Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

3, 5, 7 et plus

  • Questions à l'étude des loges

    Imprimer

    andre.jpgJ'ai déjà un peu expliqué l'intérêt des questions posées aux loges par le convent du Grand Orient de France. Ces questions constituent l'ADN du GO pour reprendre une terminologie énarcho-kellerienne. Je ne vais donc pas y revenir mais souhaite quand même à toutes les loges de mon obédience des travaux et des échanges fructueux.

    Un souvenir. Celui d'un frère de ma loge mère. J'étais apprenti et fier comme Artaban. Rendez-vous compte ! Il m'avait confié, à moi le bleu bite, le soin d'assurer le secrétariat de la commission de la question de la paix !

    L'esprit nationaliste est-il compatible avec celui de fraternité universelle ? Vaste programme quand on a 19 ans... Quand je vois ce qui se passe en 2016, je me dis que le convent avait fait preuve d'une grande clairvoyance...

    Bref, passons... Je me rappelle que ma loge mère se saisissait avec gourmandise de ces questions en constituant les commissions chargées de les étudier.

    Comment pourrais-je décrire les joies des réunions de travail du samedi après-midi ou du mercredi soir ? Difficile... Il faudrait être en capacité de fermer les yeux, de se rappeler des odeurs, de revoir les visages, d'entendre les voix. Cette capacité... je l'ai... certes... Mais je préfère me donner le temps... Un jour peut-être, je serai plus exhaustif et en mesure de rendre compte de la beauté d'une loge au travail. Oui, de restituer cette beauté loin des discours aseptisés. 

    En attendant, je me souviens d'André. Il était raide comme la justice. L'instit troisième République noyé en pleine cinquième si vous voyez ce que je veux dire. Un esprit vif, brillant et clair comme son écriture (cf. la photo ci-dessus).

    André vivait un peu dans la nostalgie de sa gloire passée lorsqu'il avait été Grand Maître adjoint du Grand Orient de France à une époque où les choses allaient moins vite et où on s'en prenait un peu moins dans la gueule. André avait servi le GO en première ligne et aimait le rappeler même si ses interventions d'ancien combattant me gonflaient un peu (avec le recul je comprends mieux ce qu'il voulait dire). Il était en tout cas attentif à ce que je faisais. Il m'avait un peu couvé sans m'étouffer. Du moins, c'est le souvenir que j'en conserve.

    Pour la présentation du pré-rapport à la loge, il avait eu pitié de moi. Il m'avait donné ses notes pour me rendre service. Elles étaient écrites sur des en-têtes qui témoignaient d'un passé révolu.

    Il notait tout André. Et moi j'ai pieusement gardé ses notes.

  • A la recherche du GOB

    Imprimer

    GOB, Belgique, franc-maçonnerie, ego, bruxelles,Je dois beaucoup à la franc-maçonnerie belge que j'ai activement fréquentée de 1994 à 2005. J'en conserve des amitiés, de nombreux souvenirs et, surtout, un certain état d'esprit d'indépendance et de recherche (j'y reviendrai). Je me souviens en particulier de la première fois où, jeune compagnon du Grand Orient de France, j'étais parti à la recherche du siège du Grand Orient de Belgique. 

    Quelle galère mes amis ! Je m'étais planté bien comme il faut. Tout d'abord - et je ne sais plus pourquoi - j'étais allé me perdre dans Laeken, l'une des dix-neuf communes de l'agglomération bruxelloise. J'avais ensuite sillonné en long et en large l'avenue de Laeken à Jette, autre commune bruxelloise, sans trouver ce que je cherchais. Et pour cause ! Ce n'était vraiment pas le bon endroit...

    Ce n'est qu'après que je me suis rendu compte qu'il existait à Bruxelles-Ville une rue de Laeken non loin de la place de Brouckère. Je m'y suis donc rendu le coeur battant. Et là déception !... Rien. J'avais pourtant sur moi un petit bout de papier que j'avais griffonné. C'était pourtant bien le numéro 79. Je m'attendais à une façade, peut-être pas dans le style de la rue Cadet, mais au moins avec une plaque ou quelque chose qui aurait pu dissiper mes doutes. « Mais nenni hein ! » comme disent les liégeois. Rien du tout. Une « bête porte » avec une sonnette. C'était là que vivait un certain M. GOB (sans doute un flamand). Etait-ce donc le bon endroit ? Comment en être sûr ? L'annuaire téléphonique était muet. Internet était embryonnaire. Je n'allais tout de même pas interroger les passants...

    Il devait être 19h00. J'avais faim. J'avais bougé dans la ville toute la journée. J'avais donc décidé de me poster pas très loin afin de voir les allées et venues. Très rapidement, je remarquai l'arrivée d'hommes d'âge mûr dont certains portaient le smoking et ouvraient sans hésitation la grosse porte. Quelques uns se faisaient la bise ou se tapaient sur l'épaule en rigolant devant l'entrée. C'était sans doute là... J'étais un peu rassuré. J'avais trouvé l'endroit, très surpris de l'étonnante discrétion de la plus importante des obédiences maçonniques belges.

  • GLDF : un souvenir de « La Belle Epoque »

    Imprimer

    3951201225.jpgLa caricature ci-contre représente deux francs-maçons en train d'effectuer l'attouchement de maître. Elle a été publiée en janvier 1901 dans la revue antimaçonnique A bas les Tyrans ! de Paul Copin-Albancelli et Louis Dasté. On y voit à droite Henri Brisson, à l'époque candidat à la présidence de la Chambre des députés. Henri Brisson n'est pas un inconnu pour les lecteurs réguliers de ce blog puisque j'en avais déjà parlé. Il était même au centre des préoccupations des antimaçons de l'époque qui étaient persuadés qu'il avait effectué le signe de détresse à la tribune de la Chambre pour sauver le gouvernement Waldeck Rousseau en 1899. A gauche, on y voit un homme de couleur noire caricaturé de façon raciste (style « Y a bon banania »). Il s'agit d'Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944) député socialiste de la Guadeloupe. Il fut le premier noir à siéger dans une assemblée parlementaire française depuis Jean-Baptiste Belley (1747-1805). Et pour la petite histoire, il est l'arrière-grand-père de l'acteur Pascal Légitimus.

    Pour Louis Dasté, il s'agissait de jeter le ridicule sur la gestuelle maçonnique et le discrédit sur les deux députés. Le militant antimaçon s'y était employé en étalant son racisme et son antisémitisme obsessionnels (une prose que le mouvement Civitas ne désavouerait pas aujourd'hui).

    « Telle est la liturgie maçonnique pour le grade de maître. C'est en épelant des mots hébreux (...) et en se livrant à une gymnastique aussi parfaitement absurde que les cérémonies des sorciers nègres, que les soi-disant libres-penseurs des loges se préparent à gouverner la France (...). »

    Il m'a paru utile de diffuser cette caricature car Brisson et Légitimus appartenaient tous deux à la Grande Loge de France. C'était en effet un temps où cette obédience était fortement impliquée dans la réflexion sociale et n'hésitait pas à intervenir dans les débats profanes au risque de s'attirer les foudres des réactionnaires. Aujourd'hui, la Grande Loge de France fait mine de ne pas s'en souvenir et semble obnubilée à l'idée de reconstruire son histoire. Je connais des frères de la Grande Loge qui en sont très affectés. Ça ne signifie pas qu'ils veulent nécessairement une obédience engagée dans les débats politiques et sociaux comme à « La Belle Epoque », mais qu'ils en ont assez des prétentions de la Grande Loge à vouloir incarner une maçonnerie d'élite et régulière au sens anglo-saxon.

    Cette caricature vient donc en appui d'un texte très intéressant publié sur le blog de La Maçonne dont je vous recommande la lecture (même si, personnellement, j'ai quelques doutes sur l'influence qu'il prête au Suprême Conseil de France) :

    « (...) La GLDF pole essentiellement spiritualiste et humaniste encore une fable véhiculée par les dignitaires de l’obédience. De fait la GLDF des premières années fut considérée plus progressiste sur le plan des idées et des comportements sociétaux que le GODF. Il est donc faux de prétendre que la GLDF est le reflet d’une obédience uniquement spiritualiste (dont on se demande ce que cela veut dire sans autre précision), et humaniste ce qu’elle a toujours été, elle fut également dès son origine, et il n’y a pas si longtemps sociétale, ce que les nouveaux dignitaires semblent oublier tellement ils ont le souci de se démarquer du GODF (...) »

  • Humanisme n°312 - Ardentes Lumières

    Imprimer

    ardentes.jpgJ'ai lu le dernier dossier de la revue Humanisme consacré aux Lumières. Les articles sont majoritairement très intéressants et de qualité. On y apprend plein de choses. J'ai notamment bien apprécié le portrait de Paul-Louis Courier, ce pamphlétaire du dix-neuvième siècle que je ne connaissais pas. L'entretien avec Serge Deruette sur l'abbé Jean Meslier, cette étonnante figure de l'athéisme, est également très instructive. Cependant, je ne peux m'empêcher d'émettre des réserves sur l'orientation générale du dossier que j'ai trouvée intellectuellement malhonnête. Et je vais essayer d'expliquer pourquoi.

    Il est de coutume de désigner le dix-huitième siècle sous l'expression de « Siècle des Lumières ». Cette expression (ou cette étiquette) obéit peut-être à un souci de classification propre aux historiens et aux enseignants. Mais à mon humble avis, elle ne rend pas compte de la complexité de ce siècle. Surtout elle accrédite implicitement l'idée fausse que les siècles précédents étaient nécessairement ténébreux et arriérés et que, tout d'un coup, la philosophie de Kant, les réflexions de Condorcet, les révolutions américaine et française, etc., auraient extirpé les hommes de l'obscurantisme, de la superstition et du fanatisme en les amenant à se servir de leur entendement et en les guidant sur les chemins émancipateurs du progrès. Heureusement que les hommes n'ont pas attendu Kant pour avoir le courage de se servir de leur raison ! 

    Je trouve donc que cette approche de l'histoire en général et de l'histoire des idées en particulier, est absurde. Chaque siècle en effet contient sa part d'ombre et de lumière. La Renaissance française, période d'effervescence artistique et intellectuelle, fut par exemple contemporaine des violentes et abominables guerres de religion. Progrès et régression ont toujours cheminé ensemble. N'oublions jamais que les progrès vertigineux accomplis au vingtième siècle n'ont pas empêché l'apparition des totalitarismes et des massacres de masse. Les princes n'ont pas non plus attendu le dix-huitième siècle pour se piquer de philosophie. Faut-il par exemple rappeler les controverses des auteurs latins sur la philosophie (sapienta) comme source d'inspiration politique (cf. Quintilien, L'institution oratoire ; Cicéron, Traité des devoirs ; Marc Aurèle, Pensées pour moi-même) ?

    Comprenons-nous bien. Ce qui me dérange, ce n'est évidemment pas que l'on veuille défendre l'héritage des encyclopédistes, des philosophes ou de la Révolution, mais que l'on passe sous silence le fait que le dix-huitième siècle fut aussi celui de l'intolérance (cette période débuta en France par la répression impitoyable des protestants en Cévennes), du fanatisme (pensons à Jean Calas ou au Chevalier de La Barre), des faits divers transformés en superstitions et en grandes peurs (pensons à La Bête du Gévaudan) et de la doctrine du despotisme éclairé. Ce qui me dérange, ce n'est pas que l'on veuille célébrer l'ardente Aufklärung (les Lumières) mais que l'on oublie les lueurs intérieures de la Verklärung (l'illuminisme) alors que la franc-maçonnerie a été pourtant au coeur de ces courants divergents. Certains rites maçonniques d'ailleurs portent l'empreinte de l'illuminisme. Je pense au RER notamment. Ce rite connaît d'ailleurs un certain regain d'activité en France, y compris au sein du Grand Orient où je connais quelques antireligieux de loge bleue qui fréquentent son ordre intérieur pour des raisons de cordons et de préséances et qui, pour cela, font preuve d'une plasticité intellectuelle à toute épreuve (plasticité, c'est plus gentil qu'incohérence, mais ça revient au même).

    Ce qui me dérange, on l'aura compris, ce n'est pas que l'on fasse l'éloge de la modernité et que l'on veuille donner un second souffle aux Lumières, mais c'est que la revue Humanisme n'ait pas donné la possibilité à d'autres contributeurs de défendre des points de vue différents afin que le dossier soit au final plus équilibré et permette au lecteur de se faire librement son opinion. J'aurais aimé par exemple que la revue Humanisme ouvre ses pages à un intellectuel se réclamant de la post-modernité. Ce n'était pas insurmontable je pense. Au lieu de ça, le lecteur a droit à un article polémique et surtout méprisant de Marc Riglet (le coordonnateur du dossier !) qui étrille pèle-mêle et sans nuances Foucault, Lévi-Strauss, Morin, Touraine, Rosanvallon, Maffesoli, etc. (excusez du peu), lesquels sont présentés comme réactionnaires, c'est-à-dire comme les héritiers ou les continuateurs des anti-modernes d'hier, voire comme des imposteurs (la référence au livre de Sokal et Bricmont en conclusion permet de le sous-entendre). Je le regrette car je me souviens pour ma part d'un temps - oh ! pas si lointain - où Humanisme avait suffisamment de largeur d'esprit pour s'entretenir avec Edgar Morin respectueusement (cf. Humanisme n°203, mars 1992, p. 11 et suivantes). Vingt-quatre ans plus tard, je constate que ce respect fait cruellement défaut et que la pensée de Morin est ramenée dans la revue Humanisme à une citation décontextualisée. Ainsi réduite, la pensée de Morin peut être facilement caricaturée et qualifiée grossièrement de logorrhée creuse sur le fond, pâteuse sur la forme. Et que dire de Michel Maffesoli que Marc Riglet qualifie imprudemment de sociologue entre guillemets ? Pourquoi tant d'agressivité ? Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler de Marc Riglet ou en tout cas je n'avais jamais fait attention à lui avant de lire ce numéro d'Humanisme. C'est sans doute parce que je suis un plouc de province inculte. Cette lacune est désormais comblée.

    Il y a quelques temps, j'avais analysé sur ce blog ce qui m'apparaissait être un malaise au sein du Grand Orient. Ce malaise concernait le discours d'appareil relatif à la laïcité que la rue Cadet relaie volontiers dans les médias sans se soucier le moins du monde de la réalité du Grand Orient comme si tous les francs-maçons de l'obédience partageaient les mêmes opinions sur tous les sujets. Pourtant, cette réalité là est infiniment plus complexe que les discours officiels qu'il faut adopter pour espérer guigner des fonctions nationales au sein de l'obédience. Je pense que l'on peut maintenant englober dans ce malaise la manière dont la ligne éditoriale de la revue Humanisme est construite. Je ne pense pas que les polémiques, les dénigrements, les éditoriaux enflammés ou encore les dessins censés éclairer petitement l'actualité, servent la cause de la revue Humanisme auprès des loges du Grand Orient de France. J'ai plutôt tendance à penser que cette dérive finira par définitivement la marginaliser. 

    _______________

    Humanisme n°312, août 2016, 9 € en offre découverte, à commander chez Conform Edition.