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  • De l'adoption homoparentale

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    Daniel Fasquelle, député UMP du Pas-de-Calais, opposé à l'adoption des enfants par des couples homosexuels, a déposé le vendredi 21 novembre une proposition de loi pour permettre aux enfants adoptés de rompre leur lien de filiation, une fois leur majorité atteinte. 

    Juridiquement cette proposition est absurde car il est bien entendu impossible de revenir sur une filiation adoptive lorsqu'elle a été établie. De même, l'enfant ne saurait répudier sa filiation naturelle à sa majorité. Ses auteurs le demeureront jusqu'à la fin de ses jours quelle que soit le degré d'entente ou de mésentente qu'il pourra avoir avec eux.

    Cette proposition - juridiquement absurde, je le répète - souligne, une fois encore, à quel point l'homosexualité est considérée par beaucoup de personnes comme une déviance qui justifierait des mesures discriminatoires contraires à notre droit. Pourquoi l'institution du mariage, ouverte depuis mai 2013 à tous les couples, devrait-elle varier dans ses effets juridiques en fonction des orientations sexuelles des parents ? Rien, d'un point de vue rationnel et légal, ne peut justifier une telle différence de traitement.

    Il est donc assez inquiétant de voir qu'un représentant de la Nation a décidé, avec le plus grand sérieux, de soumettre au bureau de l'Assemblée Nationale une proposition de loi bâclée, écrite à la hâte, et contraire aux principes généraux du droit. Une telle initiative accrédite l'idée selon laquelle les homosexuels seraient inaptes, par nature, à être parents et à élever correctement leurs enfants. Que l'honorable député soit rassuré. Non, l'homosexualité n'est pas une maladie. Elle ne s'attrape pas au contact des homosexuels. Elle ne se transmet pas davantage par l'adoption.

    Il est donc parfaitement illusoire de prétendre réécrire de fond en comble la loi Taubira, comme l'a affirmé imprudemment un ancien président de la République qui, décidément, ne sait plus comment faire pour revenir sur le devant de la scène politique et qui, de surcroît, condamne aujourd'hui ce qu'il a défendu hier. Il est spécieux de promettre son abrogation car on se saurait revenir sur ce qui constitue un acquis juridique. L'abrogation, dans ce cas, serait discriminatoire.

  • De la déconstruction des expressions maçonniques

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    Roger Dachez est revenu avec son érudition coutumière sur certaines expressions utilisées en loge dont l'origine maçonnique lui semble sujette à caution. Ainsi de l'expression "Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités" qui, selon lui, serait une réminiscence de la fonction publique et le témoignage d'un temps où la franc-maçonnerie frayait avec le pouvoir politico-administratif. Il y a un peu plus d'un mois, j'ai entendu en loge le frère Ludovic Marcos, conservateur du musée du Grand Orient, émettre à peu près le même constat lorsqu'il nous a présenté son très bel ouvrage consacré à l'histoire illustrée du rite français.

    J'avoue que j'ai le plus grand mal à comprendre cette volonté de tout déconstruire et de critiquer systématiquement nos usages - à commencer nos expressions - sous prétexte qu'ils seraient d'origine maçonnique douteuse. Il me paraît évident que la franc-maçonnerie a toujours emprunté aux traditions et aux comportements de différentes époques. Elle s'en est nourrie. Ce sont justement ces emprunts multiples qui ont participé à ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Elle a donc pu légitimement utilisé certaines expressions en cours dans le monde profane au point d'en faire des expressions rituelles, si bien assimilées d'ailleurs qu'elles passent pour avoir été, de toute éternité, dans nos usages.

    Où est donc le problème ? Personnellement, je ne le vois pas mais brûle d'impatience que l'on me démontre, documents à l'appui, la façon dont les frères, aux XVIIIe et XIXe siècles, prenaient la parole en loge. Or, les seuls documents que je connaisse de ces temps, sont des procès-verbaux de tenues (les "tracés"), lesquels d'ailleurs ressemblent fort à ceux que l'on dresse aujourd'hui. J'avais eu la joie d'en lire quelques uns à l'époque où j'avais participé au "rallumage des feux" (j'espère que l'expression ne sera pas invalidée) d'une loge il y a bientôt 20 ans. Peut-être existe-t-il des transcriptions de débats ayant eu lieu il y a 200 ans et qui confirment, effectivement, ce que Dachez et Marcos soutiennent ? Mais, personnellement, je ne le pense pas, sinon ces deux éminents spécialistes n'auraient manqué, ni l'un ni l'autre, de s'y référer pour justifier leurs propos.

    Donc la question demeure. Où est le problème au juste ? A mon avis nulle part sauf si l'on tient absolument à ce qu'il y ait problème. L'expression "Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités" est donc parfaitement maçonnique précisément parce qu'elle est consacrée par l'usage. Et finalement, n'est-ce pas le plus important avant même de déterminer ses origines éventuelles ?

    Je voudrais citer ici un extrait de l'article IV de la Constitution du Grand Orient de France :

    "L'initiation comporte plusieurs degrés ou grades.

    Les trois premiers degrés sont celui d'Apprenti, celui de Compagnon et celui de Maître qui seul donne au Franc-Maçon la plénitude de ses droits maçonniques."

    Et cet extrait de l'article V qui dispose :

    "Au sein des réunions maçonniques, tous les Francs-Maçons sont placés sous le niveau de l'égalité la plus parfaite. Il n'existe entre eux d'autre distinction que celle de la hiérarchie des Offices."

    L'expression critiquée par Roger Dachez sur son blog me semble donc parfaitement cohérente. Elle fait une référence directe à ces deux articles de la Constitution et, plus généralement encore, à une réalité connue de toutes les loges maçonniques quelles qu'en soient les Obédiences. En Franc-Maçonnerie, coexistent une hiérarchie initiatique (celle des grades ou degrés) et une hiérarchie des offices (celles des qualités ou fonctions). Quand on prend la parole en loge, on s'adresse donc au Vénérable Maître et aux frères et, par courtoisie, on rappelle que chacun a un parcours maçonnique singulier, donc un grade, et qu'il y a parmi eux des frères chargés d'un office indispensable au bon fonctionnement de l'atelier.

    En revanche, il convient effectivement de bannir cette détestable habitude qui consiste à dire "en vos rangs, grades et qualités" puisque les frères sont placés sous le niveau de l'égalité. Il n'y a donc pas de rangs. La distinction des grades (dont un seul, en loge bleue, confère la plénitude des droits maçonniques) et des offices est largement suffisante.

    Quant au "j'ai dit", qui ponctue invariablement la fin d'une prise de parole, il est très probablement un héritage de l'art oratoire gréco-latin comme le souligne Dachez. Il fut un temps, par exemple, où les avocats clôturaient leurs plaidoiries par un théâtral "j'ai dit" (dixi). L'usage s'est perdu depuis dans les prétoires, si bien que lorsqu'il réapparaît, certains croient y déceler la manifestation insidieuse d'une connivence fraternelle entre avocats et magistrats. Dans les confréries étudiantes belges, que j'ai fréquentées lorsque j'étais plus jeune, on utilise la même expression pour achever une prise de parole.

    Va-t-il falloir, là aussi, abandonner cette expression sous prétexte que son origine maçonnique n'est pas clairement établie ? Ne peut-on pas y voir simplement l'affirmation du sujet qui a parlé ? 

  • Réunir ce qui est épars

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    Il semblerait que la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) ait sommé la Grande Loge de France (GLDF) de préciser ses positions au sujet de la Confédération Maçonnique de France (CMF) et des relations avec les Obédiences dites "irrégulières". 

    Trois réflexions que je vous livre en vrac.

    1°) La GLRB est une obédience ultra minoritaire en Belgique. Par conséquent, ce qu'elle peut penser, dire ou faire n'intéresse quasiment personne outre-Quiévrain. Je ne dis pas cela par méchanceté mais parce que c'est tout simplement la réalité. Je connais très bien la Belgique, pour des raisons personnelles, et notamment la franc-maçonnerie de ce pays. J'ai été membre, plusieurs années, d'une loge du Grand Orient de Belgique (GOB), l'obédience "historique" du pays. Je puis témoigner de la profonde marginalité dans laquelle la GLRB s'est enfoncée dès sa création en 1979 car, contrairement à ce qui se passe en France, les maçons belges, notamment les dignitaires, sont bien moins hypocrites que leurs homologues français. "Irréguliers" et "réguliers" ne se fréquentent généralement pas. Dès lors, les "réguliers" belges ont beau avoir des relations fraternelles avec la majorité des francs-maçons dans le monde, ils demeurent isolés dans leur propre pays.

    2°) La GLRB sait qu'elle a perdu la partie. L'appel de Bâle est un cuisant échec. Elle cherche désormais un prétexte pour rompre. La Grande Loge Nationale Française (GLNF) est en effet à nouveau reconnue. Les charognards qui pensaient déjà s'en disputer les restes, sont aujourd'hui Gros-Jean comme devant. Ils s'obstinent et vivent dans le déni. La GLDF s'est ainsi enfermée dans une casuistique réglementaire que personne ne comprend à commencer d'ailleurs par bon nombre de ses loges. La GLAMF, elle, a signé un protocole administratif avec - Horresco referens ! - le Grand Orient de France (GODF).  La Grande Loge Indépendante de France (GLIF) est dans les choux. La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) et la Loge Nationale Française (LNF) ont déserté depuis longtemps une CMF en pleine dérive.

    3°) Mais ce qui est sans doute le plus terrible, et finalement le plus navrant, dans ces guerres picrocholines, au delà même des positionnements ou des stratégies des uns et des autres, c'est que tout est mis en oeuvre pour séparer les frères. C'est cette volonté assumée d'exclure son prochain en lui collant des étiquettes sur le dos. C'est cette volonté de réduire à tout prix la franc-maçonnerie aux landmarks dont la liste et les fondements historiques demeurent largement discutés par les historiens. Réunir ce qui est épars - comme le préconisent les Constitutions d'Anderson depuis 1723 - c'est forcément réunir différentes conceptions de l'Art royal.

  • La mode des salons du livre maçonnique

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    Sidération. Oui. C'est bien le terme. Je suis sidéré par le nombre de salons consacrés aux livres maçonniques. 

    Je ne discute pas l'idée en soi qui est plutôt bonne. Au début des années 2000, elle était même novatrice. Mais elle a été reprise et s'est banalisée. Désormais, il y a tellement de salons du livre maçonnique que ça en devient ridicule.  Une véritable mode en somme.

    Paris, Limoges, Cannes, Maraussan, Carcassonne, Genève, Bordeaux, Lyon, Toulouse (j'en oublie sûrement) partagent donc peu ou prou la même manifestation avec finalement les mêmes auteurs et les mêmes ouvrages. 

    Ces salons ont même donné lieu récemment à un beau pataquès qui fait aujourd'hui les délices d'un journaliste de L'Express.

    C'est ainsi que Paris verra, en ce mois de novembre 2014, deux salons du livre maçonnique !

    Qui dit mieux ?

    Allez savoir pourquoi, mais ces salons, qui ont tendance à se développer comme les festivals de jazz il y a trente ans, me rappellent l'introduction d'un petit Que sais-je ? (n° 1064) sur la franc-maçonnerie écrit par Paul Naudon et dont la première édition date de 1963. Naudon écrit :

    "Si la franc-maçonnerie est cela, rien que cela [une société philanthropique qui s'efforce de réaliser un idéal de vie sociale], et depuis si longtemps, elle doit être bien connue et, vieille dame, elle ne doit plus susciter les passions. Pourtant, le voile d'Isis qui couvre ses mystères, bien que souvent levé, excite encore les coeurs et intrigue les esprits.

    Malgré le temps aussi et bien que plus de 60 000 ouvrages lui aient été consacrés, la franc-maçonnerie demeure mal connue, surtout dans les pays latins. Beaucoup néanmoins, malgré leur manque d'informations, s'en font - par ouï-dire - une opinion établie et préconçue."

    Naudon constatait déjà que le nombre de livres sur la franc-maçonnerie n'avait aucune influence sur la connaissance que le grand public pouvait se faire de l'Ordre.

    Aujourd'hui, ce nombre a explosé et on ne peut vraiment pas dire que la franc-maçonnerie s'en porte mieux si on en juge la recrudescence de l'antimaçonnisme (tags sur les locaux maçonniques, slogans hostiles, sittings devant les sièges obédientiels, vidéos plus ou moins délirantes publiées sur les plates-formes de partage telles que Youtube ou Dailymotion, etc.).

    Ce constat devrait donc nous inciter à demeurer prudents et humbles, notamment dans notre extériorisation, car plus on publie sur la franc-maçonnerie, plus le plateau de l'ignorance et des préjugés semble s'alourdir.