazz il y a trente ans, me rappellent l'introduction d'un petit Que sais-je ? (n° 1064) sur la franc-maçonnerie écrit par Paul Naudon et dont la première édition date de 1963. Naudon écrit :

    "Si la franc-maçonnerie est cela, rien que cela [une société philanthropique qui s'efforce de réaliser un idéal de vie sociale], et depuis si longtemps, elle doit être bien connue et, vieille dame, elle ne doit plus susciter les passions. Pourtant, le voile d'Isis qui couvre ses mystères, bien que souvent levé, excite encore les coeurs et intrigue les esprits.

    Malgré le temps aussi et bien que plus de 60 000 ouvrages lui aient été consacrés, la franc-maçonnerie demeure mal connue, surtout dans les pays latins. Beaucoup néanmoins, malgré leur manque d'informations, s'en font - par ouï-dire - une opinion établie et préconçue."

    Naudon constatait déjà que le nombre de livres sur la franc-maçonnerie n'avait aucune influence sur la connaissance que le grand public pouvait se faire de l'Ordre.

    Aujourd'hui, ce nombre a explosé et on ne peut vraiment pas dire que la franc-maçonnerie s'en porte mieux si on en juge la recrudescence de l'antimaçonnisme (tags sur les locaux maçonniques, slogans hostiles, sittings devant les sièges obédientiels, vidéos plus ou moins délirantes publiées sur les plates-formes de partage telles que Youtube ou Dailymotion, etc.).

    Ce constat devrait donc nous inciter à demeurer prudents et humbles, notamment dans notre extériorisation, car plus on publie sur la franc-maçonnerie, plus le plateau de l'ignorance et des préjugés semble s'alourdir.

  • La Terre ne s'arrêtera pas de tourner

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    Je n'épiloguerai pas outre mesure sur les inquiétudes provoquées par la crainte d'une éventuelle rupture entre de la GLDF avec le GODF.

    Laissons aux députés de la GLDF le soin de donner à leur obédience l'orientation qu'ils souhaitent !

    Laissons-les offrir au Conseil fédéral une porte de sortie honorable après le fiasco retentissant de la Confédération Maçonnique de France.

    De toute manière, si le vote des députés aboutit à une rupture (ce dont je doute), la Terre ne s'arrêtera pas de tourner...

    Un petit mot, maintenant, sur la Confédération Maçonnique de France (CMF) qui semble motiver toutes les manoeuvres actuelles.

    Il faut être clair à ce sujet : la CMF est morte depuis que la Grande Loge Unie d'Angleterre a restauré ses relations avec une GLNF qui, pourtant, n'en a toujours pas fini avec ses vieux démons

    La CMF est une coquille vide qui ne peut même pas prétendre être une "usine à sautoirs".

    Elle ne renvoie, en effet, à aucune réalité maçonnique tangible. Elle n'a même pas l'ambition d'aboutir à la fusion de la GLDF et de la GLAMF.

    C'est même tout le contraire !

    En effet, la GLDF et la GLAMF s'en disputent âprement le contrôle sous le regard de cinq grandes loges européennes qui se sont imprudemment immiscées dans les affaires françaises comme si notre pays était vierge de toute présence maçonnique.

  • Le "Collectif laïque" se ridiculise

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    Le "Collectif laïque" vient de publier un communiqué de presse dont je retranscris ci-après un extrait :

    "Quand les parents se présentent à l’école à titre personnel, ou de représentants de parents d’élèves, ils sont libres de manifester leur croyance. Leur situation est radicalement différente quand ils deviennent accompagnateurs d’élèves en activité scolaire.

    Le Collectif laïque tient à exprimer son profond désaccord avec les propos de Mme Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, concernant le port de signes religieux par des parents accompagnant les sorties scolaires : « Le principe c’est que dès lors que les mamans (les parents) ne sont pas soumises à la neutralité religieuse, comme l’indique le Conseil d’État, l’acceptation de leur présence aux sorties scolaires doit être la règle et le refus l’exception."

    Le problème est que la citation de la ministre est tronquée si j'en crois le blog "Sous la voûte étoilée", pourtant peu suspect de complaisance à l'égard des clergés.

    Mme Vallaud-Belkacem a déclaré devant l'Observatoire de la Laïcité (une de ces nombreuses instances consultatives qui coûtent cher à l'Etat et qui ne servent pas à grand-chose si ce n'est à rédiger des rapports ou des avis qu'on rangera soigneusement après dans les armoires des ministères en attendant de les passer au broyeur) :

    "Tout en rappelant mon attachement à la neutralité du service public, je vous indique que ma position est conforme à celle qu’a rappelée le Conseil d’État : "les parents accompagnant des sorties scolaires ne sont pas soumis à la neutralité religieuse". Ils ne peuvent être considérés comme des agents auxiliaires du service public et soumis aux règles du service public. Pour autant, il peut y avoir des situations particulières, liées par exemple à du prosélytisme religieux, qui peuvent conduire les responsables locaux à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses. C’est un équilibre qui doit être trouvé par les responsables de terrain et les cas conflictuels restent heureusement limités. Pour autant, je veux réaffirmer un principe et une orientation. Le principe c’est que dès lors que les mamans (les parents) ne sont pas soumises à la neutralité religieuse, comme l’indique le Conseil d’État, l’acceptation de leur présence aux sorties scolaires doit être la règle et le refus l’exception."

    La ministre n'a rien dit d'extraordinaire. Elle s'est bornée à rappeler le droit public actuellement en vigueur et la position évidente et pragmatique du Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative du pays. Les parents d'élèves accompagnateurs ne sont pas des agents non titulaires de la fonction publique (contractuels). Ils ne sont pas placés sous la tutelle du ministère de l'éducation nationale et, par conséquent, ils ne sont pas soumis à la neutralité religieuse. Ce sont des bénévoles qui pallient les carences d'un Etat incapable de dépêcher des fonctionnaires ou des contractuels pour encadrer les élèves en sortie scolaire.

    Que craint ce "Collectif laïque" au juste ? Qu'une maman voilée ou un papa barbu profite d'un trajet en bus pour endoctriner le chauffeur et les enfants et les amener en Syrie ? Qu'une Marie-Chantal ou Jean-Edouard leur fasse le catéchisme en douce ou leur fasse chanter des cantiques ? Je l'ignore.

    En tout cas, ce débat est tellement oiseux et ridicule qu'on en oublie les priorités car, au fond, qu'est-ce qui est le plus important ? Le signe religieux éventuellement porté par un parent accompagnateur ou bien le fait que le personnel éducatif puisse être suffisamment épaulé par des parents volontaires lors des sorties scolaire ? Les responsables d'établissement ne sont-ils pas les mieux placés pour évaluer l'intérêt des enfants et les risques d'atteinte à la laïcité ? Eux seuls connaissent bien les parents impliqués dans la vie scolaire. Ils sont en capacité d'évaluer, au cas par cas et avec le concours du personnel éducatif, les risques de prosélytisme. La position de la ministre obéit donc au bon sens et je ne vois vraiment pas ce qu'elle aurait pu dire de plus. Le Conseil d'Etat n'a pas dit davantage et s'est contenté de rappeler ce qui, là aussi, relève du bon sens :

    « Les exigences liées au bon fonctionnement du service public de l'éducation peuvent conduire l'autorité compétente, s'agissant des parents qui participent à des déplacementsou des activités scolaires, à recommander de s'abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses ».

    Il est donc consternant que ce "collectif" perde son temps à défendre une vision liberticide de la laïcité qui n'existe pas dans les textes de loi. Quel dommage également de tronquer les propos de la ministre de l'éducation nationale pour jeter implicitement le doute et la suspicion sur sa loyauté à l'égard de la laïcité des institutions républicaines. C'est politiquement maladroit et malvenu. Sans s'en rendre compte, ce "Collectif" se ridiculise et ridiculise la laïcité.

    J'apprends que le communiqué de ce collectif hétéroclite a été imprudemment signé par des obédiences maçonniques dont la mienne : le Grand Orient de France. Une fois de plus, je dois malheureusement constater que le Grand Orient de France ne respecte pas la liberté absolue de conscience de ses membres, lesquels se retrouvent engagés, sans qu'on leur ait demandé quoi que ce soit, dans une polémique aussi stérile que dérisoire. Et qu'on ne fasse pas croire que l'urgence commandait une telle signature en dehors de la consultation des loges !

    Je suis franc-maçon du Grand Orient de France et, à titre personnel, je désapprouve totalement cette ligne laïcarde, fondée sur une approche dogmatique et non pragmatique de la vie sociale ainsi que sur une interprétation biaisée des lois en vigueur. C'est cette vision laïcarde (et non laïque) qui a conduit, à maintes reprises, les apparatchiks de mon obédience a soutenir des énormités telles que la neutralité de l'espace public ou la neutralité de l'Etat.

    Non ! l'espace public n'est pas neutre. Il ne l'a jamais été en République. C'est au contraire le lieu de la libre expression des convictions politiques, sociales et religieuses, des modes vestimentaires, des goûts, des tendances, etc. L'espace public, c'est précisément le brassage des idées, le métissage, la rencontre avec celui qui diffère de soi, qui peut heurter, déranger, inquiéter même. Ce n'est donc pas l'effacement de l'individu dans le corps social, ce n'est pas davantage l'uniformisation de la pensée. La seule limite à cette liberté publique est le trouble manifeste et illicite à l'ordre public, notion juridique très encadrée et que les tribunaux administratifs apprécient strictement.

    Non ! l'Etat n'est pas neutre. Sous le régime de la séparation, l'Etat et les églises ne s'ignorent jamais. Faut-il rappeler que le ministre de l'intérieur est aussi en charge des cultes ? C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il a besoin d'interlocuteurs (c'est ce qui a conduit à structurer l'islam de France avec les difficultés que l'on sait). L'Etat et les collectivités locales ont la possibilité de mettre à la disposition des fidèles des lieux de prière en application de la loi du 2 janvier 1907 concernant l'exercice public des cultes. Faut-il faire la liste des régimes dérogatoires à la loi du 9 décembre 1905 portant séparation de l'église de l'Etat ? Faut-il rappeler que c'est un de ces régimes dérogatoires qui a permis la construction en 1926 la Grande Mosquée de Paris sur fonds publics (cf. loi du 19 août 1920) ? Et qu'on n'aille pas me dire que cette dérogation là est regrettable. C'est bien le moins que la République pouvait faire en hommage aux 70 000 soldats, de confession musulmane, morts ou blessés pour la patrie en 1914-1918 alors que cette même patrie n'a pas été foutue d'accorder à ceux qu'on appelait alors "les indigènes" les droits civils et politiques avant 1945 !

    La laïcité est une préoccupation constante du GODF à tel point que l'article 1er de sa Constitution, qui se suffisait pourtant à lui-même (du moins quand on sait lire et quand on connaît le sens des mots), a été modifié. Il a été ajouté : "La Franc-Maçonnerie attache une importance fondamentale à la laïcité." C'est dire à quel point le sujet est sensible.

    Sur la forme, cette modification est regrettable car elle est redondante. En effet, l'article 1 énonce depuis 1877 :

    "Elle [la franc-maçonnerie] a pour principe la tolérance, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme relevant de l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique."

    J'ajoute enfin que tout frère nouvellement initié ou affilié au GODF promet aussi de défendre les institutions laïques.

    Sur le fond, cette modification est en réalité une victoire de ceux qui ânonnent la laïcité comme d'autres récitent le rosaire. Elle consacre implicitement le discours maximaliste comme norme du discours laïque. Je le dis tout net : ce discours est d'abord une posture à usage interne. Il convient de bien le maîtriser, du moins si l'on a des ambitions d'appareil. Le jeu est simplissime : c'est à celui qui sera le plus laïque dans les attitudes et les prises de parole. Et malheur au candidat au Conseil de l'Ordre qui tenterait de tempérer les ardeurs de ce discours maximaliste ! On le soupçonnerait vite d'être un agent de la subversion cléricale et coupable d'une dérive droitière contraire aux principes et aux valeurs maçonniques. C'est la raison pour laquelle même les moins convaincus par ce positionnement extrême, s'en font malgré tout les relais. Après tout, pourquoi prendraient-ils le risque de dire ce qu'ils pensent alors qu'il est tellement plus facile de répéter les poncifs traditionnels de la commission nationale permanente de la laïcité ?

    Il est temps de conclure cette (longue) note en insistant sur des principes que je crois essentiels et qu'il ne faut surtout pas oublier.

    On ne rentre pas en franc-maçonnerie pour que d'autres pensent et parlent collectivement à notre place. La franc-maçonnerie n'est pas un parti politique ou une église.

    On n'est pas initié en loge pour recevoir des consignes ou je ne sais quels mots d'ordre sur les sujets qui défrayent la chronique. J'aime rappeler cette citation du profane Henri Poincaré (1854-1912) :

    "La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être."

    Le franc-maçon doit répandre les vérités qu'il a acquises par son travail de réflexion et d'échange avec ses frères. Il doit faire aimer l'Ordre par l'exemplarité de son comportement.

    Et c'est bien là toute la difficulté de l'Art royal. Tout le reste n'est que postures et communiqués de presse.

    ____________

    Ajout du 5/11/2014 à 21h08 : je constate, non sans satisfaction, que M. Jean-Louis Bianco et M. Nicolas Cadène, respectivement président et rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité, appuient Mme Vallaud-Belkacem et défendent une conception de la laïcité conforme à l'esprit de la loi de 1905.

     

  • Le franc-maçon face aux préjugés

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    J'ai appris l'existence d'un appel d'intellectuels publié dans Mediapart en faveur d'un "front de libération des textes religieux" (sic). Je voudrais en citer ici ce long extrait que je trouve particulièrement éclairant. J'évoquerai ensuite une histoire qui m'est arrivé un jour durant des agapes fraternelles.

    "Cette violence faite aux humains est permise par la violence qui est faite aux textes eux-mêmes. Il ne s’agit pas pour nous de rentrer dans une vision « textuellement correcte » qui ferait croire qu’ils sont exempts de toute violence : apparus dans des contextes de violences, ils en sont remplis. Comme ils sont riches d’appels à l’amour, la non-violence, la transformation radicale par la rencontre avec l’autre insupportablement différent. Ces textes sont complexes, contradictoires, ne donnent pas leur sens comme une évidence, nous présentent d’abord des débats et des questions plutôt que des certitudes et des réponses (...) Pour lire les textes, il faut commencer par enlever les lunettes que nous portons tous : lunettes de nos façons actuelles de nous représenter le monde qui ne sont pas celles de l’époque des textes, lunettes de la tradition, de la position sociale, du genre, de l’orientation sexuelle… A chaque lecture, il faut renouveler l’effort de la distanciation, de la médiation que permettent les outils du savoir qui en ouvrent le sens. Le judaïsme, l’islam et le christianisme ont émergé dans des contextes historiques particuliers et ont été façonnés par les rapports sociaux internes et externes : tout cela reste trop souvent ignoré et on sacralise des événements et des formulations largement dépendantes des contingences historiques."

    Le constat émis par ces spécialistes tombe sous le sens et je croyais, bien naïvement je l'avoue, qu'il serait largement partagé dans les milieux maçonniques où l'on sait que les textes, quelle qu'en soit la nature, peuvent avoir plusieurs niveaux de lecture et doivent être contextualisés parce qu'ils portent aussi l'empreinte des époques qui les ont vu naître. On appelle cela le libre examen ou, si l'on préfère, la libre interprétation qui permet non seulement de conserver de la distance par rapport aux textes mais aussi de mener des réflexions souvent fécondes.

    Et c'est là que j'en viens à mon histoire. Vous avez certainement déjà rencontré, un jour, un de ces frères à la fraternité ostentatoire, jovial, volubile, tactile même, au tutoiement facile et appuyé, qui enveloppe toutes ses paroles de miel et qui vous considère comme si vous étiez un de ses plus vieux amis. N'avez-vous jamais remarqué qu'il suffit souvent d'exprimer tranquillement des idées différentes des siennes pour que son masque tombe et révèle une personnalité bien moins attachante qu'il n'y paraissait de prime abord ? Je suis persuadé qu'il vous est arrivé, au moins une fois, de croiser son chemin.

    Bref, sans trop savoir pourquoi, la conversation s'est brusquement focalisée sur l'actualité en général et sur l'actualité de l'islam en particulier. Le visage de mon interlocuteur s'est soudainement assombri. Son rire, qui ponctuait chacune de ses phrases, a alors laissé la place aux propos emphatiques et alarmistes sur l'islamisme politique. Toutes mes tentatives de modérer ses ardeurs se sont heurtées à une fin de non recevoir. Selon lui, j'étais le pauvre ignorant angélique qui s'obstinait à ne pas vouloir voir que l'islam était consubstantiellement criminogène et une religion de la soumission. Assez rapidement, je me suis rendu compte que ce brave frère confondait allègrement islam, islamisme, barbus, arabes, terrorisme, etc., et qu'il avait la fâcheuse propension à me parler avec condescendance, comme si j'étais le dernier des idiots.

    Mais qu'il est fastidieux d'argumenter face à quelqu'un qui, pour couper court à tout dialogue, se prévaut d'un parcours universitaire ! Devais-je lui opposer, de mon côté et de façon tout aussi ridicule, mes onze années d''études supérieures ? Devais-je lui rappeler que le Coran a été écrit au 7e siècle de notre ère, au Moyen Orient, et plus particulièrement dans la péninsule arabique, et qu'il porte évidemment les marques de cette époque reculée ? Devais-je aborder timidement la diversité des sensibilités islamiques ? Devais-je insister sur d'autres textes sacrés (La Bible, le Nouveau Testament par exemple) qui contiennent aussi leur part de violence et qui ont permis de justifier des guerres religieuses et des visions théocratiques du monde ? Je m'y suis essayé certes, mais sans prolonger l'exercice outre mesure, car j'ai très vite constaté que mon point de vue était systématiquement caricaturé et perçu comme une laborieuse tentative de justification des exactions commises au Mali, en Syrie ou ailleurs dans le monde au nom d'Allah et de Mahomet. Pour mon bouillonnant interlocuteur, expliquer, nuancer, modérer, remettre en perspective, analyser, c'était nécessairement excuser et, pis encore, c'était épouser la cause des bourreaux !

    Je n'étais pourtant pas au café du commerce, je vous le jure, mais à des agapes fraternelles qui égayent ordinairement l'après tenue. A moins que le cours inattendu de cette conversation m'ait transporté, à mon insu, au zinc de ces troquets où l'on refait bruyamment le monde à coup de "yaka" et de "fokon". Alors je sais ce que vous vous dites peut-être : "on ne peut pas généraliser", "ce sont des choses qui arrivent", "les maçons ne sont après tout que des hommes", "il faut passer la truelle sur ce genre de non-événement", etc. Il est en effet tellement plus confortable de ne pas voir ces dérives comportementales plutôt que d'y mettre bon ordre. Après tout, la situation aurait pu être pire qu'elle ne le fut. Rendez-vous compte ! J'aurais pu être franc-maçon, de culture ou de pratique musulmane, basané, pas très couleur locale... J'aurais donc pu être maladroitement dénigré au plus profond de mon être par ce frère sous les yeux des autres convives. Je l'ai échappé belle...

    Cette conversation animée m'a rappelé en tout cas le regretté Bruno Etienne qui connaissait parfaitement l'islam et la franc-maçonnerie. Lui aussi se désolait de ces caricatures et de ce racisme larvé qui ont tendance à se lover de plus en plus dans certaines discussions en salle humide ou dans des lieux soi-disant éclairés. Au-delà des motivations propres à chacun, Bruno Etienne aimait dire que le franc-maçon était un clerc laïque, un agent du lien social qui devait prendre joyeusement à bras le corps la complexité du monde afin de rapprocher les hommes et les points de vue autant que possible. Seulement voilà, comment le franc-maçon pourrait-il mener à bien sa mission si, ballotté par l'actualité, il s'abandonne à la facilité des préjugés ?

  • Il faut que tout change pour que rien ne change

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    Le blog Hiram.be, toujours aussi bien informé, relate une sombre affaire de gros sous du côté de Marseille. Cela concerne, une fois encore, la Grande Loge Nationale Française (GLNF), laquelle, depuis années, se distingue malheureusement par des affaires aussi complexes que méandreuses.

    Il ne s'agit pas pour moi, vous l'aurez compris, d'accabler la GLNF. Elle se débrouille très bien toute seule. En tout cas, cette ténèbreuse affaire d'escroquerie et de prébendes diverses montre plus qu'un long discours qu'il ne suffit pas de changer de Grand Maître et de replâtrer la façade pour assainir une maison infestée de parasites.

    Les escrocs, les profiteurs et les affairistes en tout genre savent toujours s'adapter aux changements et se couler dans les nouveaux moules. Ils font aujourd'hui la révérence à Servel comme ils la firent hier à Stifani et avant hier à Foellner et Charbonniaud. Il n'y a que les sots, les (faux) naïfs, les aveugles ou les anglo-saxons qui croient que les choses ont changé rue Christine de Pisan....

    Ce fait divers, qui cause assurément du tort à la GLNF, me fait irrésistiblement songer à la formule de l'ambitieux Tancrède dans Le Guépard, le fameux roman de Tomasi di Lampedusa, brillamment adapté au cinéma en 1963 par le talentueux Visconti.

    "Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change" (Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi !)

    C'est peu ou prou ce que l'éditeur Jean Solis disait en février 2010 dans un message vidéo :

    "Ceux là qui attendent une stratégie légaliste en quelque sorte, dans le système, ne peuvent utiliser que les ressorts même du système, au moment voulu, pour virer un homme [François Stifani] qui n'est que le produit de ce système, et mettre quelqu'un d'autre à la place de cet homme qui va poursuivre l'oeuvre du système."

    Rien ne semble avoir vraiment changé à la GLNF, bien que le changement apparent ait été entériné en fanfare. Faut-il s'en étonner ? Non bien sûr. Il est inutile, en effet, de se livrer à une partie de chaises musicales si le gouvernement obédientiel demeure structurellement dans toutes ses insuffisances démocratiques, sans réels contre-pouvoirs internes ou sans instances de contrôle. Si le système est vérolé de l'intérieur, à tous les étages, si même il se renforce à cause d'un recrutement laissant à désirer, à quoi bon le réformer de l'intérieur ? Tôt ou tard, il finira par renouer avec sa véritable nature. Les comportements qu'on ne voulait plus voir, réapparaitront en d'imprévisibles résurgences. Et c'est sans doute ce qui est en train de se passer actuellement...